STAYER -FR : Le blog 100 % demi-fond et derny

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INTERVIEWS


ROBERT VARNAJO : "Le chouan", un stayer pas à demi-fond

 

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      Kdo pour les visiteurs !

 

 

  ROBERT VARNAJO : un cœur « gros comme ça »

 

 

J’ai toujours été fasciné - et ça ne date pas d’hier - par ceux que l’on appelle « les battants », les « baroudeurs ». Cette affection pour les « casseurs de baraque » que, par exemple,  furent dans les années cinquante les Schaer, Robic, Varnajo …

Cette fascination s’est reportée plus tard, sur d’autres « bouffeurs de vent », qui  alimentèrent ma petite chronique : les   Joaquim Agostinho, Dirk de Wolf, Thomas Wegmuller, Ludo Dierkxsens, dont les efforts émouvants furent rarement payés de retour … Et je n’en suis toujours pas guéri, la preuve, puisqu’aujourd’hui encore  je ne peux pas m’empêcher de cultiver une certaine tendresse pour les sorties aussi vaines que pleines de panache d’un David Boucher.

 

Plus grave : peut-être inconsciemment gagné par l’exemple de ces chevaliers de l’inutile, il m’est aujourd'hui encore  insupportable de rester sagement pelotonné à l’abri d’un peloton ou d’un groupe. Et d’aller chercher à prendre ma part de vent,  quoiqu’il m’en coûte par la suite (et il m’en coûte souvent) ...

 

Fort de ce préambule, et sachant que le Monsieur dont je vais vous parler fut, notamment, trois fois champion de France des stayers et troisième d’un championnat du Monde de la spécialité, vous comprendrez aisément que vous ne pouviez pas couper un jour ou l’autre à un portrait de celui que l’on a appelé « Le Chouan », j’ai nommé Robert Varnajo, dynamiteur de peloton dans les fifties, et amoureux éperdu de notre cher demi-fond, auquel il consacra l’essentiel de la seconde partie de sa carrière.

 

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photo collection Patrick Police

 

Un peu de biographie

« En 1939, le 3 septembre exactement -  je ne peux pas m’en rappeler aujourd’hui encore   sans émotion - le garde-champêtre est venu remettre à mon père son ordre de mobilisation. Comme il était berger de profession, parti à la guerre, c’est à moi que fut confiée la garde des moutons, jusqu’à son retour de captivité.  D’ailleurs, tenez [ Robert Varnajo me tend la coupure, patinée par les ans, d’un journal local ] ça a fait l’objet d’un article dans la presse de l’époque  » 

 

«  Dès l’âge de dix ans donc, j’ai été amené à m’occuper de l’exploitation familiale,  avec ma mère, pendant que mon père restait prisonnier en Allemagne [ j'ai encore en mémoire,  soixante-quatorze années après, le numéro de son stalag  : 11 b ]. A cet âge,  je portais les moutons à bras le corps quand il le fallait, et j’accomplissais tous les travaux d’un homme à la ferme : c’est ce régime qui a sûrement contribué à me donner une si robuste constitution !  »

 

« Mon père, après son retour du stalag,  a repris sa place à la ferme. Puis, pendant que, près de vingt années durant, j’arpentais à vélo les routes et pistes d’Europe et d’Amérique, il est resté berger, jusqu’à sa retraite. Et aujourd’hui, j’occupe, seul, la maison  familiale, là où j’ai vu le jour le 1er Mai 1929, à Port-la-Claye, près de Curzon »

 

« J’ai repris la bicyclette  après une interruption de plus de vingt années. Et en 1987, je me suis offert un superbe Atala, que j’ai utilisé jusqu’à ce que je me mette au VTT. Mais aujourd’hui, après avoir chuté assez sérieusement avec cet engin, je privilégie le … home-trainer, home-trainer que j’ai bricolé à ma façon.

Car il faut dire que j’ai toujours été intéressé par la mécanique. J’ai réparé jusqu’à six-cent-cinquante horloges durant trente années ! Et il m’arrivait même de refaire des pièces d'horlogerie (dents de pignons, roues dentées) avec de la brasure d'argent et des chevilles en acier ... une véritable passion … et une fierté aussi, même si j’ai dû arrêter,  mon talent commençant à devenir un peu trop connu des voisins et amis.

 

La mécanique du vélo n’a également aucun secret pour moi; il faut dire que mon apprentissage, je l’ai fait dès mes seize ans, chez Mr Mathé, un marchand de cycles, à Luçon, pas loin d’ici. Et je peux affirmer que très vite, j’ai été  à bonne école,  le patron passant plus de temps à bavarder avec la clientèle à l’extérieur de la boutique, au gré d’escapades au bistrot voisin. Maintenant ce goût de la mécanique m’est un peu passé, mais pas ma soif de connaissances et ma curiosité.

Aujourd’hui, ici, dans la maison de mes ancêtres,  c’est au  jardinage  que je consacre désormais l’essentiel de mon temps »

 

Un regard sur la carrière

« Vous voulez que je vous parle de ma carrière … D’abord, il faut savoir que je n’ai jamais pu faire de vélo « planqué dans les roues ». Il fallait toujours que je parte à l’attaque. Du coup, je passais pour un sacré emm… dans le peloton. Je me rappelle de Géminiani qui, à chacun de mes démarrages, râlait à mes trousses, de sa voix de rogomme : « Chouan pourri ! Fouteur de m… ! ». Bref, j’étais un « emmerdeur » dans le peloton [ un emmerdeur de pédaler en ron-ron en somme, on peut le dire ? (n.d.l.r) ].

En courant de cette façon, on ne gagne pas toujours (cf. mes championnats de France et du Monde 1954), c’est vrai. Mais en même temps, quand, les rares fois où, écoutant les conseils donnés, je m’obligeais à me « planquer »  dans un groupe ou dans le peloton jusqu’au final, eh bien … quand arrivait le moment de devoir « déboucher » : rien. J’étais comme anesthésié. Rouler à l’abri, dans les roues, « ça m’endormait ».

Et puis,  j’aimais bien fiche la pagaïe. En plus,  il faut bien reconnaître que l’on n’avait pas une grosse pression chez Gitane à l’époque. Le patron, Mr Marcel  Brunelière, me le disait souvent : « Te casses-pas la tête : gagnes- moi en une juste de temps en temps … Allez, viens, on se fait une bonne bouteille de Gros-Plant » (Rires) ».

 

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photo collection Jean-Marie Letailleur

 

« C’est certain, j’aurais pu remporter davantage de courses …. Combien de fois j’ai dû prendre le départ la mort dans l’âme, en laissant derrière moi parmi le public une belle fille qui ne demandait qu’à partager un bon moment avec moi … Bon, ceci dit, il y a bien des fois où je ne suis pas parti, et tout bien pesé, j’ai moins manqué de « bons moments »  que de belles courses … Et je ne regrette rien … D’autant plus qu’il m’est arrivé de signer de sacrées performances sur ce terrain-là, même - et je dirais même surtout - après des courses éprouvantes. Quand j’y repense, c’était même dans ces circonstances où - l’excitation de la fatigue aidant - j’étais finalement assez performant. J’étais peut-être pas terrible sur le vélo, [ il plaisante ?  n.d.l.r ] mais un « coup » de loupé, ça ne se rattrape pas. Non, vraiment, je ne regrette rien. Né dans la misère, je ne suis pas arrivé à grand-chose, diront certains. Moi, je sais que j’ai eu une belle vie ».

 

« De mon passage chez les routiers, j’avoue que c’est ma période chez les amateurs que j’ai préférée. Chez les amateurs, c’était la liberté. Chez les pros, on était commandé [ il fait la grimace, n.d.l.r ]. Chez les amateurs, on n’avait pas l’impression d’accomplir un travail. Mais chez les « pros », il y a eu le demi-fond, que j’ai découvert dès 1956. Et le demi-fond, j’ai vraiment a.d.o.r.é. »

 

 

Un "chouan" chez les stayers

« En selle, je ne regardais jamais le rouleau de la moto. Quand il m’arrivait de le faire, je pouvais constater qu’il tournait à peine. Quand tu es sur le vélo, ce que tu dois regarder, c’est le point bas du dos de l’entraîneur. A l’époque, il était « assis ». Le stayer, derrière, était courbé, penché sur le guidon. Il y a de cela cinq ans, j’ai été assister au championnat de France de demi-fond, à La Roche-sur-Yon. J’ai été surpris par la position des stayers actuels. Bizarre, vraiment. Droits comme des I, avec les bras tendus : comment veux-tu produire un effort valable dans cette position ? »

 

« Le demi-fond, je m’y suis mis dès 1956, au « Vél’ d’Hiv » de Paris, mais je ne m’y suis réellement consacré   qu’à partir de 1961.C’est que, même si la presse de l’époque me présentait alors comme « le futur Toto Grassin », j’ai accumulé les problèmes de santé dès 1955, lors de l’étape du Tour de France Zurich-Thonon-les-Bains, où je me suis attrapé une méchante angine, descendue plus tard sur les bronches, avant de me faire opérer l’année suivante d’ une péritonite.  En 1957, je suis revenu à la route, et jusqu’en 1960 on peut dire que je n’ai été qu’un stayer occasionnel »

 

« J’ai adoré le demi-fond, c’est ce qui m’a le plus « botté » dans ma carrière de coureur cycliste. [ et comment en douter un instant, puisqu’il suffit de  lever les yeux pour voir, suspendu  au plafond de l’atelier, le vélo de stayer -  avec plateau BSA if you please -  du maître de céans ].

 

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photo Patrick Police

 

Le « truc » qui a un peu tout gâché, c’était l’environnement de la spécialité, les petites « mafias ». Vous allez comprendre ce que je veux dire : par exemple, j’ai le souvenir de cette course à Dortmund,  en 1962, je crois, où l’on m’attribue la septième position au départ, comme par hasard. Avec, en prime, bien entendu, la moto de raccroc du vélodrome, celle qui tousse et qui cahote, et que l’on "refile" aux « visiteurs ». Mon entraîneur Lorenzetti et moi on était dépités, et en même temps, galvanisés par ces mesquineries, décidés à se révolter ! Et heureusement, ce jour-là, j’avais les bonnes jambes : j’ai foncé comme rarement. Je n’ai pas arrêté des tours durant de gueuler à Lorenzetti : « Tu pousses, tu pousses ! ». Et nous voilà doublant les coureurs qui nous précédaient, les uns après les autres. Les Meuleman,  Timoner et consorts nous regardaient passer, médusés, écoeurés. Jusqu’à ce que l’on tombe sur le dos du champion du Monde, l’idole locale, l’Allemand Marsell ... et de le laisser derrière nous, comme les autres !  Alors, là … Ouh là là … Silence de mort d’un seul coup dans le vélodrome. Silence impressionnant dans les tribunes, qui a bien duré trente secondes. Et Lorenzetti qui me glisse, à la dérobade, dans cette drôle d’ambiance : «  Ma … qué … faut pas me la faire… »

Ce jour-là la « mafia », on l’avait fait « exploser ».

 

 

Les arcanes du demi-fond sont impénétrables

« Et puis le demi-fond, c’est parfois un mystère … Regardez, le Père Pasquier, " Le roi des entraîneurs" : il était pas épais. Mais derrière lui, il n’y avait pas de vent. Pour les coureurs, mystère aussi. Prenez  le cas d’Hassenforder, qui a fait du demi-fond en fin de carrière : ça n’a pas marché. Il était pourtant fort, puissant. Mais pour être un bon stayer, il faut bien sûr être puissant, mais aussi souple, véloce. La moto, il faut savoir la suivre, aller la chercher : mais il faut aussi savoir tourner les jambes. Vélocité. Vé-lo-ci-té. En ce qui me concerne, j’avais remarqué que, moi qui, avant de faire du demi-fond, grimpais plutôt pas mal, et bien une fois devenu stayer, je passais moins bien les côtes. »

 

« Le braquet ?  C’était 28 X 6 ou 32 X 7 pour la piste du Parc des Princes, chaîne « à bloc », ou chaîne « de  trois » [n.d.l.r : qu’est-ce que c’est ? ] pour l’entraînement d’hiver. Pour les boyaux, on les gonflait à 4.5 kg pour la piste d’Amsterdam, qui était une piste dure, pleine de ressauts. Pour le Parc, on mettait plus,  je ne me rappelle plus combien, il faudra que je regarde dans mes cahiers (eh oui, je notais tout). Les boyaux, c’est la vie pour un stayer. A ce propos, vous savez ce qui se disait au sujet de la mort de Paul Choque … D’autant qu’au « Parc », on savait qu’à 95-96 km/h, on était « à la limite » en haut de virage, avec la pédale intérieure qui faisait des étincelles sur le ciment. C’était « Mémé » Montillot, le mécano qui avait sa cabine au Parc des Princes, qui collait les boyaux de mon vélo. Mais pour la mécanique, c’était moi, et moi seul … »

 

J’ai adoré le demi-fond

« Je « collais » bien à l’engin d’entraînement, que ce soit au Derny, à la Vespa ou à la moto. Je peux vous affirmer que le flanc du garde-boue du derny de mon entraîneur était tout noirci après un Critérium des As »

 

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photo collection Robert Varnajo

 

« Mes trois titres de champion de France, je les ai tous remportés dans le sillage d’Ugo Lorenzetti. Avant lui, c’était Meuleman qui me « tirait » ; Ugo Lorenzetti m’a entraîné jusqu’en 1965, jusqu’à mon dernier championnat de France, que j’ai disputé en « demi-molle ».  C’était à Reims, j’ai fini second sur cette piste que je n’aimais pas, saturé que j’étais déjà de vélo … Peu après, aux championnats du Monde à San Sébastian, Ugo m’a déclaré simplement : " Je ne t’entraîne plus "  Ca c’est terminé comme ça … »

 

«  J’ai adoré le demi-fond. Mais les entraîneurs, comment dire … Je vais vous donner un exemple, un seul, et vous comprendrez : en 1963, à l’occasion du championnat de France, Ugo et moi, au bout d’un bras de fer prolongé sur plusieurs tours, nous attaquions Jean Raynal, en se rapprochant de lui au maximum, venant au plus bas possible de la piste. Il a résisté longtemps, mais Lorenzetti, a continué à les serrer au plus près, lui et son entraîneur,   jusqu’à ce qu’il ait « sauté » [ Jean Raynal en  tombera les bras en croix d'épuisement sur le bord de la piste du Parc des Princes - n.d.l.r

 

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championnat de France 1963 : Lorenzetti-Varnajo contre G. Wambst-Jean Raynal

photo collection Robert Varnajo

 

Peu de temps après, aux championnats du Monde disputés à Rocourt, je ne comprenais donc pas, compte tenu de ce que nous avions fait au championnat de France, pourquoi il s’entêtait à rester en haut de virage. J’avais beau lui dire « plus bas, plus bas ! » il restait au ras des balustrades : impossible dans ces conditions de passer Proost et De Paepe, les deux Belges qui faisaient barrage devant nous. Je lui criais  : " Plus bas, plus bas !". Rien à faire. A n’y rien comprendre ... jusqu’à ce que je constate, l’année d’après, qu’il entraînait justement ... Proost)

Ce jour-là, je finis sur le podium mondial, troisième. [ ce qu'oublie modestement de préciser Robert Varnajo, c'est que ce jour-là il a fait "trembler d'inquiétude" - dixit la presse de l'époque - les deux Belges, qui ont pratiqué "la course d'équipe", Léo Proost bénéficiant de l'aide ouverte de De Paepe. Robert Varnajo a fait vibrer, par ses barouds incessants, les vingt-cinq mille spectateurs de l'endroit, et trembler  jusqu'au bout  ses deux adversaires faisant bloc. Chapeau, "Le Chouan" ! ] 

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Après sa fabuleuse course à Rocourt 

photo collection Patrick Police

 

« En 1964, sur l’anneau du Parc des Princes, je passe par les repêchages, pour finir quatrième en finale. Normal, derrière les motos BSA du Parc, ça n’a jamais marché pour moi : la transmission par chaîne rendait les accélérations trop brutales, et je ne le supportais pas. En 1965 donc à San-Sebastian, je fais les qualifications derrière Lorenzetti. Arrivé en finale, il  m’annonce qu’il ne m’entraînera plus, et je me retrouve derrière un entraîneur hollandais. Timoner, avant le départ, nous propose de l'argent pour qu'on ne le "freine" pas pendant la course, mais j'ai refusé. J'ai fait une course très médiocre - je ne me rappelle même pas à quelle place j'ai terminé ce jour-là (*). Tout de même, je n'avais pas tout perdu; mon entraîneur avait dû bien se "débrouiller" puisqu'après ce championnat du monde, j'ai eu quand même quelques contrats en Belgique et en Hollande les mois suivants ...  comme quoi ... 

La fin de l'association avec Lorenzetti, ça tombait bien finalement, j’étais démotivé, saturé de vélo, et il était pour moi temps de tourner la page »

 (*) n.d.l.r : on ne l'a pas retrouvé dans nos "archives" non plus. Décidemment ...     à l'aide, mes visiteurs !]

 

Non, rien de rien

« Vous me demandez si un stayer m’a particulièrement impressionné durant ma carrière ? Franchement, personne ne m’a jamais impressionné.  D’ailleurs, rien ne m’a impressionné dans la vie. Je n’étais jamais sorti de mon " trou ", mais après la guerre, quand je suis parti de ma campagne et que  je suis arrivé à Paris, je n’étais même pas étonné. C’est dans ma nature »

 

« Et maintenant vous voudriez savoir quel est le meilleur souvenir de ma carrière de stayer ? Là aussi, c’est un peu pareil … Et puis, je n’en ai pas un en particulier, c’est plutôt l’ensemble des images que j’ai accumulées qui font mes souvenirs … par exemple ces quatre-vingt seize mille personnes autour de la piste d’Amsterdam : une ambiance extraordinaire, inoubliable [ Robert Varnajo s’emballe et ses yeux pétillent à ce souvenir - n.d.l.r ] … cette chute terrible en 1961 sur cette même piste, où l’entraîneur Van Ingelghem se tue, en heurtant le starter resté en milieu de piste,  et moi à chaque tour qui voit le sang dégouliner en rigoles sur la piste … Bernard Bouvard, blessé en bord de piste au Parc après une chute, le corps comme passé à la râpe à fromage  …  les six-jours de New-York avec Michel Scob, et la traversée mémorable de l’Atlantique sur le paquebot « Flandre » : mille deux-cents personnes à bord, neuf cents malades ... cette fumée presqu’opaque dans le vélodrome couvert de Berlin plein à craquer, à travers laquelle je distinguais à peine le dos de mon entraîneur … et puis surtout cette cabine que j’avais au Parc, entre celle des entraîneurs … combien de fois je me suis régalé du rituel du contrôle des entraîneurs par des commissaires tatillons comme des douaniers, qui allaient jusqu’à les faire déshabiller pour démasquer leurs combines …

 

Vraiment, j’ai vécu de sacrés moments … Je me suis bien "régalé" … Et je ne regrette rien ! »

 

DSC00687.JPGphoto Patrick Police

 

 

 

Patrick Police, vendredi 24 Janvier 2014,

avec l'amicale complicité de Robert Varnajo. 

et l'aide de Jean-Marie Letailleur pour les photos.

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AVEC ROBERT VARNAJO 4 JUIN 2011 DSC07310 - Copie.JPG
photo Patrick Police


03/01/2014
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FRANCOIS LAMIRAUD : prélude pour un record / L'nterview

INTERVIEW FRANCOIS LAMIRAUD

 

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STAYER-FR : « Bien entendu, pas question de couper à la rubrique « état-civil » (il y a des maniaques du genre parmi les membres du site – j’en connais même qui ne liront que ça de l’interview). Alors, date et lieu de naissance, domicile ? Marié, Célibataire ? Des enfants ? »

 

F.L : « J’ai trente-et-un jusqu’au 5 avril prochain et je suis un homme heureux, originaire de Marseille. Je n’y ai jamais vécu mais j’y suis né ! Je suis membre du Team Vulco Vaulx-en-Velin Mavic depuis 2015, et je fais environ vingt-cinq mille kilomètres de vélo par an.  Avec ma copine, j’habite à Sorbiers, un petit village perché près de Saint-Etienne, ce qui m’oblige à escalader une cote de 1,5km à la fin de chaque entrainement… Je n’ai pas d’enfant mais j’ai un petit chat »

 

STAYER-FR : « Présentes-nous un peu François Lamiraud, sa vie avant le vélo, comment il a attrapé le virus de la bicyclette : environnement familial, révélation subite, coureurs qu’on sème sans s’en rendre compte lors de sa première sortie en groupe (cocher la case correspondante) … ? »    

 

F.L : « Mon père était sportif (marathon) et j’ai toujours fait du sport. Je jouais aussi depuis tout petit du piano, et j’étais plutôt doué. Mais à l’adolescence,  j’ai fait le choix du vélo. Pour dire vrai, c’est en allant regarder une étape du Tour de France contre-la-montre sur le bord de la route que j’ai « chopé » le virus … C’était tellement beau et impressionnant ! A mes débuts, j’ai eu la chance d’être formé dans un club (Vineuil Sports dans le Loir-et-Cher) où j’ai appris les bases du vélo et touché un peu à tout : cyclo-cross, route, piste et footing l’hiver »

« J’ai progressé petit à petit, mais en minime je faisais une tête de moins que ceux qui avaient déjà de la moustache … C’est en junior que j’ai commencé à avoir des résultats probants »

 

 

STAYER-FR : « Il est question paraît-il d’un certain record de l’heure auquel tu comptes t’attaquer. Racontes un peu (beaucoup) pour Stayer-Fr comment et depuis quand l’idée t’en est venue, et pourquoi ce projet est devenu pour toi comme une priorité ? »

 

F.L : « L’idée germe en moi depuis cinq-six ans. A l’époque, avec mon ami Michel Meunier, nous avions évoqué le Record Rhône-Alpes. Puis il y a trois ans, alors que le règlement demandait toujours de courir avec un cintre traditionnel, je me le suis mis réellement en tête. J’ai commencé à chercher du matériel, à réfléchir sur la fabrication d’un vélo traditionnel sur-mesure en titane, à lire des articles sur les chiffres … Puis, la saison dernière, j’ai décidé de me lancer, et ce, avec l’aide de Mr Jean-Pierre Evrard, qui permet en grande partie de financer le projet. Il faut savoir que tout est à ma charge, et que le budget est énorme. Depuis le mois de novembre dernier, je ne vis que pour cela. Je pense record de l’heure jour et nuit. Quand je monte sur mon vélo, c’est pour réussir cette belle aventure. Je vis des moments fantastiques, je découvre des choses, j’aime ce que je fais »

 

 

STAYER-FR : « Et le prix de cette petite folie ? » (en même temps, je vous présente l'engin ...)

 

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F.L : « 25 000€. Le partenaire principal est Mr Jean-Pierre Evrard, de la société EUROPÉENNE DE LOCATION TP, à Maisons-Alfort. J’en profite pour remercier tous les partenaires financiers et matériels qui me soutiennent. Et puis une cagnotte est sur internet, pour finir de boucler le budget.  (si le cœur vous en dit, il manque encore de l'argent, dur dur … https://www.leetchi.com/Cagnotte/2606523/67b0d34d

 

STAYER-FR : « Que penses-tu du changement de règlementation de l’U.C.I ? Tu aurais tenté ce record si le règlement était resté inchangé ? »

 

F.L : « Je pense sincèrement que c’est une bonne chose que le règlement ait changé dans ce sens. Maintenant, il s’agit de le conserver ainsi pour pouvoir comparer les performances futures. Je m’étais préparé psychologiquement à tenter le record avec l’ancien règlement mais je suis plutôt content que les prolongateurs  de guidon soient de nouveau autorisés. Ca sera moins éprouvant au niveau posture »

 

François Lamiraud Action _ Copyright Yves Perret Médias - Copie.jpg

 

STAYER-FR : « Roger Rivière, ça évoque quoi pour toi ? Ses performances, qui semblent si dérisoires lorsqu’on les compare aux dernière marques du record,  elles t’apparaissent comment, toi qui va vivre une aventure identique à la sienne plus de cinquante années après ses marques mythiques ? »

 

F.L : « J’ai un énorme respect pour Roger Rivière. Je viens de terminer la lecture d’un livre qui retrace sa carrière, achevée malheureusement trop tôt. Roger était un phénomène, et sans sa grave chute dans la descente du col de Perjuret, il aurait pu gagner au moins un Tour de France. Il gagnait des c.l.m face à Anquetil, des étapes  en ligne au Tour de France et d’Espagne. C’était la classe à l’état pur ! C’est pourquoi je m’attaque à ce record avec beaucoup d’humilité. Et je sais que cela va être d’une extrême souffrance »

«  Quand je parle de Roger Rivière aux stéphanois, j’ai l’impression qu’il est encore vivant, tellement son aura y est grande. 47,346 dans l’heure peut paraître dérisoire par rapport aux dernières performances établies. Mais on ne trouve pas à chaque coin de rue un cycliste capable de rouler à 48km/h pendant une heure. Cela demande une préparation minutieuse, autant physique, technique, tactique et psychologique. J’ai travaillé tous les détails pour arriver au top le Jour J »

 

STAYER- FR : « Tu peux dérouler pour nos visiteurs le nom des différents clubs pour lesquels tu as couru jusqu’à ce jour ? »

 

F.L : « En sortant des juniors, j’ai couru pour le Blois Cac 41, de 2002 à 2004. Ensuite pour l’ECSEL (2005), CR4C Roanne (2006-2008), VC Caladois (2009), Blois Cac 41 (2010), CR4C Roanne (2011-2012), Team Pro Immo (2013-2014) avant d’arriver au Team Vulco pour 2015 ! J’aime me lancer de nouveaux défis, ce qui explique que j’ai souvent changé d’équipe »

 

 

STAYER-FR : « Dans la foulée, tu peux nous faire, comme ça, au débotté, une petite synthèse de ton palmarès sur route et sur piste ? »

 

F.L : « Sur la piste j’ai remporté quatorze médailles aux championnats de France piste, dont un titre de champion de France de course aux points (2005), une coupe de France d’américaine (2006), terminé quatrième des championnats d’Europe d’omnium (2009)… J’ai porté le maillot de l’équipe de France entre 2005 et 2009.

 

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 Derrière une " vraie" moto d'entraînement

 

Sur la route, mes plus beaux succès sont ceux remportés au Tour du Loir-et-Cher, les G.P St Etienne, G.P Vougy, G.P Flandres Françaises, Tour du Cantons de St Ciers, des étapes au Tour du Loiret et au Circuit de Saône-et-Loire … Je compte environ cent-quarante victoires à ce jour »

 

STAYER-FR : « Ton activité cycliste, actuellement, c’est moitié-route / moitié-piste ou je me trompe ? Et si oui, avec quelles ambitions ? »

 

F.L : « En signant au Team Vulco, j’ai la chance que la piste soit vraiment considérée. Cette année est forcément particulière avec la préparation de ce record de l’heure. J’ai fait énormément de piste cet hiver, et mon programme de courses sur route est aménagé en ce début de saison, avec la complicité de mon d.s Régis Auclair.

Mais en général, je fais 70%  route et 30 % piste dans la saison. Il y a malheureusement peu de courses sur la piste, même si en Rhône-Alpes on a de la chance, avec les organisations de Michel Meunier qui nous concocte de jolis programmes où l’on fait des kilomètres dans la journée … »

« La piste est ludique, et pour moi ça change de la routine de la route. Et puis ça m’apporte énormément pour les efforts sur route. Les années sans pratiquer la piste sont moins rentables en terme de performance routière. C’est flagrant ! »

 

 

STAYER-FR : « Et le demi-fond, ça t’as pris comment ? Qui est   le responsable de cette folie ? »

 

F.L : «  Je dois cela à Marc Pacheco, qui m’encourageait à en faire. Après un ou deux essais à Lyon avec lui, nous sommes allés faire deuxième au Championnat de France en 2006. C’est vraiment très dur comme discipline, peut-être même la plus dure ! J’ai refait second en 2010. J’aime bien cet effort, mais je regrette de ne pouvoir m’y préparer consciencieusement. C’est dur de tout concilier sur mon calendrier »

 

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STAYER-FR : « Je sais ce que tu penses du demi-fond, tu l’as remarquablement développé sur ton site internet. Mais as-tu fait le plein de souvenirs et de sensations avec cette spécialité du cyclisme ? »

 

F.L : Les sensations sont extra-ordinaires, car on va vite et c’est grisant. Mais je retiens surtout qu’il faut être fort dans la tête pour ne pas craquer… »

 

STAYER-FR : « Tes meilleurs souvenirs  en demi-fond ou derrière derny ? »

 

F.L : « Lors d’une course à Chécy (dans le Loiret) avec Marc sous la pluie, où il prenait les virages comme un fou … et j’étais bien obligé de le suivre ! Sinon j’adore m’entraîner derrière derny avec Michel Meunier. Ca bonifie l’entraînement et le coup de pédale s’en ressent les jours suivants »

 

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 Derrière une "fausse" moto d'entraînement

 

STAYER-FR : « Tu le vois comment l’avenir de la spécialité, s’il en a un ? »

 

F.L : « Le problème est que le demi-fond attire peu de coureurs. Il y a la qualité par contre, et c’est bien, mais il manque un renouvellement, et de l’émulation. Un routier dans un équipe de D.N.1 aura du mal à concilier le programme route et demi-fond car il court déjà tous les week-ends, qui plus est loin de chez lui. Si la volonté est d’avoir les meilleurs routiers, il faut harmoniser les calendriers et aussi que les programmes de courses soient conséquents, et sans vague … »

 

STAYER- FR : « Entre nous, tu ne crois pas qu’un titre de champion de France ferait riche sur  ton palmarès, par exemple une ligne en dessous de ton record de l’heure ? (pousse-au-crime, le gars … ) »

 

F.L : « Ca fait rêver, c’est sûr. J’ai connu les honneurs du maillot tricolore en 2005, celui du demi-fond doit être génial à aller chercher. Mais je suis tombé sur plus forts que moi pour l’instant … »

 

STAYER- FR : « Il fait quoi François Lamiraud, quand il n’est pas sur le vélo ? »

 

F.L : «  Je suis toujours occupé, je n’aime pas rester sans rien faire. Ainsi, j’ai toujours travaillé à côté du vélo. Cela fait quatre années que je gère ma société de vente de matériel de vélo haut de gamme sur le net (www.velopuissance.com). J’aime mon métier, et je le développerai encore plus quand je mettrai le vélo en sourdine. Mais je suis coureur encore pour quelques temps … »

 

 

P.S : n'hésitez pas à soutenir Jean-François dans sa tentative, et rendez-vous sur son site : http://francois-lamiraud.blogg.org

 

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Patrick Police

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Chilly-Mazarin, le 28 Mars 2015

 

 

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28/03/2015
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QUAND DEMI-FOND RIMAIT AVEC "POMPON"

 

Une décennie sur les pistes avec Alain Dupontreue 

 

 

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La vie avant le vélo  ?

« Gamin, j’ai pratiqué plusieurs sports, comme le football ou le handball, et il ne m’a pas fallu bien longtemps pour comprendre que je n’étais pas fait pour les sports collectifs. Alors, dès le collège, j’ai pratiqué la course à pied (le cross-country), et je me suis aperçu que j’avais des dispositions, compte tenu de mon gabarit longiligne. J’aurais certainement persisté dans cette discipline, si mes copains de toujours (on se connaissait depuis la maternelle !)  Christian Piécourt, Claude Gautier et Jean-Yves Lebreton (le père du coureur pro Lylian Lebreton, très bon coureur, qui a laissé son empreinte en Bretagne)  ne m’avaient pas débauché pour faire du vélo » 

 

Et puis l’engrenage … 

« Donc, à quatorze ans, nous nous inscrivons - tous les quatre - au club des Bleus de France de Suresnes |la ville où nous habitions], présidé alors par Paul Fournier.  A ma troisième course, disputée à Méru, dans l’Oise, je remporte mon premier bouquet, pour une seconde place. Puis  je gagne deux  courses à Chevannes et à Sarcelles, en région parisienne. Je finis aussi quatrième du Critérium des Vainqueurs, disputé à Combs-la-Ville.  Le classement ce jour-là : 1er Jean-Pierre Livet - 2ème Claude Guyot - 3ème Jean-Yves Lebreton. Ma deuxième année de Cadet, j’en gagne six,  malgré deux excellents coureurs : Jacky Mourioux, de Savigny-sur-Orge et Christian Coralle, de l’A.C.B.B » 

 

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Critérium des Vainqueurs 1963 - photo collection J-M Letailleur

 

«  Sous la férule de « Radar », comme on aimait à surnommer Paul Fournier, je participe à deux reprises à la Course de la Paix des Jeunes. Il faut te dire que les Bleus de France organisaient des courses internationales  dans le cadre d’une politique d’échange avec des pays comme la Belgique, l’Allemagne, la Suisse, la Tchécoslovaquie … Donc, pendant cette période, « je vois du pays »  

 

... la pente fatale …  

«  Et puis, en 1965, je suis versé en « trois et quatre », avant de monter en « deuxième caté » début 66 à l'occasion de mes dix-huit ans. A la fin de la saison, j’étais monté en « première », sur la foi des bons résultats accumulés !  A cette époque  -  je dis ça juste pour "fixer" un peu le paysage -  il y avait de très bons coureurs : Christian Martignène, de  l’U.S Créteil, Jean-Pierre Livet, Jean-Jacques Cornet, Enzo Mattioda, tous trois de l’A.C.B.B. Et il y avait surtout un certain Claude Guyot. Un « ogre ». Lui, c’est simple, il gagnait tous les dimanches ! Alors, quand tu le voyais s’aligner sur la ligne de départ, c’était - au mieux – la deuxième place assurée » 

 

 

Servitudes et Grandeurs militaires

« A la fin 1966, l’année de mes dix-huit ans, je devance l’appel pour faire mon service militaire, et pars avec mon pote Daniel Proust (qui sera coureur professionnel quelques années plus tard). Lui se fera réformer. J’effectuerai mes classes à Avord, près de Bourges, puis, à l’issue de celles-ci, au Ministère de l’Air, en qualité de chauffeur du général Jacques Mitterrand (le frère du Président, eh oui !). Evidemment, question vélo, ce sera une année blanche ! … sauf quand, promenant la femme du général, je mettais le vélo dans le coffre de la Renault 16 pour m’accorder une petite « sortie ». En Février 1968, au bout de seize longs mois, j’avais achevé ma période militaire » 

 

 Le retour, et on the road again …  

« Je reprends les courses en Février 1968, pour ce qui sera ma dernière année aux Bleus de France. Je gagne les Quatre Jours de Seine-et-Marne, et glane des places d’honneur, dont une place de second derrière Miguel Maria Lasa au Circuit du Jura, et une de troisième au Tour du Var derrière Paul Gutty et Jankowski »

« 1968, c’est l’année olympique. Je suis des huit pré-sélectionnés pour les Jeux. Mais Toto Gérardin, notre entraîneur, y va fort, trop fort, et les essais sur quatre kilomètres pendant les stages de préparation me sortent vite par les yeux. Je suis « laminé » par les charges de travail qu’il nous impose. Je ne serai pas du voyage à Mexico. Mais je n’ai pas à rougir, car il y avait une sacré concurrence : Daniel Rebillard (qui sera médaille d’or en poursuite individuelle), Jacky Mourioux, Alain Van Lancker, Bernard Darmet, Bernard Croyet, Jacques Pommier …

 

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Derrière le derny de "Toto" Gérardin, Daniel Rebillard et Alain Van Lancker - photo collection Patrick Police

 

Mais ce n’est que partie remise car en 1970 je serai de l’équipe de poursuite par équipes aux championnats du monde à Leicester (éliminés en série) »

 

«  J’ai vingt ans quand je rentre dans la grande équipe de l’A.C.B.B, dirigée par Mickey Wiegand. Là, je cours aux côtés de « pointures » comme Régis Ovion, Bernard Thévenet, Enzo Mattioda. Et déjà, je jongle entre la route et la piste. En 1970,   je rentre au club de l’AP.S.A.P (le club de la Préfecture de Police),après avoir un temps envisagé de passer professionnel. Avec l’A.P.S.A.P, je suis parti pour un long bail, et ce sera mon dernier club » 

 

Et la piste, on y arrive ?  

« Mes premières armes  cyclistes, je les ai faites à La Cipale de Vincennes. Il faut te dire que le Président Paul Fournier nous obligeait (et comme il avait raison !) à faire de la piste, afin que l’on sache « frotter », anticiper, se placer, bref acquérir toute la panoplie qui permet de s’aguerrir en vue des sprints … la base, les « fondamentaux.  J’acquiers vite le bagage,  la culture du pistard»  

« Sur la route, je collectionne les accessits (4è de Paris-Briare en 1969, 4è encore du Grand Prix de la Boucherie en 1970 …), alors que sur la piste, ce sont les bouquets que je collectionne. Dans ces conditions, je fais le point, et ne suis pas long à comprendre que là est ma voie. Comme je prenais de plus en plus goût à la piste, je ne vais plus « balancer» très longtemps entre les deux »  

 

  

 Et le demi-fond, dans tout ça ?  

 « C’est venu tout simplement tu vas voir… Oh, je m’en souviens parfaitement, c’était en 1968 à Lunéville , à l’occasion des championnats de France de la spécialité » 

« Avec mon copain Christian Piécourt, un bon « toutes catés » -  lui aussi des Bleus de France - , on regardait  le calendrier des courses de La France Cycliste et là on tombe sur l’annonce des championnats de France de demi-fond. Je lui dis alors : « Regarde la liste des prix : Quatre cents balles au vainqueur ! C’est pour nous ! En plus, jettes un œil sur  la liste des engagés … Franchement … c’est dans la poche ! » 

«  Oh là là ! … en série, je me qualifie, mais au forceps ... et déjà, je commence à comprendre ma douleur … Quand à mon pote Christian, dépité, la « fête » s’est arrêtée pour lui à ce stade ...  Puis est venue la finale … je crois bien ne  jamais avoir autant souffert de ma vie  … Et pourtant, crois-moi, je « marchais » plutôt bien cette année-là. Mais ce jour-là Je n’ai pas arrêté de « tamponner » le rouleau, de prendre des courants d’air de partout … j’ai bien dû piquer vingt sprints dans cette finale pour rattraper mon entraîneur, dont je ne me rappelle plus le nom d’ailleurs …  Pour une « première », j’ai été bien servi … Quant aux autres coureurs, (la plupart des mecs que je laissais d’habitude à X tours et plus dans les américaines !), eh bien ils m’ont tourné autour pendant toute la course ! Là, j’ai compris qu’avant de gagner un jour, j’allais m’en prendre plein la g… » 

 

Et tu « repiques au truc » quand même, c’est ça ?  

« Heureusement, dès l’année suivante, au vélodrome municipal de Vincennes, « La Cipale »,  j’avais « pigé», et ça allait mieux … au point que je finis deuxième derrière Christian Giscos, entraîné par le Hollandais Bruno Walrave. Cette année-là, j’ai compris que cette discipline était faite pour moi ! »  

 

Arrive le temps du premier titre  

«  Oui, en 1970. A cette époque, la parenthèse ACBB est fermée, et par une sage décision,  après avoir un temps envisagé  de passer pro, j’avais donc intégré l' A.P.S.A.P. A partir de là,  je me consacre à 100 % à la piste. Dans ce club, je « campe » sur des bases solides, car en même temps, j’ai un métier à la Ville de Paris.   Je vais y travailler  d'ailleurs quarante années durant (d’abord standardiste de 1971 à 1985, puis Inspecteur de sécurité   à la permanence du Cabinet du Maire Bertrand Delanoé, de 1985 à 2011). »  

« Au vélodrome d’hiver de Grenoble, professionnels et amateurs étaient réunis en ce samedi de Novembre en une course unique. Et je remporte, avec Jo Goutorbe, le titre amateur, puisque Michel Scob,  le seul « pro » en ligne, finit devant moi. A noter que je réalise la veille le meilleur temps aux éliminatoires. Roger Kuten, le vétéran (quarante ans), associé à Meuleman, l’entraîneur belge, caracolait au commandement de la course depuis le départ. Pourtant, quelque chose en moi me disait que mon heure allait sonner tôt ou tard, et je ne m’affolais pas … Et ça n’a pas manqué : à dix tours de la fin, voilà Meuleman qui lui annonce   « C’est dans la poche ! ». Qu’est-ce qui se passe alors à ce moment-là dans la tête de Kuten ?  Le fait est qu’immédiatement, il se « bloque » et peu après des crampes le saisissent …Bientôt, il n’avance plus …  Et ce soir-là, c’est « Pompon », votre serviteur, qui raflera la mise … »  

 

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Grenoble 1970 - aux côtés de Cyrille Guimard, Michel Scob et Charly Grosskott - photo A. Dupontreue

 

En 1971, c’est le début de ton  association avec Alain Maréchal, non ? 

« Mon premier entraîneur était Adolphe Laval … un pacemaker qui « avait de la bouteille : soixante-douze ans ! », et qui ne se laissait pas intimider … Important à cette époque, pour le néophyte que j’étais ! Il faut dire que quand Laval, déjà inquiétant à faire peur avec ses lunettes de motard et son costume de cuir, « piquait » des balustrades à la corde tel un oiseau de proie, ça impressionnait, crois-moi. Puis il y a eu Jo Goutorbe, avec qui je remporte mon premier titre national »  

« Mais j’ai toujours pensé que l’entraîneur qui n’a pas été stayer lui-même ne peut pas comprendre ce que vit son coureur derrière … Et Alain Maréchal, ex champion de France de la spécialité, et troisième d’un championnat du Monde, qui venait de « raccrocher » pour enfiler la tenue du pacemaker, pouvait, je le sentais, m’apporter ce petit « plus », ce « timing » parfait dans la conduite de la course. Notre association a été le point de départ d’une trajectoire qui traversera la décennie »  

« Et à l’automne 1971, à la Cipale, c’est donc dans son sillage que je prends le départ du championnat de France.  C’est le début de notre (très) longue association.  Jean-Paul « Jo » Routens, le Grenoblois (qui longtemps aura été mon plus rude adversaire « mon meilleur ennemi » en quelque sorte dans les courses derrière motos) prend la tête dès le départ,  et navigue loin devant nous,  « drivé » par Joseph (« Jo » lui aussi) Goutorbe, pacemaker qui « avait de l’abri » mais pas forcément la « science de la course», le « timing » dont je parlais plus haut justement … Oh, j’avais bien Routens en ligne de mire, à un demi-tour, mais ça faisait bien plus d’une demi-heure que je ne lui reprenais rien, pas un centimètre ! Et puis, d’un seul coup, à cinq tours de la fin, voilà qu’il craque subitement. A deux ou trois tours – je ne me  rappelle plus exactement - de l’arrivée, je viens le « sauter », direction mon second titre national ! Moralité : ménager son coureur doit faire partie du « bagage » d’un bon entraîneur : Goutorbe n’avait pas su le faire ce jour-là »

  

 Après, les titres défilent, non ?  

 « Je ne vais pas te raconter par le détail mes huit titres de champion de France, récoltés entre 1969 et 1978, mais si il y a bien un championnat  dont je me rappelle comme d’un moment de plénitude, c’est celui qui s’est déroulé en 1972, à Dijon. Ce jour-là, j’étais dans un jour de grâce sûrement, et en plus je crois bien avoir réalisé avec Alain Maréchal ce qu’on peut appeler « la course parfaite », celle durant laquelle tu sais déjà pendant  la course que la victoire ne peut pas t’échapper »  

« Pourtant, ça n’avait pas franchement débuté au mieux : le tirage au sort  m’avait attribué  la seconde position, derrière Alain Prieur. Mais moi qui savait partir vite, je suis rapidement passé en tête, comme dans un rêve … Quand on s’est retrouvé devant, là, on a commencé à se « régaler », en arrêtant la course selon notre bon plaisir : plus court, plus vite (c’est à dire qu’on le laisse approcher au plus près et ensuite on démarre très vite) Dès que ça revenait, on remettait les gaz, puis on ralentissait pour laisser les équipages-poursuivants s’empiler à nos trousses jusqu’à ce qu’ils soient pris dans le vent de leurs propres turbulences, et on repartait. Et lorsque le plus accrocheur de nos adversaires (Jo Routens, évidemment ! qui abandonna d’ailleurs peu après la mi-course) venait m’attaquer, on réaccélérait, comme à la demande, et il venait à tous les coups « buter » sur nous … Vraiment, ce jour-là, ça a « rigolé ». En plus, il faut te dire que j’appréciais beaucoup la piste de Dijon » 

 

«  L’année d’après, sur le vélodrome de Sapiac, près de Montauban, on était davantage dans la maîtrise, et ça a été moins réjouissant finalement. Décollé au démarrage et parti en queue de paquet, je passe en revue tous mes adversaires, et au bout de trois  tours, je prends la tête et l’affaire est pliée ! Même si Routens, encore lui, me force à m’employer fortement les trois fois où je le double. Non, vraiment, le « France » 1972 à Dijon reste mon meilleur souvenir de stayer »  

 

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Dijon 1972 : le bonheur - photo collection Patrick Police

 

 

Si on fait les comptes de la décennie soixante-dix, tu es sorti imbattu de tous les championnats de France que tu as disputés ?  

« En 1974, sur le vélodrome de Reims, alors que je cours pour l’équipe  Jobo Lejeune, je remporte mon premier titre « pro ». Mais je le perds l’année suivante sur la même piste, battu par un très bon coureur : Enzo Mattioda. Toutefois – et ne crois pas que je me cherche là une excuse – je suis victime ce jour-là de deux incidents mécaniques (crevaison et problème mécanique) qui m’ont réellement handicapé.  D’ailleurs, l’année d’après, « dans mon jardin », à La Cipale, sous les couleurs cette fois de l’équipe Lejeune-BP,  je le reprenais, ce titre, après une course nette et sans bavures, en laissant tout de même derrière moi  Mattioda, et des « valeurs » comme Alain Van Lancker et Mariano Martinez ! »  

 

Assez inexplicablement, tu as toujours « calé » au niveau des championnats du Monde, non ?
« C’est vrai …  Qu’est-ce qu’il m’a manqué, me demandes-tu ? … de l’argent, peut-être (sourire en coin) …  En tous cas, pour moi il y a eu au moins deux véritables occasions manquées. La première, c’était en 1972. Le championnat se déroulait en France, à Marseille, et j’avais à cœur de bien y figurer. J’étais motivé comme il fallait pour  ce genre d'occasion. La piste du stade-vélodrome me semblait roulante, comme je les aime. En séries, tout s'est bien  passé et je suis arrivé en finale, comme une fleur.  Mais là, le 70 x 13 que j’ai adopté m'est "resté dans les pattes" : je n’avais pas pu prévoir que ce soir-là la piste serait balayée pendant toute la course par des bourrasques … et ce maudit braquet,  je n’ai finalement jamais réussi à le lancer … »


« Mais là où je suis vraiment passé de peu à côté, c’est trois années plus tard, sur la piste de Rocourt, en Belgique. Ce jour-là, drivé par Alain Maréchal, j’avais le titre dans les jambes : je le dis sans prétention aucune, et je vais te le prouver »

« La veille de la course, je suis victime d'un accident dans les rues de Liège, alors que je me rendais, à vélo, assister à la finale de vitesse disputée par mon ami Daniel (Morelon).  En virant au coin d’une rue, je me retrouve nez-à-nez avec une voiture et la percute. Sous la violence du choc, je finis sur le toit de la Toyota Corolla du chauffard, non sans avoir pété mes freins en tentant d’éviter la collision. Je suis alors évacué vers l’hôpital, où je passe des radios : elles ne révèlent ps de casse apparente, mais  j’ai un bel hématome à la cuisse, et ma clavicule est douloureuse … Tellement qu’au départ des séries, un médecin vient sur la ligne pour me faire une infiltration !  Et dans cet état, je trouve le moyen de remporter ma série,  malgré, comme si ce n’était pas assez suffisant comme ça,  une crevaison et la prise à la volée d’un vélo qui n’est pas à ma taille!  Te dire si je « tournais » ! Cette année-là c’est un Allemand, Peffgen qui « devait » gagner. Mais il y avait dû avoir du tirage en coulisses, car c’est en fait lui que vais « tamponner »  à maintes et maintes reprises … Il tiendra longtemps le rôle du « portier »,  cherchant exclusivement à m’empêcher de gagner la tête de course, où son compatriote Kemper et les Hollandais Stam et Breur s’expliquaient. Pendant quarante kilomètres donc, ça a été « on ne passe pas », mais je peux t’assurer que j’avais forcé la petite coalition  à s’employer, en finissant le course dans le tour du vainqueur … l’Allemand Dieter Kemper ! … Oui, cette année-là, j’avais largement ma chance. Maintenant, c’est vrai que ma victoire n’aurait intéressé personne. Pas de débouchés, compte tenu que  l’essentiel des courses de demi-fond organisées se déroulaient en Allemagne ou aux Pays-Bas. Le maillot de champion du monde ne devait pas quitter ces deux pays, et moi j’étais un peu l’indésirable ce jour-là »
 

Bon, avant de fermer l’album aux souvenirs, j’aimerais que tu répondes à cette grave question : pour le demi-fond, mieux vaut le bois, ou le ciment ?
« Le bois, sans hésitation. Ne serait-ce que parce que la surface d’une piste en bois est lisse : tu n’encaisses pas – comme sur le ciment – les désaffleurements et les joints de dilatation. Sur le ciment, tu te prends les ressauts et les chocs consécutifs sur le rouleau … et tu as beau anticiper, à chaque tour, tu les « encaisses » … et les tours reviennent vite ! »

 

Avant de nous quitter, tu voudras bien faire, pour les visiteurs de « Stayer Fr » un petit paquet-souvenir de tes temps forts, moments inoubliables, et toute cette sorte de chose   ?
« Parallèlement au demi-fond, quasiment en « toile de fond », il y a toujours eu la piste, et rien que la piste. J’ai beaucoup aimé le demi-fond bien sûr (et il me l'a bien rendu, puisqu'en plus de mes huit titres, je n’ai jamais subi de chute dans ma carrière de stayer !) Mais j'ai aimé être un pistard. D'abord, les américaines à La Cipale,  Aulnay, Saint-Denis, à ne plus pouvoir les compter ! Et rappelles-toi qu’à l’époque, les « stars » du genre c’était la paire Mourioux-Van Lancker ! Pour aller bouger ces deux-là, il fallait avoir un équipier à la hauteur … Et les Six Jours, comme ceux de Charleroi en 1969, que je remporte avec le Belge Brasseur, ceux de Grenoble en 1970, que je remporte avec mon ami Daniel Morelon, les Six Jours de l’Avenir 1969 à Zurich où l’on termine second avec Gérard Moneyron … Et les Omniums, comme celui de La Cipale, en 1977, où l’on finit avec mon coéquipier Patrick Cluzaud  second derrière Merckx-Sercu, s’il vous plaît !   Et n’oublies pas mon record de l’heure derrière derny, décroché en 1971 sur la piste de La Cipale. Avec 55.808 kilomètres dans l’heure, j’effaçais celui détenu par Gérard Annequin. Ce record, j’y tiens ! »

 

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photo Alain Dupontreue


Si tu as un message à laisser, Stayer Fr fera la commission

« Je remercie Monsieur Fournier de m’avoir mis le pied à l’étrier sur la piste. Grâce à lui, j’ai pu accumuler un foule de bons souvenirs (les stages en équipe de France (même si Gérardin était sacrément emmerdant), les séjours et courses au Japon, à Nouméa, à Tahiti …) Oui, de bons souvenirs, bien plus que je n’aurais pu en avoir avec une carrière de routier. Imagines-toi qu’à Osaka, je gagne une course-exhibition devant des « seigneurs » de la spécialité comme l’Allemand Horst Gnas (le plus fort des stayers que j’ai côtoyé) et le Hollandais Gaby Mineboo devant trente mille personnes ! Sur la route, tu peux faire des efforts inouïs sans que personne ne soit là pour les remarquer … chasser dans la Beauce des kilomètres durant devant  pas un chat … Franchement, routier, c’est frustrant ! Rien de comparable avec la piste. Et puis sur l’anneau, il n’y a  pas d’endroit où se cacher, et les spectateurs te forcent à donner le meilleur de toi-même … Tu es « cuit » … Il suffit qu’ils  t’encouragent, t’ applaudissent, et tu as envie d’en remettre  »

 

«  Pour conclure, j’ai été perçu à l’époque (et toi-même me l'a rapporté) comme un stayer « facile ». Georges Cazeneuve m’avait dit un jour à Grenoble : « Tu as toujours l’air facile … Quand on te voit courir, on dirait qu’il y a un ange qui passe ! » Comment ne pas être satisfait quand tu entends ça ? Si c'est l'image que je peux laisser ...  

Autre chose : en plus de la satisfaction d’avoir remporté huit titres de champion de France, j’ai celle d’avoir réalisé sur le vélo de stayer tout ce que je voulais,  physiquement et tactiquement. Par contre, j’ai été victime du manque de piste en France, car pour le « Milieu » du demi-fond d’alors, il fallait  que ce soit un Allemand, un Hollandais ou un Belge qui gagne, car toutes les courses se passaient dans ces pays-là ! »

 

Interview réalisé par Patrick Police

1er Février 2015

avec  le concours de Jean-Marie Letailleur et François Bonnin, que je remercie

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Alain DUPONTREUE

Né le 26 Janvier 1948 à Puteaux

1m80 – 75 kgs

 

Champion de France de demi-fond amateurs :

1970 (Grenoble)

1971 (La Cipale)

1972 (Dijon)

1973(Montauban) (amateurs)

 

Champion de France de demi-fond  professionnels :

1974 (Reims)

1976 (La Cipale)

1977 (où ?)

 

Champion de France de demi- fond « Open »

1978 (Grenoble)

 

2è des 6 Jours de l’Avenir de Zurich avec Gérard Moneyron en 1969

Vainqueur des 6 Jours de Charleroi (avec le Belge Brasseur) en 1969

Vainqueur des 6 Jours de Grenoble avec Daniel Morelon en 1970

 

Championnats du Monde de demi-fond amateurs :

1971 : éliminé aux repêchages (Varèse)

1972 : 8è (Marseille)

1973 : 6è (Saint-Sébastien)

 

Championnats du Monde de demi-fond professionnels  :

1974 : 6è (Montréal)

1975 : 4è (Rocourt)

 

Record de l’heure derrière derny : 55.803 kilomètres dans l’heure le 6 Octobre 1971 au vélodrome municipal de Vincennes (La Cipale)

derrière l’entraîneur Fernand Roy 

 

 Merci à Jean-Marie Letailleur et François Bonnin pour  leurs contributions

 

 


01/02/2015
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EMILIEN CLERE, CHAMPION DE FRANCE 2014 : LA PASSION DU DEMI-FOND

AVEC EMILIEN CLERE, LA PASSION DU DEMI-FOND

 

 

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 photo Diidier Guérin

 

Patrick Police : « Emilien, cela fera bientôt dix années qu’on est dans le demi-fond, toi et moi ... [je plaisante …]  

Sérieux : ça nous fait combien, au jour d’aujourd’hui ? » 

 

Emilien Clère : « Trente-deux ans, puisque je suis né un 4 Juin 1982, à Chaumont.

Et toi ? »

 

 

Patrick Police : « ... Je passe mon tour …

Maintenant, et afin que je complète ta fiche, envoies ton poids et ta taille »

 

Emilien Clère : « 1 m 68, et soixante-six kilos.

Et toi ? »

 

 

Patrick Police : « ... Joker ...

Continuons … dans la famille Clère, si je demande le fils, j’ai une chance d’en trouver combien ? »

 

Emilien Clère : « Quatre : Max-Emilien (deux ans), François-Régis (quatre ans et demi), Serge-Emilien (six ans), et Marc-Antoine (15 ans et demi). Si tu me demandes la fille, je te répondrai Anne-Elisabeth, 13 ans  et demi. Et comme je devine que ce sera ta prochaine question, je te précise que je suis marié avec Marie-Sophie depuis Décembre 2012 »

 

 Patrick Police : « On va continuer de feuilleter l’album de famille;  pas par curiosité déplacée, mais simplement parce que tu portes un nom qui représente quelque chose dans le monde du vélo »

 

Emilien Clère : « Tu sais que je suis le neveu de Régis Clère, qui fut un fameux coursier. Les anciens comme toi (bien envoyé !) connaissent le vainqueur |entre autres] d’un championnat de France des routiers professionnels, de quatre étapes du Tour de France, le troisième d’un championnat du Monde de poursuite sur piste 1989. J’ai eu la chance de pouvoir rouler à ses côtés sur les routes de la Haute-Marne, alors que j’étais cadet »

 

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photo J-M Letailleur

 

« Mais mon père, Serge, était aussi coureur cycliste. C’était un première catégorie, qui écumait les « toutes caté » de Champagne et de Franche-Comté, champion de Champagne Junior devant Pascal Simon par exemple. Il s’est tué en course non loin de Bar-sur-Aube, à Bayel, le 18 Juillet 1984, alors que je n’avais que deux ans »

 

 

Patrick Police : « Le vélo, ça t’es venu comment ? »

 

Emilien Clère : « Mon frère aîné et moi avons toujours voulu marcher dans les pas du père et de l’oncle, c’est certain, mais aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu faire de la compétition cycliste. J’ai débuté en Cadets 2, au V.C Chaumontais. Le fait d’y retrouver des gars que je connaissais depuis l’enfance, m’a permis de m’y sentir bien. En même temps c’était stimulant. Après le Bac, j’ai suivi une filière Staps à Dijon, et décroché une Licence en Education et Motricité »

 

 

Patrick Police  : « Ton palmarès, route et piste confondues ? Et tes meilleurs souvenirs à ce jour ? Allez, fais-nous un lot ! »

 

Emilien Clère : « On va dégager les championnats sur route de Champagne 2013 et du Centre 2014, de la trentaine de victoires remportées à ce jour sur la route. Mais la plus importante pour moi, celle qui a le plus de valeur, c’est celle que j’ai remportée à Authoison, en Haute-Saône ... Pourquoi celle-là, particulièrement ? Tout simplement parce que là-bas, trente années après la victoire de mon père en ces mêmes lieux, je m’imposais, au bout d’un fameux numéro de vingt-huit kilomètres en solitaire … Je ne t’étonnerai pas en te disant que cette course, c’ était pour moi un « objectif », et que je suis fier de l’avoir réalisé ! »

 

« Pour ce qui concerne la piste, parmi les quatre-vingt victoires (je te fais un cote mal taillée, je n’en connais pas le nombre exact), les titres de champion de Franche-Comté, de Champagne et de Picardie ont mes préférences. A un étage en-dessous il y a le gala de demi-fond des six-jours de Dortmund : une sacrée récompense pour un stayer français »

 

 

 Patrick Police  : « Il est comment Emilien Clère : plutôt rouleur,  plutôt grimpeur, ou sprinteur ? »

 

Emilien Clère : « Plutôt sprinteur … Je ne sais pas si ça  a un rapport, mais cette faculté que j’ai à m’accommoder des départs rapides dans les courses de demi-fond  [et que l’on me reproche souvent d’ailleurs] vient peut-être de cette bonne pointe de vitesse » 

 

 

Patrick Police : « Et la fièvre du demi-fond, ça t’a pris comment ? »

 

Emilien Clère : « Lorsque j’étudiais à Dijon, j’avais eu l’occasion d’assister un jour à une réunion sur le vélodrome municipal. Ça m’avait bien plu, c’était « la journée des records » si mes souvenirs sont exacts. Quand j’ai fait connaître auprès d’un dirigeant de l’A.C Bisontine, Pierre Bordy (dit « le Belge »), mon désir de faire du derrière moto, il m’a aiguillé vers un entraîneur chevronné, Michel Buffet. Hélas, ce dernier venait juste d’arrêter, et c’est lui qui m’a fait entrer en contact avec François Toscano, mon actuel entraîneur »

 

« Mes débuts, je les ai effectués sur un vélo de stayer que m’avait passé Norbert Picaudot, un coureur du Vélo-Club Chaumontais, qui était un copain de mon père et avait fait du demi-fond. Il paraît que j’ai ainsi hérité du vélo de stayer de Patrick Sercu [ le fameux champion belge des années soixante et soixante-dix, qui, en fin de carrière, avait tâté du demi-fond]. Bon, maintenant, ma première course derrière motos - c’était aux championnats de France à Lyon en 2004  - n’a pas été franchement bouleversante ... ça s’est résumé à : série / douche / retour à la maison »

 

 

Patrick Police : « La liaison est faite … On va pouvoir « parler bâtiment » maintenant. Le demi-fond, pourquoi aimes-tu cela ? »

 

Emilien Clère : « Pour l’amour de la vitesse, je crois bien … C’est clairement une question de sensations. Par exemple cette impression de facilité que tu éprouves quand tu te sens bien sur la piste, et que tu tournes vite les jambes. Ca, tous les stayers que tu interrogeras te  diront qu’ils l’ont ressentie les jours où « ça rigole ». Car lorsque tu es bien en demi-fond, c’est complètement euphorisant. Quand tu es mal, par contre, il n’y rien de plus dur … »

 

 

Patrick Police : « Tu es plutôt « ciment » ou plutôt « bois » ? »

 

Emilien Clère : « Au niveau sensation, je préfère le  bois. Pourquoi ? Evidemment, pour la meilleure sensation de « glisse » sur les lattes, pour la fluidité, les plus grandes cadence de pédalage et  vitesse que tu peux y développer. Et en plus, c’est plus joli, une piste en bois, tu trouves pas ? »

 

 

Patrick Police : « On continue la séquence « les goûts et les couleurs ». Tu préfères souffrir derrière le derny ou derrière la moto ? »

 

Emilien Clère : « Le « derrière moto » est plus « confortable ». Ça peut paraître paradoxal, mais pour le coureur, le bruit lorsque  tu es derrière le derny est rapidement entêtant, et me devient vite pénible à la longue ... Evidemment, derrière la moto, tu le ressens aussi, mais  il est plus diffus, et il ne te « prend » pas la tête  comme derrière derny »

  

Patrick Police :   « Emilien, je suis indiscret, mais tu as investi il y a peu dans la panoplie du parfait stayer, non ? Allez, vas-y, sors-nous la machine de son carton … Et le casque de cosmonaute aussi ! »

 

Emilien Clère : « Eh … c’est l’équipement qui va avec la spécialité ! Le cadre, c’est un Génétix .  Je l’ai fait faire en 2012 en Suisse, à Bâle. Tiens, c'est curieux, en t'en parlant, ça me remet en mémoire un drôle de souvenir ...  Car c’est en m’arrêtant  sur le chemin du retour pour le saluer  que j’ai vu mon oncle pour la dernière fois ... »

 

« ... On a là-bas énormément travaillé afin de trouver la meilleure position possible. Si je te disais qu’aujourd’hui encore, je ne suis pas sûr de l’avoir trouvée … Quant au casque qui a l’air de tant t’intriguer, il faut te mettre à la page (c’est mon jour, décidemment) : fini les casques en cuir bouilli ! C’est un Casco (publicité gratuite) avec visière. Je ne cherche pas « l’épate » : je suis toujours dans la même démarche : à l'affût de  tout ce qui peut contribuer à la performance, tout optimiser pour « marcher » encore mieux » 

  

 

Patrick Police :   « Avec ton entraîneur François Toscano, ça roule droit ? »

 

Emilien Clère : « On se connaît depuis dix années maintenant, et j’ai toujours été content de notre association. J’apprécie surtout  - en plus de ses qualités d’entraîneur - son honnêteté absolue. Avec lui, je suis en confiance, tout simplement. Je ne peux pas mieux dire. (François, c’est fini, tu peux sécher tes larmes) »

 

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photo Christian Baudu

 

Patrick Police :   « De toutes ces années passées dans son abri, quel est le souvenir que tu privilégies ? »

 

Emilien Clère : « A brûle-pourpoint, je te réponds : ma seconde place au championnat de France de l’an dernier à Dijon, où François m’a   drivé de main-de-maître, soit dit en passant … »

 

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photo Jacques Demangeot

 

« Et comme je te vois venir, la prochaine question va être : " Et ton pire souvenir de stayer ? ". C’est ça ? »

 

 

Patrick Police : « C’est bien vu »

 

Emilien Clère : « Le « France » 2012 à Commentry »

 

 

Patrick  Police : « Marrant - si j’ose dire - je l’aurais parié ! »

 

Emilien Clère : « Nous étions en Juin 2012 ... je venais juste de perdre mon oncle quelques jours auparavant. J’étais encore bouleversé, et je comptais honorer sa mémoire en accomplissant un grand championnat de France. Hélas, alors que j’étais plutôt bien parti (vite, à mon habitude [voir plus haut]) et que ma condition physique était parfaite, la course ne s’est pas bien déroulée pour moi. J’ai eu à lutter cet après-midi-là contre trop de circonstances défavorables, et j’ai vécu une terrible désillusion … »

 

 

Patrick Police : « Pendant qu’on évoque les tristesses, on va en remettre une couche : parles-nous du récent championnat d’Europe ».

 

Emilien Clère : « Là encore, c’est une grosse frustration. Je suis persuadé d’avoir été victime d’une erreur de chronométrage qui m’a privé de la finale. Et pas question pour moi de réclamer, puisque l’autre coureur qualifié était un compatriote »

« En ce qui concerne la course elle-même, j’ai été loin d’être ridicule, tu peux t’en rendre compte : à dix tours de l’arrivée, j’avais un demi-tour de retard sur l’Italien Cazzaro. Dans l’avant-dernier tour, on revient à sa hauteur, et on finit côte-à-côte ! J’ai tout donné, il ne m’a finalement pas manqué grand-chose »

 

 

Patrick Police : « Allez, on va conclure sur une note d’espoir. Le championnat de France à SQY, ça t’inspire quoi ? »

 

Emilien Clère : « … Ça fait un moment que j’attends mon heure … ça serait bien qu’elle sonne enfin pour moi là-bas : c’est que je suis un peu le « régional de l’étape » maintenant que je me suis établi dans le Val d’Oise. Sans oublier que j’ai remporté la première américaine jamais organisée sur le vélodrome, avec Nicolas Legras du club de Chalons-en-Champagne » 

« Et puisque tu veux tout savoir, en même temps que le demi-fond, je disputerai certainement également le scratch et la poursuite par équipes. »

 

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Patrick Police : « Et au-delà, d’autres ambitions ? »

 

Emilien Clère : « Oui. Faire un jour un beau championnat d’Europe. Se qualifier pour la finale, et y jouer ma chance, à fond. Car je suis convaincu que sur une course, tout peut arriver, toujours ! »

 

§§§§§§§§§§§§§

 

Patrick Police, le 26 septembre 2014

Merci à Emilien et Marie-Sophie

Merci aussi à Jean-Marie Letailleur, toujours là quand il le faut.

 

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Les Clubs :

Velo club chaumontais       1999 2001

Cyclo 51                                   2002

U V C A Troyes                       2003

V C Beauvais Oise                 2004 2005

Amicale cycliste Bisontine 2006 2007

U V Aube                                 2008 2013

Guidon Chalettois 2014

 

 

 

Emilien Clère aux championnats de France de demi-fond :

2005 (Commentry)                                 : 5ème

2006 (Descartes)                                      : 5ème

2007 (Rennes)                                           : 3ème [1er amateur]

2008 (La Roche surYon)                         : 5ème

2009 (Rennes)                                           : 3ème

2010 (St Amand-Montrond)                 : 4ème

2011 (Brest)                                               : 3ème

2012 (Commentry)                                 : 5 ème 

2013 (Dijon)                                              : 2ème

 



26/09/2014
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BRUNO GARNIER : PISTARD, ABSOLUMENT

BRUNO GARNIER : Pistard, absolument

 GARNIER Bruno  photo JML.jpgphoto collection Jean-Marie Letailleur

 

Derny Europa Cup : " La date et le lieu de naissance, pour les maniaques des chiffres "(et j’en connais !  Y'en  a même qui sont membres du blog)  

 

Bruno Garnier :   " 1er Mars 1961, à Paris Xème. J’ai grandi en banlieue parisienne, à Livry-Gargan (Seine Saint-Denis) "

 

 

Derny Europa Cup : " Quels sont les clubs que vous avez   fréquentés ? "

 

Bruno Garnier : " Tout d’abord Coubron, puis Noisy-le-Sec. Après, ce fut le C.M Aubervilliers (j'étais alors Junior 2 puis Senior A). Ensuite, ce fut l’U.S Créteil, en qualité de « 2ème caté », puis la Pédale Charentonnaise, avant de finir au V.C XIIè" "

 

 

Derny Europa Cup : " Et le palmarès ? "

 

Bruno Garnier : " Celui d’un pistard complet, ou en tous cas de quelqu'un qui a brillé dans toutes les spécialités de la piste, ce qui revient un peu au même, non ? Champion d’Académie (ASSU) en vitesse d’abord (au cours duquel j’aligne les coureurs FFC), champion d’Ile-de-France Junior du kilomètre et en poursuite (en 1979) ;  champion d’Ile-de-France Senior de course aux points en 1980,  champion d’Ile-de-France de vitesse par équipes en 1980, champion national de poursuite olympique à Bressuire en 1982. Sur la route, même si c’est dans des épreuves régionales, je comptabilise pas loin d’une centaine de victoires "

 

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photo collection Patrick Police

Bressuire 1982 : Masson, Garnier, Brouzes. Carrara 

A gauche Charly Mottet,  Laurent Biondi et à droite  Christophe Lavainne

 

Derny Europa Cup : " Comment êtes-vous venu au demi-fond ? "

 

Bruno Garnier : " Il y a toujours eu deux cyclistes en moi : le routier adepte de nature et de grands espaces, qui trouvait son compte dans les belles grandes classiques et autres courses par étapes, celles des départs matinaux dans la vallée de Chevreuse (départ : 7 h 45 aux Mesnuls !), des conditions climatiques éprouvantes, des parcours difficiles (côtes, pavés) ; et l’autre, le pistard, celui qui aimait l’atmosphère si particulière des vélodromes, les épreuves courtes, nerveuses et denses, suivies de bon moments passés entre copains dans le carré des coureurs "

 

 

Derny Europa Cup : " Alors, plutôt routier, ou plutôt pistard ? "

 

Bruno Garnier : " Du junior prometteur sur route - à une époque où la concurrence avait nom Pascal Jules, Philippe Lauraire, Jean Jacques Philipp -, raflant une quinzaine de bouquets et passant directement en senior A la saison suivante, il ne restait en 1982 que le regret de deux années plutôt mal négociées.  Entre route et piste mon cœur balance, et au final je ne progresse nulle part. Pire, au C.M Aubervilliers, en voulant me familiariser aux longues distances (les classiques parisiennes  - Paris-Ezy, Paris-Evreux, Paris-Troyes … - font souvent cent-quarante / cent-cinquante kilomètres), je perds mon punch - cette faculté de sortir quelle que soit l’allure - sans vraiment m’endurcir. Réduit à suivre, je commence à m’ennuyer ferme dans ces courses interminables … En fait, je m’aperçois que je n’ai pas la mentalité d’un routier …"

 

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photo collection Bruno Garnier

 

" Sur piste le bilan est également moyen à Lyon en 1980, et une chute me prive de semaine fédérale à Reims l’année suivante. Il faut rappeler qu’il était alors souvent aussi difficile d’être champion d’Ile de France et sélectionné pour la semaine fédérale, que d’être champion de France.  Incorporé au bataillon de Joinville, je tue le temps en mangeant … et je prends quelques kilos dont je ne me débarrasserai jamais complètement, et qui me pénaliseront sournoisement pendant le reste de ma carrière. Qui se préoccupait alors vraiment de diététique et de rapport poids / puissance ??? "

 

" En mars 81, le drame : mon copain, mon frère, Patrick Noël [coureur première catégorie FSGT au club de Noisy-le-Sec n.d.l.r], se tue lors d’un accident de course en vallée de Chevreuse. Je perds un soutien précieux et trouve le temps bien long sur les routes de Seine-et-Marne où je m’entraîne désormais sans enthousiasme "

 

" L’année 1982 s’annonce néanmoins sous de meilleurs auspices : l’entraînement hivernal sur la piste couverte de l’INSEP me permet d’aborder la saison dans un état de forme excellent. Début Juin, pendant les Six jours de St Denis, je me rends chaque matin à la Cipale pour participer à l’entrainement de l’équipe de France.

La Cipale était un véritable oasis de verdure. Nous y avions nos cabines, nos habitudes, notre public d’anciens cyclards, de boulistes et de filles qui officiaient dans les proches environs. Ces entraînements matinaux étaient un vrai bonheur, aussi durs soient-ils derrière le derny de Gérard Quintyn ou de Daniel Morelon … Pour ma part, je goûtais un plaisir immense à pédaler en sentant les rayons du soleil réchauffer la température, le « tac tac » des tourniquets d’arrosage mettait une ambiance estivale, et l’odeur d’herbe mouillée flattait agréablement mes narines de faux citadin …Qui n’a pas connu ces entraînements ne peut comprendre … "

 

 

" Lors de la deuxième soirée de ces Six jours de St Denis, je remporte l’épreuve derrière derny devant Franck Clémente - alors champion de France de demi-fond - au prix d’un beau « mano à mano ». Claude Larcher, que je croise le lendemain matin à la Cipale (par hasard ?), doit faire rouler derrière moto Joël Palmace, ancien très bon routier en reconversion dans le demi- fond, alors en pleine renaissance. Il me propose « d’essayer », si j’ai une demi-heure à perdre … Il a un vélo à peu près à ma taille et un casque, tout ce qu’il me faut pour m’élancer dans son sillage. Le demi-fond à la Cipale c’est un peu particulier : on pourrait aller plus vite que la piste ne le permet, le braquet est donc limité … 66x15 quand même ! Evidemment l’essai se passe fort bien, je suis à cette période un pistard accompli, et Claude me bichonne. Quatre jours plus tard, Jean Court, avec la bénédiction de Gérard Quintyn, me propose de faire quelques courses organisées dans le cadre de la relance de cette spécialité. J’accepte. La semaine suivante nous partons donc de la Cipale pour une série de trois courses à Angers, Luçon et Oléron (oui, il y a une piste cycliste à Oléron !). Je fais connaissance avec cette petite troupe de nomades. Il y a là, outre Larcher, Jo Goutorbe, déjà d’un âge respectable, Pierrot Morphyre, Joël Lacroix et Alain Maréchal. Les autres nous rejoindront à Angers. Je découvre comment sangler une moto sur une remorque, et nous voilà partis à une sage allure, celle d’Alain Maréchal, moniteur d’auto-école, et soucieux de conserver son permis "

 

 

Derny Europa Cup : " En fouillant mes archives, j’ai vu Bruno Garnier tiré par Claude Larcher, Bruno Garnier entraîné par Joël Lacroix. La liste s’arrête là ou bien  il y en a eu d’autres ? "

 

Bruno Garnier : " Outre les deux que vous nommez,  j’ai couru derrière Goutorbe, Maréchal également, lors d’une tournée de courses en Italie, Schmadke, lors du championnat d’Europe à Dortmund, et Bruno Walrave, lors d’un stage d’entraînement en Hollande à Alkmaar. Joël Lacroix et Alain Maréchal étaient de vrais « camions » : le cuir toujours gonflé et la manette douce … Joël Lacroix « sentait » bien son coursier. Il vous rendait meilleurs les jours où vous n’étiez pas au mieux : il « bichonnait » son coureur "  

 

 

Derny Europa Cup : " Puisqu’on parle de camion, causons un peu moto …"

 

Bruno Garnier : " A part les « Yam », les BSA de la Cipale, je crois que ces BSA nous en retrouvions une partie à Besançon et à Lyon. Elles avaient l’avantage d’un moteur très bas qui procurait un excellent abri. A l’étranger je ne me rappelle plus tous les modèles, hélas, mais tout de même des Cagiva de Rome (des 400 je crois) et surtout ce qui surnage, ce sont les motos des Vel’ d’hiv : quelle impression de rouler derrière celles de Dortmund (bichonnées par Schmadke) avec leur long réservoir cylindrique … ou celles d’Anvers, lorsque je faisais la traditionnelle course  du 26 décembre ! Il ne faisait pas bon être craintif,  lancé à quatre-vingt kilomètres/ heure derrière ces engins : on voyait la courroie de transmission sur l’énorme poulie d’entraînement, c’était impressionnant ! "

 

 

Derny Europa Cup : " Venons-en à vos deux titres de champion de  France : « à l’aise » ou « dans la  douleur » ? "

 

Bruno Garnier : " Le premier - à Grande-Synthe - fut acquis dans la difficulté au prix d’une course pleine et athlétique. J’étais super-favori et devais absolument gagner pour avoir une chance de passer pro et faire la saison d’hiver. En conséquence j’avais une grosse pression, et en même temps un programme pléthorique qui m’empêchait de manager ma préparation comme je le souhaitais. De plus la piste ne me convenait pas trop : une piste sans histoire (inaugurée quelques semaines avant le championnat) très ventée et exposée, c’était le genre de piste où j’avais du mal à trouver la vitesse supérieure. Les épreuves de demi-fond s’y apparentaient davantage à une longue poursuite plutôt qu’à l’enivrante sensation que procurent les hautes vitesses ! Pierrot Trentin avait encore de grosses ambitions à cette époque, et était toujours un rude compétiteur. C’est pourquoi après avoir pris la tête de course par une prudente remontée : attaques tranchantes et sans bavure / phase de récupération, nous avions fait une course « prudente », en préservant les deux cents mètres d’avance acquis sur Trentin sans jamais friser la zone rouge. En résumé, une victoire sans suspens et sans facilité "

 


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B GARNIER 1984 MARECHAM TRENTIN GARNIER LA CROIX  D THIEBAUD M BUFFET_crop.jpg
 photo collection Patrick Police

sur le podium : Alain Maréchal, Pierre Trentin, Bruno Garnier, Joël Lacroix, Dominique Thiébaud, Michel Buffet.

 

" Le second par contre à Carcassonne est un grand souvenir. Après avoir raccroché fin 84 et repris en mai 85, j’avais pris de bonnes résolutions et retravaillé les fondamentaux que j’avais, il faut le dire, négligés : courses sur route en me rendant au départ et en rentrant « à la pédale », volume de travail mieux ciblé et en hausse, calendrier de courses cohérent …

Bref, je me suis présenté à cette semaine fédérale dans une forme éblouissante "

 

" La course avait lieu en milieu de semaine et j’avais gagné le dimanche précédent sur route (je n’étais plus en première catégorie à ce moment). Nous avions loué une résidence à Capendu avec Lacroix, mon entraîneur et Jacky Bernier, le président du V.C XIIème, club dans lequel j’étais licencié.

Le contexte était très particulier car Joël Lacroix était en disgrâce à la fédération, laquelle m’avait fortement incité à lui préférer Alain Maréchal, autre formidable entraîneur avec qui j’avais fait une semaine de course en Italie, courant Avril. Par fidélité en amitié, j’avais refusé et nous nous trouvions ainsi un peu « seuls contre tous » alors que s’engageait cette semaine fédérale. La partie s’annonçait serrée car, à l’initiative de Jean Court, commissaire international et chargé de la promotion du demi-fond en France, d’excellents routiers avaient décidé de s’aligner, comme Daniel Mahier - vainqueur de Paris - Ezy par exemple - ... en plus de mes adversaires habituels. Noppy Koch et Bruno Walrave avaient d’ailleurs fait le déplacement des Pays-Bas pour les entraîner, gage du sérieux de la menace "

 

" Pourtant la plus grande sérénité m’habitait, et c’est très confiant que j’arrivais au vélodrome le lendemain des séries. J’avais gagné la mienne sans rien montrer. Notre plan de course était bien établi : mon entraîneur et moi avions prévu un départ ultra rapide pour ne pas laisser l’initiative aux routiers, et déjouer toute velléité de manœuvres. Lorsque j’y repense, il me revient surtout la chaleur brûlante de cette fin juillet à Carcassonne. Il faisait une température de fournaise dans l’enceinte du vélodrome ou la longue piste chauffée à blanc nous attendait. Nous devions nous y élancer à 13h00.  En signant la feuille de départ, je surpris mes adversaires, pourtant des routiers « robustes », visiblement incommodés par ces conditions extrêmes, alors que je les considérais comme plutôt agréables et favorables à mes projets offensifs "

 

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photo collection Patrick Police

Lacroix-Garnier à l'attaque de l'équipage Larcher-Coquoz

 

" Connaissant bien la piste pour y avoir fait un ou deux contrats les année précédentes, j’avais adopté un grand braquet, car je comptais imposer un rythme très soutenu, une sorte de bras- de-fer cycliste, pour éviter les embûches liées aux faibles moyennes : fausse attaques, adversaires qui se liguent contre le supposé favori et autres joyeusetés du même ordre. C’est certes moins spectaculaire, mais dans un championnat il faut aller à l’essentiel et ne pas se laisser distraire. Donc avec mon 68X14 je devais faire un départ rapide ! Et bien ce fût un départ ultra-rapide, comme à l’entraînement nous l’avions maintes fois répété : d’abord se faire retenir un peu par le lanceur (Jacky Bernier) pour avoir du champs et surtout choisir l’endroit où la moto me prendrait (le virage est le plus favorable pour jouer avec la pente),  ensuite une forte accélération puis une poussée de celui-ci afin de prendre l’extérieur à la limite de ce qui est autorisé tout en venant très près du coureur me précédant afin de gêner sa moto lors de la prise !!! Tout fût orchestré au millimètre, n’avais-je pas la réputation d’un pistard adroit ? Je pris le sillage de Lacroix lancé comme une balle et dans la foulée passais tous les coureurs qui semblaient faire du surplace. Une fois en tête Lacroix me fit souffler à peine quelques tours puis au son du moteur je compris que nous nous mettions sur orbite. D’attaque il n’y eut finalement pas, car la file de coureurs étirée par l’allure soutenue était déjà à la limite de rupture. Mes adversaires évoluaient plusieurs ton en-dessous sur cette grande piste, la seule incertitude étant mon aptitude à tenir ce rythme avec le rouleau à 90 (ou 100 ?) et cette chaleur terrible, venue du béton de la piste et du moteur de la Yamaha, cette alliée qui m’emmenait rapidement vers la ligne et un nouveau sacre … A la mi-course je prenais un tour au deuxième, et de doute il n’y eut alors plus. La suite ne fut que patience, éviter le moindre risque, conserver sa lucidité et assurer. Pour le plaisir Lacroix fit les derniers tours plein gaz, pas loin de cent ( !) au compteur et enfin la ligne … C’était mon troisième titre national après ceux de Bressuire en poursuite olympique et Grande-Synthe. Le plus précieux "

 

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photo collection Patrick Police

sur le podium : Francis Coquoz, Claude Larcher, Bruno Garnier, Joël Lacroix , J-F Pouzet

 

" Pour la petite histoire Lacroix avait, après cette finale, suggéré au coach de l’équipe d’Ile de France de m’intégrer au sein du quatuor de poursuite qualifié in-extremis pour les demis après la défaillance de l’un des coursiers. Celui-ci refusa et l’équipe fut battue. Je regrette encore aujourd’hui, car avec mon apport je pense que nous aurions gagné, et c’eut été un magnifique doublé ! "

 

 

Derny Europa Cup : " Après ce titre de champion de France, on perd la  trace de Bruno Garnier "

 

Bruno Garnier : " Après ce championnat de France, je visais le championnat du Monde, qui se déroulait à Zurich, et que j’ai complètement  loupé … Et dire qu’une semaine avant, aux Six Heures du Havre, « on faisait des ronds » avec Hervé Dagorne, en poussant les  Allemands Gunther et Diehl dans leurs retranchements, laissant derrière nous des adversaires de la trempe de  Pascal Lino et Michel Dubreuil !  Et huit jours après, à Zurich, rien, « scotché » au ciment … Terriblement déçu, je ne savais plus quoi faire. J’ai arrêté le vélo dans la douleur, à la fin de l’année 1986. Ce fut une rupture, et un grand déchirement. Il faut se situer dans le contexte de l’époque pour comprendre. A vingt-cinq ans,  je n’avais plus aucun statut social. En effet, il devenait déjà à cette époque difficile d’obtenir des aménagements professionnels. Jacky Bernier n’ayant pas réussi à me faire embaucher comme employé municipal, je me trouvais sans emploi et en fin de droits.  Après le championnat de France, j’avais hélas complètement loupé mon championnat du monde à Zurich, ce qui m’ôtait tout espoir de faire enfin la saison d’hiver des Six Jours en pro, projet qui se rapprochait et s’éloignait depuis ce qui me semblait de longues années ... J’avais certes renoué avec un niveau athlétique très correct, mais ce manque de perspective lié à la précarité de ma situation sociale pesaient de plus en plus lourd dans mes projets et surtout dans ma tête. Pour résumer, je dirais que j’en avais un peu assez de cette « vie de  patachon » … Je n’avais pourtant pas encore atteint ma maturité physique et possédait une belle marge de progression, j’en suis convaincu. L’hiver 86, après les Six Jours de Dortmund, Grenoble et une dernière tournée de courses en Afrique de l’Ouest (avec la bande de Francis Ducreux et Raphaël Géminiani,Yavé Cahard, Marcel Tinazzi, Peter Pedersen le Danois, Régis Simon, René Kos, Pierre Le Bigault et j’en oublie …), je me rends dans le Doubs pour faire du ski de fond, sport dont je suis un adepte de longue date. Le directeur de la maison de vacances me propose de donner des cours pour la saison d’hiver et j’accepte. Fini le vélo, j’enchaîne avec une saison d’été pendant laquelle j’organise randos et visites guidées puis une autre saison d’hiver. Les ponts sont rompus. Une autre vie commence. Rattrapé par la précarité des métiers du tourisme, je quitte le Doubs pour l’Alsace. Décidé cette fois à reprendre les choses du début, j’intégrerai une grande entreprise de Nord Alsace. J’y occupe actuellement un poste de cadre après une évolution qui m’a donné de grandes satisfactions. Ce n’est que très récemment, grâce aux réseaux sociaux, que je reprendrai contacts avec certain de mes copains de cette époque "

 

 

Derny Europa Cup : " Pendant votre brève carrière de  stayer, vous êtes-t-il arrivé d’être épaté par un confrère pistier ? "

 

Bruno Garnier : " J’ai toujours eu un faible pour les coureurs complets, polyvalents. Dans le genre, l’Australien Danny Clark, c’était ce qui se faisait de mieux : bon sprinteur, excellent américain, bon « kilométreur » et stayer.  (En fait j’ai constaté pendant cette tournée que certain des « purs » coureurs de demi-fond étaient peu polyvalent) L’Allemand Peffgen aussi était pas mal dans le genre. En plus d’un remarquable américain et d’un fameux stayer, il a été un routier pas médiocre. Alors que les autres, les « purs spécialistes » du demi-fond genre Mineboo, Gentili, Dotti, Podlesch, n’étaient pas forcément épatants lorsqu’ils « sortaient » de leur spécialité "

 

 

Derny Europa Cup : " Et maintenant, fini le vélo, fini  la piste ? " 

 

Bruno Garnier : " J’ai toujours continué à rouler, pour mon plaisir. En 2008, j’ai même fini dans les dix premiers du marathon VTT WOMC d’Offenburg, organisé en Forêt Noire. Hélas, suite à un accident de la route où je me suis fait renversé, et qui m’a bousillé l’épaule, je ne  peux plus en faire. Dommage, car j’adore toujours le vélo … En fait, je l’aime encore plus qu’avant …"   

 


GARNIER Bruno Garnier et Joel Lacroix img_1198170446_968  JP JUGE.jpg 

photo collection Jean-Paul Juge

 

Rappel du palmarès de Bruno Garnier en demi-fond :

Besançon 1983

- remporte la deuxième série

- abandon en finale (entr.  Claude Larcher)

 

La Grande Synthe 1984

- remporte la deuxième série

- champion de France (entr. Joël Lacroix)

 

Commercy 1985

- remporte la [première ?]  série 

- 2è derrière Dominique Thiebaud

 

Carcassonne 1986

-  remporte la deuxième série

- champion de France (entr. Joël Lacroix)

 

 


 Interview réalisé par Bruno Garnier lui-même et mis en forme par Patrick Police

(En fait, j'ai eu qu'à recopier, merci encore Bruno !)

Merci à Jean-Marie Letailleur pour le contact


28/02/2014
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