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Autour de Bordeaux-Paris 1985 : l'interview de Jos De Bakker

Interview de Jos De Bakker

 

Jos de Bakker a soixante-dix-huit ans, et affiche bon pied -bon œil, et excellente mémoire ! C’est à la Pizza Verona, à Anvers (coquet restaurant situé dans le cœur de la vieille ville) que nous avons pu réaliser cette interview en toute cordialité et décontraction. Je profite de cet article pour le remercier encore de son excellent accueil.  Pour ceux qui l’auraient oublié - ou qui ne le savent pas -, Jos De Bakker fut le  sprinteur belge numéro un des années cinquante, l’un des trois meilleurs mondiaux de son époque. Il fut pour la vitesse belge  le trait d’union entre "Milou" Gosselin et Patrick Sercu.  Quatre fois troisième des championnats du monde professionnels de la spécialité entre 1959 et 1966, il devient à sa retraite en 1968 l’un des meilleurs entraineurs à derny et moto de sa génération.

 

 

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Patrick Police : « Vous vous êtes présenté dans quelle disposition d’esprit à ce Bordeaux-Paris ? »

 

Jos De Bakker : « Sérieusement, on ne venait pas pour gagner. Moi, j’y croyais pourtant, je l’avais « drivé » au Zuiderzee derny Tour, disputé sur la fameuse digue hollandaise, alors je savais qu’il serait à la hauteur. Mais il ne faut pas oublier que René disait de lui-même qu’il était un « petit coureur »

 

 

 

Patrick Police : « Comment s’est déroulée la course ? »

 

Jos De Bakker : « Il ne s’est rien passé de sérieux jusqu‘à l’entrée d’Orléans. Mais en arrivant sur la ville, la course s’est un peu emballée. Accélérations, ralentissements, suivis de périodes de neutralisation. Dewachter, l’entraîneur de Poisson, et Ziljaard, celui de Kuiper, se marquaient « à la culotte » et se regardaient en chiens de faïence. Puis la course s’est jouée en arrivant sur un rond-point.  Là, Dewachter m’a fait un petit signe de tête, l’air de dire « Allez, vas-y ! » (la solidarité entre « pays » peut-être ?). Du coup, j’accélère, on passe le rond-point par la gauche, les autres restant sur la partie droite de la route. On fait de suite « le trou », et un peu plus loin derrière nous, c’est la chute, avec  Linard,Kuiper et Ziljaard qui se retrouvent à terre. En fait, on n’a pas poussé à fond à ce moment-là,   à peine pris une centaine de mètres ».

 

 

Patrick Police : « Et après ? »

 

Jos De Bakker : « Franchement, je pense que Kuiper n’était déjà pas au mieux quand est arrivé cet incident. S’il avait été au top de sa forme, il n’aurait pas tant tardé à  revenir, c’est du moins mon avis. En ce qui nous concerne, quand on a appris à la sortie d’Orléans que nous avions déjà cinquante secondes d’avance, là, j’ai dit à René « Allez, on y va ! ».  Et à partir de là, on n’a même pas eu un seul mot à échanger jusqu’à l’arrivée, le travail était fait ! ».

 

Patrick Police : « Comment aviez-vous préparé l’épreuve ?  Des sorties de trois-quatre-cents kilomètres  « à l’ancienne », comme Van Springel ou Bernard Gauthier ? »

 

Jos De Bakker : « Non. Deux-trois sorties d’entraînement dans la semaine qui a précédé la course, après que René soit sorti d’un Tour d’Espagne où il avait bien souffert. Des sorties donc derrière mon derny, dans la région d’Anvers, sur le "cyclable" le long du Canal Albert. Mais des sorties « à fond ». A la fin de l’une d’elles, René était tellement épuisé qu’il ne pouvait même  pas monter les marches de  ma maison de Kappelen pour se rendre  à la salle de bains située à l’étage ! Ajouté à ce régime le Tour de l’Oise et des kermesses complétées à chaque fois par une séance  derrière derny, et il était fin prêt pour la course ! »

  
  
photo Elji

 

Patrick Police : « C’était votre  première victoire dans
Bordeaux-Paris ? »

 

Jos De Bakker : « Oui; et j’en ai disputé dix, avec l’entraîneur de réserve, Kumpen, qui est devenu l’actuel employeur de Martens. D’ailleurs, quand on interroge Martens sur son Bordeaux-Paris, il répond maintenant « J’ai gagné Bordeaux-Paris avec mon entraîneur, Kumpen ». Mais c’était bien moi son entraîneur principal ce jour-là. Ca me fait un peu mal au cœur, mais bon … 

 

Sinon, j’ai de bons souvenirs des Bordeaux-Paris courus avec Ferdi Van Den Haute. On a fait une fois deuxième, en 1981. En 1982, on revient, mais il n’était vraiment pas dans le coup. Tellement qu’à un moment, il me dit : « Jos, c’est bon, j’abandonne ! » Il pose le pied à terre et s’assoit dans la voiture suiveuse. Et là, il me demande : «  Et toi, tu fais quoi ? » Je lui réponds, « Ecoute, il fait beau, moi ça va … Je vais continuer en derny  jusqu’à l’arrivée … » Et voilà mon Ferdi qui se relève, et qui me répond « Allez, on va finir ensemble ! ». Il se   remet en selle, et du coup, voilà qu’on  remonte en prime des coureurs à la dérive chemin faisant, pour finir finalement en huitième position ! Sacré Ferdi ! »

 

 

Patrick Police : « Jos, au bout du compte, tu as fait combien de
Bordeaux-Paris ? »

 

Jos De Bakker : " Trois avec Van den Haute … Deux avec René Martens,  avec à la clef une victoire en 1985, et une huitième place en 1984 (il était malade ce jour là) ...

 

René Martens et Jos De Bakker en 1984 - photo Dominique Turgis

 

... un en 1980 avec Willy Scheers ... un autre en 1977, avec Fons De Bal (abandon). En 1976, j’étais « réserve » pour Frans Verbeeck entraîné par Cois Cools, en 1974, où on finit quatrième, avec Noël Van Clooster et l’entraîneur de réserve Kindekens, et en 1970, je suis réserve … ça fait dix  Bordeaux-Paris ! » 

 

Dix participations. Le compte y est.  

Et Jos De Bakker est le dernier entraîneur vainqueur

de Bordeaux-Paris.

 

 

 



30/12/2012
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