STAYER -FR : Le blog 100 % demi-fond et derny

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HARRY ELKES De Boston à Glens Falls De Glens Falls à Boston

  HARRY ELKES

De Glen Falls à Boston.

De Boston à Glen Falls

 

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Pour évoquer la trajectoire d’Harry Elkes, je vais devoir prendre des précautions, car si je me laissais aller, j’ouvrirai alors toutes grandes les vannes du mélo. Car mélodrame il y a, et du plus larmoyant. 

 

Ça commence par : il était  « jeune, beau, riche et célèbre » ... Il est numéro 1 mondial lorsqu'un jeune loup rongé d’ambitions  le fait tomber de son piédestal  … Il avait décidé d’arrêter la compétition afin de  se marier et d’embrasser une carrière prospère … Mais avant d’emprunter cette voie royale, il va remettre à sa place le trublion, et se retirer au sommet de sa gloire  …  Trop beau, trop « cliché », vous dites-vous … Effectivement, il  manque juste à cette présentation le grain de sable de la tragédie imbécile, celle  qui va pulvériser en éclats  la trop belle histoire …

 

Vous croyez que j’ai un peu forcé le trait, que les ficelles sont  bien trop grosses ... Dans une série américaine avec un scénario puéril à la Rocky, à la rigueur, vous consentiriez à y croire, mais dans la « vraie vie », « on vous ne la ferait pas », n’est-ce pas ? Hélas, je vais bien être obligé de  « vous la faire », car le mélodrame est là, tangible, exact, réglé comme une mécanique infernale. Alors, préparons nos mouchoirs, et célébrons la mémoire d’un des plus grands champions qui ait jamais hanté les vélodromes, l’Américain Harry Elkes.

 

En cette année 1903, notre homme est, à vingt-cinq ans, au zénith de sa trajectoire. Personne,  parmi les aficionados du cyclisme d’Outre-Atlantique n’ignore sa décision d’arrêter le cyclisme au terme de la présente saison pour se marier avec sa camarade d’enfance et se lancer dans une existence nouvelle.  De même, personne ne peut ignorer que depuis un an, un bouledogue blond aux manières de chasseur de primes est venu l’évincer de sa place de meilleur coureur de demi-fond des Etats-Unis. Lui, le Yankee bon teint, aurait pu alors se retirer comme il en avait formé le projet : sa fortune était faite, et ses projets de vie arrêtés. Au fond, qu’est-ce que peut bien peser l’irruption d’un nouveau venu ambitieux dans un sport que l’on est sur le point de quitter pour réaliser sa vie ?  

 

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Harry D. Elkes  a été le premier super-champion cycliste américain dans les épreuves de fond et de demi-fond de la fin du dix-neuvième et du début du vingtième siècle. Son aura, il la partage alors avec une autre légende de la piste, Major Taylor, son alter-ego sprinteur, dans cet espace de temps magique [impensable de nos jours aux « States »], où un champion cycliste touchait cinq fois plus de dollars qu’un champion de base-ball. Le cyclisme sur piste, sport-roi au pays du dollar, qui pourrait encore le croire de nos jours ? Pourtant, aux vélodromes de Manhattan Beach à New-York, Charles River à Boston et Vailsburg à Newark, on refuse en ces temps-là du monde, et lorsque de gros engins pétaradants remplaceront, à l’aube du vingtième siècle, les entraîneurs humains, ce sera une véritable ruée vers les vélodromes, et le temps d'un bref « âge d’or » pour le demi-fond.

 

Harry D. Elkes  est né à Port Henry, dans l’état de New-York, le 28 Février 1878. Il reçoit son premier vélo dès Mars 1893, et sous la tutelle du paternel, lui-même ancien athlète, il va se faire les dents, qui seront celles de son pédalier,  en montant et descendant vingt fois par jour la colline de Green Street dans sa bonne ville de Glens Falls. Surnommé « Lanky », il débute en compétition à Saratoga, et y termine second. Dès 1894, derrière la triplette conduite par J.S Johnson, Murphy et Callahan il couvre à Syracuse le mile en 2’ 7’’ : c'est là son entrée dans le cercle des coureurs américains de valeur. Très vite, écumant la région, il va voler de victoires en victoires, et imposer sa marque de fabrique : creuser à chaque fois des écarts impressionnants sur ses adversaires.

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En 1896, il devient coureur professionnel : il a dix-huit ans. Bien vite, ce bel athlète de 5 pieds, onze pouces et 130 pounds se fait un nom et une réputation chez les rémunérés. Il accumule les dollars au fil de ses exploits à un point tel qu’au bout d’une seule saison chez les pros,  ses émoluments  dépassent paraît-il ceux du paternel, qui est pourtant un homme d’affaires bien loin d’être un traine-misère.

 

En 1898, c’est le grand champion français Lucien Lesna qui,  en connaisseur, subjugué par l’abattage de notre homme, lui conseille de s’inscrire à la Charles River Bike Race à Boston. Boston, son premier rendez-vous avec son destin.  Là-bas, il pulvérisera tous les records jusqu’aux 25 miles, battant deux « as » du temps, le Gallois Tom Linton et le Français Edouard Taylor, « Le Gosse Rouge », dont le destin sera tragique, lui aussi. Et par un effet malin, les chemins d’Harry Elkes et d’Edouard Taylor, alors le meilleur stayer européen du moment,  se croiseront à plusieurs reprises, comme pour prendre date ...  Dans la foulée, le champion américain défera un à un  tous les challengers qui lui seront présentés, avant de battre, le 6 Août 1898, derrière ses tandems à pétrole, sur la piste de  Philadelphie – Willow Grove en Pensylvanie, un record du monde de l’heure qui sera la première marque (55.631 km) du genre. Ce faisant, il dépasse celle  réalisée par le Français … Edouard Taylor. Le destin, toujours, n’est jamais loin.

 

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Dans le sillage de la quadruplette à pétrole du Français Henry Fournier, ici devant Harry Elkes

 

Premier recordman de l’heure yankee, sa réputation dépasse désormais le cadre du continent américain, au point qu’il  va avoir le culot de défier, par voie de presse, tel que l’on se plait à faire de ce côté de la Mare aux Harengs,  les "cracks" du fond et du demi-fond européens, les Huret, les Cordang, les Rivierre. Ce dernier d'ailleurs, de retour des Etats-Unis,  fait part à la presse française de la révélation qu'il a eu là-bas : "J'ai vu un coureur extraordinaire ! Si cet homme-là est soigné et entraîné, il fera quelque chose ! "

Invité en Europe, il ne va pas y faire de quartiers, et défaire,  les uns après les autres, les meilleurs champions de demi-fond du vieux continent : le Gallois Linton, les Français Taylor et Bouhours, l’Allemand Robl, l’Anglais Walters, futur vainqueur du Bol d’Or. De retour en Amérique en 1899, tout en étrillant sur la piste de Philadelphie ses adversaires Pierce et Walters, il bat le record des 50 Miles en 1h 24’ 31’’3/5.  Le paternel, William A. « Pop » Elkes est alors assez sûr de la valeur de son fils pour lancer un défi à 5 000 $ (soit environ 100 000 $ actuels), à qui voudra le relever, sur toute longue distance.

 

Durant deux années, les victoires vont s’accumuler pour ce coureur au style élégant et à la souplesse d’allure quasi-féline. Les  records vont également s’enchaîner, déclinés sur toute la gamme des miles. Les saisons 1900 et 1901 seront celles du plein temps de sa gloire, et la  ville de Glens Falls ne manquera pas de célébrer son héros, en lui offrant une réception monstre, à laquelle assisteront un millier de personnes ! Posons-nous un instant pour y faire une petite photo de famille : Harry est entouré ce jour-là de sa sœur Mary, de son entraîneur d’oncle, son homonyme Harry, de son manager W.F. Saunders et de ses père et mère William « Pop » et Martha.  Il est clair qu’à vingt-et-un ans, Harry Elkes a fait oublier le merveilleux « Mighty Midget » Jimmy Michael, jusqu’ici tyran de la spécialité. Il est désormais le roi d’une discipline-reine, qui draine des foules énormes et des revenus du même tonneau pour ses acteurs.

Le Chicago Tribune, subjugué par cet athlète d’ 1 m77 sous la toise (pas mal pour l’époque) et 60 kilos sur la bascule n’hésite pas à titrer :  « Harry Elkes : a physical marvel ». Bientôt,  « Lanky » Harry  va ajouter à son prestige déjà énorme en remportant en Décembre 1900 la fabuleuse édition des six-jours de New-York (60 000 spectateurs, excusez du peu !) avec dans le rôle du méchant et pour compagnon de ban son compatriote  Floyd Mac Farland. Harry évoque aussi l’aide d’un hypnotiseur, qui, paraît-il, lui aura permis  de surmonter les affres de l’épreuve, et d’en sortir « frais comme un gardon ». Mac Farland, le dur à cuire, la terreur des pistes, rend hommage à Harry Elkes en reconnaissant humblement : « Sans Harry, je n’aurai pas été au bout ! »

 

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Aux Six Jours de New-York, "frais comme un gardon"

 

1900 est également l’année où il aura honoré la France d’une première visite, pour y défaire notamment notre champion du moment, Edouard Taylor, alors un des seuls challengers capable de parler d’égal à égal avec le maître. Edouard Taylor, toujours.

 

Champion des U.S.A. de demi-fond, en 1900 puis en 1901, sa domination est reconnue par ses pairs et  une presse en extase. « Le Petit Prodige » Jimmy Michael, revenu aux affaires le temps d’une ruineuse escapade dans le monde hippique, est bien forcé d’en convenir lui-même  : « le meilleur, c’est maintenant Harry Elkes » déclare t-il. Plus tard, Lucien Petit-Breton, recordman de l’heure et double vainqueur du Tour de France, ne dira pas autre chose : « Harry Elkes est l’homme qui m’a le plus frappé, et je l’ai toujours considéré comme le meilleur ».

 

Nous sommes au terme de la saison 1901. « Harry « Lanky » (ce que l’on peut traduire par « grand escogriffe ») Elkes n’a pas de rival à sa mesure aux Etats-Unis, et personne en Europe ne peut prétendre le « challenger ». Harry Elkes est le « roi du  demi-fond » - sur bicyclette Cleveland - publicité oblige ...  Une ombre au tableau pourtant : si la presse ne manque pas de célébrer le champion d’exception, elle  relève aussi hélas chez lui une inquiétante tendance à   la « guigne ». Pour preuve ses  nombreuses chutes, dont celle du 5 septembre 1900 au Madison Square Garden, où il frise la catastrophe. Un peu plus tard, Harry confiera lucidement à un journaliste : « Le jeu est devenu dangereux avec l’apparition des grosses motos … Les opportunités de s’en sortir un jour vivant s’amenuisent … » 

 

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Comme pour donner raison aux oiseaux de mauvais augure, en 1902, il est à deux doigts de laisser sa vie sur le ciment de la piste du Parc des Princes, dans une chute faite la tête la première à 70 km/h, suite à la rupture de la roue de sa moto d’entraînement. Le 19 Octobre, sur cette même piste, il  bat tout de même sans discussion Jimmy Michael et Henri Contenet, mais enregistre en Europe des défaites qui ne renvoient, en l’absence de réglementation cohérente, qu’aux abris monstrueux utilisés par ses adversaires, roulant derrière des coupe-vents larges comme des camping-cars ou des tandems aussi massifs que des tenders de locomotives. Mais ces avatars mis à part,  Harry reste-t-il le maître ? Non. Car tout au long de cette saison, il a eu maille à partir avec un adversaire redoutable, Américain comme lui. Mais si Harry a tout du « Yankee » classieux et distingué, qui  n’hésite pas à s’afficher en redingote et haut de forme à reflets, son blond rival est plutôt son opposé, du genre rustique-rugueux-regard d'acier. Il  vient du Sud, d’Atlanta, et a pour nom Robert Walthour. Harry va d’abord lui faire toucher cinq fois de rang les épaules. Mais l’obstiné champion sudiste va prendre inexorablement la main au cours de la saison, au point de le défaire six fois de suite de la même façon. Harry Elkes a trouvé sur les vélodromes américains un champion à sa mesure, à l’évidence.  Il se murmure même que son départ pour la France pourrait bien avoir pour raison ce nouveau rival qui vient de mettre sa suprématie en péril. Cette saison 1902 s’achèvera donc sur cet implacable constat : Robert « Bobby » Walthour, l’étoile montante du derrière moto, lui a bel et bien ravi le titre de champion des Etats-Unis.

 

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 Robert Walthour

 

1903 devra être pour Harry Elkes l’année du retour aux affaires pour une fin programmée : le 4 Juillet 1903 verra la fin de sa brève carrière dans la profession de stayer. Ainsi en a décidé notre homme, résolu à entreprendre des études nécessaires à l’exercice du métier de médecin, et à convoler en juste noces avec Edith Garett, elle-même fille de médecin. Il juge qu’il a accumulé maintenant assez d’argent pour financer les études  auxquelles il aspire.  Mais avant de se lancer dans cette nouvelle existence, pourquoi ne pas mettre  à la raison le « bouledogue » Walthour ? ...

 

Il courra donc tout l’été, et se retirera le jour du national Labour Day. Ce jour-là, le titre de champion des Etats-Unis sera revenu – qui sait ? -  dans son escarcelle. En tous cas, il aura à tout le moins fait mordre la poussière à son rival, et quitté le cyclisme en pleine gloire. Un avenir radieux s’offrira alors à lui : il a déjà fait fortune. Son père est un brasseur d’affaires renommé, et sa belle-famille, prévoyante, s’est occupée de l’avenir professionnel de notre futur retraité des pistes. Au mois de Juillet, il devra déménager pour Chelsea dans le Massachussets, afin de  commencer son apprentissage de la médecine.

 

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Sa saison 1903 débute avec les six-jours de New-York, où il est annoncé à l’affiche pour des matches contre Jimmy Michael. Puis, il s’en va préparer sa saison en Virginie, dans ce Sud cher à son rival Walthour. Là-bas, il remporte quatre courses. Mais à Atlanta, il bute encore sur ce satané Walthour, intraitable dans son vélodrome-fief. Au cours de trois manches épiques, disputées sur cinq miles, Harry Elkes va pourtant marquer durablement les esprits au pays de Dixie. En parfait  gentleman, il arrêtera sa course lorsque Walthour chutera au terme d’une culbute fantastique survenue à 70 km/h,  suite à l’ éclatement de son pneu arrière … En traversant la pelouse  pour aller s’enquérir de l’état de son rival, puis en le relevant avant de faire signe au public stupéfait d’angoisse que son champion est bien « O.K », le Yankee honni va mettre le public sudiste dans sa poche. Sonné, crispé de douleur, l’intraitable Walthour reprendra la course, pour l’achever pourtant en vainqueur,  sous une ovation monstre, dans laquelle le gentleman-coureur Elkes aura sa part. Une « revanche » sur  dix miles, disputée peu de temps après sur la même piste du Piedmont Coliseum, délivrera le même verdict, impitoyable : 1er Walthour 2ème Elkes. La main est-elle définitivement passée ?

 

Peut-être, mais Harry entend bien mettre les comptes à jours une fois passée la ligne Mason-Dixon. C’est pourquoi il a coché tout spécialement dans son agenda la course de Charles River, à Cambridge, Massachussets,  qui sera un temps fort, celui qui marquera le début de la saison des courses du championnat, la plus prestigieuse, celle qui verra sa revanche. Les prix distribués au vainqueur, dans la perspective de son imminent mariage, arrondiront son pactole déjà bien rondelet.

 

Ce samedi 30 Mai 1903, Harry Elkes a donc rendez-vous avec son irréductible rival Robert Walthour, en même temps qu’avec son destin. Il  est là, tout près de lui sur la ligne de départ, le  champion des Etats-Unis d’Amérique en titre, ce jeune loup aux dents longues aux yeux translucides de tueur à gages, bardé de confiance suite à ses triomphes récents à Atlanta. Quelques jours avant la course, comme pour mieux se défier, Elkes et Walthour ont battu à tour de rôle les records du mile sur cette même piste Charles River, en 1’13’’. Mais ici, à Cambridge, presque "at home", Harry se moque pas mal de ces chronos de matamore. Il ne craint pas plus Walthour que Jimmy Moran et William C. Stinson, ses autres adversaires, avec qui il aura aussi à en découdre. Il entend bien frapper fort, très fort, et « marquer son territoire » de façon  indiscutable à l’occasion de cette course du Memorial Day, sur cette piste fraichement restructurée pour l’évènement. Quatorze-mille spectateurs n’entendent pas en perdre une miette.

 

Ce samedi, la météo est clémente. La journée est belle ? Elle sera apocalyptique ! Le départ de la course de 20 miles est donné, dans le tumulte des monstrueuses motos d’entraînement, et les clameurs excitées d’un public chauffé à blanc. Harry Elkes a choisi dès le départ l’épreuve de force. Il déroule les tours de piste à un train proprement hallucinant. Moran et Stinson sont vite dévorés puis éparpillés,  et doivent se demander le pourquoi de cette folie furieuse. Quant à Walthour ... Mais où est-il, Walthour ? Eh bien, il a cherché à soutenir le train, mais il s'est vite retrouvé K.O debout, comme les autres ! Impuissant à ne serait que contenir la « furia » féroce du New-Yorkais, il n'a pas tardé pas à décoller du sillage de la moto de son cher « Gussie » Lawson. Les tours de retard s’accumulent pour le champion d'Atlanta : Elkes est sur une autre planète, celle d’un orgueil monstrueux et magnifique !

 

Les records mondiaux des cinq, puis des dix, et enfin des quinze miles sont battus ! La course est folle, irraisonnable, irréelle. « Lanky »  est comme enragé ! Le numéro un, c’est bien lui, oui ou non ? Son avance sur ses rivaux est maintenant inexpugnable. Pourtant, il ne semble pas en avoir assez : il hurle à son entraîneur, l’Allemand Fritz Hoffman : « Speed up ! Speed up ! » Le coureur yankee, à cinq miles de l’arrivée, a trois tours d’avance sur « Bobby » Walthour, Stinson et Moran à des tours-lumière ! La foule est en transe, son champion a bien mis à la raison le Sudiste impudent … L'imbattable Walthour est atomisé. Pourtant, au 16ème miles, Elkes hurle une nouvelle fois à Hoffmann d’accélérer. Pourquoi, Bon Dieu ? Hoffmann se retourne, et lui répond que ça va bien assez vite comme cela, et que … Un claquement terrible, comme un coup de fouet retentit soudain : c’est la chaîne de la bicyclette d’Harry qui vient de claquer avec un bruit mat. Hoffmann le voit zizaguer un temps  sur la piste avant que son coureur ne disparaisse de son champ de vision. Quand le pacemaker allemand aura accompli le plein tour de la piste, il n’en croira pas ses yeux …

Car pendant le bref laps de temps où il aura échappé à son regard, Harry Elkes, son coureur, est descendu en roue libre vers le bas de la piste, en direction de ses accotements. Mais soudain sa chaîne, emmêlée dans les rayons de la roue arrière, l'a bloqué net, le projetant hors de son engin, et l'a placé sur la trajectoire de la moto de Franck Gateley, l’entraîneur de Stinson. A près de 80 à l’heure, l'énorme moto de 40 cv percute le  champion New-Yorkais. L’affreux bruit sourd de ce choc se prolongera longtemps en écho pour les spectateurs du drame.

 

Elkes, Gateley, Stinson gisent désormais parmi les débris entremêlés des vélos et moto, pétrole et sang mêlés … Les corps flasques des protagonistes sont déposés au centre de la piste. Harry Elkes gît, sans connaissance, la tête horriblement écrasée. L'on demande dans la foule après la présence d'un docteur, pendant que des spectateurs pleins de bonne volonté aident au transport des corps en attendant l’arrivée de l’ambulance  qui emmènera le grand champion vers le Massachusetts General Hospital.

 

Harry Elkes décèdera pendant ce dernier voyage, sans jamais avoir repris connaissance. Le corps du merveilleux champion sera convoyé par train jusqu’à Glens Falls, sa ville. William « Pop », brisé par le chagrin, n’a pas pu faire le chemin jusqu’à Boston.

 

Harry Elkes a  été enterré dans le cimetière de Glens Falls à Bay Street, et un monument sera érigé pour célébrer sa mémoire. Une réunion organisée sur la sinistre piste du Charles River Park, là même où s'était déroulé quelques mois auparavant ce que la presse avait nommé "Le baptême du sang" a permis de dégager un bénéfice de 800 dollars, qui contribua à l'érection de ce monument. Sur ce dernier, une roue ailée, le symbole de son club, le  Old Boston, a été gravée, avec la mention : « champion du monde cycliste. 1878-1903- Erigé à sa mémoire par ses admirateurs de Boston et New York »

 

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Un des plus grands champions cycliste de tous les temps est mort.

 

Quelques mois plus tard, le 24 Septembre 1903 s’éteint, au terme d’une maladie foudroyante, Edouard Taylor, « Le Gosse Rouge », un de nos plus beaux champions, multi-recordman de l’heure derrière entraîneur, champion de France de demi-fond.

 

Deux lumières se sont éteintes au firmament du sport cycliste. Le destin a eu son compte de chair fraîche en cette sombre année 1903 … et le sport cycliste a perdu deux merveilleux champions ... 

 

Epilogue : après cet évènement tragique, le port du casque deviendra obligatoire pour les stayers aux Etats-Unis, et  les motos de grosse cylindrée interdites. Indubitablement, la mort du champion américain marquera un tournant, et le point de départ de l'inexorable décadence du demi-fond aux Etats-Unis. 

 

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Harry D. Elkes

 Né à Port Henry (N.Y) le 28 Février 1878

 Décédé le 30 Mai 1903 à Boston (Mass.)

  

 

Palmarès (sera complété au fur et à mesure de mes recherches et de vos contributions)

  

 

1897 :

8-13 Février, Pittsburgh : 6 Jours individuels  (1er) (ne figure pas dans le classement suivant site 6daysracing.ca)

.. .. .., Boston : 6 Jours individuels  (3è)

6-11 Décembre, New York : 6 Jours individuels (10è)

  

1898 : 

.. .. Février : victoire aux 3 Jours de Pittsburgh (2 127.450 km) devant Waller, Schinneeer, Hall et Walters

.. .. Août, Philadelphie : premier record du Monde de l’heure derrière tandems à pétrole(55 .831 km  premier américain détenteur du record)

 

1899 :

.. .. Janvier, New-York, Madison Square Garden : victoire contre Waller sur 50 miles en 1 h 50' 46"

vendredi 13 Janvier, New-York, Madison Square Garden :  victoire contre Mac Duffee dans course 25 miles

.. .. Janvier, New-York Madison Square Garden : victoire contre Baby Gibson course-handicap 10 miles

.. .. Janvier, New-York Madison Square Garden : victoire contre Waller course-handicap 50 Miles

.. .. Août, Philadelphie : victoire contre Tom Linton sur course 25 miles

.. .. Septembre, Philadelphie : victoire contre Pierce et Walters et record du Monde des 50 miles en 1 h 24" 3/5

.. .. Septembre, Buffalo : victoire contre Miller sur course d'une heure

.. .. Décembre, New-York Madison Square Garden : bat Edouard Taylor dans course de l'heure

 

1900

Jeudi 8 Février : arrivée en France en compagnie de son père et du coureur Arthur E. Ross pour l'Exposition Universelle

.. .. ...., Anvers : Grand Prix d’Anvers (2ème)

.. 13 Mai, Paris, Parc des Princes  : victoire contre Edouard Taylor (F) dans match sur une heure

Dimanche 24 Juin, Paris, Parc des Princes Paris Parc des Princes : Grand Prix du Conseil Général de Paris (2è derrière Alphonse Baugé (F) )

.. .. Juillet, Berlin : victoire contre Robl et Kaecher

Vendredi 1er Juillet, Berlin : victoire dans courses 10 & 20 km devant Dickentmann, Robl, Kaecher et Taylor

.. .. Juillet, Paris, Parc des Princes : victoire contre Dicketmann, Robl et Walthour sur 50 kms

Dimanche 29 Juillet, Anvers : victoire contre Taylor, Burger et Simar dans course de l'heure

.. .. 21 Septembre, Newport : victoire contre Nelson sur course 1 h

Mercredi 25 Septembre, Boston : victoire contre Walthour et Michael

.. .. 10/ 15 Décembre : New-York Madison Square Garden : vainqueur des 6 Jours avec Mac Farland 

Champion des Etats-Unis de demi-fond

 

1901

.. .. ..., Boston (2ème), Boston, Manhattan, Washington (3ème)

.. .. Janvier, Boston :  victoire contre Arthur E. Ross

.. .. Avril, Jacksonville - Panama Park : Record du Monde des 10 Miles en 16'28"1/5

.. 30 Mai, Revere Beach : chute après crevaison lors de la course de 25 miles contre James Moran et Harry Caldwell

Samedi 20 Juillet, New-York, Manhattan Beach : victoire devant Michael et Nelson dans course 40 miles

Vendredi 26 Juillet, Springfield : victoire contre Jimmy Michael dans course 25 miles

Samedi 27 Juillet, Cambridge : victoire contre Albert Champion et Jimmy Moran dans course 50 miles

Mercredi 31 Juillet, Glens Falls : bat Bennie Munroe (USA) en deux manches sur 25 miles

Vendredi 9 Août, New-York, Ashburg Park : victoire contre Jimmy Michael sur25 miles

Samedi 10 Août, New-York, Manhattan Beach : victoire contre Mac Farland en manches sur 1 et 3 miles

Jeudi 15 Août, Buffalo : victoire contre Ray Duer et Edouard Taylor dans championnat de l'Heure

.. .. Septembre, New-York, Madison Square Garden : chute dans match sur 15 miles contre Walthour

.. .. Septembre  : victoire sur Walthour sur 5 miles

Mercredi 20 Octobre, Providence : bat Robert Walthour (USA) sur 25 miles (course interrompue par la pluie)

Champion des Etats-Unis de demi-fond

 

 1902

.. .. ..., Boston, Revere : 2ème  dans course 25 miles

.. .. ..., Pittsburgh : 3ème

.. .. Juin, Charles River Park, Cambridge : victoire contre Stinson dans course 25 miles

Jeudi 31 Juillet, Providence : victoire contre Hugh Mac Lean dans course 25 miles

Vendredi 1er Août, Boston : chute lors de la course des 25 miles contre Walthour et Otto Maya

.. 20 Octobre, Paris, Parc des Princes : victoire dans course 80 km devant Michael, Contenet, Reyser, Jacquelin

Samedi 1er Novembre, Paris, Parc des Princes : chute lors d'un entraînement

Record du Monde du Mile 

 

1903

Avril, ..., 4 victoires

Jeudi 14 Mai, Piemont Coliseum Atlanta : battu par Robert Walthour dans course 10 miles

Samedi 30 Mai, Cambridge - Charles River Park : records du Monde des 5, 10 et 15 miles (6'20"1/5,12'30"3/5et 18'40")  pendant la course où il trouva la mort 


Patrick Police, le 16 Mai 2016, à l'occasion du 113ème anniversaire de la mort d'Harry Elkes

 

Sources :

Glens Falls people and place

La Vie au Grand Air

The Little Black Bottle de Gerry Moore

City of Glens Falls

Warren County Historical Society

6 Days Racing

Archives Chicago Tribune

L'Aurore, La Presse, Le Petit Parisien, L'Auto, La Justice, Le Matin, Le Rappel, Gil Blas

Life in the Slipstream d'Andrew M. Homan

Jacques Arquennes, membre du Blog

François Bonnin

 

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16/05/2016
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