STAYER -FR : Le blog 100 % demi-fond et derny

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JEAN RAYNAL LE STAYER TOUCHE-A-TOUT, CHAMPION ET GLOBE-TROTTER : LA SAGA 3

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Avec Paul Depaepe -  collection personnelle Jean Raynal.

 

Jean Raynal : « La saison d’après, les journalistes auront encore l’occasion de parler de moi,  à l’occasion du championnat de France (1963). "On" (Jean Leulliot dans « Route et Piste », n.d.Stayer.fr)   parlera même de « drogue »   pour commenter ce qui m’est arrivé ce dimanche 9 Juin. Parti en tête derrière mon pacemaker Meuleman, je serai constamment à la lutte avec (encore lui !) un Robert Varnajo qui n’arrêtera pas de m’emm… pendant toute la course, Roger Hassenforder restant longtemps en embuscade dans le même tour.  A huit minutes de la fin, alors que Varnajo et Lorenzetti m’attaquent pour la xième fois, je perds le contrôle de mon vélo alors qu’on était "aux bâtons", à 80 à l’heure et plus  … et je ne peux pas éviter la chute ! Groggy en bord de piste, je peux dire adieu au titre ... Et dire que je n’avais plus que huit minutes à tenir ! »

 

STAYER.FR : Les brancardiers du Parc des Princes  emmeneront Jean Raynal sous les acclamations un peu inquiètes et émues du public, pendant que Varnajo ira chercher dès lors sans coup férir son deuxième titre de champion de France. 

 

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 collection personnelle Jean Raynal

 

Jean Raynal : « Ce n’est que cinq jours plus tard, alors que j’étais de retour au Parc pour m’entraîner, que j’ai eu le fin mot de l’histoire, en constatant que le boyau arrière de mon vélo de piste était à plat. Une crevaison lente … il ne fallait pas chercher plus loin la cause de ma chute. Mais c’était trop tard pour en parler à la presse ;  ça aurait eu tout l’air d’une excuse, et ça, je ne le voulais pas … Mais je vais vite me consoler, car, cette saison-là, je tiens une  forme du tonnerre, et j’enchaîne victoires sur victoires au Parc des Princes, à Dortmund, à Zurich. Et cette dernière, je ne peux pas l’oublier. Là-bas, au Hallenstadion, dans le sillage d’Auguste Wambst, je remporte le Grand Prix des Stayers, et reçois une ovation extraordinaire, de celles qui comptent dans la vie d’un coureur ! D’autant que les vedettes du coin, dans le dos de l’organisateur, étaient venues me voir avant la course, pour me demander de ne pas bouger de la course. Ils m’avaient même attribué une place dans leur "classement" : «  Tu feras sixième » Choqué, je leur réponds : « Vous rigolez ? Pour faire sixième, j’ai  besoin de personne ! » J’en parle peu après à Auguste Wambst, qui est devenu sur le coup fou de colère. Et on a fait un départ canon ! On voltigeait en haut de piste, en mettant au fur et à mesure des tours tout le monde "à plat ventre". L’organisateur, qui n’était au courant de rien, et qui était un pote d' Auguste Wambst, nous a félicité pour notre démonstration, sans savoir ce qui s'était tramé contre nous avant la course ! »

 

STAYER.FR : Jean Raynal a « loupé » son championnat de France. Il ne lui restait plus qu’à échouer au championnat du Monde. Mais là, ce sera sans avoir nourri aucune espérance ni illusion : la course se déroule au vélodrome de Liège-Rocourt. Sur une piste « dure », de celles sur lesquelles ses qualités de sprint et de détente "s'écrasent" et ne s’expriment pas  … Par contre, une piste « dure » … Vous m’avez compris … ça fait l’affaire de … suivez mon regard … 

 

Jean Raynal : «  Je vais te dire : je n’ai jamais aimé ce genre de pistes, type Rocourt ou Nuremberg. Celles-là, c’était pour Varnajo. Moi, j’étais à l’aise sur les pistes « rapides » type Milan, le Parc des Princes, Bordeaux. Par contre, si c'est vrai que je redoutais certaines pistes, par contre, je n’ai jamais craint personne. Sauf peut-être "Le Chouan", parce que lui, même quand tu avais réussi à le doubler, eh bien, tu n’étais jamais sûr d’ « avoir sa peau ». Même passé, il revenait t’attaquer, il n’arrêtait jamais … Bien sûr, il y avait Timoner. Timoner  a d'ailleurs toujours cru en moi, et il est devenu par la suite un ami. Je me suis rendu chez lui avec mon épouse, à Majorque, en 1961. Là-bas, il s’entraînait sur la piste locale, derrière la moto conduite par sa femme ! Il était le plus fort, rien à dire à ce sujet. Tu me demandes s’il était « prenable » ? Franchement, pour le battre, il n’y avait qu’une manière, une seule : « l’arrêter » quatre ou cinq fois de suite. Moi je savais le faire; après, il n’avait plus les moyens d’insister … Mais à ce petit jeu, bien sûr, j’étais « carbonisé »  ... Sinon, si tu laissais faire, c’était parti pour le voir "faire son cinéma" en haut de piste, et nous tourner autour.  Et puis, il y avait aussi Adolf Vershueren, que j’ai connu alors qu’il était plutôt vers la fin de sa carrière. Pour moi, c’était lui le plus "rapide". J’étais pourtant très fort sur un kilomètre : eh bien, je n’ai jamais réussi à le « prendre » sur cette distance … Et puis lui, tu pouvais toujours essayer de « l’arrêter » : même à vingt à l’heure, ça ne lui aurait pas posé de problèmes : il repartait aussi sec, et autant de fois que tu voulais ! »

 

 

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Aux côtés de Timoner, aux 6 Jours de Paris - collection personnelle Jean Raynal

 

STAYER.FR : Reprenons notre récit là où nous l’avons laissé : à ce championnat du Monde 1963, et à cette satanée piste de Liège-Rocourt, cauchemar des « stayers-sprinteurs ».

 

Jean Raynal : « Troisième de ma série qualificative derrière mon ami De Paepe et l’Allemand Marsell, je ne m’attends pas à un miracle dans la finale, qui sera remportée par le Belge Proost devant De Paepe : je termine bon dernier. Mais cette soirée- là, c’est Robert Varnajo, bien sûr, qui fera un « tabac », en poussant les deux Belges dans leurs derniers retranchements, en dépit d’un Lorenzetti étrangement prudent (cf. article Stayer Fr. Robert Varnajo « le Chouan » un stayer pas à demi-fond) » 

 

« Je vois bien que tu vas me dire que j’aurais pu lui filer un coup de main, au « Chouan », sur ce coup-là … C’est  vrai, mais c’était impossible. Devant lui, il y avait mon pote De Paepe. Et puis, comment j’aurais fait ? A partir du moment où nous n’en avions pas parlé avant la course, il m’aurait fallu un haut-parleur pour demander à mon entraîneur d’arrêter … et d’arrêter qui, d’abord ? Suppose que je l’aie  fait, et que j’aie réussi à bloquer Depaepe … Eh bien, il restait de toutes façons un deuxième Belge devant … »

 

« Après le championnat du Monde, je vais repartir pour une belle campagne de Six Jours à travers l’Europe : Montréal, Berlin, Bruxelles, Zurich, Berlin à nouveau, Anvers, Milan.  Dans ces années-là, je suis un peu l’ambassadeur de la France sur les vélodromes européens, où je suis très demandé par les organisateurs. Mais ce n'est pas forcément cela qui me rend le plus fier. C’est que demandé,  je le suis aussi par les coureurs eux-mêmes, et surtout par le « gratin » des vélodromes, les meilleurs spécialistes, les Gillen, les Pfenninger, les Bugdahl, qui savent reconnaître en moi un vrai « taxi » de la piste »

 

« Nous arrivons à   la saison 1964, et là, arrive « la grosse tuile » Le 23 Février, au cours du Critérium d’Europe derrière derny, disputé au Sportpaleis d’Anvers, alors que, « drivé » par Pierre Morphyre, je roulais devant Peter Post, je viens à crever, puis chuter lourdement. Là, j’ai tout de suite compris que c’était grave … Ma femme Nicole, qui regardait la course en direct à la télé, est parti de suite de notre maison de Champigny, affolée, et a taillé la route direction Anvers. A la clinique, le verdict tombe : fracture de la tête du fémur. Je vais passer trois semaines dans cette clinique tenue par des bonnes sœurs, à me ronger les sangs, et à me demander si je pourrais jamais un jour remonter sur une bicyclette. Plâtré pendant deux mois,  j’ai "dérouillé" là-bas, c’est pas imaginable  …  Béquilles, rééducation de l’articulation de la hanche … Une fois rétabli, je mets pourtant les bouchées doubles : mais même avec 3700 bornes au compteur alignés au sortir de ma convalescence,  je ne suis  pas compétitif pour le championnat de France, remporté par … Robert Varnajo. Je ne le serai pas plus pour les championnats du Monde : quatrième et non qualifié en série, quatrième du repêchage. Triste, les Mondiaux  se disputaient sur « ma » piste du Parc des Princes, et j’avais enchaîné les victoires sur cette même piste, et à Francfort, Munich, Berlin, tout au long du mois d’Août ! »

 

« Je termine la saison en enchaînant sur une nouvelle campagne d’hiver de Six-Jours : Montréal, Madrid, Brême, Milan … Au printemps 1965, après deux six-jours accomplis avec Roger Gaignard à Toronto et  Québec, je remporte au mois de Juin une victoire au Parc des Princes. Le championnat de France se dispute cinq semaines plus  tard à Reims. Mais j’y arrive en méforme totale, et le moral à zéro. Je n’avançais plus, je  ne « marchais » pas : à tel point que ma femme ne voulait pas que je dispute ce championnat, et me l’a répété jusqu’à notre arrivée à Reims. Pour te dire à quel point je ne me donnais aucune chance ce jour-là, je n'ai rien trouvé de mieux à faire en arrivant sur le vélodrome que d’aller voir Varnajo, et lui faire une « offre de service », en lui proposant de ne pas contrarier sa course.  Aussi sec, il me renvoie : « Mais tout le monde sait que tu ne marches pas en ce moment ! Chacun sa course, mon vieux ! »

 

« ... Je me pique un de ces fards ! ... Vexé comme un pou, je tourne alors les talons, et déboule furieux vers mon coin, en ordonnant à "Tonton" Landry : « Vas dire à "Blan-Blan" (mon entraîneur, Alexis Blanc-Garin n.d. Stayer.Fr) que c’est à bloc, et dès le départ ! » Plein de colère, je me paie une séance de forcené sur les rouleaux, à m’en faire péter le cœur ! Je bouillais de rage. »

 

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 Avec Alexis Blanc-Garin - collection personnelle Jean Raynal

 

« La course lancée,  me voilà parti à fond pour une sacrée corrida ! Au bout de quinze minutes, tous mes adversaires étaient éparpillés sur la piste -  Varnajo y compris – « Le Chouan » restant le seul à un tour, les autres au diable vauvert ! Trois fois, Varnajo essaiera de me passer : à la 37è, la 39 è puis la 42è minute. Jamais il n’y parviendra. Et je finirai même par lui prendre un second tour à onze minutes de la fin ! Ce nouveau maillot bleu-blanc-rouge, on peut dire que j’ai été le chercher à la rage, à l’amour-propre. Tu te rends compte : j’ai  battu ce jour-là le record de la piste, alors que je « n’avançais pas », mais alors pas du tout encore un jour avant, je te l’assure ! 

Cette année-là, le « Chouan » prendra sa retraite. Après lui, il y aura pour moi comme un vide ... Plus jamais par la suite, je ne retrouverai  d’adversaire de son calibre dans le circuit du demi-fond en France. »

 

Dans le prochain numéro : suite et fin de " JEAN RAYNAL LE STAYER TOUCHE-A-TOUT, CHAMPION ET GLOBE-TROTTER "



29/06/2016
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