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GEORGES SERES : le vélo. Au delà de tout

GEORGES SERES

Le vélo. Au-delà de tout

 

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« Le vélo est toute ma vie. Le jour où je ne pourrais plus enfourcher ma machine, je serai un homme mort »

 

Dans la bouche d’un champion du calibre de Georges Sérès, ces mots ont tout leur sens. Car la mort, il l’a côtoyée de très très près, au sortir de ces années folles du début du vingtième siècle, où la peau d’un stayer ne valait pas cher, au gré des hécatombes qui rythmait alors leur ronde.

 

D’ailleurs, qu’est ce qui a pu pousser ce champion taiseux, farouche, à passer outre six chutes, vingt-huit fractures, et plusieurs mois d’hôpital, si ce n’est un feu sacré, tout contenu dans sa formule définitive : « Le vélo est toute ma vie … » ?

 

Né le 6 Avril 1884 (*)  à La Romieu par Condom, dans le Gers, fils d’un courtier en vin, il va « percer » un 14 Juillet 1900, en décrochant sa première victoire, sur ses terres, à Condom.

Un 14 Juillet, si c’est pas un signe du destin, ça ...

Flanqué du paternel, il écume le Sud-Ouest, et fait le plein de victoires régionales, de Condom à Agen et d’Agen  à Bordeaux.

 

En 1903, il débarque à Paris. Il ne tâte pas tout de suite de la piste. Pour assurer « la matérielle », il travaille comme ouvrier peintre « dans le civil », tout en confirmant son statut de vedette régionale au gré de raids dans son Sud-Ouest natal. Ce statut, il le partage à cette époque avec l’étoile montante du demi-fond, l'Agenais Paul Dangla, lequel sera bientôt foudroyé sur une piste d’ outre-Rhin, alors même qu’il s’affirmait comme un immense espoir de la spécialité.

Après le boulot, comme il réside non loin de la piste du Parc des Princes, Georges Sérès se fend de tours de pistes derrière l’entraîneur Caudrillier. Ca y est, le "virus" du derrière moto commence à le gagner.

 

Mais à  l’âge de vingt ans, un virus moins sympathique le gagne aussi. Il contracte une fièvre typhoïde (**), et cette terrible maladie le marquera à vie : au sortir de cette épreuve, il aura perdu tout son système pileux. Désormais chauve comme un caillou, il devra porter perruque. Dès lors, ce champion,   déjà peu disert, de  taiseux deviendra farouche. Les plaisanteries du public sur sa calvitie vaudront à leurs auteurs des répliques fulgurantes, assorties la plupart du temps d’un solide direct.

 

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Après quelques saisons passées dans la capitale, force lui est de constater que,  loin de ses bases, il « plafonne ». Il   n’arrive pas plus  à exposer son talent lors de deux Tour de France, qu’il abandonnera sans gloire en 1905 et 1906.

 

Sa carrière semble à cette époque dans une impasse, lorsque son frère François réussit à lui faire investir la piste de la Galerie des Machines, située à Paris, au Champ de Mars. Pour ses débuts derrière moto, on va l’opposer à deux « cracks », rien que ça  : le Français Georges Parent (futur triple champion du Monde) et le Belge Laurent Verbist [ qui sera lui aussi bientôt fauché en pleine jeunesse avant de connaître la gloire que  son talent lui  promettait ]. Georges Sérès passe son examen de passage avec la mention : Bien. Il devient en un clin d’œil le « comingman » du demi-fond. Les observateurs sont éclairés : la France tient là un futur champion.

 

L’année 1907 marque donc un tournant dans sa carrière. En 1908, après une séquence routière qui le voit achever à la cinquième place la classique routière Paris-Tours, il est devenu un incontournable acteur des joutes derrière motos. Une légende est en marche. Sa réputation de « gueule  cassée » aussi, hélas. Car au mois de Juin, après avoir accroché le rouleau de la moto de son entraîneur, il effectue un looping, au terme duquel il se casse les deux avant-bras ! Ce jour-là, il évite l’amputation du bras gauche d’un souffle, et grâce semble t-il à l'intervention de son "pays" le journaliste Gaston Bénac !

 

Ces épreuves n’altéreront pas le rendement de cet athlète racé, d’un mètre soixante-treize, aux « bielles » idéales (cinquante-deux centimètres de fémur / quarante-huit centimètres de tibia), qui se frotte à une concurrence féroce. C'est que nous sommes dans un temps où ses compatriotes  Darragon, Parent et Guignard et les Américains Walthour et Butler  occupent - et pas qu’un peu – le terrain.  Difficile de se faire   sa place au soleil avec de pareils « clients ». Pourtant, en 1910, il devient, malgré cette concurrence féroce, champion d’hiver. Et quelques mois plus tard, il peut penser la consécration proche lorsqu'il  est encore en tête à huit kilomètres du terme du championnat de France. Hélas, il est la victime d’une terrible insolation qui le contraint à un abandon en forme de crève-cœur. En ces années 1910, le « comingman » Georges Sérès est bien devenu l’alter-ego des meilleurs. Seulement, il semble buter encore et toujours sur son rêve d’un titre national ou mondial. Bref, il ne « débouche » pas.

 

Le premier conflit mondial le voit réformé, et mobilisé en usine, selon certaines sources, aviateur selon d’autres. En 1918, nouvelle « bûche » suite à l’éclatement d’un pneu, qui lui vaut une omoplate cassée et trois mois d’inaction forcée.

 

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 photo collection J-M Letailleur

 

En 1919, enfin, la « maffre », qui semble lui poisser au cuissard, décide de le laisser tranquille, l'espace d'une ou deux saisons. Et, à trente-cinq ans, il décroche son premier titre national des stayers. « Le plus extraordinaire démarreur – dixit ses contemporains - que l’on ait jamais vu à l’œuvre sur le ciment ou sur le bois », est par ailleurs invincible tant en omnium qu’en poursuite. « Les plus belles jambes qu’on ait jamais vu (là aussi selon les observateurs du temps) » vont enfin rapporter à son propriétaire les dividendes si longtemps attendus.  Car l’année suivante, son regard perpétuellement mélancolique peut enfin  s’éclairer. En effet,  sa saison 1920 sera tout bonnement phénoménale : champion d’Hiver en Mars, champion de France en Juin, champion du Monde en Août !  Son maillot arc-en-ciel, il l’a remporté au terme d’une lutte émouvante avec un autre « Géant » du derrière moto, le Wallon Victor Linart. Ces deux-là n'ont pas fini de faire parler d'eux.

 

De 1920 à 1925, Georges Sérès sera l’indiscuté patron du demi-fond français, jusqu’à l’avènement  d’un autre porteur de perruque célèbre, Robert « Toto » Grassin. Pour l’hégémonie mondiale, c’est au « Sioux » Victor Linart qu’il aura à faire pour les saisons à venir. Ces deux champions seront amenés à écrire parmi les plus belles pages de l’histoire du demi-fond, au cours de matches-défi disputés sans merci .

 

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Mais cette période glorieuse est hélas aussi celle où il encaissera les plus rudes coups, sous la forme de culbutes fabuleuses, dont celle qu’il récolte sur la piste américaine de New Bedford, le 24 Juillet 1922 (***). Ce jour-là, la moto de l’entraîneur Arthur Pasquier lui passe carrément sur le corps. La note de l’accident est lourde : dix-sept côtes et le crâne fracturés, un poumon perforé … Quinze kilos en moins et huit mois plus tard, le citoyen de Suresnes effectuera son retour du pays d’où nul n’est jamais revenu, après une convalescence passée en son "pays" à Condom. Six mois après sa chute, après une brève séquence d'entraînement, il reprend la compétition ! 

 

Dès lors, l’admiration du public, celle due à l’athlète  hors-classe, se transforme en une adulation respectueuse pour celui qu’elle regarde désormais comme une sorte de miraculé.  Et quand le 3 Juin 1923, il décroche, derrière son entraîneur Lauthier,  son quatrième titre de champion de France, il reçoit d'un public du Parc des Princes chaviré d'enthousiasme et d'admiration une ovation pharamineuse, inoubliable ...

 

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photo collection J-M Letailleur

 

Nous laisserons Georges Sérès, en pleine gloire, sur un dernier titre national acquis en 1925, afin de conserver l’image d'un champion persévérant et triomphant, âgé alors de quarante-et-un ans.

 

Nous ne nous attarderons pas trop sur le vieux lutteur qui va continuer à batailler sur les vélodromes longtemps encore, y récoltant son lot de chutes graves, comme celle qui le voit à Marseille en Octobre 1925, suite à l’éclatement d’un pneu survenu alors qu’il roulait à quatre-vingt-dix km /h, entrer dans un tunnel d’inconscience long de vingt-deux-jours. Une fois de plus, l’inaltérable champion  reprendra du service. Il achèvera sa carrière en 1930, sans jamais avoir à rougir de ses performances, à l’âge de quarante-six-ans !   

 

Le virus du demi-fond a gagné son fils Arthur ? Il reprend du service,  à moto cette fois, en 1932 ! Le temps d’une nouvelle chute sur la piste de Montluçon, quatre années plus tard (éclatement du pneu, décidemment … ) alors qu’il drivait le  rejeton. Au bout du valdingue, six côtes et un poignet cassé. Mais il faudra rien moins qu’une hémorragie cérébrale, en 1947, pour lui faire rendre enfin le tablier de pacemaker.

 

Le cyclisme ne l’aura pas enrichi : des fortunes lui sont passées entre les mains, notamment au cours de ses tournées aux USA. Il ne pourra pas en profiter : il a été dépouillé  par un « homme d’affaires », ce qui l’obligera à travailler - à vélo, évidemment - à un âge où il eut pu prétendre à une retraite méritée, alors même que .

 

Georges Sérès décèdera en 1951, laissant un souvenir impérissable à ceux qui auront eu la chance de le voir courir, et en  héritage l’image d’un champion intègre, loyal, qui aura trop longtemps attendu une gloire dont il aura à chaque fois payé chèrement le prix.

 

 

Patrick Police, le 28 Mars 2015

Sources : Documentation personnelle et sujets de Gaston Bénac et René Mellix. Merci à François Bonnin.

 

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Les principaux faits d’arme cyclistes  de Georges Sérès :

 

-        champion de France de demi-fond 1919 1920 1922 1923 1925

-        champion du Monde de demi-fond 1920

-        vainqueur des 6 Jours de Paris 1921 avec Oscar Egg (Suisse)

-        vainqueur des 6 Jours de Paris 1922 et 1924 avec Emile Aerts (Belgique)

 

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(*) 1887 selon Wikipedia, comme quoi Wikipedia …

(**) La fièvre typhoïde, Gaston Bénac la situe juste après l’accident survenu à la Galerie des Machines, soit en 1908. René Mellix quant à lui la situe en Juin 1908, mais au Parc des Princes, et la fièvre typhoïde en 1904, l’année de ses vingt ans.

(***) La chute de New Bedford est datée en Septembre 1922. Gaston Bénac la situe en 1923

 



28/03/2015
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