STAYER -FR : Le blog 100 % demi-fond et derny

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HISTOIRES DE DERNY : Enzo Mattioda : l'avant-dernier Bordeaux-Paris derrière derny

  

 

 

 

Enzo MATTIODA  : BORDEAUX-PARIS POUR LA VIE

 

 

"  … Mes parents sont arrivés en France à l’âge de 7 et 4 ans, en 1921 … C  était la vague d’émigration consécutive à l’arrivée du fascisme en Italie …  Leur métier :  agriculteurs, et mes grands parents étaient des fermiers … Nous habitions à CHATELET EN BRIE, dans la SEINE et MARNE.  Pour mon père et ma mère, le sport était considéré comme une aimable distraction, le boulot primait tout …  Pourtant, mon frère Tino a réussi à faire du vélo, et à un bon niveau, puisqu’il a finit coureur de première catégorie"

 

"Moi, je me suis mis au vélo consécutivement à un pari  … Le vélo de course de mon frère était au grenier depuis quelques années déjà, lorsqu’un jour, alors que je nettoyais  ce grenier avec ma mère, elle, s’arrêtant à la vue de bel engin devenu inutile, remarque à voix haute : «  Si c’est pas malheureux de voir un beau vélo comme çà, qui est en train de pourrir là … » et moi, je lui réponds : «  Tu sais, moi, si je le prends, ce vélo, tu vas voir ce que je vais en faire ….. » ... Alors elle a poursuivi, en forme de défi :  « De toutes façons, tu feras comme ton frère, tu feras rien … » …  Et çà a produit l’effet escompté …" 

 

" A l’époque, je jouais au football, en catégorie Juniors, à l’U.S MELUN. J’étais demi-centre … L’U.S MELUN évoluait alors en C.F.A (n.d.l .r : l’échelon en dessous des premières et deuxième divisions professionnelles) … Et je jouais très bien … J’ai arrêté ma carrière de footballeur au mois de Mai 1964, à la fin de la saison.  Et deux dimanches après, j’ai commencé le vélo … à 18 ans ! Sans aucun entrainement :  je n’avais jamais roulé en peloton (j’avais bien sûr vu mon frère le faire en course, mais c’ est tout …)"

 

"Ma première course, je m’en rappelle comme si c’était hier, c’était PARIS- PROVINS, en 1964 : 300 au départ … J’ai fait trente kilomètres dans le peloton. Après, j’ai été lâché, évidemment …. J’ai donc débuté comme çà … Mes premières courses ont été laborieuses, et puis j’ai gagné ma première course moins de quatre mois après mes débuts,  le jour de mes 18 ans, devant un certain … Alain REDOLFI, le fils de ATTILIO, le professionnel des années cinquante … C’était un excellent coureur, et je l’ai battu au sprint … Seulement, il avait un peu « la grosse tête », et ne s’est pas caché pour déclarer après la course à qui voulait l’entendre qu’il avait été battu par un « rigolo » … On s’est retrouvé quinze jours plus tard sur une course et Je suis allé directement à lui . Je lui ai dit : «  Tu vois, le rigolo, il est là, et je peux te dire que tu vas faire deuxième encore aujourd’hui derrière lui … »  C’était « la guerre », tu vois … En fait, on a rien fait tous les deux ce jour là … "

 

"Ca, c’était la première année, donc … J’avais gagné deux courses, ce qui m’a permis de passer de quatrième catégorie en troisième. Et je n’ai pas repris le foot … Donc l’année d’après, je me suis entrainé l’hiver, normalement, comme un coureur doit le faire … Et là, j’ai gagné … Onze dimanches d’affilée !"

 

"Je suis passé directement de troisième en première catégorie … Et c’est alors que j’ai signé à l’ A.C.B.B. … Oui, avec Mickey WIEGAND, qui était un excellent, je dis bien un excellent entraineur. L’A.C.B.B, c’était le vivier de  l’équipe PEUGEOT .  On était équipé par PEUGEOT, bien sûr … Il y avait THEVENET, OVION, Gérard BRIEND, Daniel PROUST, j’en oublie … "     

  (Il regarde un instant  la photo du sprint de PARIS TOURS 1971, avec laquelle je suis venu …)  "  Je fais huitième ce jour là … Ce jour là, et parce que j’allais vite au sprint, j’aurais pû faire bien mieux … L’arrivée se jugeait tout près d’ici, au Parc des Expositions à TOURS … J’ai eu à faire avec un Belge, qui s’appelait VERBEEK … Je venais de passer pro, je ne le connaissais que de nom alors. Il m’a tiré par le maillot, à 300 mètres de la ligne, alors que j’étais dans la roue de GUIMARD … Comme GUIMARD était le plus rapide des routiers sprinters français de l’époque, et que j’étais sûr qu’il allait faire dans les quatre premiers, je m’étais placé dans sa roue … Et lui, GUIMARD, était à côté de  l’Italien Marino BASSO, l’un des plus rapides du lot. VERBEEK voulait absolument se mettre dans la roue de BASSO, et il m’a « éjecté » … On s’est chahutés … Lui il fait finalement 11, et moi 8 … J’aurais franchement pû faire mieux sans ce coup tordu, pour ma première année chez les pros  … "

 

STAYER FR -         Dites moi, Enzo, comment était il possible de se faire une place dans le peloton, à l’époque du Grand MERCKX ?  

" Oh là là … Je me rappelle d’un TOUR DES FLANDRES … A 100 kilomètres de l’arrivée, Eddy, qui menait notre groupe de rescapés, s’est écarté …. Tout le groupe était sur la partie gauche de la route … Lui, il s’est mis brusquement à droite, et il est parti … On ne l’a plus revu que sur la ligne d’arrivée, onze minutes après … Quand vous avez vécu une journée comme celle que nous venions de vivre, ( nous étions « morts » à ne plus pouvoir bouger ) … Vous arrivez, et lui était sur le podium, comme s’il venait de partir … Cà m’a marqué … La différence, elle était là … Et puis, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, qu’il fasse 40° de température, que çà monte, que çà descende, avec lui  c’était toujours «  à bloc » … Par contre, il avait une équipe autour de lui, alors là, pardon … Quand je pense que  les journalistes d’alors  disaient : « personne n’attaque MERCKX ! » … Ils étaient marrants ! Nous, coureurs, on était bien contents d’être là dans les roues et surtout de ne pas laisser un trou d’un mètre, parce que là, vous preniez un coup de vent et vous étiez lâché … Parce qu’ils se mettaient à rouler à mort dix kilomètres avant le pied des cols … Au pied, le trois quart du peloton était lâché … Et même là, ils ne s’arrêtaient pas pour autant : ils montaient les premiers kilomètres aussi vite que sur le plat ! Evidemment, il ne restait plus alors avec MERCKX que POULIDOR, VAN IMPE, ZOETEMELK, THEVENET … Et tous les autres éjectaient … Bien heureux donc si vous pouviez rester dans sa roue !" 

 

"Après, il a vieilli un peu, ses équipiers aussi, et c’était devenu moins flagrant … Mais au zénith de sa carrière, c’était vraiment pharamineux … pharamineux …. Alors, quand on lisait dans la presse  «  personne n’attaque MERCKX », ou « il n’y a pas de coureurs dans le peloton », il fallait mieux en sourire … Croyez moi, quand MERCKX  et ses équipiers se mettaient à rouler, cétait incroyable …"

 

"Alors, est ce que leur domination était « naturelle » ou pas, moi, je peux vous dire une chose : je ne l’ai jamais vu, EDDY, et pourtant j’ai fait plusieurs fois chambre commune avec lui, dans les critériums ou ailleurs, je ne l’ai jamais vu prendre quelque chose, ou se faire une piqûre, jamais … Tenez, par contre je l’ai vu à un Grand Prix de CHATEAUDUN, un lendemain du Championnat du Monde sur route 1976, l’année ou Freddy MAERTENS est champion du Monde … Il est arrivé fin saôul … Il avait bu dans l’avion, sa cuite, il l’avait pris sur le coup de la déception (il n’aimait pas du tout MAERTENS) … Il est arrivé au départ, donc encore à moitié dans les vapeurs de l’alcool … Et là, Raymond POULIDOR ne trouve rien de mieux que de lui dire : «  Je vais te faire ta fête aujourd’hui . » Alors l’autre, il s’est fâché … Ah là là … On a vu ce que c’était ! … … Les trois ou quatre premiers tours, il a souffert … On était interloqués : on n’avait pas l’habitude de le voir en pareil état … Et puis, il s’est mis à rouler, à rouler … Il a transpiré, éliminé , et puis au fur et à mesure il a largué  tout le monde …  Et puis il a gagné tout seul, en roulant sans arrêt en tête … Là, POULIDOR, il a compris ce jour là … "

 

STAYER FR :  Pour  F.D.DF (ancien nom du site STAYER FR n.d.l.a), pouvez vous nous parler plus spécialement de vos expériences dans Bordeaux-Paris ? Comment vous est venue l’idée de vous aligner au départ du «  Derby de la route » ?

 " J’ai toujours eu cette idée en moi. Quand je suis passé chez PEUGEOT, j’avais demandé à Gaston PLAUD de faire BORDEAUX- PARIS .. J’étais adroit dans cet exercice, ( je m’entrainais déjà chez les mateurs avec C. LESPILLEZ derrière derny).  D’ ailleurs, j’ai gagné mon PARIS ROUBAIX chez les amateurs en 1970 en le préparant derrière derny  … Mais à l’époque, on était nombreux chez PEUGEOT, trente cinq coureurs … Avec Gérard BESNARD, on voulait faire BORDEAUX – PARIS, donc.  Mais Gaston PLAUD, le directeur sportif de l’équipe, mettait toujours des Belges au départ … Ferdinand BRACKE, par exemple, qui jamais n’a pû en finir un … Et nous, parce que l’on était des jeunes coureurs, pas de BORDEAUX- PARIS ! Gaston PLAUD nous faisait faire des courses de m … et favorisait systématiquement les coureurs Belges"

 

"D’ailleurs, Bernard THEVENET a eu un coup de chance inouï : il ne devait pas faire le Tour de France 1970 . Il faisait la moisson chez lui en famille, et c’est suite au forfait d’un Belge qu’il a pû s’aligner au départ de cette édition qui l’a révélé … Bref, c’est un peu pour faire BORDEAUX PARIS que j’ai quitté PEUGEOT. Et alors j’ai signé en 1973 chez GITANE avec André DESVAGES ( un Tourangeau comme je le suis devenu)  comme directeur sportif.  En fait, c’est André DESVAGES qui était venu me chercher, çà s’était passé au Grand Prix d’ISBERGUES. GITANE lançait donc une nouvelle équipe, bâtie autour de ZOETEMELK, et il recrutait … Je lui ai dit :   " O.K, mais à une seule condition, c’est que je fasse BORDEAUX PARIS … Ecris moi noir sur blanc que je ferai BORDEAUX- PARIS, quoiqu’il arrive ..."

 

"Et heureusement que j’ai procédé comme cela, vous allez comprendre pourquoi ... Car cette année là, au TOUR DES FLANDRES, je me suis retrouvé à l’hôpital. : une heure de coma, une dent de cassée, dix huit points de suture sur la cuisse, le nez complètement écrasé : j’avais percuté pendant la course une voiture. C’était le 1er Avril. Et le 26 Mai, je gagnais BORDEAUX – PARIS. Ca a été une préparation idéale, finalement .  J’ai été arrêté huit jours, le temps que l’on m’opère. J’ai donc coupé complètement, jusqu’à PARIS-CAMEMBERT, où je reprends la compétition. Si j’avais continué sur la lancée de mon début de saison, vu comment je marchais alors, je serais arrivé fatigué pour BORDEAUX PARIS.  Alors que là … J’ai enchainé sur le TOUR DE L’OISE, puis trois- quatre courses avant BORDEAUX – PARIS… Après les étapes journalières, je faisais encore des bornes derrière le derny. J’ai rallongé les distances, et je suis ainsi arrivé dans les meilleures conditions au départ du Derby de la Route" 

 

BP 73 Enzo Mattioda Numériser0038.jpg

 

"Bordeaux-Paris 1973, çà a été … Je vais vous dire : à l’arrivée, on m’aurait dit : « Tu recommences ? »  Eh bien, je serai reparti !  Je n’ai pas souffert du tout.  Je n’ai pas eu mal aux jambes, pas de problèmes de digestion, rien . J’ai fait BORDEAUX – PARIS dans un rêve … Des jours comme çà, cela n’arrive qu’une fois ou deux dans une carrière. Pour un coureur comme moi, une fois peut être … Ca aurait pû tomber un jour d’entrainement … C’est tombé le jour de BORDEAUX – PARIS ! "

 

STAYER FR :  Pourtant, dans la presse de l’époque, on dit que vous avez souffert, notamment dans Dourdan .

"  Pas du tout ! J’avais mal dans cette côte parce  que j’avais un braquet beaucoup trop grand : 48 x 18 pour monter Dourdan après 500kms ! Et 56 x 11 sur le plat … D’ailleurs, j’avais loupé le bon wagon ce jour là … Et DESVAGES, s’est fâché en venant à ma hauteur, et à celle de mon équipier, le Hollandais Gérard VIANEN, et il m’a dit : «  Il n’y a pas personne de chez nous devant. Toi, tu devais gagner BORDEAUX- PARIS. C’est pas en restant là que tu vas le gagner ! »  … Bon, d’accord … On y est allé … En fait, les autres coureurs  m’ont laissé partir … Personne ne pouvait alors penser que je pouvais gagner BORDEAUX –PARIS. Et  je suis revenu devant avec facilité  … (il bouche seul un trou de 2’ sur le groupe de tête – ndlr)  On a passé Tours, je grimpe la côte à la sortie de la ville : je ne sentais rien, pas de fatigue !  Et puis, à un moment, mon entraineur LESPILLIEZ a attaqué, alors que je n’avais rien demandé ! J’ai suivi et je suis parti … Ils ne sont jamais revenus … Les GUIMARD, GODEFROOT, ROSIERS avaient dû se dire : «  on va le ramasser à la petite cuillière » … Mais ils ne m’ont jamais ramassé … Quand ils se sont retrouvés à 11’ à 100 kms de l’arrivée, je me suis dit : «  S’il ne m’arrive rien, ils peuvent courir ! » J’ai passé la Vallée de Chevreuse sans problèmes donc et gardé plus de 4’ sur la ligne d’arrivée, jugée cette année là à Thiais, dans le Val de Marne  (au Centre Commercial Belle-Epine en fait, alors tout frais sorti de terre – n.d.l.r) ;…

 

"Trois années après,   j’aurais pû encore gagner BORDEAUX – PARIS … Cette année 1976, je marchais aussi bien …  - Il s’interrompt  – « Vous savez, c’est scandaleux qu’une course comme çà ait disparue du calendirer  -  … D’ailleurs, quand ANQUETIL l’a gagné en 1965, çà a fait finalement un gros tort à la course … Ils faut dire que les médias ont rarement fait leur boulot, en montrant au public combien cette course était importante et héroïque … Sauf d’ailleurs pour cette édition 1965 gagnée par Jacques ANQUETIL … Vous voyez, c’est comme cela que l’on fait mourir une course, qui était une vraie course, et je ne dis pas cela, vous le comprenez bien, parce que je l’ai gagnée … On ne peut pas toujours dire que c’est le plus fort qui gagne en vélo… Mais dans une course comme celle là, c’est le plus fort du jour qui gagne :  1, vous avez la distance. 2, vous avez des tas d’autres contraintes qui s’ajoutent, par exemple la digestion. Si vous ne digérez pas, vous êtes foutu ! Demandez à Jean Pierre DANGUILLAUME : quatorze heures de velo : il faut bien manger ! C’était vraiment une course fabuleuse, et je l’ai gagnée à ma première tentative. Je me suis préparé tout seul. J’ai fait mon alimentation moi-même. Je n’ai mangé et bu que ce qui était préparé par mes soins. "

 

STAYER FR : En quoi consistait cette alimentation justement ?

"  Pour le solide, des fruits confits (il n’existait pas alors les produits d’ alimentation pour sportifs que l’on trouve de nos jours). En liquide, Jus d’orange, du glucose pur dedans et du Gluconate de Potassium. Par contre, il fallait le garder au congélateur, parce que, étant du glucose injectable, s’il prenait la chaleur, il pouvait « tourner » … Et je n’ai bu que cela durant toute l’épreuve !  En 1976, j’y reviens, il y a eu un coup fourré … D’abord, j’ai perdu BORDEAUX – PARIS sur problème mécanique. J’ai cassé ma roue avant au bout de 50 kilomètres après la prise des entraineurs … Le temps que l’on répare, et tout le monde (et du beau monde : GODEFROOT, OVION, VAN SPRINGEL, VERBEEK … ndlr) était parti. Et surtout ce jour là, pour moi, il n’y avait qu’un coureur à marquer … "

 

STAYER FR : GODEFROOT ? VERBEEK ? OVION ?

 "  Non, non ! Il n’y en avait qu’un seul : VAN SPRINGEL (il finira finalement deuxième, ndlr). Et lorsque je casse ma roue avant en passant sur un passage à niveau, j’étais derrière lui, et je le suivais comme je le voulais … Le temps d’arrêter, de réparer, je me suis retrouvé tout seul dans la pampa avec LESPILLIEZ, mon entraineur. Sur le final, je suis bien revenu, mais c’était trop tard … Cette année là, je marchais aussi fort qu’en 1973 … Là, j’ai été drôlement déçu … J’ai rarement été déçu,  ne serait ce que parce que je me suis toujours considéré comme un coureur moyen … Mais ce jour là … Surtout que je m’étais drôlement préparé … Quand j’y repense … Dans la nuit, la fameuse nuit de BORDEAUX PARIS, j’avais des sensations extraordinaires, comme en 1973 … Et puis à la prise des entraineurs, j’ai « encaissé » les changements de rythme sans problèmes … Alors que c’est un moment qui fait mal d’ordinaire … Je pédalais comme dans du beurre … Je serais resté avec VAN SPRINGEL jusqu’au bout de mes forces . Il m’aurait peut être  battu au sprint, ou largué dans une bosse de la Vallée de CHEVREUSE, mais pas sûr … J’avais dit à mon entraineur: on ne quitte pas la roue de VAN SPRINGEL :  s’il s’arrête pisser, on s’arrête pisser … Mais on ne le quitte pas des yeux !!  D’ailleurs, dès qu’Hermann a pris le sillage du derny (en fait la moto KAWASAKI 100cm3 cette année là – ndlr), je peux te dire que son entraineur s’était aperçu du manège ... "

 

STAYER FR :  En parlant d’entraineurs, çà nous amène au Demi – Fond ... .

" Pour en finir avec BORDEAUX - PARIS, j’ai aussi fait des BORDEAUX –PARIS en tant qu’entraineur, et je peux dire que j’ai autant souffert sinon plus que lorsque je les ai fait en tant que coureur …"

 

MATTIODA DF 2 B - Copie.jpgMATTIODA - Copie.jpg

 

"Quant au demi – fond … Il faut savoir que tous ces entraineurs qui sévissaient dans BORDEAUX-PARIS, on les retrouvait après dans le circuit du Demi-Fond. L’année où je gagne le championnat de France (1975-n.d.l.r) à REIMS, c’était un vieil entraineur, dont j’ai oublié le nom … Je gagne ce jour là « en tournant autour » d’Alain DUPONTREUE notamment, si je me rappelle bien, et là-dessus on part aux Championnats du Monde , en BELGIQUE (à AMSTERDAM, aux PAYS-BAS cette année là - n.d.l.r).    Alors là, j’ai vu de ces trucs ! Sur le vélodrome, les Belges s’ entrainaient, les Hollandais, les Allemands,  aussi … Les français, non.   Pas possible d’utiliser la piste ! J’ai quand même pû tourner un petit peu sur cette piste le jour de la course, et là je vois les entraineurs tous réunis dans une pièce, sauf un : le mien ! Ils étaient là, en train d’établir entre eux le classement de la course à venir ! Les trois premières places étaient déjà attribuées entre eux !        Et sur la piste, mon entraineur s’est fait « arrêter » systématiquement par chacun des entraineurs en place, qui s’étaient mis l’un derrière l’autre.  Dès que tu tentais d’en passer un, il accélérait … Au bout de deux ou trois assauts, j’ai « explosé ». Donc, çà s’est passé comme ils le voulaient, et le classement a été conforme à celui qu’ils avaient établis lors de leur réunion, et c’est un coureur Belge dont je ne me rappelle plus le nom qui « remporte » le titre." 

 

"Mais après, il y a eu la revanche du Championnat du Monde organisée à LA CIPALE à PARIS.  Donc, ce jour là je retrouve ce  fameux coureur Belge,  dont je ne me rappelle pas le nom (en fait ne  s’agirait-il-pas  du coureur allemand KEMPER, champion du monde cette année là – n.d .l.r) . D’ailleurs, je lui en avais parlé un peu avant la course de la « maffia » , au champion du monde, et on l’avait prévenu, avec Alain DUPONTREUE, qu’il n’allait pas être à la fête. Lui, il fait le gentil, celui qui ne se rappelle plus trop bien …   Mais là, à PARIS, plus de « maffia » … Chacun pour soi … Et là, il en a pris plein la gueule, croyez moi   , on lui a fait sa fête, au Champion du Monde ! … Simplement pour lui faire voir que nous aussi on savait rouler derrière moto ! En plus, un routier comme moi, la piste de LA CIPALE m’avantageait bien …  "

 

"Ce sont en fait des coups de ce genre qui ont compromis le demi - fond … J’en ai parlé à l’époque avec mon manager Daniel DOUSSET qui me disait « Qu’est ce que tu veux y faire, c’est comme çà, on peut rien y changer … »  Ceci dit, la route, en matière de coups tordus, ne le cédait en rien … Tiens, je me rappelle d’un critérium à GARANCIERES EN BEAUCE (un fameux – n.d.l.r – qui se déroulait en EURE ET LOIRE et où les vedettes étaient pléthore) … J’arrivais d’Allemagne en voiture (je revenais du Grand Prix de FRANCFORT) … J’étais le coureur « local » (j’habitais à 40kms de là), et c’était ma première année de « pro ». Il y avait du beau monde  … Je n’y connaissais rien … Je m’échappe et je vois mon DOUSSET qui me fait signe de ralentir et d’attendre «  Attendre quoi ? »  … Il fallait que ce soit l’Italien BITOSSI qui gagne ce jour là … On ne m’avait pas mis « dans le coup » … C’est finalement Christian RAYMOND  qui me l’a confirmé une fois rentré dans le peloton … "

 

STAYER FR :  Revenons à BORDEAUX PARIS 1973 … Qu’est ce que cela vous a apporté ?

«  Déjà, mon salaire a été revu à la hausse … Puis, au niveau de la notoriété, tant dans que hors du peloton, j’étais plus reconnu … Et puis, tout le monde n’a pas gagné BORDEAUX PARIS … Ni PARIS ROUBAIX amateurs … En y réfléchissant bien, ce PARIS- ROUBAIX , je crois bien que c’est mon plus beau souvenir … Je le gagne devant  un Belge (ndlr : le Hollandais VAN STRAELEN selon les archives)  … En état de grâce … 100 kms tout seul … Echappés à cinq … Je chute dans un virage … Ca me met tellement en colère  que j’ai dépassé le groupe en revenant sur lui,  et me suis retrouvé seul … A HEM, j’ai 1’ d’avance, lorsque je crève de la roue avant … Les gars m’ont en point de mire … Je suis "mort" …. Je passe la ligne d’arrivée « mort » …. Je ne pouvais plus bouger … Mes jambes ne me portaient plus … Sur la pelouse du vélodrome, il a fallu un quart d’heure pour que je puisse retrouver mes esprits … On a à l’époque parlé de dopage, de drogue … Tu parles … J’avais fait 100 kms d’échappée, et j’étais cuit, c’était tout … »

 

STAYER FR :  L’après-vélo ?

 " Il s’est fait tout naturellement, dans le secteur de l’automobile. Mon frère était carrossier … Avant de courir, je travaillais déjà dans l’ automobile .. Dès l’âge de 14 ans, comme apprenti mécanicien, en décrochant un CAP de diéseliste … Avant de faire du vélo, j’étais dans la mécanique auto … Ainsi, je suis revenu  tout naturellement dans l’automobile … Chef des Ventes … puis Directeur … et maintenant propriétaire de garage … Et je ne fais plus du tout de vélo … Ca ne me dit plus rien …  "

 

"Par contre, j’achète « L’EQUIPE » tous les jours … Je regarde les courses à la télé … Je reste accro au vélo, quoique … Avec tout ce qui s’est passé …" 

 

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Le Palmarès d'Enzo MATTIODA

 

Enzo MATTIODA
né le 22 août 1946 à Boeurs-en-Othe (Yonne)

1968 - amateur
3ème de Paris-Briare

1969 - amateur
3ème de Paris-Briare
4ème de Paris-Vendôme

1970 - amateur
1er de Paris-Roubaix
2ème de Paris-Briare
9ème du classement du Mérite Veldor

1971 - PEUGEOT-BP-MICHELIN
2ème à Garancières-en-Beauce
2ème à Pordic
5ème du Circuit de la Vienne
8ème de Paris-Tours
Abandon au Critérium National

1972 - PEUGEOT-BP-MICHELIN
3ème du G.P de Plouay
5ème de la 4ème étape des 4 jours de Dunkerque
9ème du Championnat de France
10ème de la Promotion Pernod
11ème de Paris-Bourges
20ème de la Ronde de Seignelay
29ème du Omloop Het Volk
58ème du Tour des Flandres
87ème de Gand-Wevelgem
Abandon au Tour du Luxembourg
Abandon au Critérium National

1973 - GITANE
1er de Bordeaux-Paris
1er à Selles-sur-Cher
1er à Ambert

2ème à Grisy-les-Plâtres
3ème de la Ronde de Montauroux
7ème de Nice-Gênes
8ème du Prestige Pernod
10ème du Critérium des As à Tilburg
15ème du Super Prestige Pernod
21ème de la Ronde de Seignelay
43ème de Paris-Tours
Abandon à Paris-Nice (np.7°b)
- 9ème de la 2ème étape (b)
Abandon au Critérium National

1974 - SONOLOR-GITANE
1er à Garancières-en-Beauce
2ème du Championnat de France de demi-fond
13ème de Ganshoren-Meulebeke derrière derny
34ème de Paris-Tours
65ème de Gand-Wevelgem
Abandon au Critérium National

1975 - JOBO-WOLBER-SABLIÈRE
Champion de France de demi-fond
18ème de Paris-Tours
Eliminé à Paris-Nice (hd.6°a)
Eliminé en repêchage des séries du Championnat du Monde de demi-fond
Abandon à Bordeaux-Paris
Abandon au Critérium National

1976 - JOBO-WOLBER-LA FRANCE et CARLOS
2ème du Championnat de France de demi-fond
5ème de Bordeaux-Paris
9ème de la Route Nivernaise
10ème du G.P de Plouay
38ème du Championnat de France
49ème de Paris-Tours
Abandon au Critérium National
Abandon au Tour de Suisse

1977 - individuel
Arrêt de la compétition fin février

sur BORDEAUX - PARIS :

Vainqueur en 1973 : entraineurs LESPILLEZ / MEZIERES

Forfait en 1974 : induration

1975 : abandon; entraineurs LESPILLEZ / MEZIERES

1976 : 5ème; entraineur : André DESVAGES

1981 : entraineur de Marc DURANT (ab.)

1982 : entraineur de Marc DURANT (6ème)

1983 : entraineur de Maurice LE GUILLOUX (2è)

 

AVEC MES REMERCIEMENTS A ENZO MATTIODA, BIEN SUR, et à Pierre PICQ, de Mémoire du Cyclisme 

 

Pour toute reproduction -même partielle - de ce sujet, il devra être mentionné le nom et les coordonnées du site STAYER FR

 



23/01/2011
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