STAYER -FR : Le blog 100 % demi-fond et derny

STAYER -FR :  Le blog 100 % demi-fond et  derny

JEAN RAYNAL LE STAYER TOUCHE-A-TOUT, CHAMPION ET GLOBE-TROTTER (1)

JEAN RAYNAL

Le Stayer touche-à-tout, globe-trotter et … champion

 

RAYNAL Jean Raynal ---France- 2.jpg

 

 

Il aura traversé les années cinquante et soixante tel un sémillant ambassadeur, affirmant la présence de la France sur les pistes de plusieurs continents. D’abord routier   doté d’une belle pointe de vitesse, sachant grimper quand nécessaire, il fut enfin un brillant pistard, n’hésitant pas à tâter de l’expérimental lorsque l’occasion s’en présenta. Sur le bois, il a été un américain redoutable et respecté, doublé d'un coureur derrière derny de première force. Du bout des pédales d’abord, il tâtera du demi-fond, pour devenir champion de France à son premier galop d’essai !  Quand il se consacrera sérieusement au métier de stayer, au début des années soixante, il saura rappeler sa valeur une décennie durant aux cracks de la spécialité, quels qu’ils soient. Enfin, il assurera – au meilleur niveau - la permanence    de l’école française dans les six-jours Européens et Américains. Une carrière riche, aux sinuosités déroutantes parfois,   dont  STAYER FR va s’efforcer de vous faire revivre la brillance ... un parcours où l’exploit sait faire bon ménage avec le truculent.

 

 

La première chose qui saute aux yeux de l’observateur lambda (moi, en l’occurrence) c’est que Jean RAYNAL apparaît comme un fameux dévoreur de kilomètres ... Au temps de sa splendeur, il accumulait volontiers ses vingt-quatre mille bornes annuelles. Son credo : rouler le matin, rouler l’après-midi, sans relâche. Et ne croyez pas qu’à maintenant quatre-vingt-trois ans révolus, cette marotte de roule-toujours lui soit passée : le Monsieur s’astreint encore quotidiennement à aligner les kilomètres, (même si parfois ce n’est plus que sur le home-trainer) mais toujours « à fond la caisse ». Dans le pavillon de Champigny-sur-Marne, le vélo est omniprésent, de la chambre au salon, et je ne serais pas étonné que le home-trainer soit en surchauffe dès le réveil, calé sur 52x13 avec, une heure durant, 60 km/h affiché au compteur …

 

Jean RAYNAL :  « J’avais dix-sept ans, et déjà sur le vélo, rien ne pouvait alors me décourager : pensez que j’ai commencé par des randonnées de quatre cent bornes ! Et puis,  tout débutant, je voyais passer sur la RN4, littéralement sur le pas de ma porte (à Champigny-sur-Marne, sur l’avenue Marx Dormoy, à l’angle de la rue Michelet), le peloton des Louviot, Idée, Danguillaume, Giguet, Bobet qui partaient s’entraîner. Très vite, je me suis mis en tête de leur « filer le train », jusqu’à la cuvette de  Champlain, le chemin du retour à leurs trousses. Bientôt, l’intrus que j’étais sera adopté, même si, par jeu, on ne se gênera pas de chercher  parfois de le faire « sauter » …  «  Le dernier arrivé paie sa tournée au  « Bon-Repos ! » (un bistrot situé au bord de la RN4, en haut de la cuvette de Champlain) , c'était le leitmotiv de ces sorties …  » 

 

Mais le petit gars du C.C. Chennevières-Ormesson n’aura jamais à régler une tournée, même le jour au Paul Giguet tentera de le surprendre, son démarrage « couvert » en mode complot par ses beaux-frères Emile Idée et Camille Danguillaume  … 

 

Jean RAYNAL : « Quand j’y repense, en fait, je me suis formé tout seul ! En roulant avec ces gars-là, je me suis très vite dit : si ces mecs – c’étaient tout de même les champions du moment – se donnent la peine de s’entraîner, c’est qu’il doit bien y avoir une raison … A partir de cette réflexion, j’ai compris très vite la nécessité d’une préparation intense. Même si, apparemment, j’avais des moyens, je me suis persuadé que je devais m’entraîner durement. Dans la presse, on a souvent parlé de « Raynal le touche-à-tout », « Raynal le fantaisiste » « Raynal le joyeux compagnon » … Je laissais dire, et j’accumulais mes vinqt-quatre mille bornes annuelles, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige … »

 

Passant - sans problème aucun - des Brevets de Randonneur de 400 kilomètres aux critériums de banlieue, notre juvénile dévoreur de kilomètres commence dès 1949 à se construire une solide réputation régionale, sous les couleurs jaune et bleu-gris du C.C.C.O. Avec sa belle pointe de vitesse, il accumule les victoires, avant d’entrer aux J.P.S. en 1951. C’est simple : à l'époque, lorsqu’il n’est pas à la gagne, il est inutile de chercher son nom dans la feuille de résultats au-delà de la dixième place !  Tout s’enchaîne à merveille,  jusqu’au mois de septembre 1952, où l’heure du service militaire a sonné … Mais entretemps, le bail avec le club du Président Achille Joinard n’a pu aller à son terme, à la suite d’un évènement   aux conséquences inattendues  …

 

Jean RAYNAL : « L’hiver, je travaillais (car il fallait bien que je gagne ma croûte !) comme couvreur/plombier, à la faveur de petits chantiers. Le camarade qui m’avait embauché avait un défaut bien handicapant pour pratiquer ce métier : il avait le vertige ! Du coup, c’est moi qui grimpais à l’échelle de corde pour accomplir tous les travaux en toiture. Bref, un jour que je rentrais à vélo d’un de ces chantiers, et alors que je traversais le Faubourg Saint-Antoine pour prendre la rue de la Roquette, voici que je me fais agresser par un énergumène à bicyclette qui saisit la sacoche où était contenue tous mes outils et la secoue jusqu’à me faire tomber … Là-dessus on en vient rapidement aux mains : je le couche vite fait avec une série « gauche-droite » bien placée, et il s’écroule le long d’une camionnette. Fin de l’algarade, je reprends mon vélo et le laisse là, et n’entends plus parler de cette histoire jusqu’au jour où je me retrouve convoqué par le Président de la F.F.C., Achille Joinard, qui était aussi mon Président de Club ! Le gars avait porté plainte. C’était un marchand de quatre saisons qui, tous les matins, debout derrière son étal, dos à la rue, se faisait botter les fesses par un plaisantin à bicyclette »   

 

La victime de ce rituel imbécile avait donc décidé un jour de prendre son vélo pour courser l’indélicat et lui administrer la correction qu’il méritait.

 

Jean RAYNAL :  « Mais il y avait erreur sur la personne, et d’ailleurs le procès qui aura lieu établira bien vite mon innocence !

Entretemps, je me suis fait quand même virer du club à cause de cette histoire, et au lieu de faire mon service militaire au Bataillon de Joinville, tout près de chez moi, je me suis retrouvé affecté aux Forces Françaises en Autriche, au 5ème Dragon à Innsbruck ! Maintenant, avec le recul, je réalise que ça n’a finalement pas été une mauvaise chose, et tu verras pourquoi ... Ceci dit, le type qui m’a valu ces ennuis ne m’a jamais présenté ses excuses … »

 

Tout au long de l’année 1953, au gré d’ordres de mission bien opportuns, le soldat RAYNAL va représenter la France sur les routes – plutôt escarpées – du Tyrol autrichien, et recevoir la révélation de dons de grimpeur tout à fait honorables.

 

Jean RAYNAL :   « Là-bas, je ne vais finalement pas perdre mon temps. Je peux m’entraîner presque tous les jours après mon temps de service, et bien vite je gagne pas mal de courses. Le Directeur du Mess des Officiers, Monsieur Leroy, s’arrange à ce que je puisse me coucher le soir en dehors de la caserne ! Pendant l’année 1953, je vais étoffer sérieusement mon palmarès : championnat militaire international et Critérium International d’Innsbruck, championnat des F.F.A.U., Innsbruck-Telfs et retour, critériums de Schwaz, de Hard, Tour des Alpes de Kitzbühel  ...

 

RAYNAL AUTRICHE MONTAGNE.jpg

 

Au Tour d’Autriche, je vais remporter la 2ème étape, Graz-Klagenfurt,  en alignant lors d’une échappée à trois un certain Rick Van Looy, puis la 6ème,  Bad Ischl-Linz. Et ne croyez surtout pas que le peloton était composé de « rigolos » là-bas ! : outre Van Looy, regardez un peu les classements de l’époque : vous y trouverez les noms des  Belges Desmet et De Paepe (que je retrouverai plus tard sur les pistes), des Autrichiens Christian (qui fera plus tard troisième d’un Tour de France) et Wimmer (futur recordman de l’heure amateur), du Luxembourgeois « Jempy » Schmitz. »

 

RAYNAL AUTRICHE 2E ETAPE.jpg

2ème étape du Tour d'Autriche

 

 

De retour à la vie civile au début de l’année 1954, c’est sous les couleurs violet et orange du maillot de la Pédale Charentonnaise que va désormais sévir « l’Autrichien ». Il loupe de peu son championnat de France, devancé par Bourgeois et Vermeulin, au terme d’une course dont, aujourd’hui encore, il n’arrive pas à digérer le déroulement. L’hiver 1954 le voit écumer les vélodromes, et notamment le « Vél’ d’Hiv’ », où, très vite, associé à l’Autrichien Wimmer, qu’il a en quelque sorte ramené dans ses bagages,  il va se révéler transcendant. Le club d’Oscar Egg peut jubiler : les records à l’américaine amateurs n’en finissent pas de tomber cet hiver-là sur les lattes du « Vél’ d’Hiv’ » : celui des  10 kms, détenu depuis 1938 par l’équipe Couturier-Le Moal,  les 20 kms, jusqu’ici propriété jusque-là de Decaux et Michel, et même celui de la demi-heure, fraîchement établi par Brun et Picard … Que ce soit associé à Wimmer, au Français Guérin ou, deux années plus tard, à l’Autrichien Simic, Jean Raynal n’en finit pas de brûler les planches …

 

RAYNAL WIMMER.jpg

 Avec l'Autrichien Wimmer

 

Si l’hiver 1954 a marqué l’entrée en scène d’un grand pistard, le millésime suivant va démontrer que notre homme est également un redoutable « client » lorsqu’il s’agit de prendre le sillage d’un derny, engin qu’il découvre d’abord au Circuit de Daumesnil, le 21 Avril 1955. Troisième de cette course remportée par Claude Barmier du V.C.C.A., il maîtrisera bien vite les subtilités de l’exercice en tournant inlassablement sur la vénérable et voisine « Cipale ». Sur la route, il épingle un Paris-Montargis chahuté, où il laisse derrière lui les De Vries, Mézière, Skerl, Deconinck … Il ajoute dans son escarcelle  une étape du Ceinturon de Barcelone au mois d’Août, puis un prix de la Ville d’Asnières sous les yeux experts de Léo Véron et Jean Maréchal, bluffés par son « jump »

 

RAYNAL 9 PRIX D ASNIERES.jpg

 

irrésistible. Mais tout ceci n’est que peccadille lorsque le 11 Décembre 1955, sur les lattes du « Vél’d’Hiv’ » de Paris, derrière le derny piloté par Fernand Wambst, il établit le premier record amateur du genre à 55.826 kilomètres dans l’heure ! Un chiffre à faire réfléchir plus d’un professionnel, puisque la marque établie jusqu’ici par Roger Queugnet chez les « pros » n’était « que » de 55.388 ! Dans le monde de la piste, plus personne ne peut désormais méconnaître la valeur de cet athlète d’ 1m 76 et 74 kgs, véritable « publicité pour la joie de vivre » - comme le dépeindra un jour le coureur-journaliste Henri Surbatis-, adroit dans le sillage du derny,   au style coulé,  redoutable d’efficience.

 

1956 pourrait être l’année de l’apothéose. Las. 1956, c’est l’année terrible où l’on rappelle pour la Guerre d’Algérie la classe 1952. Un long "stage"   le mènera d’Orléansville (aujourd’hui El-Asnam) à Périgueux, et   interrompra tristement un parcours jusqu’ici sans faute. Et 1956 sera une année " blanche " : adieu les Jeux Olympiques de Melbourne ! Une chance est passée à jamais. Après avoir couru quelques mois pour le club de Périgueux, c’est le retour à la Pédale Charentonnaise, pour une année 1957 qui sera une année-charnière. La piste ou la route ? La route ou la piste ?

 

Pour faire pencher la balance côté route, une victoire au critérium des Comingmen du renouveau, organisé après une longue période d'interruption cette année-là à Longchamp par le V.C. de Paris. Côté route encore, une victoire qu’il considère aujourd’hui encore avec une tendresse particulière. Car dans cette  homérique Roue d’Or à Daumesnil, disputée  derrière scooter Vespa, il caracole ce jour-là en pignon fixe avec le 52x13, sur un vélo de piste équipé du seul frein avant ! Mais une fois saluée la foule, debout sur la banquette d’une autre vedette de l’année 1957, une Vespa 400 GT brillant de tous ses chromes, il file en toute hâte en

 

RAYNAL ROUE D'OR_crop.jpg

 

direction de la piste municipale pour disputer (et remporter)  une américaine, le Prix Rouillard-Vuillemin,  associé à son complice  André Retrain qui faisait des ronds, seul contre  les autres équipes, en l’attendant !  Puis ce sera un Paris-Briare remporté en pignon fixe, qui pourrait bien le convaincre de son talent de routier-sprinteur ...

 

RAYNAL PARIS BRIARE 2.jpg

Paris-Briare

 

Elle va pourtant pencher définitivement du côté de la piste, la balance,   à l’occasion d’un Paris-Vimoutiers , disputé parmi les « pros », en qualité d’Indépendant. Là, alors qu’il se voit déjà ne faire qu’une bouchée au sprint de son compagnon d’échappée Pierre Michel, avec qui il compte une belle minute d’avance sur les rescapés, il ne peut qu’assister impuissant à la victoire de Joseph Groussard, toutes ses chances envolées suite à une bête crevaison survenue en pleine ascension du « Mur » des Champeaux.

 

RAYNAL PARIS VIMOUTIERS 57 AVEC MICHEL.jpg

Dans la roue de Pierre Michel un jour de Paris-Vimoutiers

 

A partir de ce jour, plus d’hésitation, ce sera la piste, ses contrats sûrs et lucratifs, et ses courses moins soumises aux aléas ! De plus, notre homme aime le public des vélodromes, qu’il séduit à tout coup avec sa gueule d’acteur de cinéma,  et   il se sent comme un poisson dans l’eau dans l’atmosphère enfumée et gueularde  des vélodromes.  

 

Quelques semaines encore  et viendra le temps de l’ancrage définitif dans le monde de la piste, la folle aventure des Six-jours, avec lequel il contractera un long mariage d’amour, puis  une entrée fracassante dans le monde du derrière moto … Mais ceci est une autre histoire ...

 

 

La suite dans notre prochaine édition …

Où il sera question de vélo-spoutnik,d’un certain Guillermo Timoner et de capiteuses Miss de six-jours … 

 

 

§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§

 

 Sujet réalisé par Patrick Police en complicité avec Jean Raynal - Décembre 2015, Janvier et Février 2016

Toutes photos : collection Jean Raynal

 Avec mes remerciements à André Retrain

 

SIGNATURE BOOK COUV - Copie 30 - Copie.jpg

A SIGNATURE BOOK NLLE EDITION - Copie - Copie.jpg

A SIGNATURE LA COUVERTURE Couverture Image (2) - W Copie 1 - Copie - Copie - Copie - Copie.jpg


 

 

 

 

 

 

 

 



21/02/2016
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Sports pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 112 autres membres