STAYER -FR : Le blog 100 % demi-fond et derny

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JEAN RAYNAL LE STAYER TOUCHE-A-TOUT, CHAMPION ET GLOBE-TROTTER : LA SUITE

JEAN RAYNAL, LE STAYER TOUCHE-A-TOUT, CHAMPION ET GLOBE-TROTTER  (SUITE 1)

" Du demi-fond au Spoutnik, du Spoutnik au demi-fond "

 

 

 

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photo collection Jean Raynal

 

Mais 1957, c’est aussi l’année de l’ouverture de l’Ecole Fédérale de Demi-Fond à la bonne vieille « Cipale » de Vincennes, animée par Jacques Lohmuller et Henri Damasse. L’année aussi de la renaissance des championnats de France et du Monde de demi-fond pour les amateurs et indépendants, qui sera disputé à l’automne pour ce dernier sous la forme d’un Critérium Mondial ,  sur la piste de Leipzig à l’Automne,.

 

JEAN RAYNAL : « Tout est parti d’une boutade lancée à l’emporte-pièce un jour d’entraînement à La Cipale. Alors que je regardais tourner les stayers qui se préparaient pour les championnats de France, je lance à Henri Damasse qui était à mes côtés : « Dis, ils vont tout de même pas donner un maillot de champion de France à ces mecs-là ? » Aussi sec, Damasse me renvoie : « Si tu es aussi costaud, tu n’as qu’à t’engager ! En plus, tu as de la veine, aujourd’hui, c’est le dernier jour pour s’inscrire au championnat !» Déjà que j’étais doté d’un tempérament de fonceur, et qu’il n’a jamais été trop dans mon tempérament d’hésiter, je lui réponds du tac au tac : « Vous pouvez m’engager ! » Mais Damasse insiste alors : « Dis, tu as un vélo de stayer, au moins ? » Moi : « Non, évidemment … » Jacques Lohmuller qui, comme par hasard,  passait dans le coin, en rajoute bien sûr une couche : « Mais ce n’est pas un problème (ben tiens !...) On va t’en passer un ! Et me voilà entrain de cavaler aussi sec sur ces entrefaites au café  de Marcel Jean tout proche pour m’inscrire !

Du coup, il ne me restait plus qu’à enchaîner vite fait sur le gaz des séances de soixante bornes, sur la route le matin et autant derrière moto sur la piste l’après-midi, pendant les deux jours qui me séparaient de la course au titre pour être fin prêt ! »

 

« Et le jour du championnat, je gagne devant Pacini de l’A.C.B.B. et mon camarade de club Roger Picard ! Drivé par Maurice Longue, j’étais revenu à la mi-course sur Pacini qui s’était usé à vouloir doubler Picard. J'avais remporté le titre sans finalement me faire trop mal. Et la presse de l’époque clame alors : « Raynal, transcendant, a son billet pour Leipzig »

 

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 Jean Raynal champion de France - à ses côtés André Retrain - photo Jean Raynal

 

« Après le championnat, sur la route, avec mon club, la Pédale Charentonnaise, je remporte en septembre une course ressuscitée, le Critérium des Comingmen, disputée sur le circuit de Longchamp. Tout va donc pour le mieux quand arrive le fameux Critérium Mondial. Mais là, c’est la catastrophe : je rencontre avant d’aller à Leipzig un gars - dont aujourd’hui encore je ne suis même pas capable de me rappeler le nom - qui me fait signer un contrat moyennant monnaie pour porter en course des chaussures révolutionnaires de son invention. Hélas, ces chaussures, vissées sur la pédale, (eh oui, dès 1957, le système existait, la preuve !) si elles étaient difficiles à chausser, l’étaient encore plus à rechausser. Au premier coup de pédale de la manche qualificative, je déchaussais, et m'emberlificotais pour remettre mon pied dedans ! Empêtré dans mes problèmes de chaussures, ne trouvant jamais le bon coup de pédale - et pour cause ! -, je n’ai pu faire que  cinquième de la première série remportée par l’Italien Musone. Plus tard, je m’enfoncerai davantage  dans les repêchages (6ème, vainqueur Zieger (R.D.A. – n .d.Stayer Fr) Pire : je  ne participais même pas à la manche de la consolation (course arrêtée par les intempéries au 28ème kilomètre) ! Comme si ce n’était pas assez, le soir même je me fais pincer dans la chambre des filles de l’hôtel où nous séjournions, par un Henri Damasse outré et furibard … Là, mon standing tout frais va en prendre un fameux coup. Mais je ne gamberge pas, et je décide de tourner la page, et de passer professionnel. Ce sera chose faite le 7 Novembre 1957. Tiens, tu peux vérifier, j’ai conservé ma licence depuis tout ce temps. »

 

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  Avec l'Italien Pizzali et le Français Claude Larcher, trois du fameux Critérium Mondial de Leipzig - photo Claude Larcher

 

La saison  1958 sera pour Jean RAYNAL l’année du Spoutnik III. C’est que le Suisse Oscar Egg, ex-champion cycliste et recordman de l’heure (entre autres) est à la recherche depuis quelque temps d’un coursier sans peur et sans reproches susceptible de  piloter un curieux engin caréné, rejeton putatif du fameux « Vélo-Torpille » d’avant-guerre (celle de 14-18) de l’Ingénieur Etienne Bunau-Varilla.

 

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le vélo-spoutnik première manière - photo collection Jean Raynal

 

Si l’on se rappelle que c’est le meilleur ennemi d’Oscar Egg en record de l’heure, le Français Marcel Berthet, qui avait utilisé en ces temps héroïques cette curieuse machine, il ne vous reste plus qu’à  échafauder toutes les théories possibles et imaginables sur les motivations profondes qui ont pu pousser Oscar Egg a ressorti de la cave cette vieille lune de la recherche aérodynamique (Rancune tenace contre Berthet?  Vengeance surgelée ? Allez savoir maintenant …)

 

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photo collection Jean Raynal

 

Il n’empêche que l’engin va faire parler de lui tout au long de l’été 1958. Ce vélo caréné, doté d’un habitacle en matière plastique, d’abord fermé, puis ajouré au moyen d'une  ouverture pratiquée en sa partie supérieure, n’en finira pas de méduser le public des vélodromes européens. A Lausanne, malgré la prime de 100 000F offerte, une équipe de quatre poursuiteurs du cru, renforcée par le champion-recordman de l’heure Willy Trepp, est rejointe par notre homme-torpille au bout de huit tours ! Deux équipes de coureurs se relayant à l’américaine, et même un stayer ne pourront quant à eux que s’accrocher quelques tours, avant d’ « exploser »,  la face empourprée et le souffle court ! Au cours de ces démonstrations, notre homme tutoie les 63 kilomètres à l’heure, et déroule le kilomètre  en 57 secondes, chiffres impensables alors ! Animé à coup de 52 x 13 (tout de même), le vélo-torpille Spoutnik III  se révèlera vite imbattable. Et un scénario identique se reproduira au vélodrome d’Ordrup au Danemark, où Raynal et son vélo-spoutnik (à moins que ce ne soit le contraire) atomiseront au bout de cinq tours de piste le « gratin » de la piste danoise représenté par Kay-Werner Nielsen, Palle Lykke, Jean Hansen et Rupert Christensen.

 

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Au Danemark avec Nicole Van Rysselberghe, son épouse, sur le vélo-spoutnik au Danemark - photo Jean Raynal

 

De Bruxelles à Zurich en passant par Lyon, la cagnotte de l’équipage Egg-Raynal n’en finira pas de prospérer …  Mais il sera bientôt temps pour notre homme de passer après ce bel été à d’autres jeux, même si ceux-ci se sont révélés fort lucratifs, et de ne plus proposer de défis, mais d’en relever. Ce qu’il va s’attacher à faire sans plus tarder.

 

JEAN RAYNAL : «  Oscar Egg tenait une boutique de cycles avenue de la Grande Armée à Paris, et était le Directeur Sportif de la Pédale Charentonnaise, mon club. Il avait essayé de faire piloter l’engin à plusieurs coureurs, et tous avaient échoué.  Un coureur niçois du nom de Zanetti, si j’ai bonne mémoire, des « pointures » comme Roger Gaignard, Jacques Bellanger, et même Roger Hassenforder je crois, tous s’étaient cassé les dents. Un jour, Fernand Wambst confia à Oscar Egg, qui s’était ouvert à lui du problème : « Ecoutes, je connais, moi, un type assez dingue pour piloter ton engin … »

  

Evidemment, ce « dingue », c’était moi ! Maintenant, il faut reconnaître qu’il n’était pas commode à manœuvrer, le « Spoutnik ». A l’intérieur de la carlingue, ça vibrait de partout tant que l’on n’avait pas atteint les  soixante à l’heure. Mais j’ai vite trouvé la parade pour corriger la chose : en plaquant mes coudes contre la coque, l’effet de « shimmy » que j’avais ressenti initialement avait disparu comme par magie. Inutile de te dire que j’ai gardé le « truc » pour moi, et que le père Oscar Egg m’a regardé à ma descente de machine comme une sorte de messie. Plus tard, en réduisant un peu la taille de la coque et en portant des coudières, c’est même devenu presque parfait. A la fin, on a pratiqué une ouverture dans le cockpit !

 

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Avec Oscar Egg  - photo collection Jean Raynal

 

Ainsi, ça devenait nettement plus respirable pour pousser le 52 x 13, et accomplir le kilomètre en 57 secondes … Ce vélo-spoutnik, on l’a exhibé sur tous les vélodromes possibles : à Berne, à Valenciennes, à Berlin, au Parc des Princes, à la Tête d’Or à Lyon, à Copenhague, à Saint-Etienne, à Anvers … et même sur la piste d’Oléron, alors un véritable champ de mines,  un vrai petit Paris-Roubaix. Mais là-bas, j’en ai fait « cadeau » à Hassenforder. En bord de piste, je pouvais voir la carlingue qui tremblait et se détériorait,  et compter les boulons qui s’en détachaient au fil des tours … Maintenant,  c’est une aventure qui a valu la peine d’être vécue : rends-toi compte, j’encaissais un million de francs au cours de ces match-défi si je les remportais !  Rien si j’étais battu. Mais je n’ai jamais été battu. Pour le transporter, c’était  pittoresque : je mettais le carénage et le vélo couché sans les roues sur la galerie de la 403 Peugeot, et les roues dans le coffre. Effet garanti sur les routes et autoroutes d’alors ... Tu me demandes ce qu’est devenu l’engin ? Eh bien, il a fini à la casse, il y a une vingtaine d’années. Ma femme en avait marre de le voir dans notre garage … Elle m’a demandé de nous en débarrasser, et vite ! Parce que, comme elle me disait « Tel que je te connais, tu serais bien capable un jour d’en refaire ! 

… Et elle avait raison … »

 

 

PROCHAINE EDITION :

1959 : UN RECORD ENCORE, ET TOUT POUR LE DEMI-FOND !

 

Patrick Police - le 26 Mars 2016


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avec la collaboration de Jean Raynal

Merci à André Retrain, Henrik Elmgreen, Claude Larcher et François Bonnin



26/03/2016
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