STAYER -FR : Le blog 100 % demi-fond et derny

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LE BORDEAUX-PARIS DE "TINO" EN 1980

« TINO », de Bordeaux à Paris

 Préambule  

Joaquim Agosthino et Jean de Gribaldy, indissociables  photo Pierre Dieterlé site internet   www.jeandegribaldy.com 

               livre « Jean de Gribaldy, la légende du vicomte édition du Sekoya 

 

Avec le cyclisme des années quatre-vingt-dix et deux mille et ses séquences hallucinatoires, j’ai appris à modérer mon enthousiasme pour les champions du cyclisme. J’y ai appris qu’un champion doit s’apprécier à l’aune du supplément d’âme qu’il apporte à  son sport.  Les palmarès en la matière pouvant  être parfois trompeurs, je préfère désormais accorder le primat à la valeur humaine que peut véhiculer un champion cycliste.  

 

C’est la raison pour laquelle j’ai saisi le prétexte d’une édition de Bordeaux-Paris, pour évoquer un homme que le cyclisme n’en finit pas de regretter, plus de trente-trois années après sa fin dramatique : Joaquim Agosthino.  

 

Joaquim Agosthino, l’homme, le champion, qui a un jour avoué à un journaliste avoir pleuré lorsqu’il  a  battu son ami champion du Portugal des amateurs au cours d’une de ses toutes premières sorties à vélo ... car il savait qu’en remportant  cette « course » avec son camarade de route,  il lui avait d’un coup brisé ses rêves ...  

 

Joaquim Agosthino, l’homme, le champion,  qui un jour a passé sa musette de provisions à un champion en souffrance,  alors même que peu après cette musette vide sera cause de sa défaillance. Et notre homme de tirer comme philosophie de l’aventure «  Ce genre de choses donne un sens à l’existence , non ? ».  Le genre de réflexion impensable à  notre époque d’égoïsme et d’individualisme forcenés. C’est le même   qui déclarait en 1979,  alors qu’il fréquentait depuis plus de deux lustres le milieu cycliste professionnel : « Lorsque quelqu’un tombe dans le peloton, je me fais un mauvais sang terrible » …

Sensiblerie ? Joaquim Agosthino, soldat courageux, risqua sa peau trois années durant pendant la guerre du Mozambique (quand on pense à la légèreté avec laquelle on emploie à tout propos le mot de « guerrier » dans les pelotons, ayons une pensée pour ce champion qui, lui, en a été un vrai), et il ne comptait plus ses propres chutes dans le peloton, pas plus que les séquences en course où son courage légendaire a été mis à l’épreuve, jusqu’à sa dernière – et fatale- chute au Tour de l’Algarve en 1984. Ce triste jour d'Avril 1984, « Tino » tomba. Une nouvelle chute. Une dernière fois. Et ce jour-là, fidèle à son image de champion indomptable, il se relèvera pour franchir  la ligne à vélo. Une dernière fois. 

 

Je ne crois pas que dans l’histoire du cyclisme il y ait eu beaucoup de Joaquim Agosthino. D’abord, il y a peu d’exemple d’un champion qui découvre la bicyclette à … vingt ans passés. Peu d’apprentis-champions qui, pour son entrée en scène chez les « pros » en 1968 (alors même qu’il était encore amateur), choisisse sans complexes  de dynamiter  un championnat du monde – rien que ça ! -, en démarrant dès le départ, et en animant pendant 160 kms l’échappée, pour ne laisser filer le vainqueur, Vittorio Adorni, qu’à la défaveur d’un incident mécanique,  et achever  l’épreuve en rang honorable. Qui, une année plus tard, remportera  en solitaire et « à la pédale », deux étapes du Tour de France, devenant par là même en un seul été un champion respecté par ses pairs,  et en même temps la fierté de tout un pays.   

 

Joaquim Agosthino sur le vélo, « c’était d’abord un déchaînement de force brutale, quasi incontrôlable »  (Pierre Chany le comparait à un rhinocéros). Mais c’était surtout une générosité folle dans l’effort, une faculté à payer de sa personne qui forçait l’admiration. Sa puissance de train n’avait d’égales que sa résistance à la souffrance. Ce puncheur au teint mat, râblé (1m68 pour 71 kgs), musculeux,  aux bras recuits qui semblaient des sarments de vigne, doté d'un torse de lutteur et de jambes surpuissantes dont l’action sur les pédales faisait chasser le gravier des routes lorsqu’il démarrait, constituait pour toutes ces raisons une silhouette unique dans le peloton.  Sa musculature n’était certes pas de celle que l’on cultive en salle de fitness, oh non ! Elle était celle du travailleur des champs qui a trimé des années durant à longueur de journée sous un soleil brûlant. 

 

Respecté par   Eddy Merckx, qui reconnaissait  en lui un des rares coureurs qui avait réussi à l’attaquer, il l’a été également de Bernard Hinault, qui faisait paraît-il attendre le peloton lorsque « Tino » se retrouvait au sol (ce qui lui arrivait trop souvent … eh oui, la force incontrôlable toujours …) La modestie et le courage, qualités du « petit travailleur portugais » qu’il n’a jamais cessé déclarer être, faisaient comme partie de son A.D.N. Ni la gloire, ni la fortune ne réussiront à le faire changer, et c’est aussi un peu pour cela qu’il restera à jamais « Tino » dans le cœur de ses compatriotes et de tous ceux qui l’ont aimé, et ils furent nombreux,  tous  unanimes à saluer sa personnalité si attachante. 

 

Bien d’autres champions de son pays lui ont succédé dans les pelotons depuis sa tragique disparition.  Mais aucun n’a jamais réussi à gagner les cœurs comme le fit « Tino », dont la disparition plongea un pays entier et la communauté des amoureux du cyclisme dans un deuil jamais dépassé. 

  photo Pierre Dieterlé site internet   www.jeandegribaldy.com  livre « Jean de Gribaldy, la légende du vicomte édition du Sekoya 


  Le Bordeaux-Paris de « Tino »

Interview de Serge de Vries

« Joaquim Agosthino foi 3° no Bordeùs-Paris »

 

SERGE DE VRIES : «  Ancien coureur indépendant - notamment sélectionné dans l’équipe des Pays-Bas pour les championnats du Monde amateurs en 1954 - , j’ai couru aux côtés des plus grands coureurs hollandais de l’époque, de Gerrit Schulte à Peter Post, avant de devenir, après ma carrière cycliste, représentant en articles de sport dans la banlieue sud de Paris, où je tenais boutique » 

 

« En 1979,   pendant le Tour de l’Ile-de-France organisé par Josette et Jean Leulliot, je vais être amené à faire la rencontre d’un certain Monsieur Seré, qui s’occupait de relations publiques. Il ne connaissait rien au vélo, et  il  est venu dans la conversation à me poser à brûle-pourpoint la question suivante : «  Combien ça coûte, une équipe cycliste professionnelle ? » Avec mon camarade Bernard Bougault, sociétaire comme moi du club cycliste de Dammarie-les-Lys, (avec qui j’entraînerai en 1984 Dominique Sanders, mais c’est une autre histoire), nous  lui avons répondu … que sa question méritait examen, et que nous le rappellerions bien vite pour lui donner toute information à ce  sujet. En nous renseignant plus avant, nous avons appris qu’ Yves Seré était le chef de publicité de la maison autrichienne Puch, qui,  selon toute apparence, comptait investir dans le cyclisme. Inutile de préciser que nous nous sommes jetés, dès rentrés à la maison, dans des recherches frénétiques : car on n’avait pas le début du commencement d’une idée du coût d’une équipe professionnelle ! Finalement, c’est Bernard Bougault qui a trouvé l’information – il s’agissait du budget de  l’équipe Mercier -  en cherchant dans un magazine » 

 

« J’ai alors rappelé Yves Seré, et lorsqu’il a entendu le chiffre, il nous a simplement répondu : « Pas de problèmes ! » Par contre, il y avait un préalable : il  voulait Joaquim Agosthino, ou alors il ne donnait pas suite !  Il y avait deux raisons à cela. L’une, bien sûr, relative au prestige, à l’aura de notre homme, car Joaquim Agosthino était depuis une décennie une des "figures" du cyclisme international. L’autre raison était plus d'ordre commercial : le Portugal représentait à l’époque un marché conséquent pour les cyclomoteurs, une des productions de la maison Puch. En tous cas, ça tombait bien, car nous savions que Joaquim serait libéré en fin de saison de son contrat avec Flandria ! Du coup, j’ai appelé immédiatement Jean De Gribaldy. Il avait un contrat d’exclusivité avec lui,  et cette nouvelle tombait à pic pour lui aussi, car il n’aurait ainsi pas à le payer la saison suivante si « Tino » restait sans équipe ! « Le  Vicomte » nous a ménagé une rencontre avec Joaquim (qui était déjà au courant de la démarche de la maison  Puch) le jour de l’étape de l’Alpe d’Huez sur le Tour de France. Une fois de plus, il avait eu du flair, « Le Vicomte », car Joaquim remportait l’étape ce jour-là ! Notre champion nous a donné son accord sur place. C’était le point de départ de la construction de l’équipe … Quant au  maillot, vert et blanc avec des bandes verticales vertes, c'est moi qui en ai eu l'idée, et je l’ai conçu d'après le modèle du maillot de l’équipe italienne Carpano » 

 

« La suite, elle est connue de tous : l’équipe s’est construite autour d’Agosthino, avec moi en qualité de directeur sportif et Jean De Gribaldy en qualité de conseiller technique. Mais Puch Allemagne exigeait un deuxième leader, l’Allemand Dietrich Thurau. Je suis alors entré  en contact avec Rudi Altig, que je connaissais depuis un Tour d’Algérie où j’avais dirigé l’équipe des Pays-Bas quand lui s’occupait de l’équipe allemande. Là, Rudi m’a répondu :  « Alors là, ça tombe bien, Thurau est en froid avec son équipe Ijsboerke, qui ne veut plus le faire courir. Il est prêt à venir, à condition qu’il  fasse les grands tours. Mais … il faut me prendre avec lui ! »  

« Et voilà comment a démarré l’aventure de ce team à deux têtes, l’équipe Puch Campagnolo Sem.  Agosthino accomplira une belle saison sous ces couleurs, avec notamment une cinquième place sur le Tour de France » 

 Joaquim Agosthino à gauche - troisième personnage en partant de la droite le regretté Jean-Claude (cf. notre rubrique "Espace J-C Rude)

aux côtés de Dominique Thiebaud  -   photo Pierre Delunsch

 

« Mais venons-en à cette édition 1980 de Bordeaux-Paris. Tout a débuté  en fait aux Quatre Jours de Dunkerque, où Félix Lévitan était venu battre le rappel des candidatures pour son épreuve. Là, il nous avait demandé avec insistance de faire tout notre possible pour que notre leader portugais y participe. « Vous comprenez, il y a une forte communauté portugaise en France, c’est important pour le succès public de mon épreuve, Bordeaux-Paris a besoin de grands noms au départ pour survivre, il en va de l’avenir de la course, etc, etc … » nous a-t-il dit. Bref, après cette demande pressante, nous voilà, « De Gri » et moi, à nous demander comment faire pour amener la conversation sur le sujet avec notre champion » 

 

STAYER FR : Que Joaquim soit fait pour cette épreuve d’endurance, aucun doute là-dessus. (Louis Caput, son directeur sportif à ses débuts l’avait crié sur tous les toits dix ans plus tôt : « Ce gars-là remportera   Bordeaux-Paris avec  un quart d’heure d’avance sur les autres quand il le voudra ! »)  

SERGE DE VRIES : «  Je savais que l’hiver chez lui, au Portugal, « Tino » s’entraînait derrière moto, une moto pilotée par son frère … et c’était en somme le prétexte idéal pour, la nuit suivante, aborder le sujet. Et comme ça, l’air de rien, j’ai glissé là à son intention : « Dis-donc Joaquim, puisque tu roules souvent derrière moto là-bas au Portugal, tu devrais bien t’aligner un jour sur Bordeaux-Paris ? » Il me répond,  pas du tout emballé : « Non ... non non non  … » Et là-dessus, je me suis mis à enchaîner : « Mais tu roules bien derrière moto, et tu es en forme en ce moment, je me trompe ? » Silence de sa part …  Bref, ce n’était pas gagné … Pourtant, j’ai senti qu’il y avait « de la place pour passer », au point que j’ai rapporté de suite à « De Gri » : «  C’est jouable. Mais il ne faut surtout pas le brusquer. » Et dès le lendemain matin, je suis revenu à la charge. J’avais bien senti le coup, car il m’a finalement répondu : « … Joaquim, il accepte ... Mais .... Dis, tu connais toi des entraîneurs valables ? » Je lui ai répondu alors, un peu  hypocritement : « Tu vas faire Bordeaux-Paris avec ton frère, non ? » Il a observé alors un temps de silence, avant de me fixer droit dans les yeux  pour me dire : « Moi, je fais Bordeaux-Paris avec toi.  Sinon, je ne le fais pas. » C’était gagné ! Mais, il était malin « Tino » : de « piégeur » je devenais « piégé » … Il restait bien sûr pour boucler l’affaire quelques « détails » d’ordre financier à régler, que lui et « Le Vicomte » ont arrangés ensemble. Quand un peu plus tard « Tino » confiera à son ami de toujours que ce qui le chagrine le plus dans Bordeaux-Paris, c’est finalement le fait de ne pas pouvoir dormir, Jean De Gribaldy lui répondra : « Et lorsque tu faisais la guerre au Mozambique, tu dormais bien peut-être ? » … 

… « « L’affaire » conclue, il ne me restait plus qu’à quitter comme une balle Dunkerque, direction le  garage du Tour de France  en région parisienne où étaient stockées les motos de Bordeaux-Paris, afin de les rapatrier. Pas facile avec la Citroën DS de l’équipe Puch, une vraie ruine ! J’ai accompli tout le trajet sur les deuxième et troisième vitesses, les seules qui pouvaient passer … » 

« A peine descendu de voiture, je suis parti à la recherche d’André Mézières, l’entraîneur de Patrick Busolini, notre deuxième coureur Puch prévu pour Bordeaux-Paris,   pour lui avouer … que je ne savais pas piloter une moto ! : « Dédé, tu sais, je ne suis jamais monté sur une moto. Comment fait-on pour passer les vitesses ? » (je croyais qu’on les passait à la main, j’avais déjà piloté un derny, mais c’était tout !)  Il m’a expliqué alors, avec une compassion un peu inquiète : « Tu verras, ce n’est pas difficile : tu passes les vitesses en coupant les gaz : quand tu es au point mort, tu changes de vitesse ; tu n’auras pas à débrayer, et ça passera ! » Quelques minutes plus tard, il fallait me voir m’entraîner à faire des ronds avec la Kawasaki sur le parking de la station-service où j’avais été faire le plein … Si «Tino » avait vu ça … » 

« Je n’ai pas eu le temps de gamberger : à peine rendu à l’hôtel, j’aperçois Jean De Gribaldy   qui en sortait avec Joaquim, et qui lui dit en m’apercevant : « Les  quarante kilomètres qui séparent l’hôtel du départ, tu vas les faire derrière la moto de Serge, ça te fera un premier entraînement ! »  On est parti, mais j’ai demandé en douce à la voiture suiveuse de l’équipe de se poster devant nous, en lui recommandant de ne pas s’arrêter à un feu surtout : je ne savais toujours pas débrayer !   Notre arrivée sur la ligne de départ n’est pas passée inaperçue, et les journalistes nous sont tombés dessus : « Alors Joaquim, tu  fais Bordeaux-Paris ? » … C’était lancé ... On ne pouvait plus revenir en arrière » 

« Après cette « mise en bouche », nous  avons roulé une demi-heure avant chaque départ d’étape, et deux après l’arrivée de celle-ci. A l’issue des Quatre Jours de Dunkerque, nous avons quitté cette ville, moi sur la Kawasaki et Tino derrière,  jusqu’au Centre de l’Union A.S.P .T.T. à Beaulieu Ste Assise, à deux pas de Ponthierry. C’est là que nous avons établi notre « quartier général ». Arrivés sur place, j’ai interrogé Joaquim : « Tu veux qu’on reconnaisse le parcours ? » Il m’a répondu d’un ton sans réplique : « JAMAIS Joaquim va  reconnaître un parcours ! »  Il ne nous restait plus qu’à faire le trajet à l’envers, pour nous rendre du Centre jusqu’à l’hôtel de l’Orée du Bois à Poitiers, l’avant- veille du départ. Pour le jour de la course, j’avais tout préparé méticuleusement. J’avais fait notamment disposer des petits drapeaux en papier sur le sol entre Pithiviers et Malesherbes pour contrôler l’orientation et la force du vent, adopté des tennis de deux pointures plus grandes, ouvertes et lacées seulement sous la languette, en prétextant auprès des commissaires des douleurs aux pieds. Et surtout, en prévision des secousses de la route  et des heures de selle à subir, j'avais disposé là où c'était utile une peau de chamois synthétique à mémoire de forme (une première à l’époque) 

Et puis, je savais très bien ce qui m’attendait : trois-cents-soixante-dix kilomètres droit comme un I sur la selle moto, afin de faire profiter mon champion d’un abri maximum. Mais, et surtout, j’avais décidé d’adopter un principe qui m’est cher : « Un coureur cycliste, c’est comme une porcelaine » Et cette porcelaine, dont je prenais livraison à la prise des entraîneurs à Poitiers,  je devais la ramener intacte à l’arrivée à Fontenay-sous-Bois ! » 

 A l'aube, le peloton emmené par André Chalmel, Joaquim Agosthino en huitième position à droite, en tenue noire

  

STAYER FR :  « Les coureurs n’avaient pas chômé dans la fraîcheur de la nuit depuis le départ, donné à 2 h 16 aux Quatre-Pavillon, en accomplissant leur raid à près de trente-cinq à l'heure de moyenne à la lueur des phares des voitures suiveuses. A 6 h38, Van Springel arrive le premier (déjà !) à l’arrêt-toilette de Ruffec. Là même où la deuxième « monte » de l’équipe Puch, Patrick Busolini s’autorisera quelques instants plus tard un repas chaud. Mi perplexe-mi amusé, Van Springel (qui, une plaque de chocolat aux noisettes en main, n’a rien perdu de la scène), glisse en aparté aux journalistes belges qui l’entourent « Celui-là, il peut déjà être considéré hors-course …  » Dans un coin, assis aux côtés de son coéquipier Roland Berland, André Chalmel, le vainqueur sortant, observe son rival belge du coin de l’œil. Il pense sans doute à cet instant au coup fumant qu’il a mijoté pour troubler la sérénité de « Monsieur Bordeaux-Paris » …  

    Herman Van Springel, "Monsieur Bordeaux-Paris"  

 

Premier arrivé à la halte-toilette, Herman Van Springel sera aussi le premier à en sortir, aux côtés de son équipier Willy Tierlinck ...

Mmmmmh … si ce n’est pas un présage, ça … » 

 

SERGE DE VRIES : « A Poitiers, au moment de la prise des entraîneurs, au kilomètre 218, Joaquim est au mieux pour affronter les trois cent soixante-dix kilomètres qui restent à accomplir. Nous avions bien décidé de rester « au chaud ». Je lui avais recommandé avant la course : « Pas question de sprinter quand tu prendras le sillage de la moto. Pas question surtout de se retrouver seuls, pas abrités, à manger du vent. On restera calfeutrés à l’intérieur de la meute des équipages, et surtout pas isolés devant à prendre les rafales ! »  

 Joaquim lors de la prise des entraîneurs, en dernière position à gauche 

 

« C’est pourtant cette téméraire tactique qu’avait adoptée André Chalmel, le vainqueur de l’édition précédente. Lui et Jo Goutorbe son entraîneur avaient démarré comme des sauvages après la prise des entraîneurs, pour impressionner et déstabiliser le favori, Hermann Van Springel. Hélas pour nous, c’est ce moment, et à deux reprises, qu’a choisi le moteur de ma Kawa pour « s’enrhumer ». L’aventure  commençait mal. Malgré cet incident, au kilomètre 249, nous ne pointions qu'à trente-cinq secondes de Chalmel, et à quinze seulement de Van Springel, Berland et Rosiers. Nous étions « dans la course »

Dans la côte de Sainte-Maure, trente-cinq kilomètres plus loin, le pétard allumé par Chalmel et Goutorbe leur a « pété  à la figure » … Berland, impressionnant, a pris alors le commandement, Delépine et Van Springel sur ses talons. Joaquim et moi, nous n’étions pas loin, à portée de fusil. Mais c’est après les premières accélérations de Van Springel que nous avons dû lâcher un peu de lest.  

photo page FB Joaquim Agsthino "ciclista" - merci à José Manuel Costa

 

 Et puis, après Tours, sur les bords de Loire, tout a commencé imperceptiblement à se dérégler … Jusqu'à ce que, avant l’entrée dans le département du Loiret, le compteur de la moto, de soixante-cinq à l’heure se mette progressivement à  afficher cinquante, puis quarante, puis 35, puis 30 km/h … Notre homme rencontrait "L'homme au marteau", ça ne faisait plus de doutes ... Moi, tout en restant figé dans ma posture d’entraîneur, je me suis aperçu en bougeant la tête dans sa direction qu’il avait les lèvres un peu blessées, sanguinolentes, la bouche comme tailladée par de petites coupures … Cela m’a inquiété, bien sûr … »  

« … C’est qu’à soixante-cinq à l’heure, il est bien difficile de dépiauter sans se blesser le papier aluminium qui enveloppe les sandwiches préparés ( ?) par le soigneur. En fait, cela faisait un bon moment que « Tino » ne pouvait plus s’alimenter, et surtout,  il ne voulait plus entendre parler de ces maudits sandwiches ! Victime d’un fameux coup de fringale, il va me répéter  bientôt en boucle qu’il veut abandonner… Dans la voiture suiveuse « Le Vicomte » avait déjà  saisi l’ampleur du désastre, et il s’activait frénétiquement depuis un bon moment à couper et à mixer avec les moyens du bord une kyrielle de fruits, et à bourrer le tout dans des bidons qu’il tendait les uns après les autres  à notre « Tino » défaillant … Et dire qu’avant la course j’avais pris la peine de téléphoner à Bernard Gauthier pour lui demander des conseils quant à l’alimentation à adopter dans un Bordeaux-Paris ! Fruits, glucose, sucres lents, sucre roux, thé, citron … ! Et  voilà que nous étions en train de perdre Bordeaux-Paris pour avoir confondu film alimentaire avec papier aluminium … » 

 

STAYER FR : 64.300 kilomètres accomplis dans la première heure … 65.300 dans la seconde … près de soixante-quatre dans la troisième …  Lorsque Joaquim Agosthino et son entraîneur dépassent Les Trois Cheminées, au km 411, ils ont désormais cinq minutes de retard sur la tête de la course, et à Orléans,  les choses ne se sont guère arrangées : l'équipage de Vries - Agosthino  a ajouté plus  de six minutes à son passif ! Pourtant, les bidons-mixture passés à la chaîne, conjugués à sa fabuleuse résistance et son courage sans égal, ne vont plus tarder à produire  leur effet. A Pithiviers (km 478.5) il s’est déjà largement remis dans l’allure, en reprenant plus d’une minute à Régis Delépine. La remontée sur Fontenay-sous-Bois va se faire crescendo, jusqu’à dépasser en coup de vent Delépine,  à la dérive à son tour … Des treize minutes de retard pointées à Pithiviers sur le second, Roland Berland, « Tino » n’en comptera plus que huit à l’arrivée.

Au bout de cet incroyable final, une belle troisième place pour Joaquim Agosthino, derrière un épatant Berland et un  Van Springel toujours aussi inexorable.  … Et qui lui, depuis la prise des entraîneurs, avait carburé exclusivement au « Bambix » (publicité gratuite), une bouillie pour bébé. Apparemment, c’était le bon choix, non ?

Curieusement, la presse sportive française et belge passeront quasiment sous silence la prestation du champion portugais. Quand on pense à l'insistance avec laquelle Félix Lévitan avait demandé sa participation, il y a de quoi être un peu perplexe ...

"Contra toda a expectativa, até de proprio, que descontrecia as suas possibilidades numa prova de caracteristicos tào especiais, Joaquim  Agosthino cometeu a bella prueza de se classicicar num magnifico so lugar, na "classica" Bordeùs-Paris, disputada on tem na distncia de 588.5 quilom-tros ..."  Heureusement, la presse de son pays, elle, n'a pas omis de saluer dès le lendemain la performance de "Tino".  

SERGE DE VRIES : «  L’histoire de « Tino » avec Bordeaux-Paris s’est arrêtée ici.  Avec « De Gri » nous n’avions  finalement pas trop mal mené notre barque. Mais heureusement que « Le Vicomte » disposait d’un petit stock de fruits dans sa voiture, sinon l’aventure finissait mal. Aurions-nous  pu gagner sans cette faute de soins ? Je suis convaincu que l’on pouvait au moins inquiéter Van Springel … Maintenant, c’était quand même Van Springel … Je l’ai beaucoup observé, le champion belge, tu sais : il roulait « sur le porte-bagage » de la moto, légèrement incliné pour gagner de l’abri … Il avait comme une science du train et de l’abri ... en fait, je pense qu’il était imprenable sur ce type d’épreuve. »  

 

STAYER FR : Herman Van Springel remporte son sixième Bordeaux-Paris, «  le meilleur de tous », c'est lui qui l’affirme du moins une fois descendu de machine, non sans avoir rendu un hommage appuyé à la résistance que lui a opposée le champion de France Roland Berland. Gaston Dewachter, l’entraîneur emblématique du maître anversois, admiratif, rapporte quant à lui : «  J’ai laissé Herman commander : il voit tout. Il entend tout … » Le champion belge a accompli les cinq cent quatre-vingt-dix-huit kilomètres de l’épreuve   les doigts crispés treize heures durant sur les cocottes de frein, précaution née de son terrible accident de l’année dernière sur cette même épreuve. Le sage et vénérable champion disserte sur les sept kilogrammes de sa monture et sur les boyaux de 220 grammes qu’il a chaussés : « Je tiens aux 105 000 francs de prime alloués au gagnant, mais je tiens aussi à la vie ! déclare-t-il » ... Pourtant, heureusement que ses adversaires ne l’entendent pas lorsqu’il ajoutera avec une sincérité désarmante : « Plus de quarante-six km/h pour la moyenne de la course dites-vous ? … J’aurais pu pédaler encore plus vite dans la dernière heure … » 

 

Joaquim Agosthino n’a pas été le premier coureur portugais de l’histoire à disputer Bordeaux-Paris. Avant lui, cinq années plus tôt – pour un Derby de la route disputé derrière derny cette fois -, son compatriote Manuel Gomes avait joué les pionniers, en bouclant l’épreuve à une plus qu’honorable quatrième place. « Tino » était fait pour cette épreuve d’hommes forts. Il était d’ailleurs prévu qu’il revienne sur le "Derby de la Route", cette course qui lui allait comme un gant, trois années plus tard. Hélas, remplacé au dernier moment par l’Américain Jonathan Boyer, il n’aura plus jamais l’occasion d’y briller.

 

SERGE DE VRIES :  « Les minutes perdues à cause de la défaillance de « Tino » ont pesé beaucoup dans la balance. Je garde la conviction que « Tino » pouvait viser bien plus haut qu’une troisième place ce jour-là, car il "marchait" très fort. Et on était encore dans la course lorsqu’il a encaissé ce « coup de buis »,  même si, tout occupé que j’étais à l’abriter, le guider, lui éviter les embûches de la route, j’ignorais notre position exacte par rapport aux autres coureurs. La preuve qu’il avait une possible victoire dans les jambes sans cet incident, c’est qu’il a réalisé une fin de course en bolide » 

 

« On n’a plus eu l’occasion de revivre par la suite pareille aventure. Et je le regrette. Par ce que c’était quelqu’un « Tino », un fameux champion bien sûr, mais surtout un garçon « nature », si attachant, qui n’avait pas « la grosse tête », ah ça non !  Il n’avait peut-être pas fait d’études, mais il savait tenir sa place en société … Et puis toujours d’une grande courtoisie, et … très futé, avec son regard si malicieux … : tu pouvais lire dans ses yeux ! « Tino », c’était cet homme d’une grande gentillesse, et pas si frustre que la presse se plaisait à le présenter parfois, crois-moi … »

 

« Tu vois, là-haut, dans mon grenier, j’ai conservé le cadre de son vélo accidenté lors d’une étape du Tour de France … Viens, je vais te le montrer … » 

 

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Avec mes chaleureux remerciements à Serge De Vries, pour sa collaboration et son implication ; mes remerciements également à José Manuel Costa, qui a en quelque sorte donné « le top départ » à ce sujet qui me tenait à cœur, et à François Bonnin pour le complément de documentation.

 

Sources : Serge de Vries ; L’Equipe Samedi 17, Dimanche 18 et Lundi 19 Mai 1980 ; Pédale n° 2 Juin-Juillet 2012 ; Vélo 150 Janvier 1981 ; L’Année du Cyclisme 1980 ; Hors-Série Coups de Pédale n° 15 Mars 2002 ; Le Sportif n 21 Mai 1980 ; Miroir du Cyclisme Octobre 1978 ; Cyclisme Magazine n° 4 & 5 des 5 Mars et 2 Avril et 10, 11 & 13 Juillet et Septembre 1969 ; José Manuel Costa (photo); Pierre Ducros, kinésithérapeute de Joaquim Agosthino ; Pierre Dieterlé site internet www.jeandegribaldy.com livre « Jean de Gribaldy, la légende du vicomte édition du Sekoya  ; François Bonnin ; Maurice Caillette; Diatio de noticias semaine du 18 Mai 1980; Dominique Turgis de Direct Velo.

 


 

 

Bordeaux-Paris 1980

derrière la moto de Claude Larcher 

 

«  Je connaissais bien l’équipe Renault Gitane. « Je partageais le pain » avec eux ; Marcel Boishardy et Cyrille Guimard étaient de bons camarades à l’époque » 

« L’équipe Renault Gitane était moralement tenue d’aligner au moins un coureur sur Bordeaux-Paris. En plus du vainqueur sortant, le choix de Cyrille s’est donc porté sur Roland Berland, champion de France tenant du titre, un bon coup finalement pour le standing de l’épreuve. Guimard m’a contacté une semaine auparavant, et m’a fait procéder moi et la Kawasaki à des essais en soufflerie au Centre Renault en région parisienne, où l’ergonome du cru s’est attaché à optimiser ma position sur la moto » 

 

« Mais Berland – qui avait été prévenu de sa participation à Bordeaux-Paris quinze jours seulement avant le départ (alors qu’il avait postulé depuis l’hiver)  devait être certainement « en chien » avec Guimard ou avec l’équipe, car lorsque j’ai débarqué chez lui, à La Châtaigneraie en Vendée, ses premiers mots ont été : « Qu’est-ce que tu viens foutre ici ? ». Je lui ai répondu : « Mais Roland … c’est pour faire Bordeaux-Paris … » «  Non, non, vous me faîtes ch… Je ne le ferai pas ! » « Mais tu ne peux pas me faire ça, je suis venu en voiture de Paris juste pour toi tout de même ! » 

 

« … Le lendemain dès l’aube, on roulait ensemble sur les routes de l’arrière-pays. Mais alors là, il m’en a fait voir : « … Ta tête ! … » « Ton dos, redresse-toi ! … » « Ton pied, place le autrement … Non, pas comme ça ! … » Et ça n’a pas arrêté pendant toute la sortie : plus de cent bornes à me faire « pourrir » …  De retour chez lui à la fin de la sortie j’étais « naze », moulu, brisé … alors que lui paraissait relativement pimpant en dépit de notre virée infernale à 60 à l’heure et plus … J’espérais secrètement pendant le repas qu’après une pareille séance on ne repartirait pas l’après-midi. Quand, timidement, je lui ai demandé au moment de quitter la table : « Qu’est-ce qu’on fait tantôt ? » Il m’a répondu : « Mais on recommence, bien sûr ! »

J’étais anéanti … Pourtant, il a bien fallu repartir pour quatre autres heures de torture … Pire, lorsque est venu le moment de se coucher : « Eh, Claude, demain, j’te réveille à sept heures ? » Moi, en priant le ciel qu’il oublie l’heure le lendemain matin : « T’inquiètes pas, ce n’est pas la peine, je sais me réveiller tout seul … » Tu parles, le lendemain, impossible « d’émerger », et il est venu me tirer du lit. Une heure après, c’était reparti pour une nouvelle séance de « dur » sur les routes vendéennes … Et d’enchaîner le surlendemain sur une autre. Quand est venu le jour de notre départ pour Bordeaux, avec la Kawa en remorque, c’était pour moi presque un soulagement … » 

 

« Arrivés sur place, nos chemins se séparaient, et nous ne nous sommes plus retrouvés qu’à la prise des entraîneurs, à Poitiers. Là, j’étais confiant, j’avais « pesé » le bonhomme pendant cette semaine d’entraînement : un vrai professionnel, un technicien, avec qui tu apprenais toujours. Son intelligence, sa technique innée de l’abri … ça crevait les yeux qu’il avait tout ce qu’il fallait pour réussir un bon Bordeaux-Paris. D’ailleurs on peut dire qu’il conduira toute sa course en véritable professionnel. Deux regrets pourtant. Il aurait dû faire Bordeaux-Paris plus tôt; et il aurait dû le refaire, il l’a avoué lui-même après l’arrivée. Mais comme il a arrêté le cyclisme dès la saison suivante … » 

 

« De mon côté, je maîtrisais bien la moto Kawasaki ; étant entraîneur de demi-fond, je n’ai eu aucun mal à m’y faire. J’avais déjà couru Bordeaux-Paris sur l’engin, dès son entrée en fonction en 1976, où j’avais conduit un  Serge Aubey malade, qui avait tenu à finir l’épreuve pour moi, ce dont je lui serai toujours reconnaissant, puis deux autres avec Jean-François Pescheux » 

 

« Pour cette édition 1980, on avait bien sûr André Chalmel à l’œil : il avait remporté le « Derby de la Route » l’année précédente, en battant la moyenne de l’épreuve ... et puis je connaissais trop bien mon Goutorbe, son entraîneur, et je me doutais bien de ce qu’il allait faire. Pourtant, je me rappelle m’être d’abord focalisé sur la course de Pescheux, vexé que j’étais d’avoir été écarté par le staff de son équipe, alors que je l’avais conduit jusque-là sur ses Bordeaux-Paris. Et puis, finalement, la course a décidé pour nous. »

André Chalmel : une attaque d'une violence inouïe 

 

« Quand Chalmel s’est écroulé dans la levée de Sainte-Maure (km 284.5), nous nous sommes retrouvés seuls en tête : ça nous a rassurés, et je n’ai plus pensé à « l’affaire » Pescheux, qui, de toutes façons, avait abandonné suite à une vilaine chute avant Jaunay-Clan, gamelle consécutive aux ratés de la moto de son entraîneur …  En tête, on est devenu confiants, et d’ailleurs, lorsque Van Springel nous a repris, à hauteur de Sorigny, une quinzaine de kilomètres plus loin, je voulais qu’on aille le reprendre de volée. Je me rappelle avoir dit alors à mon coureur :  « Plus près de lui, plus près ! Allez, on le passe ! » Mais mon  champion de France ronchonnait : « Non, non, tu restes là ! » Je voulais juste passer devant pour ralentir Van Springel, le faire un peu « gamberger », rien de plus … Il n’a jamais voulu obtempérer, obstiné sur ses « « Non, non, tu restes là ! ». Dommage, je suis sûr que c’est moi qui avait raison à ce moment de la course » 

 

« Un kilomètre après Chambray (km 310), Van Springel a accéléré, et là, on a été le reprendre, tranquillement. Après Tours, sur les bords de Loire, Régis Delépine a dû laisser filer, et  Van Springel a cherché à nous décramponner à deux reprises … Revenus sur lui, je tente à nouveau le coup : « Là, on passe Roland ! »  Mais il me répond non, toujours non … Herman Van Springel a alors enclenché le turbo une quatrième fois. Cette nouvelle secousse, on a mis huit kilomètres, entre Montlouis et Lussault, pour l’amortir, et revenir finalement sur  lui.  Jusqu’à ce que le tandem infernal De Wachter / Van Springel « remette ça » du côté d’Amboise. Mais six kilomètres plus loin, à Chargé, on était de nouveau revenus sur leurs reins … A Condé-sur-Loire, au kilomètre 365, nous passons à six secondes,  pour, après douze bornes de chasse, revenir une nouvelle fois sur eux ...  

Herman Van Springel en pleine séance de "vissage"  

 

Là, j’ai vu Van Springel se retourner, un peu agacé … A Blois (km 378.5), on passe ensemble, et derrière nous le trou est fait. Hélas, à Saint-Dyé-sur-Loire (km 393), une dizaine de bornes avant l’entrée dans le département du Loiret, Van Springel nous place un nouveau démarrage. Et là, il n’y aura rien à faire. On va bien tenter de faire de la résistance, mais près de vingt bornes plus loin,  au passage dans le village des Trois Cheminées (km 411.5), notre retard s’élèvait déjà à 44’’. A Orléans, vingt-cinq kilomètres plus loin, on avait perdu une minute de plus. Lorsqu’on déboulera dans Pithiviers (km 478.5), il y aura plus de deux minutes que l’Anversois était passé … A Corbeil-Essonnes (km 542) on avait concédé quatre minutes de plus … Dès lors, il n’y avait plus rien à faire, et la deuxième place étant assurée (Delépine, le troisième étant pointé à plus de quatorze minutes de la tête), on a « laissé filer » jusqu’au circuit d’arrivée à Fontenay (km 580), un tourniquet piteux, où le maigre public déambulait le long du parcours sans s’occuper de nous.  Je me rappelle qu’à l’un de nos passages, les gens se baladaient  sans même un regard pour le maillot bleu-blanc-rouge porté par mon coureur. Je me souviens avoir pensé à ce moment-là : « Là, ça va mal pour le vélo … » 

 

« Le surlendemain, nous avons disputé la revanche de Bordeaux-Paris, à La Cipale ; ce soir-là,  Roland tenait une forme extraordinaire, et j’ai le souvenir d’un dernier tour époustouflant, tel que j’en ai rarement vécu dans ma carrière d’entraîneur ! On s’est bien amusé après pendant le tour d’honneur, durant  lequel nous avons échangé nos engins, un régal pour le public … et un si beau souvenir pour moi ! »  

  

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Témoignage de Claude Larcher

Patrick Police, avec tous mes remerciements à Claude Larcher, et à François Bonnin pour le complément de documentation.

Sources : L’Equipe Samedi 17, Dimanche 18 et Lundi 19 Mai 1980 ; Vélo 143 Juin 1980 et 150 Janvier 1981; L’Année du Cyclisme 1980 ; Hors-Série Coups de Pédale n° 15 Mars 2002 ; Le Sportif n 21 Mai 1980.  


 

 



18/07/2017
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