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LE CHAMPIONNAT D'EUROPE A BERLIN : ON REFAIT LA COURSE AVEC EMILIEN CLERE ET FRANCOIS TOSCANO

 

Non, je ne pouvais pas vous laisser sur la seule lecture d'une fiche de résultat sèche.

 

La performance des stayers français, réalisée à Berlin, méritait mieux que çela.

 

Et si vous avez eu l'imprudence de suivre l'évènement sur Eurosport 2, vous n'aurez pu vous faire qu'une faible idée de la réalité des évènements.

D'autant que les deux navrants commentateurs,  affichant - , sur fond de "private jokes" poussives  débitées sur un ton canaille genre "on rigole-on rigole, hein ?"  -leur total mépris pour le demi-fond, n'ont sûrement pas contribué à vous faire vivre la course.

 

Pendant que je déplorais leurs pitreries, je ne pouvais pas m'empêcher de  penser à la façon dont ont été ou sont encore célébrés chez les médias les "exploits" des années Epo ou du cyclisme électrique, et que l'on est même pas fichu de marquer du respect pour des garçons qui se font mal au delà de l'imaginable pour quérir une médaille ou une place sur un podium. Ca me fait mal au ventre.

Respect pour l'athlète, c'est trop demander ? 

Fin de ma séquence colère.

 

Donc, j'ai cru utile de revenir vers vous en demandant à Emilien Clère et son entraîneur François Toscano de nous raconter leur course.

 

Façon de célébrer. Façon de réparer.

 


 

 

STAYER FR : "La tactique que vous aviez arrêtée, c'était quoi?"

Emilien Clère : "En deuxième position sur la ligne de départ, coincés entre les Allemands Steger et Shafer, on avait opté pour un départ ultra-rapide. Aussi, on s'est jeté dans la bagarre pour aller chiper la pole-position à l'Allemand. Cinq tours à fond, mais rien à faire, on n'a pas pu passer. Du coup, François a sagement "coupé"."

François Toscano : "Remontons un peu avant, pour "fixer l'ambiance" ... Au moment du tirage au sort, qu'a commencé à exécuter un commissaire de l'U.E.C., l'entraîneur italien a exigé avec véhémence, appuyé par d'autres entraîneurs, que ce tirage soit réalisé, conformément au règlement, par nos soins. Grosse bouderie du commissaire en question ! Tu vois, la tension a commencé à monter avant même le départ, d'autant que le tirage réalisé par le commissaire avait donné la première position sur la ligne de départ ... au champion sortant, l'Allemand Schafer ! Une fois sur la ligne de départ, on était concentrés à fond sur l'objectif : prendre la tête. Notre attaque a été si violente que l'on s'est retrouvé à presque prendre le tour, en poussant Steger sur l'autre Allemand en serre-file, Schiewer. Quand je vais "couper", tout le monde sur la piste est en souffrance et a besoin de souffler"

 

STAYER FR : "Le coup du départ n'a donc pas fonctionné. Qu'est ce qui s'est passé ensuite?"

François Toscano : " J'ai laissé le temps - ça a duré une quinzaine de tours - à Emilien de se "refaire la cerise".

Emilien Clère : "Calé en deuxième position, on a dès lors décidé de ne pas bouger et d'attendre la grosse bagarre à venir. On est resté ainsi pendant près de soixante tours. On pouvait y croire à ce moment, on était seconds, on avait emballé la course, l'équipage champion d'Europe Schafer - Bauerlein campait dans nos reins et nous n'étions pas attaqués. D'ailleurs, on était résolu à les laisser passer le moment venu, espérant la grosse bagarre qui nous permettrait de tirer profit de la situation, si un ou plusieurs restait(ent) sur le carreau. Résister à une attaque de Schafer à cet instant de  la course ne m'aurait mené à rien. "

François Toscano : "Mais ça ne s'est pas passé comme nous l'avions escompté. Lorsque Schafer est passé, il a emmené dans son sillage l'Italien Vigano, puis les Hollandais. Mais même pendant cette phase, nous restions toujours dans le tour, toujours dans la course. Dès lors, on n'avait plus d'autre choix que de maintenir une cadence élevée, sans faire les fanfarons, et réaliser  une course d'attente"

 

STAYER FR : "A 80 tours de la fin, le Hollandais Kos va démolir le mur constitué par les trois coureurs allemands installés en tête, faisant "exploser" Schafer et poussant Schiewer à abattre enfin  son jeu. A ce moment de la course, vous êtes toujours dans le coup. Et ce n'est que dans les quarante derniers tours que vous allez être doublés. La fin de course s'est passée comment pour vous ?"

Emilien Clère : " Pendant les vingt derniers tours, je dois t'avouer que n'y étais vraiment plus. Je ne cherche pas d'excuse, mais je n'étais pas vraiment dans un grand jour; et une fois doublé, je savais que je ne pouvais plus atteindre mon objectif. Mais je n'ai pas à regretter quoique ce soit. D'autant que j'ai eu la chance que François m'ait conduit à la perfection, dans des conditions pourtant difficiles pour lui"

François Toscano : " Les BMW du vélodrome ont vraiment posé des problèmes. Nous n'avons pas pu disposer du créneau de Mardi pour nous y accoutumer, et on n'a eu que le Mercredi pour s'y faire ... Elles se sont révélées d'une manipulation extrêmement délicate"

Emilien Clère : " Quand tu coupais, la décélération était trop marquée, et sur les accélérations, c'était dur de repartir. Soit on revenait trop fort sur le mec devant, soit on coupait trop vite, et j'avais l'impression dans ces moments-là  d'encaisser comme des coups de frein" 

François Toscano : " Ces motos étaient ultra-sensibles, bien trop réactives ... Elles ont posé d'ailleurs de vrais problèmes d'adaption aux entraîneurs - sauf bien sûr aux entraîneurs allemands. J'ai passé mon  temps à jouer avec la poignée pour essayer d'effacer au maximum les à-coups ... Et cette position impossible à la verticale, sans compter les problèmes d'équilibre ! Tout ton bagage d'entraîneur remis en question par ces machines impossibles à piloter, qui m'ont fait regretter nos bonnes vieilles Yamaha !"

 

STAYER FR : " Quel bilan tirez-vous de ces quatre journées berlinoises ?"

Emilien Clère : " Bien sûr, je suis déçu, par ce que je n'ai pas atteint mon objectif. Mais franchement, je crois qu'on est sorti grandis de cette course. Et j'ai la convction qu'on a progressé encore, et que ça nous servira pour la prochaine fois. Ca a été une belle expérience, et je reste motivé : on a encore des choses à accomplir dans cette discipline, et on peut encore faire mieux"

François Toscano : "  Lorsque nous avons appris que les qualifications se disputeraient en trois manches, avec deux qualifiés seulement plus un seul qualifié au temps sur l'ensemble des trois manches, notre moral n'était pas bien haut. Mais j'avais décidé qu'on passerait, en obligeant nos adversaires à faire la course la plus rapide possible, et c'est ce que l'on a fait ! Dès lors, on a repris confiance. Et de notre prestation en finale, je retiens qu'il y a eu performance. Nous n'avons jamais été ridicules, nous sommes restés pendant les trois-quart de la course dans le tour de nos adversaires"

 

"Et puis, je tiens à rendre hommage à la prestation de Joseph Berlin-Sémon et Kevin Fouache : ils ont été sen-sa-tion-nels! Ils ont tout donné, ils se sont dépouillés, démontés : chapeau ! Joseph m'a avoué qu'il ne s'était jamais autant fait mal à vélo ! Au niveau de la cohésion et de l'ambiance, ils ont formé avec Emilien une vraie équipe. Maintenant, il nous reste à gagner pleinement notre place parmi les autres membres de la délégation équipe de France, et d'en être enfin reconnus comme des membres à part entière . Ce serait une belle victoire pour ces garçons, qui le méritent !"


 

Patrick Police - Merci à Reta Shoots pour les photos !

Berlin, le 23 Octobre 2017

 



22/10/2017
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