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INTERVIEWS


HOMMAGE A CHARLES BERTRAND, LE "SELF-MADE" STAYER

  CHARLES BERTRAND,  le stayer "self-made"

Terminus Demi-Fond

 

 

Pour évoquer le parcours du champion de France de demi-fond 1963, Charles Bertrand, un préambule s’impose. Vous le savez, j’ai pris l’habitude sur ce site de vous régaler depuis bientôt douze années des portraits des champions de France de la spécialité. Cette sorte de « fil rouge » m’a permis de célébrer quelques « figures » des années cinquante et soixante, telles celles de Roger Queugnet, Jean Raynal, Robert Varnajo …

 

Pour les coureurs de cette génération, le vélo était le sport-roi, synonyme de gloire sportive et de liberté. A l’époque, lors de la sortie du club du dimanche, on applaudissait ou encourageait les « cyclards » au bord des routes, parce que tout un chacun savait ce que représentait l’effort du cycliste, pour l’avoir un jour ou l’autre éprouvé soi-même (de nos jours, il existe un jeu qui consiste « à faire peur aux cyclistes » sur la route : entendu de la bouche même d’un « jeune homme » - comme les médias se plaisent à nous présenter ce genre d’individu) …

 

Ces hommes du siècle passé, nés dans les années vingt et trente, ont connu la guerre et ses privations, et enduré ses rigueurs. Pour eux, le mot « fatigué » n’existait pas au dictionnaire |dixit Bernard Gauthier – cf. L’épopée du cyclisme sur l’autodrome de Linas-Montlhéry page 159 ] Enfants ou adolescents pendant la guerre, ce sont eux que les médias et chroniqueurs économiques se plaisent aujourd’hui à nous présenter comme les privilégiés d’un soi-disant âge d’or (les « trente glorieuses » tu parles !), alors même qu’ils ont travaillé sans compter à la reconstruction d’une France dévastée par le second conflit mondial, et préparé par leur labeur, leur courage et leurs sacrifices une existence meilleure pour les générations qui l’ont suivie (la mienne en fait partie) … Ces années d’après-guerre où l’on travaillait six jours par semaine et dix heures par jour, où l’on roulait une fois sorti de l’usine sur des routes plutôt rustiques (rien à voir avec les « billards » de nos actuels circuits d’entraînement) , par des climats autrement plus rigoureux que ceux que nous connaissons aujourd’hui, et où l’on se rendait à vélo (cinquante kilomètres, une paille !) au départ de la course dominicale.

 

A ceux qui se reconnaîtront dans ces lignes, ma reconnaissance, et mon respect.

 

Charles Henri Bertrand, dont nous allons raconter le parcours,   émarge à cette génération chère à mon cœur, et son itinéraire tout à fait atypique achèvera de vous convaincre que, décidément, les écumeurs de piste et de route de l’après-guerre nous ont laissé un sacré héritage. Puisse un jour le cyclisme retrouver ce parfum d’aventure et d’amateurisme – ce terme entendu dans son acception la plus noble – et ce supplément d’âme qui lui fait si cruellement défaut de nos jours. 


 

STAYER FR : « Vous avez toujours vécu à Caen, puis dans sa région ? Et vous êtes toujours resté fidèle au même club ? »

Charles Bertrand : « Oui, j’y suis né le 19 Avril 1931, rue Saint-Jean, dans le quartier du centre de la ville, celui qui a été totalement dévasté pendant les bombardements de l’été 1944 (il ne restait plus rien : seule l’église émergeait d’un champ de ruines) J’ai signé ma première licence en 1949 et, effectivement, je suis toujours resté fidèle à mon club, l’U.V. Caen. J’ai porté les couleurs vert et rouge de 1949 à 1964, soit pendant toute la durée de ma « carrière » cycliste »

 

STAYER FR : « A ma grande honte, il va falloir m’aider … L’U.V. Caen ? »

Charles Bertrand : «  Ce club, créé en 1938, est né de la scission de l’E.S. Caen (sa devise : « vite et bien », tout un programme ! – merci Monsieur Bertrand pour votre impressionnante documentation - n.d.l.r.) L’U.V. Caen a eu un « parrain » glorieux – même si d’abord sociétaire du grand rival, l’E.S. Caen -, en la personne d’Yvan Marie, ce coureur professionnel taillé en armoire … normande (excusez, je n’ai pas pu m’en empêcher – n.d.l.r. -), révélation du Tour de France 1936, animateur de l’édition 1938, un fameux rouleur en plus. Sa carrière - gâchée par la guerre - achevée, il a tenu une boutique de cycles à Caen, rue Saint-Michel de Vaucelles. Clin d’œil du destin, nos chemins devaient se croiser plus tard. D’ailleurs, si vous observez attentivement certaines des photos que je vous confie, vous verrez son nom apparaître sur ma tenue de coureur »

 

STAYER FR : « Et ce club a vu beaucoup de champions sortir de ses rangs ? »

Charles Bertrand : « Oui, qu’ils soient amateurs ou professionnels, de valeur régionale, nationale, voire internationale. Je ne vais pas toutes les citer, mais les grandes figures du club, avant-guerre et dans l’immédiat après-guerre, ont été Guillaume Mercader, André Bellavoine, Roland Lemoine (qui se tua en course sur les routes normandes en 1946), Camille Clerambosq et Gaston Rousseau, ce dernier équipier de Robic dans l’équipe de l’Ouest du Tour 1947. Puis dans les années soixante, il y eu les Jacques Hurel, Jacky Chan Tsin, Roger Julienne, Guy Grimbert (champion de France des Indépendants) et Stéphane Couge (champion de France des Espoirs en 1998 à Montpichon dans la Manche), tous ces résultats acquis sous la férule d’un directeur sportif hors-pair, véritable meneur d’hommes, Roger Aveneau. Enfin, impossible de ne pas évoquer Vincent Barteau, maillot jaune au long cours pendant le Tour de France en 1984, et Richard Vivien, champion du monde des routier amateurs en 1987. Un champion du monde issu de l’U.V. Caen : la page la plus glorieuse de l’histoire du club »  

 

STAYER FR : « Je vois que vous ne vous considérez pas comme un champion, alors que vous avez été le premier à apporter un maillot tricolore à la corbeille du club [il y en a eu une quinzaine au total, dont Vincent Barteau qui a été champion de France Junior], si je fais exception d’un titre national A.S.S.U. remporté par Aimé Bénard en vitesse quelques semaines auparavant. (Je n’ai aucun mérite à faire l’érudit, là encore je n’ai qu’à puiser dans la remarquable histoire du club, réalisée par notre homme – n.d.l.r.) »

Charles Bertrand : « Oh non. Je n’avais pas la valeur de ces coureurs-là ! J’ai longtemps couru chez les indépendants, avant de finir chez les amateurs première catégorie. A la fin de ma « carrière », je comptais une quinzaine de victoires régionales sur la route, et une cinquantaine sur la piste. Je me débrouillais bien sur la piste. La presse régionale de l’époque me décrivait comme « accrocheur » et « courageux » (et le mot « sympathique » revenait aussi systématiquement, la modestie de notre interviewé dut elle en souffrir) Quant à ce maillot de champion de France dont vous parlez, il relevait plutôt de l’aventure personnelle … »

 

STAYER FR : « Racontez-nous ça ! »

Charles Bertrand : «  Mes débuts sur la piste, je les ai effectués en 1949. Mais gardez-bien une chose en tête : à l’époque, « on n’avait pas les moyens ». La vie était rude au sortir de la guerre, et le club ne disposait d’aucun matériel pour ses coureurs. Bref, on se débrouillait comme on pouvait. Avant de songer à tourner sur le ciment du vélodrome, je devais démonter le guidon, les freins, le dérailleur de mon vélo de route … j’enlevais les papillons pour leur substituer des boulons, et ça faisait la rue Michel … On était dans la débrouillardise, on n’avait pas d’argent, les priorités étaient de nourrir la famille et assurer le quotidien. Ma passion du vélo, à laquelle j’ai énormément sacrifié, c’était un « luxe »»

 

STAYER FR  : « Vos débuts sur la piste ? »

Charles Bertrand : «  Je les ai effectués sur le vélodrome de Caen Venoix, bien sûr ! A ce sujet, j’ai un souvenir auquel je suis très attaché. Il s’agit d’une réunion d’attente de l’arrivée du Tour du Calvados, l’année de mes débuts. Sur la piste ce jour-là, il y avait « du beau monde » comme on dit : Jean Rey, champion de France professionnel, Urbain Caffi, Emile Ignat, Roger Rioland et Marcel Bareth. A l’issue de la réunion, voilà qu’on me remet à moi, le coureur débutant, cinq francs en guise de prime, ce qui n’était pas rien pour moi à l’époque ! C’était eux, les pros, qui s’étaient cotisés, à raison d’un franc chacun … une façon pour eux de saluer ma prestation. Je n’ai jamais oublié ce beau geste. Après tout je n’étais qu’un « petit coureur » »

 

« J’étais un habitué de la piste de Caen Venoix, évidemment, mais j’ai connu le " Vél’ d’Hiv’ " aussi … en lisant l’hebdomadaire sportif Route et Piste ! C’est d’ailleurs de cette manière que je me suis engagé au début des années cinquante dans une individuelle. Et c’est à cette occasion que j’ai été remarqué par Monsieur André Livet, alors manager des pistards pour les amateurs. Moi, le provincial, j’étais tout intimidé à l’idée de courir dans ce « temple » du cyclisme sur piste, et au début je me suis fait un peu « tourner autour des oreilles ». J’avais d’ailleurs tellement la « pétoche » que je me suis mis à rouler, à rouler, pour chasser ce trop-plein d’émotions, et cela jusqu’au moment où j’ai cassé ma chaîne. Je me suis alors arrêté tout penaud, et, peu après, des coureurs parisiens m’ont révélé, une fois descendus du vélo : « Mais t’as pas vu ce qui se passait derrière toi ? Tout le monde était en file indienne ! » Ils m’ont alors présenté au mécano de l’endroit pour réparer ma chaîne : c’était un Normand comme moi, un « Manchot », Marcel Jamme. Et sur ces entrefaites est arrivé un type en costume. C’était Monsieur Livet. Je lui avais tapé dans l’œil visiblement. Une semaine après, j’étais engagé pour courir une américaine avec Georges Sérès. En 1952 et 1953 je courrai d’autres américaines, et avec des « clients » tels que Rick Van Steenbergen, Joseph Groussard, Roger Hassenforder … A ce sujet, j’aime me rappeler cette anecdote concernant le Grand « Rick ». Cela se passait au vélodrome de Colmar. J’étais tout à ma préparation lorsqu’est arrivé vers moi son mécano, qui me dit avec son fort accent flamand : « Viens avec moi ... Rick, il veut voir ta face ! »

 

STAYER FR : « Alors, comment êtes-vous venu au demi-fond ? »

Charles Bertrand : « Toujours la même démarche, celle qui m’a guidée toute ma vie, en autodidacte, seul, et sans l’aide matérielle du club.

Le « déclic » pour le demi-fond, il s’est produit lors des championnats régionaux sur piste qu’organisait l’U.V. Caen. C’était en 1961. Là, avec mes coéquipiers André Doguet, Pierre Dewilde et Michel Pierre nous avons remporté le titre régional de poursuite par équipes. Dans la foulée nous sommes partis disputer les championnats de France à Dijon. Nous n’avons pas démérité là-bas, puisque nous ne sommes fait « sortir » qu’en quart de finale, par l’A.C.B.B., qui ira jusqu’au bout du tournoi. Il y avait du demi-fond sur la piste ce jour-là. Et je me suis dit que tout ce qui pouvait se courir en régional sur un vélodrome, je l’avais gagné … J’ai songé que, finalement, j’avais fait le tour de toutes les spécialités. Sauf le demi-fond, que je n’avais jamais pratiqué. Il n’y avait que dans cette discipline que je n’avais pas gagné. Au retour, ma résolution était prise : « Il faut que je le fasse ! » »  

 

STAYER FR : « Et vous vous êtes lancé comme ça ? »

Charles Bertrand : « Oui, je me suis jeté à l’eau, un peu comme un aventurier. Mais à Caen, il n’y avait rien : je partais de zéro. Et voilà qu'un jour, je me suis un jour mis en rapport avec André Bellavoine, à qui j’ai parlé de mon projet. Jusque-là, je ne le connaissais que de réputation, car en course, il était le plus souvent «  devant » et moi « derrière » comme dans la chanson de Brassens. J’avais besoin d’un vélo de stayer, lui seul en avait un. L’affaire n’a pas été longue à conclure : « Mon vélo, je ne te le vends pas, je te le prête ! »  ... Je l’avais, mon vélo de stayer ! »

 

STAYER FR : «  Mais la moto d’entraînement ? »

Charles Bertrand : «  Là encore, improvisation totale, débrouillardise, système « D » : un copain m’avait bien prêté une vieille Terrot. Mais où trouver un pilote ? Je travaillais du lundi au samedi, de cinq heures du matin à seize heures le soir, en qualité de tourneur au Centre de Formation Professionnelle Accélérée pour Adultes, où j’avais un copain tôlier, François Lemarchand, qui avait les mêmes horaires que moi. Cette coïncidence a suffi à nous lancer dans l’aventure … Un peu plus tard, François nous dénichait un « monstre » une Indian, moto américaine de 1200 cc et onze chevaux, achetée d’occasion cinquante mille francs anciens ! Nous avons achevé de le « transformer » au Centre. Cet engin montait à 90 km/h en seconde ! Inutile de vous dire que l’on n’a jamais eu à passer la troisième ! Par contre, lorsqu’on aventurait l’Indian sur la route, le rouleau savait rappeler dangereusement sa présence en inclinaison dans les virages ... " 

 

STAYER FR : « Le matériel c’est bien beau, mais l’équipement ? »

Charles Bertrand : « Pour l’entraîneur, une canadienne retournée a fait l’affaire. Enfin, presque … Quant à mon casque, je n’ai pas eu un gros investissement à faire : je n’ai eu qu’à le ramasser sur la route ! Lors d’une sortie d’entraînement, j’avais remarqué un vélomoteur qui venait en sens inverse, et qui en avait un, accroché sur son porte-bagages avec un sandow … un sandow sur les routes de l’époque ! Au retour, quand j’ai vu ce casque, abandonné dans l’herbe du bas-côté, je l’ai vite adopté. Même s’il était un peu grand pour moi … C’est de cette façon que j’ai complété ma « panoplie » de stayer »

 

STAYER FR :   « Et la préparation s’est effectuée sur un mode tout aussi empirique ? »

Charles Bertrand : « Je me suis préparé comme pour les autres courses : entraînement sur la route, soit cinquante kilomètres le mardi, cent le jeudi, et le reste de la semaine le trajet à vélo domicile/travail. Et quand je le pouvais, un peu de piste sur le vélodrome de Caen Venoix. »

 

STAYER FR : « Vous vous êtes vite adapté au demi-fond ? »

Charles Bertrand : « Oui.  En tant que coureur sur piste expérimenté, cette adaptation s’est faite tout naturellement. »

 

STAYER FR : « Vous allez nous évoquer maintenant l’aventure un peu folle de ce championnat de France 1963 »

Charles Bertrand : « Alors, nous allons remonter une année auparavant.

Lorsque je me suis estimé prêt, j’ai contacté Monsieur Livet, qui m’a alors orienté vers Victor Longue qui s’occupait du demi-fond à La Cipale. C’est lui qui m’a orienté vers le seul entraîneur alors disponible, Roger Godest. Comme moi, il était débutant, et faisait ses premiers pas dans la spécialité : jusqu’ici, il n’avait eu à piloter que des Derny. Nous fîmes nos premiers pas au championnat de France à Reims, où je fus éliminé en qualification pour quelques dixièmes de seconde. Le Président de la F.F.C., Louis Daugé, qui était présent ce jour-là, m’adressa à cette occasion quelques mots d’encouragement : « C’est dommage… Mais il faut insister, ne vous découragez pas ! »

L’année suivante, huit jours avant le championnat, mon club organisait une réunion de demi-fond disputée en trois manches. Cette première course véritable, accomplie derrière cet entraîneur tombé du ciel, me mit vraiment dans l’allure. Le dimanche d’après, je partais au volant de ma Renault Dauphine, à mes frais, sans aucune aide financière du club, en direction du Parc des Princes en compagnie de mon épouse Anik »

 

« Le Parc des Princes … Moi le coureur régional, je côtoyais ce jour-là dans les cagnas du Parc les Gaignard, Rousseau, Bouvet, pendant que sur la piste, Robert Varnajo remportait le titre des stayers professionnels, gagné à l’applaudimètre par Roger Hassenforder. Seul provincial parmi sept franciliens, dont six du même club, j’étais complètement perdu. En plus, j’héritais de la pire des positions au départ, la huitième ! Très vite, je me suis retrouvé doublé par Tomassi, qui mènera longtemps la ronde. J’étais tellement dans ma bulle, tellement émotionné, que je ne m’apercevrai même pas du moment où il quittera la course. En fait, je ne m’occupais de rien d’autre que de mon effort, et je ne savais absolument rien de ma position, lorsque j’ai tout à coup entendu le public applaudir. Et j’ai eu de plus en plus l’impression au fil des tours que c’était vers moi que se dirigeaient leurs applaudissements. Moi, le régional perdu parmi tous ces coureurs parisiens, on m’encourageait comme si j’étais sur la piste de Caen Venoix ! J’étais donc en tête maintenant ? Et voilà qu’à huit tours de la fin, Godest se met à hurler dans ma direction : « Ca y est, tu es champion de France ! » Il n’aurait jamais dû me dire ça ! Car à partir de ce moment, j’ai eu les jambes comme coupées, et les quatre dernières entrées de virage du vélodrome du Parc m’ont parues interminables … J’ai bien cru ne jamais arriver au bout …  Pourtant, quelques instants après, c’était bien moi qui grimpait vers la tribune officielle, sous les yeux, notamment, du maître de la spécialité, Victor Linart. J’y retrouvais mon épouse, une fois revêtu le maillot noir bleu blanc rouge … Une grande émotion m’a étreint … ce fut un instant merveilleux. Au point de vue matériel, les cinquante mille francs alloués au vainqueur ne pouvaient pas mieux tomber, je faisais alors construire ma maison ! Et j’avoue que sur le moment je ne me suis pas posé la question de savoir comment mon entraîneur serait rémunéré … »

 

STAYER FR : « Et après ce moment de gloire ?  »

Charles Bertrand : « Nous avons fait une halte, au retour, à l’Hôtel de la Rotonde à Caen, chez le patron de l’U.V. Caen, pour « célébrer » le titre. Mais à six heures du matin le lendemain j’étais au boulot ! Le soir, j’aurais le plaisir de trouver dans ma boîte aux lettres le numéro d’Ouest-France évoquant ma victoire. Je n’y étais pourtant pas abonné, mais le quotidien avait eu cette délicate attention, et le porteur de journaux avait même ajouté un petit mot de félicitations sur le bandeau. Ce genre de chose fait vraiment plaisir. Puis j’ai obtenu dans la foulée quelques contrats sur piste, et une participation au Critérium des As de l’Avenir à Longchamp, ainsi que des courses derrière derny en Bretagne … »

 

STAYER FR : « La suite va être plus triste (c’est que je connais la fin … n.d.l.r.) »

Charles Bertrand : « Le championnat du Monde qui s’est disputé à Rocourt en Belgique peu de temps après aurait dû me mettre la puce à l’oreille quant à la tournure qu’allaient prendre les évènements l’année suivante … J’avais obtenu un congé exceptionnel de huit jours de mon employeur, que je comptais bien employer tout entier à ma préparation. Mais lorsque je suis arrivé sur place en Belgique, j’ai vite constaté qu’il n’y avait pas de motos d’entraînement pour moi, et qu’il m’était impossible de me préparer sérieusement. J’ai été alors voir « Toto » Gérardin, le responsable de la délégation française, qui, à grand-peine, a réussi à me trouver en tout et pour tout un créneau de dix minutes pour tourner dans le sillage de Lorenzetti. Et moi qui croyais m’entraîner à fond … Une brouille entre l’entraîneur et la Fédération paraît-il … Pour la course elle-même, on m’a attribué au tout dernier moment un entraîneur, un petit nouveau, le Néerlandais Bruno Walrave, qui fera son bout de chemin dans le demi-fond par la suite (et comment !) On a fait ce qu’on a pu, c’est-à-dire qu’on n’a pas pu passer le cap de l’élimination, et L’Equipe n’a eu dans ces conditions aucun mal à titrer le lendemain : « Bertrand inexistant » … Toute cela n’augurait rien de bon pour la suite … »

 

STAYER FR : « Pour l’édition du championnat de France 1964 ? »

Charles Bertrand : « Oui. Pourtant, cette année-là, je marchais encore mieux, et j’étais bien décidé à défendre mon titre. Mais j’ai été éliminé dès les séries, que l’on disputait en solitaire sur des tours chronométrés (dix je crois me rappeler) Je n’ai pas compris ce qui s’est passé ce jour-là. Mon entraîneur n’accélérait pas, ne «répondait » pas, et j’étais dans l’impossibilité de communiquer de toutes façons pendant le trop bref laps de temps de cette manche qualificative. Et n’allez pas croire que j’étais allergique aux efforts brefs ou aux départs rapides, c’était tout le contraire ! Au club, combien de fois mes camarades soulignaient qu’en course je « partais comme une balle » … Encore aujourd’hui je n’ai pas compris ce qui s’est passé ce soir-là ... mon entraîneur était comme « ailleurs » … André Livet a pensé quant à lui que j’ai été victime d’un coup fourré … Un peu plus tard, je me rendais à nouveau au « Parc », pour disputer, derrière l’entraîneur Lavalade cette fois, pour une course de qualification pour le championnat du Monde. Là, nous avons tourné, départ arrêté, en 30 minutes aux quarante kilomètres, ce que situait tout de même ma condition du moment ! Cette séquence avait été tellement intense que j’avais encore mal aux mâchoires le lendemain au travail ! Puis j’ai encore été courir au vélodrome de Reims, où j’ai terminé quatrième derrière les Giscos, Maréchal, Salmon … Et c’est à mon retour à la maison que je vais trouver dans ma boite aux lettres un courrier m’informant que j’étais convoqué pour disputer le championnat du Monde au Parc des Princes ! Du coup, me voici reprenant la route, armé de la lettre de la Fédé, en direction cette fois de La Cipale. Et c’est pour y retrouver un Gérardin tout surpris de me voir là : « Tiens, te v’là, t’es en vacances ? » me dit-il. Je lui présente alors ma lettre : il la regarde du bout des yeux et me dit : « Je ne suis pas au courant. J’ai rien pour toi ! » Nouveau retour à la maison, tout à fait dépité cette fois. Et c’est à ce moment que je vais croiser dans la rue deux plâtriers qui, en me voyant, s’interpellent : « Laisse passer notre champion du Monde ! » … La honte m’a alors envahie … un coup terrible pour moi … Au point que je suis resté sans sortir de la maison pendant quatre journées entières … »

« Et comme si ce n’était pas déjà assez, en parcourant L’Equipe du jeudi, j’ai découvert mon nom sur la liste des participants … au championnat du Monde ! Ma carrière s’est achevée là. Je n’étais plus coureur. Dommage, car je « marchais » mieux que lors de l’année de mon titre. En fait, je pense que j’ai décroché la timbale trop vite … Et puis, il ne faut pas oublier que j’étais le provincial, venu de nulle part … »

 

STAYER FR  : « Il y a une vie après le demi-fond, et vous allez le prouver »

Charles Bertrand : « Avec mon ami Joseph Bourdon - ancien coureur lui aussi à l’U.V.C. - on avait pris l’habitude de faire de fameux rallyes sur les routes avec sa Panhard PL 17, pour nous rendre au départ - ou pour revenir - des courses cyclistes. Lui au volant, moi à la carte, le soir du retour du championnat de France de Reims, je lui avais dit : « C’est dangereux ces conneries là, tu ne crois pas qu’à ce compte-là on ferait mieux de faire des rallyes tous les deux ? »  

Rallye du Touquet 1967 Bourdon/Bertrand   

  

Après le « coup » du championnat du Monde 1964, on a concrétisé ce projet, et je suis reparti pour une nouvelle aventure … qui nous a vu, de 1965 à 1975, gagner ensemble, sur R8 Gordini 1100 ou Alpine Berlinette 1300 et 1600, tout ce qui pouvait ressembler à un rallye automobile sur une ligne La Baule / Le Touquet ! On a vécu des moments épiques et intenses, tels ces rallyes de la Côte Fleurie (trois ou quatre victoires au compteur, je ne sais plus), celui du Touquet, à la lutte avec les Jean-Luc Thérier, Jean Vinatier, Philippe Farjeon, ou encore cet hallucinant Rallye du Portugal où mon coéquipier m’a vraiment bluffé par ses capacités de mémorisation des parcours tout à fait hors-normes » 

 

Bourdon - Bertrand avec la R8 Gordini

Bourdon - Bertrand : Trophés Alpine

Charles Bertrand, la modestie faite homme, a vécu le sport en autodidacte, avec la passion et la curiosité sans cesse chevillées au corps.

 

Il se demande sincèrement si son histoire est bien de nature à intéresser le public, et m’a rappelé autant de fois que possible sa condition de « petit » coureur, tout en m’interrogeant sur la nécessité de la publier.

 

Car il est persuadé que son parcours ne présente rien de bien extraordinaire.

 

J’espère vous avoir convaincus du contraire.

 


 

22 Avril 2017

Patrick Police, avec mes remerciements à Charles Bertrand

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

 

il devra être mentionné le nom du (ou des) auteur(s) et du site internet STAYER FR

 


14/06/2017
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JEAN RAYNAL LE STAYER TOUCHE-A-TOUT, CHAMPION ET GLOBE-TROTTER (1)

JEAN RAYNAL

Le Stayer touche-à-tout, globe-trotter et … champion

 

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

il devra être mentionné le nom des auteurs et du site internet STAYER FR

 

 

RAYNAL Jean Raynal ---France- 2.jpg

 

Il aura traversé les années cinquante et soixante tel un sémillant ambassadeur, affirmant la présence de la France sur les pistes de plusieurs continents. D’abord routier   doté d’une belle pointe de vitesse, sachant grimper quand nécessaire, il fut enfin un brillant pistard, n’hésitant pas à tâter de l’expérimental lorsque l’occasion s’en présenta. Sur le bois, il a été un américain redoutable et respecté, doublé d'un coureur derrière derny de première force. Du bout des pédales d’abord, il tâtera du demi-fond, pour devenir champion de France à son premier galop d’essai !  Quand il se consacrera sérieusement au métier de stayer, au début des années soixante, il saura rappeler sa valeur une décennie durant aux cracks de la spécialité, quels qu’ils soient. Enfin, il assurera – au meilleur niveau - la permanence    de l’école française dans les six-jours Européens et Américains. Une carrière riche, aux sinuosités déroutantes parfois,   dont  STAYER FR va s’efforcer de vous faire revivre la brillance ... un parcours où l’exploit sait faire bon ménage avec le truculent.

 

 

La première chose qui saute aux yeux de l’observateur lambda (moi, en l’occurrence) c’est que Jean RAYNAL apparaît comme un fameux dévoreur de kilomètres ... Au temps de sa splendeur, il accumulait volontiers ses vingt-quatre mille bornes annuelles. Son credo : rouler le matin, rouler l’après-midi, sans relâche. Et ne croyez pas qu’à maintenant quatre-vingt-trois ans révolus, cette marotte de roule-toujours lui soit passée : le Monsieur s’astreint encore quotidiennement à aligner les kilomètres, (même si parfois ce n’est plus que sur le home-trainer) mais toujours « à fond la caisse ». Dans le pavillon de Champigny-sur-Marne, le vélo est omniprésent, de la chambre au salon, et je ne serais pas étonné que le home-trainer soit en surchauffe dès le réveil, calé sur 52x13 avec, une heure durant, 60 km/h affiché au compteur …

 

Jean RAYNAL :  « J’avais dix-sept ans, et déjà sur le vélo, rien ne pouvait alors me décourager : pensez que j’ai commencé par des randonnées de quatre cent bornes ! Et puis,  tout débutant, je voyais passer sur la RN4, littéralement sur le pas de ma porte (à Champigny-sur-Marne, sur l’avenue Marx Dormoy, à l’angle de la rue Michelet), le peloton des Louviot, Idée, Danguillaume, Giguet, Bobet qui partaient s’entraîner. Très vite, je me suis mis en tête de leur « filer le train », jusqu’à la cuvette de  Champlain, le chemin du retour à leurs trousses. Bientôt, l’intrus que j’étais sera adopté, même si, par jeu, on ne se gênera pas de chercher  parfois de le faire « sauter » …  «  Le dernier arrivé paie sa tournée au  « Bon-Repos ! » (un bistrot situé au bord de la RN4, en haut de la cuvette de Champlain) , c'était le leitmotiv de ces sorties …  » 

 

Mais le petit gars du C.C. Chennevières-Ormesson n’aura jamais à régler une tournée, même le jour au Paul Giguet tentera de le surprendre, son démarrage « couvert » en mode complot par ses beaux-frères Emile Idée et Camille Danguillaume  … 

 

Jean RAYNAL : « Quand j’y repense, en fait, je me suis formé tout seul ! En roulant avec ces gars-là, je me suis très vite dit : si ces mecs – c’étaient tout de même les champions du moment – se donnent la peine de s’entraîner, c’est qu’il doit bien y avoir une raison … A partir de cette réflexion, j’ai compris très vite la nécessité d’une préparation intense. Même si, apparemment, j’avais des moyens, je me suis persuadé que je devais m’entraîner durement. Dans la presse, on a souvent parlé de « Raynal le touche-à-tout », « Raynal le fantaisiste » « Raynal le joyeux compagnon » … Je laissais dire, et j’accumulais mes vinqt-quatre mille bornes annuelles, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige … »

 

Passant - sans problème aucun - des Brevets de Randonneur de 400 kilomètres aux critériums de banlieue, notre juvénile dévoreur de kilomètres commence dès 1949 à se construire une solide réputation régionale, sous les couleurs jaune et bleu-gris du C.C.C.O. Avec sa belle pointe de vitesse, il accumule les victoires, avant d’entrer aux J.P.S. en 1951. C’est simple : à l'époque, lorsqu’il n’est pas à la gagne, il est inutile de chercher son nom dans la feuille de résultats au-delà de la dixième place !  Tout s’enchaîne à merveille,  jusqu’au mois de septembre 1952, où l’heure du service militaire a sonné … Mais entretemps, le bail avec le club du Président Achille Joinard n’a pu aller à son terme, à la suite d’un évènement   aux conséquences inattendues  …

 

Jean RAYNAL : « L’hiver, je travaillais (car il fallait bien que je gagne ma croûte !) comme couvreur/plombier, à la faveur de petits chantiers. Le camarade qui m’avait embauché avait un défaut bien handicapant pour pratiquer ce métier : il avait le vertige ! Du coup, c’est moi qui grimpais à l’échelle de corde pour accomplir tous les travaux en toiture. Bref, un jour que je rentrais à vélo d’un de ces chantiers, et alors que je traversais le Faubourg Saint-Antoine pour prendre la rue de la Roquette, voici que je me fais agresser par un énergumène à bicyclette qui saisit la sacoche où était contenue tous mes outils et la secoue jusqu’à me faire tomber … Là-dessus on en vient rapidement aux mains : je le couche vite fait avec une série « gauche-droite » bien placée, et il s’écroule le long d’une camionnette. Fin de l’algarade, je reprends mon vélo et le laisse là, et n’entends plus parler de cette histoire jusqu’au jour où je me retrouve convoqué par le Président de la F.F.C., Achille Joinard, qui était aussi mon Président de Club ! Le gars avait porté plainte. C’était un marchand de quatre saisons qui, tous les matins, debout derrière son étal, dos à la rue, se faisait botter les fesses par un plaisantin à bicyclette »   

 

La victime de ce rituel imbécile avait donc décidé un jour de prendre son vélo pour courser l’indélicat et lui administrer la correction qu’il méritait.

 

Jean RAYNAL :  « Mais il y avait erreur sur la personne, et d’ailleurs le procès qui aura lieu établira bien vite mon innocence !

Entretemps, je me suis fait quand même virer du club à cause de cette histoire, et au lieu de faire mon service militaire au Bataillon de Joinville, tout près de chez moi, je me suis retrouvé affecté aux Forces Françaises en Autriche, au 5ème Dragon à Innsbruck ! Maintenant, avec le recul, je réalise que ça n’a finalement pas été une mauvaise chose, et tu verras pourquoi ... Ceci dit, le type qui m’a valu ces ennuis ne m’a jamais présenté ses excuses … »

 

Tout au long de l’année 1953, au gré d’ordres de mission bien opportuns, le soldat RAYNAL va représenter la France sur les routes – plutôt escarpées – du Tyrol autrichien, et recevoir la révélation de dons de grimpeur tout à fait honorables.

 

Jean RAYNAL :   « Là-bas, je ne vais finalement pas perdre mon temps. Je peux m’entraîner presque tous les jours après mon temps de service, et bien vite je gagne pas mal de courses. Le Directeur du Mess des Officiers, Monsieur Leroy, s’arrange à ce que je puisse me coucher le soir en dehors de la caserne ! Pendant l’année 1953, je vais étoffer sérieusement mon palmarès : championnat militaire international et Critérium International d’Innsbruck, championnat des F.F.A.U., Innsbruck-Telfs et retour, critériums de Schwaz, de Hard, Tour des Alpes de Kitzbühel  ... 

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Au Tour d’Autriche, je vais remporter la 2ème étape, Graz-Klagenfurt,  en alignant lors d’une échappée à trois un certain Rick Van Looy, puis la 6ème,  Bad Ischl-Linz. Et ne croyez surtout pas que le peloton était composé de « rigolos » là-bas ! : outre Van Looy, regardez un peu les classements de l’époque : vous y trouverez les noms des  Belges Desmet et De Paepe (que je retrouverai plus tard sur les pistes), des Autrichiens Christian (qui fera plus tard troisième d’un Tour de France) et Wimmer (futur recordman de l’heure amateur), du Luxembourgeois « Jempy » Schmitz. » 

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2ème étape du Tour d'Autriche

 

 

De retour à la vie civile au début de l’année 1954, c’est sous les couleurs violet et orange du maillot de la Pédale Charentonnaise que va désormais sévir « l’Autrichien ». Il loupe de peu son championnat de France, devancé par Bourgeois et Vermeulin, au terme d’une course dont, aujourd’hui encore, il n’arrive pas à digérer le déroulement. L’hiver 1954 le voit écumer les vélodromes, et notamment le « Vél’ d’Hiv’ », où, très vite, associé à l’Autrichien Wimmer, qu’il a en quelque sorte ramené dans ses bagages,  il va se révéler transcendant. Le club d’Oscar Egg peut jubiler : les records à l’américaine amateurs n’en finissent pas de tomber cet hiver-là sur les lattes du « Vél’ d’Hiv’ » : celui des  10 kms, détenu depuis 1938 par l’équipe Couturier-Le Moal,  les 20 kms, jusqu’ici propriété jusque-là de Decaux et Michel, et même celui de la demi-heure, fraîchement établi par Brun et Picard … Que ce soit associé à Wimmer, au Français Guérin ou, deux années plus tard, à l’Autrichien Simic, Jean Raynal n’en finit pas de brûler les planches … 

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 Avec l'Autrichien Wimmer

 

Si l’hiver 1954 a marqué l’entrée en scène d’un grand pistard, le millésime suivant va démontrer que notre homme est également un redoutable « client » lorsqu’il s’agit de prendre le sillage d’un derny, engin qu’il découvre d’abord au Circuit de Daumesnil, le 21 Avril 1955. Troisième de cette course remportée par Claude Barmier du V.C.C.A., il maîtrisera bien vite les subtilités de l’exercice en tournant inlassablement sur la vénérable et voisine « Cipale ». Sur la route, il épingle un Paris-Montargis chahuté, où il laisse derrière lui les De Vries, Mézière, Skerl, Deconinck … Il ajoute dans son escarcelle  une étape du Ceinturon de Barcelone au mois d’Août, puis un prix de la Ville d’Asnières sous les yeux experts de Léo Véron et Jean Maréchal, bluffés par son « jump » 

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irrésistible. Mais tout ceci n’est que peccadille lorsque le 11 Décembre 1955, sur les lattes du « Vél’d’Hiv’ » de Paris, derrière le derny piloté par Fernand Wambst, il établit le premier record amateur du genre à 55.826 kilomètres dans l’heure ! Un chiffre à faire réfléchir plus d’un professionnel, puisque la marque établie jusqu’ici par Roger Queugnet chez les « pros » n’était « que » de 55.388 ! Dans le monde de la piste, plus personne ne peut désormais méconnaître la valeur de cet athlète d’ 1m 76 et 74 kgs, véritable « publicité pour la joie de vivre » - comme le dépeindra un jour le coureur-journaliste Henri Surbatis-, adroit dans le sillage du derny,   au style coulé,  redoutable d’efficience.

 

1956 pourrait être l’année de l’apothéose. Las. 1956, c’est l’année terrible où l’on rappelle pour la Guerre d’Algérie la classe 1952. Un long "stage"   le mènera d’Orléansville (aujourd’hui El-Asnam) à Périgueux, et   interrompra tristement un parcours jusqu’ici sans faute. Et 1956 sera une année " blanche " : adieu les Jeux Olympiques de Melbourne ! Une chance est passée à jamais. Après avoir couru quelques mois pour le club de Périgueux, c’est le retour à la Pédale Charentonnaise, pour une année 1957 qui sera une année-charnière. La piste ou la route ? La route ou la piste ?

 

Pour faire pencher la balance côté route, une victoire au critérium des Comingmen du renouveau, organisé après une longue période d'interruption cette année-là à Longchamp par le V.C. de Paris. Côté route encore, une victoire qu’il considère aujourd’hui encore avec une tendresse particulière. Car dans cette  homérique Roue d’Or à Daumesnil, disputée  derrière scooter Vespa, il caracole ce jour-là en pignon fixe avec le 52x13, sur un vélo de piste équipé du seul frein avant ! Mais une fois saluée la foule, debout sur la banquette d’une autre vedette de l’année 1957, une Vespa 400 GT brillant de tous ses chromes, il file en toute hâte en  

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direction de la piste municipale pour disputer (et remporter)  une américaine, le Prix Rouillard-Vuillemin,  associé à son complice  André Retrain qui faisait des ronds, seul contre  les autres équipes, en l’attendant !  Puis ce sera un Paris-Briare remporté en pignon fixe, qui pourrait bien le convaincre de son talent de routier-sprinteur ... 

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Paris-Briare

 

Elle va pourtant pencher définitivement du côté de la piste, la balance,   à l’occasion d’un Paris-Vimoutiers, disputé parmi les « pros », en qualité d’Indépendant.

Là, alors qu’il se voit déjà ne faire qu’une bouchée au sprint de son compagnon d’échappée Pierre Michel, avec qui il compte une belle minute d’avance sur les rescapés, il ne peut qu’assister impuissant à la victoire de Joseph Groussard, toutes ses chances envolées suite à une bête crevaison survenue en pleine ascension du « Mur » des Champeaux.  

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Dans la roue de Pierre Michel un jour de Paris-Vimoutiers

 

A partir de ce jour, plus d’hésitation, ce sera la piste, ses contrats sûrs et lucratifs, et ses courses moins soumises aux aléas ! De plus, notre homme aime le public des vélodromes, qu’il séduit à tout coup avec sa gueule d’acteur de cinéma,  et   il se sent comme un poisson dans l’eau dans l’atmosphère enfumée et gueularde  des vélodromes.  

 

Quelques semaines encore  et viendra le temps de l’ancrage définitif dans le monde de la piste, la folle aventure des Six-jours, avec lequel il contractera un long mariage d’amour, puis  une entrée fracassante dans le monde du derrière moto … Mais ceci est une autre histoire ...


 

 

 

La suite dans notre prochaine édition …

Où il sera question de vélo-spoutnik,d’un certain Guillermo Timoner et de capiteuses Miss de six-jours … 

 

 

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 Sujet réalisé par Patrick Police en complicité avec Jean Raynal - Décembre 2015, Janvier et Février 2016

Toutes photos : collection Jean Raynal

 Avec mes remerciements à André Retrain

 

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21/02/2016
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JEAN RAYNAL LE STAYER TOUCHE-A-TOUT, CHAMPION ET GLOBE-TROTTER : LA SUITE 1

JEAN RAYNAL, LE STAYER TOUCHE-A-TOUT, CHAMPION ET GLOBE-TROTTER  (SUITE 1)

" Du demi-fond au Spoutnik, du Spoutnik au demi-fond "

 

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

il devra être mentionné le nom des auteurs et du site internet STAYER FR

 

 

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photo collection Jean Raynal

 

Mais 1957, c’est aussi l’année de l’ouverture de l’Ecole Fédérale de Demi-Fond à la bonne vieille « Cipale » de Vincennes, animée par Jacques Lohmuller et Henri Damasse. L’année aussi de la renaissance des championnats de France et du Monde de demi-fond pour les amateurs et indépendants, qui sera disputé à l’automne pour ce dernier sous la forme d’un Critérium Mondial ,  sur la piste de Leipzig à l’Automne,.

 

JEAN RAYNAL : « Tout est parti d’une boutade lancée à l’emporte-pièce un jour d’entraînement à La Cipale. Alors que je regardais tourner les stayers qui se préparaient pour les championnats de France, je lance à Henri Damasse qui était à mes côtés : « Dis, ils vont tout de même pas donner un maillot de champion de France à ces mecs-là ? » Aussi sec, Damasse me renvoie : « Si tu es aussi costaud, tu n’as qu’à t’engager ! En plus, tu as de la veine, aujourd’hui, c’est le dernier jour pour s’inscrire au championnat !» Déjà que j’étais doté d’un tempérament de fonceur, et qu’il n’a jamais été trop dans mon tempérament d’hésiter, je lui réponds du tac au tac : « Vous pouvez m’engager ! » Mais Damasse insiste alors : « Dis, tu as un vélo de stayer, au moins ? » Moi : « Non, évidemment … » Jacques Lohmuller qui, comme par hasard,  passait dans le coin, en rajoute bien sûr une couche : « Mais ce n’est pas un problème (ben tiens !...) On va t’en passer un ! Et me voilà entrain de cavaler aussi sec sur ces entrefaites au café  de Marcel Jean tout proche pour m’inscrire !

Du coup, il ne me restait plus qu’à enchaîner vite fait sur le gaz des séances de soixante bornes, sur la route le matin et autant derrière moto sur la piste l’après-midi, pendant les deux jours qui me séparaient de la course au titre pour être fin prêt ! »

 

« Et le jour du championnat, je gagne devant Pacini de l’A.C.B.B. et mon camarade de club Roger Picard ! Drivé par Maurice Longue, j’étais revenu à la mi-course sur Pacini qui s’était usé à vouloir doubler Picard. J'avais remporté le titre sans finalement me faire trop mal. Et la presse de l’époque clame alors : « Raynal, transcendant, a son billet pour Leipzig » 

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 Jean Raynal champion de France - à ses côtés André Retrain - photo Jean Raynal

 

« Après le championnat, sur la route, avec mon club, la Pédale Charentonnaise, je remporte en septembre une course ressuscitée, le Critérium des Comingmen, disputée sur le circuit de Longchamp. Tout va donc pour le mieux quand arrive le fameux Critérium Mondial. Mais là, c’est la catastrophe : je rencontre avant d’aller à Leipzig un gars - dont aujourd’hui encore je ne suis même pas capable de me rappeler le nom - qui me fait signer un contrat moyennant monnaie pour porter en course des chaussures révolutionnaires de son invention. Hélas, ces chaussures, vissées sur la pédale, (eh oui, dès 1957, le système existait, la preuve !) si elles étaient difficiles à chausser, l’étaient encore plus à rechausser. Au premier coup de pédale de la manche qualificative, je déchaussais, et m'emberlificotais pour remettre mon pied dedans ! Empêtré dans mes problèmes de chaussures, ne trouvant jamais le bon coup de pédale - et pour cause ! -, je n’ai pu faire que  cinquième de la première série remportée par l’Italien Musone. Plus tard, je m’enfoncerai davantage  dans les repêchages (6ème, vainqueur Zieger (R.D.A. – n .d.Stayer Fr) Pire : je  ne participais même pas à la manche de la consolation (course arrêtée par les intempéries au 28ème kilomètre) ! Comme si ce n’était pas assez, le soir même je me fais pincer dans la chambre des filles de l’hôtel où nous séjournions, par un Henri Damasse outré et furibard … Là, mon standing tout frais va en prendre un fameux coup. Mais je ne gamberge pas, et je décide de tourner la page, et de passer professionnel. Ce sera chose faite le 7 Novembre 1957. Tiens, tu peux vérifier, j’ai conservé ma licence depuis tout ce temps. » 

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  Avec l'Italien Pizzali et le Français Claude Larcher, trois du fameux Critérium Mondial de Leipzig - photo Claude Larcher

 

La saison  1958 sera pour Jean RAYNAL l’année du Spoutnik III. C’est que le Suisse Oscar Egg, ex-champion cycliste et recordman de l’heure (entre autres) est à la recherche depuis quelque temps d’un coursier sans peur et sans reproches susceptible de  piloter un curieux engin caréné, rejeton putatif du fameux « Vélo-Torpille » d’avant-guerre (celle de 14-18) de l’Ingénieur Etienne Bunau-Varilla.  

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le vélo-spoutnik première manière - photo collection Jean Raynal

 

Si l’on se rappelle que c’est le meilleur ennemi d’Oscar Egg en record de l’heure, le Français Marcel Berthet, qui avait utilisé en ces temps héroïques cette curieuse machine, il ne vous reste plus qu’à  échafauder toutes les théories possibles et imaginables sur les motivations profondes qui ont pu pousser Oscar Egg a ressorti de la cave cette vieille lune de la recherche aérodynamique (Rancune tenace contre Berthet?  Vengeance surgelée ? Allez savoir maintenant …) 

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photo collection Jean Raynal

 

Il n’empêche que l’engin va faire parler de lui tout au long de l’été 1958. Ce vélo caréné, doté d’un habitacle en matière plastique, d’abord fermé, puis ajouré au moyen d'une  ouverture pratiquée en sa partie supérieure, n’en finira pas de méduser le public des vélodromes européens. A Lausanne, malgré la prime de 100 000F offerte, une équipe de quatre poursuiteurs du cru, renforcée par le champion-recordman de l’heure Willy Trepp, est rejointe par notre homme-torpille au bout de huit tours ! Deux équipes de coureurs se relayant à l’américaine, et même un stayer ne pourront quant à eux que s’accrocher quelques tours, avant d’ « exploser »,  la face empourprée et le souffle court ! Au cours de ces démonstrations, notre homme tutoie les 63 kilomètres à l’heure, et déroule le kilomètre  en 57 secondes, chiffres impensables alors ! Animé à coup de 52 x 13 (tout de même), le vélo-torpille Spoutnik III  se révèlera vite imbattable. Et un scénario identique se reproduira au vélodrome d’Ordrup au Danemark, où Raynal et son vélo-spoutnik (à moins que ce ne soit le contraire) atomiseront au bout de cinq tours de piste le « gratin » de la piste danoise représenté par Kay-Werner Nielsen, Palle Lykke, Jean Hansen et Rupert Christensen. 

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Au Danemark avec Nicole Van Rysselberghe, son épouse, sur le vélo-spoutnik au Danemark - photo Jean Raynal

 

De Bruxelles à Zurich en passant par Lyon, la cagnotte de l’équipage Egg-Raynal n’en finira pas de prospérer …  Mais il sera bientôt temps pour notre homme de passer après ce bel été à d’autres jeux, même si ceux-ci se sont révélés fort lucratifs, et de ne plus proposer de défis, mais d’en relever. Ce qu’il va s’attacher à faire sans plus tarder.

 

JEAN RAYNAL : «  Oscar Egg tenait une boutique de cycles avenue de la Grande Armée à Paris, et était le Directeur Sportif de la Pédale Charentonnaise, mon club. Il avait essayé de faire piloter l’engin à plusieurs coureurs, et tous avaient échoué.  Un coureur niçois du nom de Zanetti, si j’ai bonne mémoire, des « pointures » comme Roger Gaignard, Jacques Bellanger, et même Roger Hassenforder je crois, tous s’étaient cassé les dents. Un jour, Fernand Wambst confia à Oscar Egg, qui s’était ouvert à lui du problème : « Ecoutes, je connais, moi, un type assez dingue pour piloter ton engin … »

  

Evidemment, ce « dingue », c’était moi ! Maintenant, il faut reconnaître qu’il n’était pas commode à manœuvrer, le « Spoutnik ». A l’intérieur de la carlingue, ça vibrait de partout tant que l’on n’avait pas atteint les  soixante à l’heure. Mais j’ai vite trouvé la parade pour corriger la chose : en plaquant mes coudes contre la coque, l’effet de « shimmy » que j’avais ressenti initialement avait disparu comme par magie. Inutile de te dire que j’ai gardé le « truc » pour moi, et que le père Oscar Egg m’a regardé à ma descente de machine comme une sorte de messie. Plus tard, en réduisant un peu la taille de la coque et en portant des coudières, c’est même devenu presque parfait. A la fin, on a pratiqué une ouverture dans le cockpit ! " 

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Avec Oscar Egg  - photo collection Jean Raynal

 

"Ainsi, ça devenait nettement plus respirable pour pousser le 52 x 13, et accomplir le kilomètre en 57 secondes … Ce vélo-spoutnik, on l’a exhibé sur tous les vélodromes possibles : à Berne, à Valenciennes, à Berlin, au Parc des Princes, à la Tête d’Or à Lyon, à Copenhague, à Saint-Etienne, à Anvers … et même sur la piste d’Oléron, alors un véritable champ de mines,  un vrai petit Paris-Roubaix. Mais là-bas, j’en ai fait « cadeau » à Hassenforder. En bord de piste, je pouvais voir la carlingue qui tremblait et se détériorait,  et compter les boulons qui s’en détachaient au fil des tours … Maintenant,  c’est une aventure qui a valu la peine d’être vécue : rends-toi compte, j’encaissais un million de francs au cours de ces match-défi si je les remportais !  Rien si j’étais battu. Mais je n’ai jamais été battu. Pour le transporter, c’était  pittoresque : je mettais le carénage et le vélo couché sans les roues sur la galerie de la 403 Peugeot, et les roues dans le coffre. Effet garanti sur les routes et autoroutes d’alors ... Tu me demandes ce qu’est devenu l’engin ? Eh bien, il a fini à la casse, il y a une vingtaine d’années. Ma femme en avait marre de le voir dans notre garage … Elle m’a demandé de nous en débarrasser, et vite ! Parce que, comme elle me disait « Tel que je te connais, tu serais bien capable un jour d’en refaire ! 

… Et elle avait raison … » 


 

 

PROCHAINE EDITION :

1959 : UN RECORD ENCORE, ET TOUT POUR LE DEMI-FOND !

 

Patrick Police - le 26 Mars 2016


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avec la collaboration de Jean Raynal

Merci à André Retrain, Henrik Elmgreen, Claude Larcher et François Bonnin


26/03/2016
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JEAN RAYNAL LE STAYER TOUCHE-A-TOUT, CHAMPION ET GLOBE-TROTTER : SUITE 2 DE LA SAGA

JEAN RAYNAL, LE STAYER TOUCHE-A-TOUT,

CHAMPION ET GLOBE TROTTER - troisième épisode de la saga 

DES SIX-JOURS, UN RECORD ET PUIS … LE DEMI-FOND

 

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

il devra être mentionné le nom des auteurs et du site internet STAYER FR  

 

 

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STAYER.FR : Après les jeux, ma foi fort lucratifs, du « Vélo-Spoutnik », il était temps de changer de braquet. Le mot d’ordre pour l’année 1959 sera donc :  « Tout pour le demi-fond ! » Mais avant d'évoquer ses six titres nationaux, il reste à évoquer l'évènement qui y mènera. 

 

Jean RAYNAL : «  Tu viens de me remettre mon palmarès, établi par ton copain … Chapeau … Je suis impressionné. Il y a même dedans des courses dont je ne me rappelais plus du tout ! Pourtant,  je vois qu’il manque quelque chose, et quelque chose qui me tient drôlement à cœur : c’est mon record derrière derny !  »

 

« Ce jour-là, le 8 Février 1959, au « Vél’ d’Hiv’ » de Paris,  je marchais « terrible », et j’ai battu le record des dix kilomètres derrière derny, détenu jusqu’ici par Louison Bobet ... Mais s’il n’y avait eu que le record ! Dans cette course, disputée « à fond les poignées », j’ai laissé Jacques Anquetil lui-même derrière moi, après avoir doublé tous mes adversaires ! Je m’en rappellerai toujours : à peine la ligne d’arrivée dépassée, Anquetil, alors que nous étions encore sur le vélo, m’a passé le bras autour du cou et m’a dit : « Je suis content ! Merci, merci : tu as battu le record de Bobet ! » Ce record, je l’avais abaissé de dix secondes ! (10’11’’3/5 au lieu de 10’21’’3/5) Parti en tête, jamais dépassé pendant la course, avec un Jacques Anquetil constamment sur mes talons, et qui finira à 125 m, Varnajo, Blusson, Gauthier et consorts doublés, oui, ce match « Pistards-Routiers » restera un des grands moments de ma carrière, un de ceux dont je suis le plus fier ! Le lendemain, les journalistes me couvraient de louanges : « Jean Raynal affirme son talent » « Un exploit à l’actif de Jean Raynal »  J’enchaînerai par la suite les américaines  au « Vél d’Hiv’ » avec Roger Godeau, avant de partir pour New-York, afin de participer aux Six-Jours là-bas, avec Serge Blusson pour équipier. Etaient du voyage également Bernard Bouvard et André Boher. »  

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6 Jours de New-York - à droite Avec Serge Blusson, Alfred Letourneur et Bernard Bouvard - collection Jean Raynal
  

 « On a vécu sur le transatlantique « Le Liberté » sept jours de traversée agitée - et Bernard Bouvard et ses coups pendables n’y furent pas pour rien ! - ». Au retour des Etats-Unis, j’ai participé au gala de clôture du Vél’ d’Hiv’ : " Le dernier tour de piste " ainsi que l'appelait  le programme. Ce vendredi 17 Avril - tristement historique -, je finis quatrième de l’épreuve de demi-fond derrière Timoner, De Paepe et Godeau. » 

 

« Car je continuais à courir derrière moto, comme tu le vois. Depuis mon titre chez les amateurs, je n’avais jamais laissé tomber le demi-fond, mais faisais le stayer par ci par là, au gré des contrats. Mais depuis mon record et ma victoire sur Anquetil derrière derny -  qui avaient agi chez moi comme un déclic -  l’idée de m’y consacrer plus sérieusement,  me trottinait de plus en plus dans la tête. Appuyé sans réserve par Georges Wambst, j’ai décidé alors de faire du championnat de France des stayers un véritable objectif »

 

« Routier ou pistard, je restais toujours un forcené de l’entraînement. La plupart du temps, j’effectuais mes raids dans le sillage de la Mobylette orange de mon oncle Lucien Baudry, sur la route nationale 4. Un jour que nous roulions à fond entre Ozoir-La-Ferrière et Tournan, nous voilà interpellés par un gendarme qui nous fait signe de nous arrêter : « Le Général de Gaulle va passer, dégagez de là ! » Je ne lui réponds pas, et on continue de foncer comme si nous n'avions rien entendu.  Quelques instants plus tard, une 403 break de la gendarmerie nous prend en chasse, et nous force à stopper. Les gendarmes ne sont pas longs à nous emmener tous les deux au poste de Tournan. Là, ils me verbalisent pour, en vrac et dans le tas : prise de sillage d’un cyclomoteur, défaut d’avertisseur et absence d’éclairage. Je leur dit que leur verbalisation ne vaut rien, que je n’ai pas pris le sillage de qui que ce soit, que je ne connais pas le type qui conduisait ce cyclomoteur ( !) J'en rajoute en leur affirmant que c’est lui qui m’a dépassé et qui m’accompagnait  lorsqu’ils m’ont interpellé … Quand ils m'ont demandé ce que je faisais sur cette route, je leur ai répondu : « Je suis champion de France, il faut bien que je m’entraîne, non ? » Là, ça s’est gâté, et le ton est vite monté. « Je peux téléphoner ? » « Non ! » Ca a  franchement dégénéré alors, et  à un point tel que je me suis retrouvé bientôt menotté à un radiateur du poste. Alors là, je peux te dire que j’ai gueulé, et me suis débattu en faisant un boucan de tous les diables ! Après avoir vérifié mon identité (ça a duré des heures), ils m’ont finalement relâché à la fin du jour. Il ne me restait plus dès lors qu’à rentrer chez moi à vélo, avec une histoire de plus à ajouter à mon «palmarès » (après celle du marchand de quatre saisons – cf. premier épisode.n.d.Stayer Fr). Pour les journaux de l’époque, ça a été l’occasion de me faire un peu plus de publicité en titrant : « Le chemin du Président De Gaulle coûte cher … »

 

STAYER.FR : «Tout pour le demi-fond », avions-nous dit plus haut. Oui, mais les anciens ne sont pas forcément enclins à lâcher prise en cette année 1959, et Jean Raynal devra se contenter de la troisième place au championnat de France disputé sur la piste du Parc des Princes à Paris, derrière les indéracinables Bouvard et Godeau . Ce jour-là, Jean Raynal se heurtera de plein fouet à ces deux « murs ». Passer Godeau ? Aussitôt c’était buter sur Bouvard. Attaquer à mort ? Passer l’un, et c’était ce jour-là s’exposer immanquablement au  « contre » de l’autre, un jeu où il n’y avait rien à gagner. L’heure de la consécration chez les « pros » n’avait  apparemment pas encore sonnée pour le stayer francilien ... 

 

Jean RAYNAL : « Pour l’édition 1960 du championnat de France, je suis persuadé que le titre est pour moi. J’ai préparé cette compétition pendant deux mois. Même si je crains Roger Godeau, je sens que je peux le battre, car je suis en parfaite condition. Le jour de la course, parti en tête, je bute sur Robert Varnajo, et surtout sur son entraîneur Meuleman. Quand je réussis à m'en débarrasser, c'est pour me tuer à la lutte avec Bernard Bouvard durant la première demi-heure. A ce petit jeu, arrive ce qui devait arriver : Godeau nous place une fois que l'on s'est bien "cramés" une attaque imparable et tire les marrons du feu ! Malgré cela, je termine dans le tour de Godeau, « sur ses reins »,  à cent cinquante mètres, mon copain André Retrain me dépassant … après la ligne, pour finir troisième ! La presse, emballée par la course, estime que j’ai été l’homme fort de la course, et qu’André Retrain et moi représentons le renouveau du demi-fond. Roger Godeau ne le cache pas : « Jean Raynal sera mon successeur ! »  Mais tous ces compliments n’effacent pas ma déception, énorme.      

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Les championnats du Monde, qui se déroulent trois moisplus tard en Allemagne de l’Est, à Karl-Marx-Stadt (redevenue Chemnitz de nos jours n.d.Stayer fr) pourraient être une consolation. Ils vont résonner comme un véritable coup de tonnerre dans le petit monde du demi-fond ! Car sur cette piste parfaite, dans le sillage d’Hugo Lorenzetti  et devant vingt mille spectateurs enthousiastes, je vais remporter ma série, la troisième, en « déroulant » en tête du début à la fin. A la moyenne de 80,793 km/h, en enroulant en souplesse le 29x6, j’ai épaté ce mardi soir là tous les observateurs présents.   La presse française s’enflamme de suite, d’autant que Verschueren et Timoner, spectateurs en bord de piste, leur déclarent voir en moi un futur champion du Monde  !   

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Inutile de te dire que je suis après cette victoire « gonflé à bloc ». Mais l’euphorie n’a pas duré très longtemps :  le vendredi suivant, je déchantais complètement, en passant à côté de ma finale (disputée entre parenthèses à plus de 82 km/h de moyenne, la plus rapide de l'après-guerre !) Cinquième derrière le grand Timoner, les Hollandais Wiestra, Koch et Van Houwelingen, l’Italien Pizzali, je me suis un peu consolé en pensant que j’ai tout de même gagné pendant ces championnats du Monde mon ticket d’entrée dans la cour des grands. Mais au fond de moi, j’espérais autre chose, et la presse française aussi. Encore aujourd’hui, je ne comprends toujours pas comment j’ai pu passer au travers dans cette finale. D’autant que quelques temps après, je vais gagner au Parc des Princes la « revanche » de ces championnats du Monde, en faisant décoller quatre fois le Grand Timoner en personne ! » 

  

« La saison d’après, je suis fin prêt pour revêtir mon premier maillot de champion de France chez les professionnels. 1961 sera l’année de ma consécration. Au terme d’une course serrée, disputée à 81.234 km/h de moyenne, je remporte mon premier titre chez les professionnels. !Je laisse à trente mètres derrière moi un Robert Varnajo qui m'a mené la vie dure une heure durant. Ni lui ni moi ne pouvait se douter alors que l’on inaugurait ce jour-là un duel qui allait s’étaler sur cinq saisons ! 

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Pour les championnats du monde, disputés deux mois et demi plus tard, à Zurich,  je figure logiquement parmi les favoris, compte tenu de mon titre tout neuf et surtout de ma performance en série de l’an dernier.  En l’absence de Timoner, blessé par une grave chute (fracture de l’humérus) survenue sur le vélodrome de Madrid, je crois en mes chances, même si personne, et moi le premier, n’ignore cette année-là la forme étincelante de l’Allemand Marsell. Je gagne ma place en finale, en terminant second de ma série derrière le Hollandais Wiestra. Mais cette finale se révèlera un drôle de « western » ! La course sera viciée par les agissements de Meuleman,  l’entraîneur belge de Marsell, envers son compatriote Vershueren. Ce dernier tentera d'ailleurs de se faire justice lui-même, sur la piste ! La course se terminera en esclandre. Mais le plus triste restera pour moi d’avoir fait perdre ce soir-là mon ami Paul De Paepe, que j’avais connu en Autriche (voir épisode précédent n.d.Stayer.Fr) et  à qui j’avais promis de ne pas faire de misères pendant la course. Dommage que Lorenzetti, mon entraîneur, n’ait rien trouvé de mieux  que de faire tout le contraire ce soir-là, en « arrêtant » mon ami de son propre chef ! Je terminerai quatrième de cette drôle de finale au goût amer. Tu ne me croirais pas, mais tout ce « bazar » n’a pas eu d’influence sur mon résultat décevant; je ne peux pas dire ça, ça ne serait pas honnête.  Je n'ai pas fait une belle finale, c'est tout. Ce qu’il faut retenir de positif, c’est que j'ai confirmé à Zurich cette année-là le statut acquis l’année d’avant  à Karl-Marx-Stadt »

 

« D’ailleurs, je vais enfoncer le clou dès le mois de Décembre, en  terminant second du Critérium d’Europe de demi-fond disputé à Bruxelles, remporté par … Paul De Paepe. Sans m’étaler sur le sujet,  talonné pendant toute la course par le champion du Monde, Marsell, je dois dire que je n’ai vraiment pas empêché Paul de remporter le maillot or avec la bande arc-en-ciel ce soir-là »

 

STAYER.FR : Fort de ce statut de stayer de valeur internationale, 1962 devrait donc s’annoncer favorablement pour « Monsieur 80 à l’heure ». Il va lui falloir confirmer son titre de champion de France, et chercher le maillot arc-en-ciel, que ses pairs et la presse le voient capable de forcément revêtir un jour. Mais tout ne va pas se passer pour le mieux cette année-là : une pincée de « Chouan » et une bonne dose de malchance suffiront à remettre les compteurs à (presque) zéro. 

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Jean RAYNAL : «  Voilà que je perds mon maillot de champion de France ... Celui qui me le ravit ? Mon « meilleur ennemi » : Robert Varnajo. On s’est battu comme des chiffonniers tout au long de la course, et je  finis à quarante mètres du « Chouan ». J’ai perdu mon titre, mais au moins on aura offert en ce 20 Mai au public du Parc des Princes un spectacle de toute beauté. Ce jour-là, il était déchaîné, ce public, et il  a eu du mal à trancher entre ses deux « chouchous ». Je termine second donc, mais en n’ayant rien à me reprocher : je reste donc confiant pour les championnats du Monde. Surtout qu’ils se disputent à Milan, sur la piste du Vigorelli. Je me frotte les mains : une piste « rapide », comme je les aime ! Le « Chouan », lui, aurait préféré une piste plus « dure ». Mais c’est tout « bénéf’ » pour moi. Je crois en mes chances, même si Timoner, de retour, est le grand favori, indiscutable. L’Equipe n’hésite pas à avancer « Jean Raynal aura au Vigorelli la chance de sa vie ». Je termine troisième de ma série derrière Timoner et De Paepe,  et me qualifie pour la finale. Tout se présente donc pour le mieux pour moi ... sauf la météo : 44°, et le Vigorelli transformé en étuve ! Et une finale qui tournera pour moi au cauchemar. En effet, j’attrape dans l’après-midi une insolation terrible. Je veux me rafraîchir un peu, et je m’effondre dans les douches. Mon état inquiète tellement les personnes présentes que l’on décide de me transporter à l’hôpital de Milan, afin de  s’assurer qu’il ne s’agit bien seulement que d’une insolation (tu vois ce que je veux dire …) De retour de l’hôpital le soir même, je suis hors de toute condition. Et le jour de la finale je n’ai toujours pas récupéré. Dans le sillage de l’entraîneur Meuleman (le même qui avait failli tuer Vershueren l’année précédente), sans forces, je ne trouverai jamais l’allure et il n’y aura pas de miracle : je terminerai sixième.  La presse française, qui avait cru en moi et m’avait plutôt gâté les années précédentes,  ne me loupe pas  cette fois : « Jean Raynal fut « léger »  ...  « Jean Raynal n’a pas tenu ses promesses » ...


 

 

A suivre dans le troisième épisode de la saga Jean Raynal :

ce fameux championnat 1963 : beaucoup de fumée pour pas de feu ...

Mes Six-Jours  à travers le Monde ... Un dernier duel avec "Le Chouan" ...

 

Patrick Police

Tous documents et photos collection Jean Raynal

Avec mes remerciements à André Retrain et François Bonnin

 

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03/05/2016
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JEAN RAYNAL LE STAYER TOUCHE-A-TOUT, CHAMPION ET GLOBE-TROTTER : LA SAGA 3

" JEAN RAYNAL LE STAYER TOUCHE-A-TOUT, CHAMPION ET GLOBE-TROTTER " RAYNAL 11.jpg

Avec Paul Depaepe -  collection personnelle Jean Raynal.

 

 

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,  

il devra être mentionné le nom des auteurs et du site internet STAYER FR  

 

 

Jean Raynal : « La saison d’après, les journalistes auront encore l’occasion de parler de moi,  à l’occasion du championnat de France (1963). "On" (Jean Leulliot dans « Route et Piste », n.d.Stayer.fr)   parlera même de « drogue »   pour commenter ce qui m’est arrivé ce dimanche 9 Juin. Parti en tête derrière mon pacemaker Meuleman, je serai constamment à la lutte avec (encore lui !) un Robert Varnajo qui n’arrêtera pas de m’emm… pendant toute la course, Roger Hassenforder restant longtemps en embuscade dans le même tour.  A huit minutes de la fin, alors que Varnajo et Lorenzetti m’attaquent pour la xième fois, je perds le contrôle de mon vélo alors qu’on était "aux bâtons", à 80 à l’heure et plus  … et je ne peux pas éviter la chute ! Groggy en bord de piste, je peux dire adieu au titre ... Et dire que je n’avais plus que huit minutes à tenir ! »

 

STAYER.FR : Les brancardiers du Parc des Princes  emmèneront Jean Raynal sous les acclamations un peu inquiètes et émues du public, pendant que Varnajo ira chercher dès lors sans coup férir son deuxième titre de champion de France.   

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 collection personnelle Jean Raynal

 

Jean Raynal : « Ce n’est que cinq jours plus tard, alors que j’étais de retour au Parc pour m’entraîner, que j’ai eu le fin mot de l’histoire, en constatant que le boyau arrière de mon vélo de piste était à plat. Une crevaison lente … il ne fallait pas chercher plus loin la cause de ma chute. Mais c’était trop tard pour en parler à la presse ;  ça aurait eu tout l’air d’une excuse, et ça, je ne le voulais pas … Mais je vais vite me consoler, car, cette saison-là, je tiens une  forme du tonnerre, et j’enchaîne victoires sur victoires au Parc des Princes, à Dortmund, à Zurich. Et cette dernière, je ne peux pas l’oublier. Là-bas, au Hallenstadion, dans le sillage d’Auguste Wambst, je remporte le Grand Prix des Stayers, et reçois une ovation extraordinaire, de celles qui comptent dans la vie d’un coureur ! D’autant que les vedettes du coin, dans le dos de l’organisateur, étaient venues me voir avant la course, pour me demander de ne pas bouger de la course. Ils m’avaient même attribué une place dans leur "classement" : «  Tu feras sixième » Choqué, je leur réponds : « Vous rigolez ? Pour faire sixième, j’ai  besoin de personne ! » J’en parle peu après à Auguste Wambst, qui est devenu sur le coup fou de colère. Et on a fait un départ canon ! On voltigeait en haut de piste, en mettant au fur et à mesure des tours tout le monde "à plat ventre". L’organisateur, qui n’était au courant de rien, et qui était un pote d' Auguste Wambst, nous a félicité pour notre démonstration, sans savoir ce qui s'était tramé contre nous avant la course ! »

 

STAYER.FR : Jean Raynal a « loupé » son championnat de France. Il ne lui restait plus qu’à échouer au championnat du Monde. Mais là, ce sera sans avoir nourri aucune espérance ni illusion : la course se déroule au vélodrome de Liège-Rocourt. Sur une piste « dure », de celles sur lesquelles ses qualités de sprint et de détente "s'écrasent" et ne s’expriment pas  … Par contre, une piste « dure » … Vous m’avez compris … ça fait l’affaire de … suivez mon regard … 

 

Jean Raynal : «  Je vais te dire : je n’ai jamais aimé ce genre de pistes, type Rocourt ou Nuremberg. Celles-là, c’était pour Varnajo. Moi, j’étais à l’aise sur les pistes « rapides » type Milan, le Parc des Princes, Bordeaux. Par contre, si c'est vrai que je redoutais certaines pistes, par contre, je n’ai jamais craint personne. Sauf peut-être "Le Chouan", parce que lui, même quand tu avais réussi à le doubler, eh bien, tu n’étais jamais sûr d’ « avoir sa peau ». Même passé, il revenait t’attaquer, il n’arrêtait jamais … Bien sûr, il y avait Timoner. Timoner  a d'ailleurs toujours cru en moi, et il est devenu par la suite un ami. Je me suis rendu chez lui avec mon épouse, à Majorque, en 1961. Là-bas, il s’entraînait sur la piste locale, derrière la moto conduite par sa femme ! Il était le plus fort, rien à dire à ce sujet. Tu me demandes s’il était « prenable » ? Franchement, pour le battre, il n’y avait qu’une manière, une seule : « l’arrêter » quatre ou cinq fois de suite. Moi je savais le faire; après, il n’avait plus les moyens d’insister … Mais à ce petit jeu, bien sûr, j’étais « carbonisé »  ... Sinon, si tu laissais faire, c’était parti pour le voir "faire son cinéma" en haut de piste, et nous tourner autour.  Et puis, il y avait aussi Adolf Vershueren, que j’ai connu alors qu’il était plutôt vers la fin de sa carrière. Pour moi, c’était lui le plus "rapide". J’étais pourtant très fort sur un kilomètre : eh bien, je n’ai jamais réussi à le « prendre » sur cette distance … Et puis lui, tu pouvais toujours essayer de « l’arrêter » : même à vingt à l’heure, ça ne lui aurait pas posé de problèmes : il repartait aussi sec, et autant de fois que tu voulais ! » 

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Aux côtés de Timoner, aux 6 Jours de Paris - collection personnelle Jean Raynal

 

STAYER.FR : Reprenons notre récit là où nous l’avons laissé : à ce championnat du Monde 1963, et à cette satanée piste de Liège-Rocourt, cauchemar des « stayers-sprinteurs ».

 

Jean Raynal : « Troisième de ma série qualificative derrière mon ami De Paepe et l’Allemand Marsell, je ne m’attends pas à un miracle dans la finale, qui sera remportée par le Belge Proost devant De Paepe : je termine bon dernier. Mais cette soirée- là, c’est Robert Varnajo, bien sûr, qui fera un « tabac », en poussant les deux Belges dans leurs derniers retranchements, en dépit d’un Lorenzetti étrangement prudent (cf. article Stayer Fr. Robert Varnajo « le Chouan » un stayer pas à demi-fond) » 

 

« Je vois bien que tu vas me dire que j’aurais pu lui filer un coup de main, au « Chouan », sur ce coup-là … C’est  vrai, mais c’était impossible. Devant lui, il y avait mon pote De Paepe. Et puis, comment j’aurais fait ? A partir du moment où nous n’en avions pas parlé avant la course, il m’aurait fallu un haut-parleur pour demander à mon entraîneur d’arrêter … et d’arrêter qui, d’abord ? Suppose que je l’aie  fait, et que j’aie réussi à bloquer Depaepe … Eh bien, il restait de toutes façons un deuxième Belge devant … »

 

« Après le championnat du Monde, je vais repartir pour une belle campagne de Six Jours à travers l’Europe : Montréal, Berlin, Bruxelles, Zurich, Berlin à nouveau, Anvers, Milan.  Dans ces années-là, je suis un peu l’ambassadeur de la France sur les vélodromes européens, où je suis très demandé par les organisateurs. Mais ce n'est pas forcément cela qui me rend le plus fier. C’est que demandé,  je le suis aussi par les coureurs eux-mêmes, et surtout par le « gratin » des vélodromes, les meilleurs spécialistes, les Gillen, les Pfenninger, les Bugdahl, qui savent reconnaître en moi un vrai « taxi » de la piste »

 

« Nous arrivons à   la saison 1964, et là, arrive « la grosse tuile » Le 23 Février, au cours du Critérium d’Europe derrière derny, disputé au Sportpaleis d’Anvers, alors que, « drivé » par Pierre Morphyre, je roulais devant Peter Post, je viens à crever, puis chuter lourdement. Là, j’ai tout de suite compris que c’était grave … Ma femme Nicole, qui regardait la course en direct à la télé, est parti de suite de notre maison de Champigny, affolée, et a taillé la route direction Anvers. A la clinique, le verdict tombe : fracture de la tête du fémur. Je vais passer trois semaines dans cette clinique tenue par des bonnes sœurs, à me ronger les sangs, et à me demander si je pourrais jamais un jour remonter sur une bicyclette. Plâtré pendant deux mois,  j’ai "dérouillé" là-bas, c’est pas imaginable  …  Béquilles, rééducation de l’articulation de la hanche … Une fois rétabli, je mets pourtant les bouchées doubles : mais même avec 3700 bornes au compteur alignés au sortir de ma convalescence,  je ne suis  pas compétitif pour le championnat de France, remporté par … Robert Varnajo. Je ne le serai pas plus pour les championnats du Monde : quatrième et non qualifié en série, quatrième du repêchage. Triste, les Mondiaux  se disputaient sur « ma » piste du Parc des Princes, et j’avais enchaîné les victoires sur cette même piste, et à Francfort, Munich, Berlin, tout au long du mois d’Août ! »

 

« Je termine la saison en enchaînant sur une nouvelle campagne d’hiver de Six-Jours : Montréal, Madrid, Brême, Milan … Au printemps 1965, après deux six-jours accomplis avec Roger Gaignard à Toronto et  Québec, je remporte au mois de Juin une victoire au Parc des Princes. Le championnat de France se dispute cinq semaines plus  tard à Reims. Mais j’y arrive en méforme totale, et le moral à zéro. Je n’avançais plus, je  ne « marchais » pas : à tel point que ma femme ne voulait pas que je dispute ce championnat, et me l’a répété jusqu’à notre arrivée à Reims. Pour te dire à quel point je ne me donnais aucune chance ce jour-là, je n'ai rien trouvé de mieux à faire en arrivant sur le vélodrome que d’aller voir Varnajo, et lui faire une « offre de service », en lui proposant de ne pas contrarier sa course.  Aussi sec, il me renvoie : « Mais tout le monde sait que tu ne marches pas en ce moment ! Chacun sa course, mon vieux ! »

 

« ... Je me pique un de ces fards ! ... Vexé comme un pou, je tourne alors les talons, et déboule furieux vers mon coin, en ordonnant à "Tonton" Landry : « Vas dire à "Blan-Blan" (mon entraîneur, Alexis Blanc-Garin n.d. Stayer.Fr) que c’est à bloc, et dès le départ ! » Plein de colère, je me paie une séance de forcené sur les rouleaux, à m’en faire péter le cœur ! Je bouillais de rage. » 

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 Avec Alexis Blanc-Garin - collection personnelle Jean Raynal

 

« La course lancée,  me voilà parti à fond pour une sacrée corrida ! Au bout de quinze minutes, tous mes adversaires étaient éparpillés sur la piste -  Varnajo y compris – « Le Chouan » restant le seul à un tour, les autres au diable vauvert ! Trois fois, Varnajo essaiera de me passer : à la 37è, la 39 è puis la 42è minute. Jamais il n’y parviendra. Et je finirai même par lui prendre un second tour à onze minutes de la fin ! Ce nouveau maillot bleu-blanc-rouge, on peut dire que j’ai été le chercher à la rage, à l’amour-propre. Tu te rends compte : j’ai  battu ce jour-là le record de la piste, alors que je « n’avançais pas », mais alors pas du tout encore un jour avant, je te l’assure ! 

Cette année-là, le « Chouan » prendra sa retraite. Après lui, il y aura pour moi comme un vide ... Plus jamais par la suite, je ne retrouverai  d’adversaire de son calibre dans le circuit du demi-fond en France. »


 

 

 

Dans le prochain numéro : suite et fin de " JEAN RAYNAL LE STAYER TOUCHE-A-TOUT, CHAMPION ET GLOBE-TROTTER "


29/06/2016
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JEAN RAYNAL, LE STAYER TOUCHE-A-TOUT, STAYER ET GLOBE-TROTTER : LA FIN DE LA SAGA

JEAN RAYNAL : LE STAYER TOUCHE-A-TOUT, STAYER ET GLOBE-TROTTER : LA FIN DE LA SAGA


 

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Avec "Noppie" Koch, le "Pape" des entraîneurs, un dernier titre  - collection personnelle Jean Raynal  

 

« Heureusement pour moi, il me restait les Six Jours, où je remplis mon rôle de « taxi » de luxe chaque hiver. Après avoir récolté sans trop me faire mal derrière Hugo Lorenzetti un quatrième titre de champion de France en 1966, je dispute un an plus tard  le dernier couru sur le vélodrome du Parc des Princes (décidemment, j’aurai été de tous les « enterrements », celui du « Vél’ d’Hiv’ » puis celui du Parc des Princes ! )

 

Ce dimanche 18 Juillet 1967, devant 30 000 spectateurs, je décroche mon cinquième maillot de champion de France, dans le sillage du « Pape » des entraîneurs, le Hollandais « Noppie » Koch, le meilleur pacemaker derrière lequel j’aie jamais couru. Les spectateurs debout m’ont réservé une ovation quand j’ai bouclé les derniers tours à plus de 85 à l’heure ! L'Equipe s'est fendu d'un compte-rendu émouvant à ce sujet.

 

Et pour le  Mondial 1967 à Amsterdam, je tiens la toute grande forme. Dès lors,  je n’hésite pas à afficher mes ambitions dans la presse. En fait, je ne vais pas passer  loin du titre cette année-là, en terminant cinquième.  Là-bas, je réalise  à trente-trois ans une des courses les plus probantes de ma carrière, alors que j’étais déstabilisé par le changement d’entraîneur intervenu après les séries (on m’a imposé l’entraîneur Hollandais Wiersma alors que j’étais « drivé » jusque-là à la perfection - comme toujours - par « Noppie » Koch, débauché par le Belge Léo Proost). Je ne sais pas à ce moment-là que j’ai laissé passer ma dernière  chance   arc-en-ciel » 

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  championnat de France 1967 - ollection personnelle Jean Raynal

 

« En 1968, je remporte sur le vélodrome de Creil, toujours dans le sillage de « Noppie » Koch, mon sixième et dernier titre de champion de France. Le matin suivant, je prenais l’avion avec Alain Le Grevès pour aller disputer les Six-Jours de Montréal, qui seront mes derniers Six-Jours. Au championnat du Monde à Rome, j’abandonne en finale, alors que j’avais terminé deuxième de ma série, couvé par « Noppie » Koch. Mais pour cette finale, même schéma que l’année précédente : mon pacemaker est débauché par Léo Proost, et je récupère l’entraîneur français Plaisance … Dégoûté par ce traitement, je ne termine même pas  l'épreuve »

 

«  Pour ma dernière saison, en 1969, le championnat du Monde se dispute à Anvers. Je vais  y connaître une des plus terribles déceptions de ma carrière. Dans les séries, je suis encore qualifié à deux tours de la fin, lorsque l’entraîneur Meuleman (décidemment dans tous les mauvais coups – n.d.Stayer.Fr)  plonge délibérément à la corde avant de remonter brutalement vers moi, me sortant ainsi littéralement du sillage de ma moto. Inutile de te dire qu’après la course, je l’attendais à la sortie du tunnel, pour lui coller mon poing dans la gueule ! J’étais dans une rage folle. Mais je n’étais pas au bout de mes misères. Pour les repêchages( qui ne qualifiaient qu’un coureur !) , et alors que j'avais quitté mon hôtel pour m’entraîner sur les bords de l’Escaut afin d’arriver chaud bouillant sur la piste, l’organisation décidait de changer au dernier moment l’horaire de départ. Le staff de l’équipe de France prévient l’hôtel, qui leur répond, de bonne foi, que je suis … en route pour le vélodrome ! Lorsque j’y arrive après mon échauffement, j’entendais de l’extérieur les motos tourner déjà … Bête à pleurer. Tout le monde en a pris pour son grade, y compris « Toto » Gérardin, qui de toutes façons, ne s’est pas gêné de me dire qu’il n’en avait rien à f… des stayers … »

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 collection personnelle Jean Raynal

 

« Le 31 Août, sur le vélodrome de La Cipale, je dispute mon dernier championnat de France. J’aurai le plaisir d’y voir gagner, vingt mètres devant moi, Michel Scob, qui remporte ainsi son premier titre chez les stayers. Ce championnat, je l’ai fait pour lui faire plaisir, pour valoriser son titre, si, si !  Je peux te dire que je ne l’ai jamais attaqué de toute la course ! Par contre, j’ai « arrêté » je ne sais combien de fois Daniel Salmon, qui n’a jamais pu passer. Deuxième en 1966, 1967, 1968, troisième derrière moi cette année-là  … en voilà un qui n’a pas du beaucoup m’apprécier à l’époque … » 

 

« De toutes façons, je n’ « avançais » plus en cette fin d’été 1969, j'avais « le cul cassé  » et je n’étais déjà plus stayer dans ma tête. Je vais tout de même honorer mes derniers contrats,  disputer en septembre à la Deutschlanhalle de Berlin le championnat d’Europe de demi-fond, sans y briller (quatrième en série, non qualifié pour la finale) »

 

« Ma femme voulait que je m’arrête ; et moi, franchement, je n’avais plus l’envie de continuer : dès lors, je n’ai pas été long à mettre un terme à ma carrière. Par la suite, j’ai tenu un temps la boutique de charcuterie de mon beau-frère, à Champigny-sur-Marne, ma ville. Puis je suis devenu négociant en voitures. Pour boucler ma retraite, j’ai travaillé aussi un peu chez le carrossier d’à côté … »

 

« Ma femme est décédée il y a dix années de cela, et je vais quatre à cinq fois par semaine porter des fleurs sur sa tombe au cimetière de Champigny. Je viens de fêter ma quatre-vingt-troisième année, et j’aligne toujours les kilomètres à vélo, plutôt sur le home-trainer maintenant … Mais toujours à fond, et sur le 52 x 13 ! »

 

" Tiens, je te passe cette photo, je l'aime bien, regarde : on est tous là : "Le Chouan", Godeau, Bouvard, Forilini, qui a fait un peu de demi-fond aussi, et moi :   c'est presque une photo de famille des stayers, tu trouves pas ? "  

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EPILOGUE :

« Tu me demandes comment, en figurant dix années durant parmi les meilleurs stayers internationaux, je n’ai pas jamais pu décrocher – ne serait-ce qu’une fois – le maillot arc-en-ciel, alors que beaucoup s’accordaient à dire – et parmi eux des champions comme Timoner et Verschueren - que ce titre, je l’avais dans les jambes ? Tu me parles du manque de courses disputées ? Non, je ne peux pas prétendre ça, ce n’est pas un argument valable … Car je courrais beaucoup, et du 1er Janvier au 31 Décembre, entre les américaines, les Six-Jours, les courses de demi-fond ! Ma meilleure année, rends-toi compte, j’ai même disputé soixante courses derrière moto ! Non, la seule raison qui tienne la route, c’est que, franchement,  je n’ai jamais eu la satisfaction d’avoir - même battu - réalisé (ne serait ce qu'une fois) une "belle" finale, une seule belle finale ... C’est tout.  »


 

 

 Palmarès  Jean RAYNAL - par François Bonnin

né à Paris le  8 Mars 1932 

 

Amateurs (Pédale Charentonnaise) 

1955 (08/05) 1°  Paris-Montargis   

1955 (04/09) 1° Prix d’Asnières  

1956 (21/04) 1° Critérium de Daumesnil (derrière Derny)  

1957 (12/05) 1° Paris-Briare  

1957 (07/09) 1° Critérium des Comingmen (derrière  Derny circuit de Longchamp à Paris)  

 1957 (29/09)  « Au  cours de la réunion de Vincennes, Jean Raynal , utilisant le vélo caréné  d’Oscar Egg a réalisé sur 4 km 4'38" 

                         (moyenne : 51,790 km) ; le record officiel de Pierre Brun est de 5'02" »  L’EQUIPE  du  mardi 01 ° octobre 1957. 

 Nota : Il s’agit  du record local de Pierre Brun à  la « CIPALE » , réalisé dans le  cadre  du championnat  de France B de  Poursuite amateurs 1954  disputé cette année là par défis trimestriels A  (au Vel d’Hiv en mars), B (Meeting du GP  de Paris à la « Cipale »   en juin ),  

 C (Semaine  fédérale piste au Havre vélodrome  de la Porte Océane en septembre) . P. Brun  réalise   5'02" en finale des qualifications le 17/06/54. Cette performance  ne sera  améliorée que le 31/08/69 par Eddy Merckx dans la poursuite de l’omnium qui  l’opposait  à Jacques Anquetil lors de la journée  tricolore des championnats professionnels :   4'59"3. 

 

Professionnel  le  01/11/1957 

 1957-58 U.N.C.P  

 1959 U.N.C.P  

1960 OLD RIVOLI BENDOR  

1961 ALCYON-LEROUX  

1962 HELYETT SAINT-RAPHAEL  

1963 SAINT-RAPHAEL GITANE 

1964 Individuel  

1965 PEUGEOT BP  

1966 Individuel  

1967  BIC  

1968 ENICAR  

1969 COSTA AZZURA  

 

DEMI-FOND : Championnats  du Monde 

1957 Leipzig Critérium du Monde  (amateurs) Série II  5° Repêchage  6° Consolation  NC   Entr : M. Longue)  

1960 Leipzig    Série III : 1°   Finale : 6° (Entraîneur : Lorenzetti)  

1961 Zurich     Série I    : 2°   Finale : 4° (Entraîneur : Lorenzetti)  

1962 Milan      Série II   : 3°   Finale : 6° (Entraîneur Meuleman)  

1963 Rocourt  Série II    : 3° (Entraîneur Meuleman)   Finale :   8° (Entraîneur : Laval)  

         (Meuleman , entraîneur  titulaire de Guillermo Timoner pour la finale)  

1964 Paris         Série II    : 4° Repêchage : 4°  (Entraîneur : Blanc-Garin)  

         (Meuleman , entraîneur  titulaire de Guillermo Timoner pour la 2° Série et attribué à Robert Giscos pour le repêchage )  

1965 Anoeta    Série I     : 7° (Entraîneur : De Graaf) Repêchage : 3°    

         (Meuleman , entraîneur  titulaire de Guillermo Timoner pour la 1° Série)  

1966  Non participant  (pas d’information)  

1967 Amsterdam Série I     : 2° (Entraineur : Koch)  Finale : 5° (Entraîneur : Wiersma)  

         (Koch, entraîneur  titulaire de Léo Proost  pour la Finale)  

1968 Rome          Série II    : 2° (Entraineur : Koch)  Finale : N Cl.abandon  (Entraîneur : Plaisance) 

         (Koch, entraîneur  titulaire de Léo Proost  pour la Finale)  

1969 Anvers        Série III   : 4° (Entraîneur : ?)        

Repêchage : Non –partant (forfait provoqué par une modification  de la composition des  

          séries suite à réclamation de certains concurrents)       

  

DEMI-FOND : Championnats de  France   

1957 Paris « La Cipale » (amateurs)  Série : 1° Finale : 1° (Entraîneur : Maurice  Longue)    

1959 Paris  (Parc des Princes)  3° (Entraîneur :Hugo  Lorenzetti)  

1960 Paris  (Parc des Princes)  2° (Entraîneur :Hugo  Lorenzetti)   

1961 Paris  (Parc des Princes)  1° (Entraîneur :Hugo  Lorenzetti)    

1962 Paris (Parc des Princes)      2° (Entraîneur : August Meulerman)  

1963 Paris (Parc des Princes) N-Cl. (Entraîneur : August Meulerman)  

1964  Non participant  (Eloigné des pistes après un grave accident selon l’EQUIPE du samedi 13/06/64)  

1965 Reims                                  1° (Entraîneur : Alexis Blanc-Garin)  

1966 Paris  (Parc des Princes)  1° (Entraîneur :Hugo  Lorenzetti)    

1967 Paris  (Parc des Princes)  1° (Entraîneur :Norbert Koch)  

1968 Paris  « La Cipale »           1° (Entraîneur :Norbert Koch)    

1969 Paris  « La Cipale »             2° (Entraîneur  : Alexis Blanc-Garin)  

  

DEMI-FOND : Championnats d’Hiver   

1957-58 Paris (Vel d’Hiv 30/11/57) National          Qualifications : 7° Consolation : 1°  

1958-59 Paris (Vel d’Hiv 23/11/58) International   Qualifications : 9° Consolation : 5°  

1958-59 Paris (Vel d’Hiv 07/12/58)  National                                        Finale : 4°  

 

 

CRITERIUMS D’EUROPE D’HIVER : Participations et résultats   

DEMI-FOND 1961-62 (Bruxelles 03/12/61) : 2°   

DEMI-FOND 1962-63  (Dortmund 27/01/63) : 5°  

Derr. DERNYS 1962-63 (Anvers 10/02/63) : 5°  

AMERICAINE  1964-65 (Bremen  05/03/65) + André Retrain : 9°  

Derr. DERNYS 1966-67 (Berlin10/12/66) : 6°  

DEMI-FOND 1966-67 (Dortmund 22/01/67) : 6°  

Derr. DERNYS 1967-68 (Anvers 11/02/68) : 7°  

DEMI-FOND 1968-69 (Dortmund 26/01/69) : 6° de la petite  finale  

DEMI-FOND 1969-70 (Berlin 27/09/69) : 4° de la   1° série . 

 

 EPREUVES DE DEMI-FOND des réunions sur piste : principaux résultats 

1958 Paris Vel d’Hiv (19/01)  5° 

 1958 Paris Parc des Princes (15/06 Arrivée des Boucles de la Seine) 8°   

1959 Paris Parc des Princes (03/05) 3°  

1959 Paris Parc des Princes (24/05 GP de Bordeaux-Paris) ?   

1959 Paris Parc des Princes (18/07 Arrivée Tour de France) 4°  

1959 Paris Vel d’Hiv (10/03)  4°  

1959 Paris Vel d’Hiv (17/04) Gala de clôture  (Prix Gaston-Lambert)   

1960 Paris Parc des Princes (24/04) 4°  

1960 Paris Parc des Princes (19/06 GP des Boucles de la Seine) 5° 

1960 Paris « La Cipale » (20/06) 5°  

1960 Amsterdam (19/08) 3° 

1960 Paris Parc des Princes (18/09)  1°   

1960 Zurich (19/09) 3°  

1961 Anvers (06/01) 2° ex  

1961 Bruxelles (07/01) 3°  

1961 Anvers (10/02) 2°  

1961 Paris Parc des Princes (26/03)  3°   

1961 Paris Parc des Princes (16/04) ?   

1961 Paris Parc des Princes (23/04)  3°   

1961 Paris Parc des Princes (07/05 Critérium National)  1°  

1961 Paris Parc des Princes (04/06 GP de Bordeaux-Paris) 4°  

1961 Bordeaux (18/06) 3°  

1961 Paris Parc des Princes (16/07 Arrivée Tour de France) 3°  

1961 Vichy (23/07) 1°  

1961 Bielefeld (16/09) 2°  

1961 Paris Parc des Princes (17/09) 3°  

1961 Amsterdam (26/05) 3°  

1961 Madrid (14/10) 4°  

1961 Gand (11/11) 3°  

1961 Anvers (04/12) 4°  

1962 Bâle (06/01) 3°  

1962 Essen (19/02) 3°  

1962 Paris Parc des Princes (06/05) 2°   

1962 Paris Parc des Princes (27/05 Arrivée de Bordeaux-Paris) 2° 

1962 Bordeaux (30/05) 1°  

1962 Krefeld  (21/07) 3°  

1962 Zurich (18/08) 2°  

1962 Palma de Mallorca (30/09) 3°  

1962 Dortmund (07/10) 3°  

1962Bâle (26/10) 4°  

1963 Paris « La Cipale » (31/03) 2°  

1963 Paris Parc des Princes (05/05) 1°  

1963 Paris Parc des Princes (19/05) 1°  

1963 Paris « La Cipale » (26/05 Grand Prix de Paris) 1° 

1963 Paris Parc des Princes (01/09) 2°  

1963 Nuremberg (29/09) 2° 

1963 Dortmund (17/10) 1° 

1963 Berlin (01/11) 4°  

1963 Zurich (17/11)  

1963 Dortmund (26/12) 5°  

1964 Zurich (02/01) 5° 

1964 Bâle (31/01) 5°  

1964 Toulouse (06/07) 4° 

1964 Lyon (28/07) 4°  

1964 Paris « La Cipale » (09/08) 1°  

1964 Frankfurt-am-Main (12/08) 2°  

1964 Paris Parc des Princes  (23/08) 1°  

1964 Munich (16/08) 2°  

1964 Berlin (21/08) 3°  

1964 Dortmund (30/08) 5°  

1964 Marseille (24/10) 3°  

1965 Berlin (15/01) 2°  

1965 Zurich (31/01) 6°  

1965 Anvers  (26/02) 3°  

1965 Paris Parc des Princes (13/06 Critérium National)  1°  

1965 Zurich (28/08) 3°  

1965 Dortmund (21/10) 2°  

1965 Aulnay-sous-Bois (24/10) 1°  

1965 Gand (12/12) 5°  

1966 Frankfurt-am-Main (12/08) 2°  

1966 Dortmund (26/12) 2°  

1967 Zurich (21/01) 2°  

1967 Paris « La Cipale » (11/06) 2°  

1967 Frankfurt-am-Main (13/08) 6°  

1967 Anvers (23/09) 3°   

1967 Gand (01/11) 4°  

1967 Anvers (Derr. Derny 09/12) 3°  

1967 Gand (10/12 Grand Prix Victor Linart) 3°  

1969 Charleroi (25/01) 4°  

1969 Anvers (14/02) 4°  

1969 Paris « La Cipale » (20/07 GP  Tour de France par équipes France-Pays Bas-Italie) + Michel Scob : 1°  

1969 Paris « La Cipale » (01/08) 3°  

1969 Roubaix (Derr. Derny par équipes) + Michel Scob : 2°  

 

EPREUVES DE SIX-JOURS : Participations et résultats     

1957 PARIS  (07-13/11)  + André Lemoine , André Le Dissez  12° Equipes classées : 12 engagées : 15   

1958 Cleveland (24/10-01/11)  + André Boher , Bernard Bouvard  6°  Equipes classées : 7 engagées : ?   

1958 Paris( 07-13/11)  +  Roger Gaignard , Roger Godeau  Abandon Equipes classées :13 engagées : 16  

1959 New-York (22-28/03) + Serge Blusson  6° Equipes classées : 11 engagées : 14    

1960 Buenos-Ayres (04-10/10) +  Bernard Bouvard 3° Equipes classées : 10 engagées  

1960 Madrid (02-08/12)  + Bernard Bouvard 7°   Equipes classées : 10 engagées   

1960 Lille (14-20/12) + Roger Godeau 2°  Equipes classées : 09 engagées : 09   

1961 Madrid (30/10-05/11)  + Dominique Forlini 5° Equipes classées : 10 engagées : 12 

1962 Milan (02-08/02) + Guy Thomas  14°   Equipes classées : 14 engagées  

1962 Anvers (02-08/03)  + Léo Proost , Joseph De Bakker 7°  Equipes classées : 12 engagées  

1962 Madrid (30/10-05/11) + Marcel Delattre  Abandon   Equipes classées : 12 engagées : 12  

1963 Milan (31/01-06/02) + Robert Varnajo 14°   Equipes classées : 14 engagées : 14  

1963 Essen (14-20/02) + Willi Altig  7°   Equipes classées : 09 engagées : 12  

1963 Anvers ((22-28/03) + André Darrigade , Freddy Eugen 4°   Equipes classées : 06 engagées : 14  

1963 Montréal (13-19/09) + Lucien Gillen 4°   Equipes classées : 8 engagées : 8 

1963 Berlin (03-09/10) + Marcel Delattre  14°   Equipes classées : 14 engagées : 14  

1963 Bruxelles (09-25/11) + Marcel Delattre  Abandon  Equipes classées : 15 engagées : 15  

1963 Zurich (28/11-04/12) + André Retrain 13° Equipes classées : 15 engagées : 15  

1964 Berlin (10-16/01) + Dieter Puschel Equipes classées : 07 engagées : 11  

        D. Puschel (abandon de son coéquipier Oldenburg) a continué avec J. Raynal (abandon de son coéquipier Darrigade)  

1964 Anvers (07-13/02) + André Darrigade , Jo De Roo 4°   Equipes classées : 0 engagées : 12  

1964 Milan  (15-21/02) + Oscar Plattner 12°   Equipes classées : 16 engagées : 16  

1964 Montréal (18-24/09) + Fritz Pfenninger 4°   Equipes classées : 06 engagées : ?   

1964 Madrid (05-11/12) + Michel Nédelec 8°   Equipes classées : 10 engagées : 10  

1965 Bremen (07-13/01) + Mino De Rossi  Abandon   Equipes classées : 9 engagées : 11  

1965 Milan (07-13/02) + Palle Lykke Jensen 7°  Equipes classées : 14 engagées : 14    

1965 Toronto (02-08/05) + Roger Gaignard  6°  Equipes classées : 8 engagées : 9  

1965 Québec (16-20/05) + Roger Gaignard  4°   Equipes classées : 8 engagées : 8  

1965 Bruxelles (10-16/11) + Michel Nédelec 12°   Equipes classées : 12 engagées : 12 

1966 Milan (02-08/02) +  André Darrigade  13°  Equipes classées : 15 engagées : 15  

1966 Montréal (08-14/05) + Roger Gaignard 6°  Equipes classées : 8 engagées : 9 

1966 Québec (18-24/05) + Roger Gaignard 5°   Equipes classées : 9 engagées : 10 

1966 Montréal (18-24/09) + Fritz Pfenninger 6°   Equipes classées : 9 engagées : 9  

         J. Raynal   a remplacé  Peter  Post (+ F. Pfenninger)   qui a abandonné  

1966 Madrid (28/10 – 03/11) + Alain Le Grevès 6°   Equipes classées : 9 engagées :9  

1966 Amsterdam (12-18/12) + Joop Captein  9°   Equipes classées : 9 engagées : 9 

1967 Montréal (27/09- 03/10) + Norbert Seeuws  Abandon Equipes classées : 7 engagées : 10 

1967 Charleroi (15-21/12) + Jean Stablinski 8° Equipes classées : 9 engagées : 9  

1968 Montréal (22-28/05) + Alain Le Grevès 9°  Equipes classées : 9 engagées : 9


 

 

 

Un amical salut à Jean Raynal, que je remercie pour sa confiance et sa jovialité, et avec qui j'ai passé de fameux moments. Merci à François Bonnin, pour le palmarès.

Patrick Police - le 21 septembre 2016


 

 

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

il devra être mentionné le nom des auteurs et du site internet STAYER FR  

 

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RAYNAL ET CLAUDE LARCHER IMG_2250_crop - Copie.jpg

 

 

 


21/09/2016
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