STAYER -FR : Le blog 100 % demi-fond et derny

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INTERVIEWS


ROBERT VARNAJO : "Le chouan", un stayer pas à demi-fond

 

 

 

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      Kdo pour les visiteurs !

 

 

  ROBERT VARNAJO : un cœur « gros comme ça »

 

 

J’ai toujours été fasciné - et ça ne date pas d’hier - par ceux que l’on appelle « les battants », les « baroudeurs ». Cette affection pour les « casseurs de baraque » que, par exemple,  furent dans les années cinquante les Schaer, Robic, Varnajo …

Cette fascination s’est reportée plus tard, sur d’autres « bouffeurs de vent », qui  alimentèrent ma petite chronique : les   Joaquim Agostinho, Dirk de Wolf, Thomas Wegmuller, Ludo Dierkxsens, dont les efforts émouvants furent rarement payés de retour … Et je n’en suis toujours pas guéri, la preuve, puisqu’aujourd’hui encore  je ne peux pas m’empêcher de cultiver une certaine tendresse pour les sorties aussi vaines que pleines de panache d’un David Boucher.

 

Plus grave : peut-être inconsciemment gagné par l’exemple de ces chevaliers de l’inutile, il m’est aujourd'hui encore  insupportable de rester sagement pelotonné à l’abri d’un peloton ou d’un groupe. Et d’aller chercher à prendre ma part de vent,  quoiqu’il m’en coûte par la suite (et il m’en coûte souvent) ...

 

Fort de ce préambule, et sachant que le Monsieur dont je vais vous parler fut, notamment, trois fois champion de France des stayers et troisième d’un championnat du Monde de la spécialité, vous comprendrez aisément que vous ne pouviez pas couper un jour ou l’autre à un portrait de celui que l’on a appelé « Le Chouan », j’ai nommé Robert Varnajo, dynamiteur de peloton dans les fifties, et amoureux éperdu de notre cher demi-fond, auquel il consacra l’essentiel de la seconde partie de sa carrière.

 

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photo collection Patrick Police

 

Un peu de biographie

« En 1939, le 3 septembre exactement -  je ne peux pas m’en rappeler aujourd’hui encore   sans émotion - le garde-champêtre est venu remettre à mon père son ordre de mobilisation. Comme il était berger de profession, parti à la guerre, c’est à moi que fut confiée la garde des moutons, jusqu’à son retour de captivité.  D’ailleurs, tenez [ Robert Varnajo me tend la coupure, patinée par les ans, d’un journal local ] ça a fait l’objet d’un article dans la presse de l’époque  » 

 

«  Dès l’âge de dix ans donc, j’ai été amené à m’occuper de l’exploitation familiale,  avec ma mère, pendant que mon père restait prisonnier en Allemagne [ j'ai encore en mémoire,  soixante-quatorze années après, le numéro de son stalag  : 11 b ]. A cet âge,  je portais les moutons à bras le corps quand il le fallait, et j’accomplissais tous les travaux d’un homme à la ferme : c’est ce régime qui a sûrement contribué à me donner une si robuste constitution !  »

 

« Mon père, après son retour du stalag,  a repris sa place à la ferme. Puis, pendant que, près de vingt années durant, j’arpentais à vélo les routes et pistes d’Europe et d’Amérique, il est resté berger, jusqu’à sa retraite. Et aujourd’hui, j’occupe, seul, la maison  familiale, là où j’ai vu le jour le 1er Mai 1929, à Port-la-Claye, près de Curzon »

 

« J’ai repris la bicyclette  après une interruption de plus de vingt années. Et en 1987, je me suis offert un superbe Atala, que j’ai utilisé jusqu’à ce que je me mette au VTT. Mais aujourd’hui, après avoir chuté assez sérieusement avec cet engin, je privilégie le … home-trainer, home-trainer que j’ai bricolé à ma façon.

Car il faut dire que j’ai toujours été intéressé par la mécanique. J’ai réparé jusqu’à six-cent-cinquante horloges durant trente années ! Et il m’arrivait même de refaire des pièces d'horlogerie (dents de pignons, roues dentées) avec de la brasure d'argent et des chevilles en acier ... une véritable passion … et une fierté aussi, même si j’ai dû arrêter,  mon talent commençant à devenir un peu trop connu des voisins et amis.

 

La mécanique du vélo n’a également aucun secret pour moi; il faut dire que mon apprentissage, je l’ai fait dès mes seize ans, chez Mr Mathé, un marchand de cycles, à Luçon, pas loin d’ici. Et je peux affirmer que très vite, j’ai été  à bonne école,  le patron passant plus de temps à bavarder avec la clientèle à l’extérieur de la boutique, au gré d’escapades au bistrot voisin. Maintenant ce goût de la mécanique m’est un peu passé, mais pas ma soif de connaissances et ma curiosité.

Aujourd’hui, ici, dans la maison de mes ancêtres,  c’est au  jardinage  que je consacre désormais l’essentiel de mon temps »

 

Un regard sur la carrière

« Vous voulez que je vous parle de ma carrière … D’abord, il faut savoir que je n’ai jamais pu faire de vélo « planqué dans les roues ». Il fallait toujours que je parte à l’attaque. Du coup, je passais pour un sacré emm… dans le peloton. Je me rappelle de Géminiani qui, à chacun de mes démarrages, râlait à mes trousses, de sa voix de rogomme : « Chouan pourri ! Fouteur de m… ! ». Bref, j’étais un « emmerdeur » dans le peloton [ un emmerdeur de pédaler en ron-ron en somme, on peut le dire ? (n.d.l.r) ].

En courant de cette façon, on ne gagne pas toujours (cf. mes championnats de France et du Monde 1954), c’est vrai. Mais en même temps, quand, les rares fois où, écoutant les conseils donnés, je m’obligeais à me « planquer »  dans un groupe ou dans le peloton jusqu’au final, eh bien … quand arrivait le moment de devoir « déboucher » : rien. J’étais comme anesthésié. Rouler à l’abri, dans les roues, « ça m’endormait ».

Et puis,  j’aimais bien fiche la pagaïe. En plus,  il faut bien reconnaître que l’on n’avait pas une grosse pression chez Gitane à l’époque. Le patron, Mr Marcel  Brunelière, me le disait souvent : « Te casses-pas la tête : gagnes- moi en une juste de temps en temps … Allez, viens, on se fait une bonne bouteille de Gros-Plant » (Rires) ».

 

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photo collection Jean-Marie Letailleur

 

« C’est certain, j’aurais pu remporter davantage de courses …. Combien de fois j’ai dû prendre le départ la mort dans l’âme, en laissant derrière moi parmi le public une belle fille qui ne demandait qu’à partager un bon moment avec moi … Bon, ceci dit, il y a bien des fois où je ne suis pas parti, et tout bien pesé, j’ai moins manqué de « bons moments »  que de belles courses … Et je ne regrette rien … D’autant plus qu’il m’est arrivé de signer de sacrées performances sur ce terrain-là, même - et je dirais même surtout - après des courses éprouvantes. Quand j’y repense, c’était même dans ces circonstances où - l’excitation de la fatigue aidant - j’étais finalement assez performant. J’étais peut-être pas terrible sur le vélo, [ il plaisante ?  n.d.l.r ] mais un « coup » de loupé, ça ne se rattrape pas. Non, vraiment, je ne regrette rien. Né dans la misère, je ne suis pas arrivé à grand-chose, diront certains. Moi, je sais que j’ai eu une belle vie ».

 

« De mon passage chez les routiers, j’avoue que c’est ma période chez les amateurs que j’ai préférée. Chez les amateurs, c’était la liberté. Chez les pros, on était commandé [ il fait la grimace, n.d.l.r ]. Chez les amateurs, on n’avait pas l’impression d’accomplir un travail. Mais chez les « pros », il y a eu le demi-fond, que j’ai découvert dès 1956. Et le demi-fond, j’ai vraiment a.d.o.r.é. »

 

 

Un "chouan" chez les stayers

« En selle, je ne regardais jamais le rouleau de la moto. Quand il m’arrivait de le faire, je pouvais constater qu’il tournait à peine. Quand tu es sur le vélo, ce que tu dois regarder, c’est le point bas du dos de l’entraîneur. A l’époque, il était « assis ». Le stayer, derrière, était courbé, penché sur le guidon. Il y a de cela cinq ans, j’ai été assister au championnat de France de demi-fond, à La Roche-sur-Yon. J’ai été surpris par la position des stayers actuels. Bizarre, vraiment. Droits comme des I, avec les bras tendus : comment veux-tu produire un effort valable dans cette position ? »

 

« Le demi-fond, je m’y suis mis dès 1956, au « Vél’ d’Hiv » de Paris, mais je ne m’y suis réellement consacré   qu’à partir de 1961.C’est que, même si la presse de l’époque me présentait alors comme « le futur Toto Grassin », j’ai accumulé les problèmes de santé dès 1955, lors de l’étape du Tour de France Zurich-Thonon-les-Bains, où je me suis attrapé une méchante angine, descendue plus tard sur les bronches, avant de me faire opérer l’année suivante d’ une péritonite.  En 1957, je suis revenu à la route, et jusqu’en 1960 on peut dire que je n’ai été qu’un stayer occasionnel »

 

« J’ai adoré le demi-fond, c’est ce qui m’a le plus « botté » dans ma carrière de coureur cycliste. [ et comment en douter un instant, puisqu’il suffit de  lever les yeux pour voir, suspendu  au plafond de l’atelier, le vélo de stayer -  avec plateau BSA if you please -  du maître de céans ].

 

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photo Patrick Police

 

Le « truc » qui a un peu tout gâché, c’était l’environnement de la spécialité, les petites « mafias ». Vous allez comprendre ce que je veux dire : par exemple, j’ai le souvenir de cette course à Dortmund,  en 1962, je crois, où l’on m’attribue la septième position au départ, comme par hasard. Avec, en prime, bien entendu, la moto de raccroc du vélodrome, celle qui tousse et qui cahote, et que l’on "refile" aux « visiteurs ». Mon entraîneur Lorenzetti et moi on était dépités, et en même temps, galvanisés par ces mesquineries, décidés à se révolter ! Et heureusement, ce jour-là, j’avais les bonnes jambes : j’ai foncé comme rarement. Je n’ai pas arrêté des tours durant de gueuler à Lorenzetti : « Tu pousses, tu pousses ! ». Et nous voilà doublant les coureurs qui nous précédaient, les uns après les autres. Les Meuleman,  Timoner et consorts nous regardaient passer, médusés, écoeurés. Jusqu’à ce que l’on tombe sur le dos du champion du Monde, l’idole locale, l’Allemand Marsell ... et de le laisser derrière nous, comme les autres !  Alors, là … Ouh là là … Silence de mort d’un seul coup dans le vélodrome. Silence impressionnant dans les tribunes, qui a bien duré trente secondes. Et Lorenzetti qui me glisse, à la dérobade, dans cette drôle d’ambiance : «  Ma … qué … faut pas me la faire… »

Ce jour-là la « mafia », on l’avait fait « exploser ».

 

 

Les arcanes du demi-fond sont impénétrables

« Et puis le demi-fond, c’est parfois un mystère … Regardez, le Père Pasquier, " Le roi des entraîneurs" : il était pas épais. Mais derrière lui, il n’y avait pas de vent. Pour les coureurs, mystère aussi. Prenez  le cas d’Hassenforder, qui a fait du demi-fond en fin de carrière : ça n’a pas marché. Il était pourtant fort, puissant. Mais pour être un bon stayer, il faut bien sûr être puissant, mais aussi souple, véloce. La moto, il faut savoir la suivre, aller la chercher : mais il faut aussi savoir tourner les jambes. Vélocité. Vé-lo-ci-té. En ce qui me concerne, j’avais remarqué que, moi qui, avant de faire du demi-fond, grimpais plutôt pas mal, et bien une fois devenu stayer, je passais moins bien les côtes. »

 

« Le braquet ?  C’était 28 X 6 ou 32 X 7 pour la piste du Parc des Princes, chaîne « à bloc », ou chaîne « de  trois » [n.d.l.r : qu’est-ce que c’est ? ] pour l’entraînement d’hiver. Pour les boyaux, on les gonflait à 4.5 kg pour la piste d’Amsterdam, qui était une piste dure, pleine de ressauts. Pour le Parc, on mettait plus,  je ne me rappelle plus combien, il faudra que je regarde dans mes cahiers (eh oui, je notais tout). Les boyaux, c’est la vie pour un stayer. A ce propos, vous savez ce qui se disait au sujet de la mort de Paul Choque … D’autant qu’au « Parc », on savait qu’à 95-96 km/h, on était « à la limite » en haut de virage, avec la pédale intérieure qui faisait des étincelles sur le ciment. C’était « Mémé » Montillot, le mécano qui avait sa cabine au Parc des Princes, qui collait les boyaux de mon vélo. Mais pour la mécanique, c’était moi, et moi seul … »

 

J’ai adoré le demi-fond

« Je « collais » bien à l’engin d’entraînement, que ce soit au Derny, à la Vespa ou à la moto. Je peux vous affirmer que le flanc du garde-boue du derny de mon entraîneur était tout noirci après un Critérium des As »

 

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photo collection Robert Varnajo

 

« Mes trois titres de champion de France, je les ai tous remportés dans le sillage d’Ugo Lorenzetti. Avant lui, c’était Meuleman qui me « tirait » ; Ugo Lorenzetti m’a entraîné jusqu’en 1965, jusqu’à mon dernier championnat de France, que j’ai disputé en « demi-molle ».  C’était à Reims, j’ai fini second sur cette piste que je n’aimais pas, saturé que j’étais déjà de vélo … Peu après, aux championnats du Monde à San Sébastian, Ugo m’a déclaré simplement : " Je ne t’entraîne plus "  Ca c’est terminé comme ça … »

 

«  J’ai adoré le demi-fond. Mais les entraîneurs, comment dire … Je vais vous donner un exemple, un seul, et vous comprendrez : en 1963, à l’occasion du championnat de France, Ugo et moi, au bout d’un bras de fer prolongé sur plusieurs tours, nous attaquions Jean Raynal, en se rapprochant de lui au maximum, venant au plus bas possible de la piste. Il a résisté longtemps, mais Lorenzetti, a continué à les serrer au plus près, lui et son entraîneur,   jusqu’à ce qu’il ait « sauté » [ Jean Raynal en  tombera les bras en croix d'épuisement sur le bord de la piste du Parc des Princes - n.d.l.r

 

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championnat de France 1963 : Lorenzetti-Varnajo contre G. Wambst-Jean Raynal

photo collection Robert Varnajo

 

Peu de temps après, aux championnats du Monde disputés à Rocourt, je ne comprenais donc pas, compte tenu de ce que nous avions fait au championnat de France, pourquoi il s’entêtait à rester en haut de virage. J’avais beau lui dire « plus bas, plus bas ! » il restait au ras des balustrades : impossible dans ces conditions de passer Proost et De Paepe, les deux Belges qui faisaient barrage devant nous. Je lui criais  : " Plus bas, plus bas !". Rien à faire. A n’y rien comprendre ... jusqu’à ce que je constate, l’année d’après, qu’il entraînait justement ... Proost)

Ce jour-là, je finis sur le podium mondial, troisième. [ ce qu'oublie modestement de préciser Robert Varnajo, c'est que ce jour-là il a fait "trembler d'inquiétude" - dixit la presse de l'époque - les deux Belges, qui ont pratiqué "la course d'équipe", Léo Proost bénéficiant de l'aide ouverte de De Paepe. Robert Varnajo a fait vibrer, par ses barouds incessants, les vingt-cinq mille spectateurs de l'endroit, et trembler  jusqu'au bout  ses deux adversaires faisant bloc. Chapeau, "Le Chouan" ! ] 

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Après sa fabuleuse course à Rocourt 

photo collection Patrick Police

 

« En 1964, sur l’anneau du Parc des Princes, je passe par les repêchages, pour finir quatrième en finale. Normal, derrière les motos BSA du Parc, ça n’a jamais marché pour moi : la transmission par chaîne rendait les accélérations trop brutales, et je ne le supportais pas. En 1965 donc à San-Sebastian, je fais les qualifications derrière Lorenzetti. Arrivé en finale, il  m’annonce qu’il ne m’entraînera plus, et je me retrouve derrière un entraîneur hollandais. Timoner, avant le départ, nous propose de l'argent pour qu'on ne le "freine" pas pendant la course, mais j'ai refusé. J'ai fait une course très médiocre - je ne me rappelle même pas à quelle place j'ai terminé ce jour-là (*). Tout de même, je n'avais pas tout perdu; mon entraîneur avait dû bien se "débrouiller" puisqu'après ce championnat du monde, j'ai eu quand même quelques contrats en Belgique et en Hollande les mois suivants ...  comme quoi ... 

La fin de l'association avec Lorenzetti, ça tombait bien finalement, j’étais démotivé, saturé de vélo, et il était pour moi temps de tourner la page »

 (*) n.d.l.r : on ne l'a pas retrouvé dans nos "archives" non plus. Décidemment ...     à l'aide, mes visiteurs !]

 

Non, rien de rien

« Vous me demandez si un stayer m’a particulièrement impressionné durant ma carrière ? Franchement, personne ne m’a jamais impressionné.  D’ailleurs, rien ne m’a impressionné dans la vie. Je n’étais jamais sorti de mon " trou ", mais après la guerre, quand je suis parti de ma campagne et que  je suis arrivé à Paris, je n’étais même pas étonné. C’est dans ma nature »

 

« Et maintenant vous voudriez savoir quel est le meilleur souvenir de ma carrière de stayer ? Là aussi, c’est un peu pareil … Et puis, je n’en ai pas un en particulier, c’est plutôt l’ensemble des images que j’ai accumulées qui font mes souvenirs … par exemple ces quatre-vingt seize mille personnes autour de la piste d’Amsterdam : une ambiance extraordinaire, inoubliable [ Robert Varnajo s’emballe et ses yeux pétillent à ce souvenir - n.d.l.r ] … cette chute terrible en 1961 sur cette même piste, où l’entraîneur Van Ingelghem se tue, en heurtant le starter resté en milieu de piste,  et moi à chaque tour qui voit le sang dégouliner en rigoles sur la piste … Bernard Bouvard, blessé en bord de piste au Parc après une chute, le corps comme passé à la râpe à fromage  …  les six-jours de New-York avec Michel Scob, et la traversée mémorable de l’Atlantique sur le paquebot « Flandre » : mille deux-cents personnes à bord, neuf cents malades ... cette fumée presqu’opaque dans le vélodrome couvert de Berlin plein à craquer, à travers laquelle je distinguais à peine le dos de mon entraîneur … et puis surtout cette cabine que j’avais au Parc, entre celle des entraîneurs … combien de fois je me suis régalé du rituel du contrôle des entraîneurs par des commissaires tatillons comme des douaniers, qui allaient jusqu’à les faire déshabiller pour démasquer leurs combines …

 

Vraiment, j’ai vécu de sacrés moments … Je me suis bien "régalé" … Et je ne regrette rien ! »

 

DSC00687.JPGphoto Patrick Police

 

 

 

Patrick Police, vendredi 24 Janvier 2014,

avec l'amicale complicité de Robert Varnajo. 

et l'aide de Jean-Marie Letailleur pour les photos.

 

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

 

il devra être mentionné le nom des auteurs et du site internet STAYER FR

 

 

 

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AVEC ROBERT VARNAJO 4 JUIN 2011 DSC07310 - Copie.JPG
photo Patrick Police


03/01/2014
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JEAN RAYNAL LE STAYER TOUCHE-A-TOUT, CHAMPION ET GLOBE-TROTTER : SUITE 2 DE LA SAGA

JEAN RAYNAL, LE STAYER TOUCHE-A-TOUT,

CHAMPION ET GLOBE TROTTER - troisième épisode de la saga 

DES SIX-JOURS, UN RECORD ET PUIS … LE DEMI-FOND

 

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

il devra être mentionné le nom des auteurs et du site internet STAYER FR  

 

 

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STAYER.FR : Après les jeux, ma foi fort lucratifs, du « Vélo-Spoutnik », il était temps de changer de braquet. Le mot d’ordre pour l’année 1959 sera donc :  « Tout pour le demi-fond ! » Mais avant d'évoquer ses six titres nationaux, il reste à évoquer l'évènement qui y mènera. 

 

Jean RAYNAL : «  Tu viens de me remettre mon palmarès, établi par ton copain … Chapeau … Je suis impressionné. Il y a même dedans des courses dont je ne me rappelais plus du tout ! Pourtant,  je vois qu’il manque quelque chose, et quelque chose qui me tient drôlement à cœur : c’est mon record derrière derny !  »

 

« Ce jour-là, le 8 Février 1959, au « Vél’ d’Hiv’ » de Paris,  je marchais « terrible », et j’ai battu le record des dix kilomètres derrière derny, détenu jusqu’ici par Louison Bobet ... Mais s’il n’y avait eu que le record ! Dans cette course, disputée « à fond les poignées », j’ai laissé Jacques Anquetil lui-même derrière moi, après avoir doublé tous mes adversaires ! Je m’en rappellerai toujours : à peine la ligne d’arrivée dépassée, Anquetil, alors que nous étions encore sur le vélo, m’a passé le bras autour du cou et m’a dit : « Je suis content ! Merci, merci : tu as battu le record de Bobet ! » Ce record, je l’avais abaissé de dix secondes ! (10’11’’3/5 au lieu de 10’21’’3/5) Parti en tête, jamais dépassé pendant la course, avec un Jacques Anquetil constamment sur mes talons, et qui finira à 125 m, Varnajo, Blusson, Gauthier et consorts doublés, oui, ce match « Pistards-Routiers » restera un des grands moments de ma carrière, un de ceux dont je suis le plus fier ! Le lendemain, les journalistes me couvraient de louanges : « Jean Raynal affirme son talent » « Un exploit à l’actif de Jean Raynal »  J’enchaînerai par la suite les américaines  au « Vél d’Hiv’ » avec Roger Godeau, avant de partir pour New-York, afin de participer aux Six-Jours là-bas, avec Serge Blusson pour équipier. Etaient du voyage également Bernard Bouvard et André Boher. » 

 

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6 Jours de New-York - à droite Avec Serge Blusson, Alfred Letourneur et Bernard Bouvard - collection Jean Raynal
  

 « On a vécu sur le transatlantique « Le Liberté » sept jours de traversée agitée - et Bernard Bouvard et ses coups pendables n’y furent pas pour rien ! - ». Au retour des Etats-Unis, j’ai participé au gala de clôture du Vél’ d’Hiv’ : " Le dernier tour de piste " ainsi que l'appelait  le programme. Ce vendredi 17 Avril - tristement historique -, je finis quatrième de l’épreuve de demi-fond derrière Timoner, De Paepe et Godeau. » 

 

« Car je continuais à courir derrière moto, comme tu le vois. Depuis mon titre chez les amateurs, je n’avais jamais laissé tomber le demi-fond, mais faisais le stayer par ci par là, au gré des contrats. Mais depuis mon record et ma victoire sur Anquetil derrière derny -  qui avaient agi chez moi comme un déclic -  l’idée de m’y consacrer plus sérieusement,  me trottinait de plus en plus dans la tête. Appuyé sans réserve par Georges Wambst, j’ai décidé alors de faire du championnat de France des stayers un véritable objectif »

 

« Routier ou pistard, je restais toujours un forcené de l’entraînement. La plupart du temps, j’effectuais mes raids dans le sillage de la Mobylette orange de mon oncle Lucien Baudry, sur la route nationale 4. Un jour que nous roulions à fond entre Ozoir-La-Ferrière et Tournan, nous voilà interpellés par un gendarme qui nous fait signe de nous arrêter : « Le Général de Gaulle va passer, dégagez de là ! » Je ne lui réponds pas, et on continue de foncer comme si nous n'avions rien entendu.  Quelques instants plus tard, une 403 break de la gendarmerie nous prend en chasse, et nous force à stopper. Les gendarmes ne sont pas longs à nous emmener tous les deux au poste de Tournan. Là, ils me verbalisent pour, en vrac et dans le tas : prise de sillage d’un cyclomoteur, défaut d’avertisseur et absence d’éclairage. Je leur dit que leur verbalisation ne vaut rien, que je n’ai pas pris le sillage de qui que ce soit, que je ne connais pas le type qui conduisait ce cyclomoteur ( !) J'en rajoute en leur affirmant que c’est lui qui m’a dépassé et qui m’accompagnait  lorsqu’ils m’ont interpellé … Quand ils m'ont demandé ce que je faisais sur cette route, je leur ai répondu : « Je suis champion de France, il faut bien que je m’entraîne, non ? » Là, ça s’est gâté, et le ton est vite monté. « Je peux téléphoner ? » « Non ! » Ca a  franchement dégénéré alors, et  à un point tel que je me suis retrouvé bientôt menotté à un radiateur du poste. Alors là, je peux te dire que j’ai gueulé, et me suis débattu en faisant un boucan de tous les diables ! Après avoir vérifié mon identité (ça a duré des heures), ils m’ont finalement relâché à la fin du jour. Il ne me restait plus dès lors qu’à rentrer chez moi à vélo, avec une histoire de plus à ajouter à mon «palmarès » (après celle du marchand de quatre saisons – cf. premier épisode.n.d.Stayer Fr). Pour les journaux de l’époque, ça a été l’occasion de me faire un peu plus de publicité en titrant : « Le chemin du Président De Gaulle coûte cher … »

 

STAYER.FR : «Tout pour le demi-fond », avions-nous dit plus haut. Oui, mais les anciens ne sont pas forcément enclins à lâcher prise en cette année 1959, et Jean Raynal devra se contenter de la troisième place au championnat de France disputé sur la piste du Parc des Princes à Paris, derrière les indéracinables Bouvard et Godeau . Ce jour-là, Jean Raynal se heurtera de plein fouet à ces deux « murs ». Passer Godeau ? Aussitôt c’était buter sur Bouvard. Attaquer à mort ? Passer l’un, et c’était ce jour-là s’exposer immanquablement au  « contre » de l’autre, un jeu où il n’y avait rien à gagner. L’heure de la consécration chez les « pros » n’avait  apparemment pas encore sonnée pour le stayer francilien ... 

 

Jean RAYNAL : « Pour l’édition 1960 du championnat de France, je suis persuadé que le titre est pour moi. J’ai préparé cette compétition pendant deux mois. Même si je crains Roger Godeau, je sens que je peux le battre, car je suis en parfaite condition. Le jour de la course, parti en tête, je bute sur Robert Varnajo, et surtout sur son entraîneur Meuleman. Quand je réussis à m'en débarrasser, c'est pour me tuer à la lutte avec Bernard Bouvard durant la première demi-heure. A ce petit jeu, arrive ce qui devait arriver : Godeau nous place une fois que l'on s'est bien "cramés" une attaque imparable et tire les marrons du feu ! Malgré cela, je termine dans le tour de Godeau, « sur ses reins »,  à cent cinquante mètres, mon copain André Retrain me dépassant … après la ligne, pour finir troisième ! La presse, emballée par la course, estime que j’ai été l’homme fort de la course, et qu’André Retrain et moi représentons le renouveau du demi-fond. Roger Godeau ne le cache pas : « Jean Raynal sera mon successeur ! »  Mais tous ces compliments n’effacent pas ma déception, énorme.

      

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Les championnats du Monde, qui se déroulent trois moisplus tard en Allemagne de l’Est, à Karl-Marx-Stadt (redevenue Chemnitz de nos jours n.d.Stayer fr) pourraient être une consolation. Ils vont résonner comme un véritable coup de tonnerre dans le petit monde du demi-fond ! Car sur cette piste parfaite, dans le sillage d’Hugo Lorenzetti  et devant vingt mille spectateurs enthousiastes, je vais remporter ma série, la troisième, en « déroulant » en tête du début à la fin. A la moyenne de 80,793 km/h, en enroulant en souplesse le 29x6, j’ai épaté ce mardi soir là tous les observateurs présents.   La presse française s’enflamme de suite, d’autant que Verschueren et Timoner, spectateurs en bord de piste, leur déclarent voir en moi un futur champion du Monde  !  

 

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Inutile de te dire que je suis après cette victoire « gonflé à bloc ». Mais l’euphorie n’a pas duré très longtemps :  le vendredi suivant, je déchantais complètement, en passant à côté de ma finale (disputée entre parenthèses à plus de 82 km/h de moyenne, la plus rapide de l'après-guerre !) Cinquième derrière le grand Timoner, les Hollandais Wiestra, Koch et Van Houwelingen, l’Italien Pizzali, je me suis un peu consolé en pensant que j’ai tout de même gagné pendant ces championnats du Monde mon ticket d’entrée dans la cour des grands. Mais au fond de moi, j’espérais autre chose, et la presse française aussi. Encore aujourd’hui, je ne comprends toujours pas comment j’ai pu passer au travers dans cette finale. D’autant que quelques temps après, je vais gagner au Parc des Princes la « revanche » de ces championnats du Monde, en faisant décoller quatre fois le Grand Timoner en personne ! » 

  

« La saison d’après, je suis fin prêt pour revêtir mon premier maillot de champion de France chez les professionnels. 1961 sera l’année de ma consécration. Au terme d’une course serrée, disputée à 81.234 km/h de moyenne, je remporte mon premier titre chez les professionnels. !Je laisse à trente mètres derrière moi un Robert Varnajo qui m'a mené la vie dure une heure durant. Ni lui ni moi ne pouvait se douter alors que l’on inaugurait ce jour-là un duel qui allait s’étaler sur cinq saisons !

 

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Pour les championnats du monde, disputés deux mois et demi plus tard, à Zurich,  je figure logiquement parmi les favoris, compte tenu de mon titre tout neuf et surtout de ma performance en série de l’an dernier.  En l’absence de Timoner, blessé par une grave chute (fracture de l’humérus) survenue sur le vélodrome de Madrid, je crois en mes chances, même si personne, et moi le premier, n’ignore cette année-là la forme étincelante de l’Allemand Marsell. Je gagne ma place en finale, en terminant second de ma série derrière le Hollandais Wiestra. Mais cette finale se révèlera un drôle de « western » ! La course sera viciée par les agissements de Meuleman,  l’entraîneur belge de Marsell, envers son compatriote Vershueren. Ce dernier tentera d'ailleurs de se faire justice lui-même, sur la piste ! La course se terminera en esclandre. Mais le plus triste restera pour moi d’avoir fait perdre ce soir-là mon ami Paul De Paepe, que j’avais connu en Autriche (voir épisode précédent n.d.Stayer.Fr) et  à qui j’avais promis de ne pas faire de misères pendant la course. Dommage que Lorenzetti, mon entraîneur, n’ait rien trouvé de mieux  que de faire tout le contraire ce soir-là, en « arrêtant » mon ami de son propre chef ! Je terminerai quatrième de cette drôle de finale au goût amer. Tu ne me croirais pas, mais tout ce « bazar » n’a pas eu d’influence sur mon résultat décevant; je ne peux pas dire ça, ça ne serait pas honnête.  Je n'ai pas fait une belle finale, c'est tout. Ce qu’il faut retenir de positif, c’est que j'ai confirmé à Zurich cette année-là le statut acquis l’année d’avant  à Karl-Marx-Stadt »

 

« D’ailleurs, je vais enfoncer le clou dès le mois de Décembre, en  terminant second du Critérium d’Europe de demi-fond disputé à Bruxelles, remporté par … Paul De Paepe. Sans m’étaler sur le sujet,  talonné pendant toute la course par le champion du Monde, Marsell, je dois dire que je n’ai vraiment pas empêché Paul de remporter le maillot or avec la bande arc-en-ciel ce soir-là »

 

STAYER.FR : Fort de ce statut de stayer de valeur internationale, 1962 devrait donc s’annoncer favorablement pour « Monsieur 80 à l’heure ». Il va lui falloir confirmer son titre de champion de France, et chercher le maillot arc-en-ciel, que ses pairs et la presse le voient capable de forcément revêtir un jour. Mais tout ne va pas se passer pour le mieux cette année-là : une pincée de « Chouan » et une bonne dose de malchance suffiront à remettre les compteurs à (presque) zéro.

 

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Jean RAYNAL : «  Voilà que je perds mon maillot de champion de France ... Celui qui me le ravit ? Mon « meilleur ennemi » : Robert Varnajo. On s’est battu comme des chiffonniers tout au long de la course, et je  finis à quarante mètres du « Chouan ». J’ai perdu mon titre, mais au moins on aura offert en ce 20 Mai au public du Parc des Princes un spectacle de toute beauté. Ce jour-là, il était déchaîné, ce public, et il  a eu du mal à trancher entre ses deux « chouchous ». Je termine second donc, mais en n’ayant rien à me reprocher : je reste donc confiant pour les championnats du Monde. Surtout qu’ils se disputent à Milan, sur la piste du Vigorelli. Je me frotte les mains : une piste « rapide », comme je les aime ! Le « Chouan », lui, aurait préféré une piste plus « dure ». Mais c’est tout « bénéf’ » pour moi. Je crois en mes chances, même si Timoner, de retour, est le grand favori, indiscutable. L’Equipe n’hésite pas à avancer « Jean Raynal aura au Vigorelli la chance de sa vie ». Je termine troisième de ma série derrière Timoner et De Paepe,  et me qualifie pour la finale. Tout se présente donc pour le mieux pour moi ... sauf la météo : 44°, et le Vigorelli transformé en étuve ! Et une finale qui tournera pour moi au cauchemar. En effet, j’attrape dans l’après-midi une insolation terrible. Je veux me rafraîchir un peu, et je m’effondre dans les douches. Mon état inquiète tellement les personnes présentes que l’on décide de me transporter à l’hôpital de Milan, afin de  s’assurer qu’il ne s’agit bien seulement que d’une insolation (tu vois ce que je veux dire …) De retour de l’hôpital le soir même, je suis hors de toute condition. Et le jour de la finale je n’ai toujours pas récupéré. Dans le sillage de l’entraîneur Meuleman (le même qui avait failli tuer Vershueren l’année précédente), sans forces, je ne trouverai jamais l’allure et il n’y aura pas de miracle : je terminerai sixième.  La presse française, qui avait cru en moi et m’avait plutôt gâté les années précédentes,  ne me loupe pas  cette fois : « Jean Raynal fut « léger »  ...  « Jean Raynal n’a pas tenu ses promesses » ...


 

 

A suivre dans le troisième épisode de la saga Jean Raynal :

ce fameux championnat 1963 : beaucoup de fumée pour pas de feu ...

Mes Six-Jours  à travers le Monde ... Un dernier duel avec "Le Chouan" ...

 

Patrick Police

Tous documents et photos collection Jean Raynal

Avec mes remerciements à André Retrain et François Bonnin

 

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03/05/2016
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EN LIGNE : L' INTERVIEW POST CHAMPIONNAT DE FRANCE DE JOSEPH BERLIN-SEMON

 

 

INTERVIEW JOSEPH BERLIN-SEMON

 

 

Il y a une semaine, il confiait à l’excellent site internet DIRECT VELO (ça va Dominique, j’en fais pas trop ?)   venir au championnat de France pour "apprendre" et "se préparer pour les prochaines années aller –qui sait ?- en finale un jour".

 

Samedi matin, il partait bille en tête s’adjuger la manche qualificative, et quelques heures après était le seul à rester dans le tour d’Emilien Clère, qui devenait pour la troisième fois champion de France. Bref, Joseph Berlin-Sémon a crevé l’écran samedi dernier sur la piste du vélodrome Georges Préveral. Son duel avec Kevin Fouache dans la manche qualificative et la finale aura tenu en haleine le public présent au vélodrome Georges Préveral. Il est un espoir de la spécialité, il n’a sûrement pas fini de faire parler de lui sur ce site. Il n’y avait donc pas de meilleur moment pour en connaître un peu plus sur Joseph Berlin-Sémon, vous ne trouvez pas ?

 

STAYER FR : Je voudrais vous présenter aux membres et visiteurs de STAYER FR.

J.B.S. : « Je suis né le 12 Juin 1994 à Besançon. Bisontin depuis toujours, et licencié depuis 2006 à l’A.C. Bisontine, qui est et reste mon seul club. Je partage mes activités entre la route, où bon mal an, j’arrive à remporter un ou deux bouquets pendant la saison d’été, et la piste, que je fréquente tout l’hiver, et où là j’ai accumulé pas mal de victoires. Je vous avoue que n’en ai pas fait le compte »

 

STAYER FR : Quand avez-vous entendu parler pour la première fois de demi-fond ?

J.B.S. : « Quand Emilien Clère est devenu champion de France (en 2014 à Saint-Quentin en Yvelines – Stayer Fr) A partir de ce moment, je me suis mis à suivre de loin les résultats, jusqu’au moment où j’ai été amené à évoquer le sujet avec François Toscano »

 

STAYER FR : Comment êtes-vous entré dans le circuit ?  

J.B.S. : « En fait, ça devait déjà se faire l’année dernière; François Toscano m’avait passé alors un vélo de stayer, et je devais faire mes premiers pas dans la spécialité à la faveur de la réunion prévue à Dijon, qui a été annulée pour cause d’intempéries. Mais François n’a pas lâché l’affaire. Il avait vraiment envie de me lancer dans l’aventure, et dès le début de l’année, il a commencé à me parler du championnat de France. Moi de mon côté je commençais aussi à me prendre au jeu, et son envie m’a gagné à mon tour. François m’a recommandé de me préparer à travers les deux seules courses prévues avant le championnat, celles de Zurich et Coueron. C’est à Zürich que j’ai le plus souffert … prendre huit tours dans la vue sur les quarante kilomètres pour une « première » disputée à plus de soixante-douze de moyenne … J’ai tout de suite compris où je mettais les pieds. Comme baptême du feu, courir contre les stayers hollandais, suisses et allemands, c’était assez impressionnant. Côté route, je terminais ma saison avec la finale de la Coupe de France DN2 à Volvic. Dans l’optique du championnat, j’ai décidé de prolonger mon activité routière et d’opter pour un travail qualitatif et quantitatif, en vue de bonifier mon endurance »

 

STAYER FR : Qu’est-ce que vous pensez du demi-fond ?

J.B.S. : « C’est la spécialité du cyclisme la plus difficile que je connaisse. C’est vraiment quelque chose de « spécial ». Au début je pensais que ce serait l’aspect physique que j’aurais le plus à travailler, et en fait c’est au niveau du cardiaque que ça s'est révélé le plus difficile »

 

STAYER FR : Pensez-vous persévérer dans la spécialité ?

J.B.S. : « Oui, j’y prend du plaisir, et j’ai envie d’y faire des résultats, ne serait-ce que pour savoir jusqu’où je peux aller. Mais je suis conscient que j’ai pas mal de points à améliorer, tant au point de vue de la position sur le vélo, la technique et la stratégie à adopter en course. Pour l’aspect tactique, c’est plutôt le rôle du pilote, et on sera sûrement amené à échanger sur la question »

 

STAYER FR : Comment avez-vous vécu ce championnat ? Vous avez eu à les ressentir, ces fameux remous d’air qui sont une des particularités du demi-fond ?

J.B.S. : «  Oh oui, je les ai ressentis, et pas qu’une fois, notamment quand dans les dépassements, l’entraîneur adverse fait tout ce qu’il peut pour vous « rallonger » … J’ai eu à dire à Marc Pacheco « Oh ! » deux fois dans la course, lorsqu’il a fallu passer Christopher Gamez. C’était mieux, je préférais attendre et en garder un peu pour le final. »

 

STAYER FR : Dans ce championnat de France, aviez-vous prévu un scénario ?

J.B.S. : « François Toscano dans la première manche a préféré prendre les devants, et la course lui a donné raison. Après ma qualification, il était clair que je pouvais prétendre à un bon résultat. Mais de là à penser au podium … Marc m’a dit que c’était le minimum à aller chercher. Moi, je ne savais pas trop à quoi m’en tenir, pensez, c’était seulement ma troisième course derrière motos ! Dans cette finale, je me suis vite rendu compte qu’Emilien Clère était au-dessus du lot. Mais on ne sait jamais … après, quand j’ai vu qu’on ne reviendrait plus sur lui, j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour aller chercher la deuxième place»

 

STAYER FR : Selon vous dont l’expertise s’exerçait plutôt jusqu’ici dans les courses de six jours et les américaines, existe-t-il des « passerelles », quelque chose de commun avec cette spécialité et le demi-fond ?

J.B.S. : « Le point de commun avec les américaines me paraît être la technique du coup de pédale, mais il s’agit de deux efforts vraiment différents. Le demi-fond est vraiment une discipline particulière »

 

Patrick Police

STAYER FR – le 19 septembre 2017

Merci à Joseph Berlin-Sémon pour l’interview et les photos, et à Dominique Turgis.

 

Sur la piste de Coueron, derrière Nick Alens

Derrière François Toscano, dans la première manche

Entre François Toscano et le co-organisateur du championnat Lionel Clément

En finale, derrière Marc Pacheco


18/09/2017
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SAMUEL DUMOULIN : INTERVIEW A J - 3

 

 

STAYER FR : Comment vous est venue cette idée de vous aligner au championnat de France de demi-fond ?

Samuel DUMOULIN : "  Tout naturellement. D'abord, j'ai débuté par la piste, où j'ai gagné des américaines. Retourner à la piste, c'est  donc tout naturel. Et puis, moi qui à mes débuts ai tant travaillé avec mon entraîneur Marc Pacheco, ce championnat m'offre l'opportunité de m'associer à nouveau avec lui. D'ailleurs, c'est une chose qu'on avait en fait un peu combiné tous les deux depuis le printemps. On a remporté le titre deux fois déjà, et j'ai une confiance aveugle en lui. Le côté  humain a beaucoup compté dans  ma décision : j'ai envie de retrouver un peu l'ambiance des débuts, avec mes supporters .. En plus, en fin de carrière, ce sera vraiment particulier. Enfin, un championnat de France, c'est quand même unique, je courrai "à la maison", et il y aura une atmosphère moins impersonnelle que sur les grandes courses sur route, où il n'y a pas les mêmes "vibrations" avec le public" 

 

STAYER FR : Passer des braquets de route si atypiques que vous poussiez sur la route (les sprints sur le 50 x 11 quand même ...) à ceux du stayer, ça se fait de suite, ou il faut un temps d'adaptation ?

Samuel DUMOULIN : " Le 50x11" c'est vrai, j'ai gagné une étape du Tour de France avec ce braquet. Mais depuis quelques années, je fais mes sprints sur le 53, et j'emploie maintenant des braquets "classiques". En fait, revenir aux braquets de stayers, passer d'une cadence de 120/125 tours/minute à 80, ça ne me pose pas plus de problème que ça. Et puis, j'ai toujours fais attention pendant ma carrière à conserver une grande souplesse de pédalage, ne serait-ce qu'à travers ces derniers hivers passés sur les pistes. Qui sait, c'est peut-être une des raisons pour lesquelles je suis encore dans le circuit après  seize saisons chez les "pros"

 

STAYER FR : On a donc compris que vous vous alignez à ce championnat notamment par ce qu'il va se dérouler à Lyon, et que vous serez un peu " à la maison". Mais vous courrez pour la gagne ?

Samuel DUMOULIN : " Vous le savez, j'ai fait un malaise en course cette année, et j'ai du observer une pause.  Avant de reprendre mon activité sur la route, ce championnat, c'est finalement comme une sorte de pari. Je ne me préoccupe pas de la concurrence, et je me concentre sur ma préparation, que j'ai entamée à ma reprise, mercredi dernier. Bien sûr , je vais courir pour essayer de gagner un troisième titre "

 

 STAYER FR : Avec le recul que vous ont données toutes ces saisons passées dans le milieu professionnel, vous pensez que pratiquer le demi-fond en saison est négociable avec un employeur ou non ?

Samuel DUMOULIN : " Mmmh ... C'est compliqué. A titre d'exemple, regardez Clément Venturini. Il est le cyclo crossman français n°1, et l'un des meilleurs mondiaux. Eh bien, même lui, il devra en rabattre sur son activité de cyclocross man et privilégier la route. la saison prochaine. Au coup par coup, faire une course sur piste par ci par là, ça peut passer ... mais c'est de plus en plus compliqué "

 

STAYER FR : Vous vous piqueriez au jeu de pousser jusqu'aux championnats d'Europe si d'aventure votre course de samedi vous donnait satisfaction ?

Samuel DUMOULIN : " Non, mon programme sur route m'en empêcherait : Tour de Vendée, Paris-Tours, Paris-Bourges ... il n'y aurait pas la place pour se préparer et disputer cette épreuve"

 

STAYER FR : Enfin, en 2018, serez-vous toujours coureur cycliste ? Et si oui, toujours dans la même équipe ?

Samuel DUMOULIN : " J'ai un contrat de deux années en cours avec AG2R. Donc en 2018, je serai toujours dans l'équipe. Maintenant, je vais  surtout m'attacher à retrouver de bonnes sensations; ce que j'ai à l'esprit serait de devenir comme un relais entre les coureurs et le Directeur sportif, par exemple. Après, tant que je resterai compétitif, je ne me fixe pas de limites "

 

 

 

   photos Isabelle Guitard

 

En 2003, le premier sacre

Le second en 2005 sur la piste de Commentry

Avec le maillot tricolore en 2005 sur la piste de Dortmund, toujours derrière Marc Pacheco


13/09/2017
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HOMMAGE A CHARLES BERTRAND, LE "SELF-MADE" STAYER

  CHARLES BERTRAND,  le stayer "self-made"

Terminus Demi-Fond

 

 

Pour évoquer le parcours du champion de France de demi-fond 1963, Charles Bertrand, un préambule s’impose. Vous le savez, j’ai pris l’habitude sur ce site de vous régaler depuis bientôt douze années des portraits des champions de France de la spécialité. Cette sorte de « fil rouge » m’a permis de célébrer quelques « figures » des années cinquante et soixante, telles celles de Roger Queugnet, Jean Raynal, Robert Varnajo …

 

Pour les coureurs de cette génération, le vélo était le sport-roi, synonyme de gloire sportive et de liberté. A l’époque, lors de la sortie du club du dimanche, on applaudissait ou encourageait les « cyclards » au bord des routes, parce que tout un chacun savait ce que représentait l’effort du cycliste, pour l’avoir un jour ou l’autre éprouvé soi-même (de nos jours, il existe un jeu qui consiste « à faire peur aux cyclistes » sur la route : entendu de la bouche même d’un « jeune homme » - comme les médias se plaisent à nous présenter ce genre d’individu) …

 

Ces hommes du siècle passé, nés dans les années vingt et trente, ont connu la guerre et ses privations, et enduré ses rigueurs. Pour eux, le mot « fatigué » n’existait pas au dictionnaire |dixit Bernard Gauthier – cf. L’épopée du cyclisme sur l’autodrome de Linas-Montlhéry page 159 ] Enfants ou adolescents pendant la guerre, ce sont eux que les médias et chroniqueurs économiques se plaisent aujourd’hui à nous présenter comme les privilégiés d’un soi-disant âge d’or (les « trente glorieuses » tu parles !), alors même qu’ils ont travaillé sans compter à la reconstruction d’une France dévastée par le second conflit mondial, et préparé par leur labeur, leur courage et leurs sacrifices une existence meilleure pour les générations qui l’ont suivie (la mienne en fait partie) … Ces années d’après-guerre où l’on travaillait six jours par semaine et dix heures par jour, où l’on roulait une fois sorti de l’usine sur des routes plutôt rustiques (rien à voir avec les « billards » de nos actuels circuits d’entraînement) , par des climats autrement plus rigoureux que ceux que nous connaissons aujourd’hui, et où l’on se rendait à vélo (cinquante kilomètres, une paille !) au départ de la course dominicale.

 

A ceux qui se reconnaîtront dans ces lignes, ma reconnaissance, et mon respect.

 

Charles Henri Bertrand, dont nous allons raconter le parcours,   émarge à cette génération chère à mon cœur, et son itinéraire tout à fait atypique achèvera de vous convaincre que, décidément, les écumeurs de piste et de route de l’après-guerre nous ont laissé un sacré héritage. Puisse un jour le cyclisme retrouver ce parfum d’aventure et d’amateurisme – ce terme entendu dans son acception la plus noble – et ce supplément d’âme qui lui fait si cruellement défaut de nos jours.

 

 


 

STAYER FR : « Vous avez toujours vécu à Caen, puis dans sa région ? Et vous êtes toujours resté fidèle au même club ? »

Charles Bertrand : « Oui, j’y suis né le 19 Avril 1931, rue Saint-Jean, dans le quartier du centre de la ville, celui qui a été totalement dévasté pendant les bombardements de l’été 1944 (il ne restait plus rien : seule l’église émergeait d’un champ de ruines) J’ai signé ma première licence en 1949 et, effectivement, je suis toujours resté fidèle à mon club, l’U.V. Caen. J’ai porté les couleurs vert et rouge de 1949 à 1964, soit pendant toute la durée de ma « carrière » cycliste »

 

STAYER FR : « A ma grande honte, il va falloir m’aider … L’U.V. Caen ? »

Charles Bertrand : «  Ce club, créé en 1938, est né de la scission de l’E.S. Caen (sa devise : « vite et bien », tout un programme ! – merci Monsieur Bertrand pour votre impressionnante documentation - n.d.l.r.) L’U.V. Caen a eu un « parrain » glorieux – même si d’abord sociétaire du grand rival, l’E.S. Caen -, en la personne d’Yvan Marie, ce coureur professionnel taillé en armoire … normande (excusez, je n’ai pas pu m’en empêcher – n.d.l.r. -), révélation du Tour de France 1936, animateur de l’édition 1938, un fameux rouleur en plus. Sa carrière - gâchée par la guerre - achevée, il a tenu une boutique de cycles à Caen, rue Saint-Michel de Vaucelles. Clin d’œil du destin, nos chemins devaient se croiser plus tard. D’ailleurs, si vous observez attentivement certaines des photos que je vous confie, vous verrez son nom apparaître sur ma tenue de coureur »

 

STAYER FR : « Et ce club a vu beaucoup de champions sortir de ses rangs ? »

Charles Bertrand : « Oui, qu’ils soient amateurs ou professionnels, de valeur régionale, nationale, voire internationale. Je ne vais pas toutes les citer, mais les grandes figures du club, avant-guerre et dans l’immédiat après-guerre, ont été Guillaume Mercader, André Bellavoine, Roland Lemoine (qui se tua en course sur les routes normandes en 1946), Camille Clerambosq et Gaston Rousseau, ce dernier équipier de Robic dans l’équipe de l’Ouest du Tour 1947. Puis dans les années soixante, il y eu les Jacques Hurel, Jacky Chan Tsin, Roger Julienne, Guy Grimbert (champion de France des Indépendants) et Stéphane Couge (champion de France des Espoirs en 1998 à Montpichon dans la Manche), tous ces résultats acquis sous la férule d’un directeur sportif hors-pair, véritable meneur d’hommes, Roger Aveneau. Enfin, impossible de ne pas évoquer Vincent Barteau, maillot jaune au long cours pendant le Tour de France en 1984, et Richard Vivien, champion du monde des routier amateurs en 1987. Un champion du monde issu de l’U.V. Caen : la page la plus glorieuse de l’histoire du club »  

 

STAYER FR : « Je vois que vous ne vous considérez pas comme un champion, alors que vous avez été le premier à apporter un maillot tricolore à la corbeille du club [il y en a eu une quinzaine au total, dont Vincent Barteau qui a été champion de France Junior], si je fais exception d’un titre national A.S.S.U. remporté par Aimé Bénard en vitesse quelques semaines auparavant. (Je n’ai aucun mérite à faire l’érudit, là encore je n’ai qu’à puiser dans la remarquable histoire du club, réalisée par notre homme – n.d.l.r.) »

Charles Bertrand : « Oh non. Je n’avais pas la valeur de ces coureurs-là ! J’ai longtemps couru chez les indépendants, avant de finir chez les amateurs première catégorie. A la fin de ma « carrière », je comptais une quinzaine de victoires régionales sur la route, et une cinquantaine sur la piste. Je me débrouillais bien sur la piste. La presse régionale de l’époque me décrivait comme « accrocheur » et « courageux » (et le mot « sympathique » revenait aussi systématiquement, la modestie de notre interviewé dut elle en souffrir) Quant à ce maillot de champion de France dont vous parlez, il relevait plutôt de l’aventure personnelle … »

 

STAYER FR : « Racontez-nous ça ! »

Charles Bertrand : «  Mes débuts sur la piste, je les ai effectués en 1949. Mais gardez-bien une chose en tête : à l’époque, « on n’avait pas les moyens ». La vie était rude au sortir de la guerre, et le club ne disposait d’aucun matériel pour ses coureurs. Bref, on se débrouillait comme on pouvait. Avant de songer à tourner sur le ciment du vélodrome, je devais démonter le guidon, les freins, le dérailleur de mon vélo de route … j’enlevais les papillons pour leur substituer des boulons, et ça faisait la rue Michel … On était dans la débrouillardise, on n’avait pas d’argent, les priorités étaient de nourrir la famille et assurer le quotidien. Ma passion du vélo, à laquelle j’ai énormément sacrifié, c’était un « luxe »»

 

STAYER FR  : « Vos débuts sur la piste ? »

Charles Bertrand : «  Je les ai effectués sur le vélodrome de Caen Venoix, bien sûr ! A ce sujet, j’ai un souvenir auquel je suis très attaché. Il s’agit d’une réunion d’attente de l’arrivée du Tour du Calvados, l’année de mes débuts. Sur la piste ce jour-là, il y avait « du beau monde » comme on dit : Jean Rey, champion de France professionnel, Urbain Caffi, Emile Ignat, Roger Rioland et Marcel Bareth. A l’issue de la réunion, voilà qu’on me remet à moi, le coureur débutant, cinq francs en guise de prime, ce qui n’était pas rien pour moi à l’époque ! C’était eux, les pros, qui s’étaient cotisés, à raison d’un franc chacun … une façon pour eux de saluer ma prestation. Je n’ai jamais oublié ce beau geste. Après tout je n’étais qu’un « petit coureur » »

 

« J’étais un habitué de la piste de Caen Venoix, évidemment, mais j’ai connu le " Vél’ d’Hiv’ " aussi … en lisant l’hebdomadaire sportif Route et Piste ! C’est d’ailleurs de cette manière que je me suis engagé au début des années cinquante dans une individuelle. Et c’est à cette occasion que j’ai été remarqué par Monsieur André Livet, alors manager des pistards pour les amateurs. Moi, le provincial, j’étais tout intimidé à l’idée de courir dans ce « temple » du cyclisme sur piste, et au début je me suis fait un peu « tourner autour des oreilles ». J’avais d’ailleurs tellement la « pétoche » que je me suis mis à rouler, à rouler, pour chasser ce trop-plein d’émotions, et cela jusqu’au moment où j’ai cassé ma chaîne. Je me suis alors arrêté tout penaud, et, peu après, des coureurs parisiens m’ont révélé, une fois descendus du vélo : « Mais t’as pas vu ce qui se passait derrière toi ? Tout le monde était en file indienne ! » Ils m’ont alors présenté au mécano de l’endroit pour réparer ma chaîne : c’était un Normand comme moi, un « Manchot », Marcel Jamme. Et sur ces entrefaites est arrivé un type en costume. C’était Monsieur Livet. Je lui avais tapé dans l’œil visiblement. Une semaine après, j’étais engagé pour courir une américaine avec Georges Sérès. En 1952 et 1953 je courrai d’autres américaines, et avec des « clients » tels que Rick Van Steenbergen, Joseph Groussard, Roger Hassenforder … A ce sujet, j’aime me rappeler cette anecdote concernant le Grand « Rick ». Cela se passait au vélodrome de Colmar. J’étais tout à ma préparation lorsqu’est arrivé vers moi son mécano, qui me dit avec son fort accent flamand : « Viens avec moi ... Rick, il veut voir ta face ! »

 

STAYER FR : « Alors, comment êtes-vous venu au demi-fond ? »

Charles Bertrand : « Toujours la même démarche, celle qui m’a guidée toute ma vie, en autodidacte, seul, et sans l’aide matérielle du club.

Le « déclic » pour le demi-fond, il s’est produit lors des championnats régionaux sur piste qu’organisait l’U.V. Caen. C’était en 1961. Là, avec mes coéquipiers André Doguet, Pierre Dewilde et Michel Pierre nous avons remporté le titre régional de poursuite par équipes. Dans la foulée nous sommes partis disputer les championnats de France à Dijon. Nous n’avons pas démérité là-bas, puisque nous ne sommes fait « sortir » qu’en quart de finale, par l’A.C.B.B., qui ira jusqu’au bout du tournoi. Il y avait du demi-fond sur la piste ce jour-là. Et je me suis dit que tout ce qui pouvait se courir en régional sur un vélodrome, je l’avais gagné … J’ai songé que, finalement, j’avais fait le tour de toutes les spécialités. Sauf le demi-fond, que je n’avais jamais pratiqué. Il n’y avait que dans cette discipline que je n’avais pas gagné. Au retour, ma résolution était prise : « Il faut que je le fasse ! » »  

 

STAYER FR : « Et vous vous êtes lancé comme ça ? »

Charles Bertrand : « Oui, je me suis jeté à l’eau, un peu comme un aventurier. Mais à Caen, il n’y avait rien : je partais de zéro. Et voilà qu'un jour, je me suis un jour mis en rapport avec André Bellavoine, à qui j’ai parlé de mon projet. Jusque-là, je ne le connaissais que de réputation, car en course, il était le plus souvent «  devant » et moi « derrière » comme dans la chanson de Brassens. J’avais besoin d’un vélo de stayer, lui seul en avait un. L’affaire n’a pas été longue à conclure : « Mon vélo, je ne te le vends pas, je te le prête ! »  ... Je l’avais, mon vélo de stayer ! »

 

STAYER FR : «  Mais la moto d’entraînement ? »

Charles Bertrand : «  Là encore, improvisation totale, débrouillardise, système « D » : un copain m’avait bien prêté une vieille Terrot. Mais où trouver un pilote ? Je travaillais du lundi au samedi, de cinq heures du matin à seize heures le soir, en qualité de tourneur au Centre de Formation Professionnelle Accélérée pour Adultes, où j’avais un copain tôlier, François Lemarchand, qui avait les mêmes horaires que moi. Cette coïncidence a suffi à nous lancer dans l’aventure … Un peu plus tard, François nous dénichait un « monstre » une Indian, moto américaine de 1200 cc et onze chevaux, achetée d’occasion cinquante mille francs anciens ! Nous avons achevé de le « transformer » au Centre. Cet engin montait à 90 km/h en seconde ! Inutile de vous dire que l’on n’a jamais eu à passer la troisième ! Par contre, lorsqu’on aventurait l’Indian sur la route, le rouleau savait rappeler dangereusement sa présence en inclinaison dans les virages ... "

 

 

STAYER FR : « Le matériel c’est bien beau, mais l’équipement ? »

Charles Bertrand : « Pour l’entraîneur, une canadienne retournée a fait l’affaire. Enfin, presque … Quant à mon casque, je n’ai pas eu un gros investissement à faire : je n’ai eu qu’à le ramasser sur la route ! Lors d’une sortie d’entraînement, j’avais remarqué un vélomoteur qui venait en sens inverse, et qui en avait un, accroché sur son porte-bagages avec un sandow … un sandow sur les routes de l’époque ! Au retour, quand j’ai vu ce casque, abandonné dans l’herbe du bas-côté, je l’ai vite adopté. Même s’il était un peu grand pour moi … C’est de cette façon que j’ai complété ma « panoplie » de stayer »

 

 

 

 

STAYER FR :   « Et la préparation s’est effectuée sur un mode tout aussi empirique ? »

Charles Bertrand : « Je me suis préparé comme pour les autres courses : entraînement sur la route, soit cinquante kilomètres le mardi, cent le jeudi, et le reste de la semaine le trajet à vélo domicile/travail. Et quand je le pouvais, un peu de piste sur le vélodrome de Caen Venoix. »

 

STAYER FR : « Vous vous êtes vite adapté au demi-fond ? »

Charles Bertrand : « Oui.  En tant que coureur sur piste expérimenté, cette adaptation s’est faite tout naturellement. »

 

STAYER FR : « Vous allez nous évoquer maintenant l’aventure un peu folle de ce championnat de France 1963 »

Charles Bertrand : « Alors, nous allons remonter une année auparavant.

Lorsque je me suis estimé prêt, j’ai contacté Monsieur Livet, qui m’a alors orienté vers Victor Longue qui s’occupait du demi-fond à La Cipale. C’est lui qui m’a orienté vers le seul entraîneur alors disponible, Roger Godest. Comme moi, il était débutant, et faisait ses premiers pas dans la spécialité : jusqu’ici, il n’avait eu à piloter que des Derny. Nous fîmes nos premiers pas au championnat de France à Reims, où je fus éliminé en qualification pour quelques dixièmes de seconde. Le Président de la F.F.C., Louis Daugé, qui était présent ce jour-là, m’adressa à cette occasion quelques mots d’encouragement : « C’est dommage… Mais il faut insister, ne vous découragez pas ! »

L’année suivante, huit jours avant le championnat, mon club organisait une réunion de demi-fond disputée en trois manches. Cette première course véritable, accomplie derrière cet entraîneur tombé du ciel, me mit vraiment dans l’allure. Le dimanche d’après, je partais au volant de ma Renault Dauphine, à mes frais, sans aucune aide financière du club, en direction du Parc des Princes en compagnie de mon épouse Anik »

 

« Le Parc des Princes … Moi le coureur régional, je côtoyais ce jour-là dans les cagnas du Parc les Gaignard, Rousseau, Bouvet, pendant que sur la piste, Robert Varnajo remportait le titre des stayers professionnels, gagné à l’applaudimètre par Roger Hassenforder. Seul provincial parmi sept franciliens, dont six du même club, j’étais complètement perdu. En plus, j’héritais de la pire des positions au départ, la huitième ! Très vite, je me suis retrouvé doublé par Tomassi, qui mènera longtemps la ronde. J’étais tellement dans ma bulle, tellement émotionné, que je ne m’apercevrai même pas du moment où il quittera la course. En fait, je ne m’occupais de rien d’autre que de mon effort, et je ne savais absolument rien de ma position, lorsque j’ai tout à coup entendu le public applaudir. Et j’ai eu de plus en plus l’impression au fil des tours que c’était vers moi que se dirigeaient leurs applaudissements. Moi, le régional perdu parmi tous ces coureurs parisiens, on m’encourageait comme si j’étais sur la piste de Caen Venoix ! J’étais donc en tête maintenant ? Et voilà qu’à huit tours de la fin, Godest se met à hurler dans ma direction : « Ca y est, tu es champion de France ! » Il n’aurait jamais dû me dire ça ! Car à partir de ce moment, j’ai eu les jambes comme coupées, et les quatre dernières entrées de virage du vélodrome du Parc m’ont parues interminables … J’ai bien cru ne jamais arriver au bout …  Pourtant, quelques instants après, c’était bien moi qui grimpait vers la tribune officielle, sous les yeux, notamment, du maître de la spécialité, Victor Linart. J’y retrouvais mon épouse, une fois revêtu le maillot noir bleu blanc rouge … Une grande émotion m’a étreint … ce fut un instant merveilleux. Au point de vue matériel, les cinquante mille francs alloués au vainqueur ne pouvaient pas mieux tomber, je faisais alors construire ma maison ! Et j’avoue que sur le moment je ne me suis pas posé la question de savoir comment mon entraîneur serait rémunéré … »

 

STAYER FR : « Et après ce moment de gloire ?  »

Charles Bertrand : « Nous avons fait une halte, au retour, à l’Hôtel de la Rotonde à Caen, chez le patron de l’U.V. Caen, pour « célébrer » le titre. Mais à six heures du matin le lendemain j’étais au boulot ! Le soir, j’aurais le plaisir de trouver dans ma boîte aux lettres le numéro d’Ouest-France évoquant ma victoire. Je n’y étais pourtant pas abonné, mais le quotidien avait eu cette délicate attention, et le porteur de journaux avait même ajouté un petit mot de félicitations sur le bandeau. Ce genre de chose fait vraiment plaisir. Puis j’ai obtenu dans la foulée quelques contrats sur piste, et une participation au Critérium des As de l’Avenir à Longchamp, ainsi que des courses derrière derny en Bretagne … »

 

STAYER FR : « La suite va être plus triste (c’est que je connais la fin … n.d.l.r.) »

Charles Bertrand : « Le championnat du Monde qui s’est disputé à Rocourt en Belgique peu de temps après aurait dû me mettre la puce à l’oreille quant à la tournure qu’allaient prendre les évènements l’année suivante … J’avais obtenu un congé exceptionnel de huit jours de mon employeur, que je comptais bien employer tout entier à ma préparation. Mais lorsque je suis arrivé sur place en Belgique, j’ai vite constaté qu’il n’y avait pas de motos d’entraînement pour moi, et qu’il m’était impossible de me préparer sérieusement. J’ai été alors voir « Toto » Gérardin, le responsable de la délégation française, qui, à grand-peine, a réussi à me trouver en tout et pour tout un créneau de dix minutes pour tourner dans le sillage de Lorenzetti. Et moi qui croyais m’entraîner à fond … Une brouille entre l’entraîneur et la Fédération paraît-il … Pour la course elle-même, on m’a attribué au tout dernier moment un entraîneur, un petit nouveau, le Néerlandais Bruno Walrave, qui fera son bout de chemin dans le demi-fond par la suite (et comment !) On a fait ce qu’on a pu, c’est-à-dire qu’on n’a pas pu passer le cap de l’élimination, et L’Equipe n’a eu dans ces conditions aucun mal à titrer le lendemain : « Bertrand inexistant » … Toute cela n’augurait rien de bon pour la suite … »

 

STAYER FR : « Pour l’édition du championnat de France 1964 ? »

Charles Bertrand : « Oui. Pourtant, cette année-là, je marchais encore mieux, et j’étais bien décidé à défendre mon titre. Mais j’ai été éliminé dès les séries, que l’on disputait en solitaire sur des tours chronométrés (dix je crois me rappeler) Je n’ai pas compris ce qui s’est passé ce jour-là. Mon entraîneur n’accélérait pas, ne «répondait » pas, et j’étais dans l’impossibilité de communiquer de toutes façons pendant le trop bref laps de temps de cette manche qualificative. Et n’allez pas croire que j’étais allergique aux efforts brefs ou aux départs rapides, c’était tout le contraire ! Au club, combien de fois mes camarades soulignaient qu’en course je « partais comme une balle » … Encore aujourd’hui je n’ai pas compris ce qui s’est passé ce soir-là ... mon entraîneur était comme « ailleurs » … André Livet a pensé quant à lui que j’ai été victime d’un coup fourré … Un peu plus tard, je me rendais à nouveau au « Parc », pour disputer, derrière l’entraîneur Lavalade cette fois, pour une course de qualification pour le championnat du Monde. Là, nous avons tourné, départ arrêté, en 30 minutes aux quarante kilomètres, ce que situait tout de même ma condition du moment ! Cette séquence avait été tellement intense que j’avais encore mal aux mâchoires le lendemain au travail ! Puis j’ai encore été courir au vélodrome de Reims, où j’ai terminé quatrième derrière les Giscos, Maréchal, Salmon … Et c’est à mon retour à la maison que je vais trouver dans ma boite aux lettres un courrier m’informant que j’étais convoqué pour disputer le championnat du Monde au Parc des Princes ! Du coup, me voici reprenant la route, armé de la lettre de la Fédé, en direction cette fois de La Cipale. Et c’est pour y retrouver un Gérardin tout surpris de me voir là : « Tiens, te v’là, t’es en vacances ? » me dit-il. Je lui présente alors ma lettre : il la regarde du bout des yeux et me dit : « Je ne suis pas au courant. J’ai rien pour toi ! » Nouveau retour à la maison, tout à fait dépité cette fois. Et c’est à ce moment que je vais croiser dans la rue deux plâtriers qui, en me voyant, s’interpellent : « Laisse passer notre champion du Monde ! » … La honte m’a alors envahie … un coup terrible pour moi … Au point que je suis resté sans sortir de la maison pendant quatre journées entières … »

« Et comme si ce n’était pas déjà assez, en parcourant L’Equipe du jeudi, j’ai découvert mon nom sur la liste des participants … au championnat du Monde ! Ma carrière s’est achevée là. Je n’étais plus coureur. Dommage, car je « marchais » mieux que lors de l’année de mon titre. En fait, je pense que j’ai décroché la timbale trop vite … Et puis, il ne faut pas oublier que j’étais le provincial, venu de nulle part … »

 

STAYER FR  : « Il y a une vie après le demi-fond, et vous allez le prouver »

Charles Bertrand : « Avec mon ami Joseph Bourdon - ancien coureur lui aussi à l’U.V.C. - on avait pris l’habitude de faire de fameux rallyes sur les routes avec sa Panhard PL 17, pour nous rendre au départ - ou pour revenir - des courses cyclistes. Lui au volant, moi à la carte, le soir du retour du championnat de France de Reims, je lui avais dit : « C’est dangereux ces conneries là, tu ne crois pas qu’à ce compte-là on ferait mieux de faire des rallyes tous les deux ? »

 

Rallye du Touquet 1967 Bourdon/Bertrand   

  

Après le « coup » du championnat du Monde 1964, on a concrétisé ce projet, et je suis reparti pour une nouvelle aventure … qui nous a vu, de 1965 à 1975, gagner ensemble, sur R8 Gordini 1100 ou Alpine Berlinette 1300 et 1600, tout ce qui pouvait ressembler à un rallye automobile sur une ligne La Baule / Le Touquet ! On a vécu des moments épiques et intenses, tels ces rallyes de la Côte Fleurie (trois ou quatre victoires au compteur, je ne sais plus), celui du Touquet, à la lutte avec les Jean-Luc Thérier, Jean Vinatier, Philippe Farjeon, ou encore cet hallucinant Rallye du Portugal où mon coéquipier m’a vraiment bluffé par ses capacités de mémorisation des parcours tout à fait hors-normes » 

 

Bourdon - Bertrand avec la R8 Gordini

Bourdon - Bertrand : Trophu00e9es Alpine

Charles Bertrand, la modestie faite homme, a vécu le sport en autodidacte, avec la passion et la curiosité sans cesse chevillées au corps.

 

Il se demande sincèrement si son histoire est bien de nature à intéresser le public, et m’a rappelé autant de fois que possible sa condition de « petit » coureur, tout en m’interrogeant sur la nécessité de la publier.

 

Car il est persuadé que son parcours ne présente rien de bien extraordinaire.

 

J’espère vous avoir convaincus du contraire.

 


 

22 Avril 2017

Patrick Police, avec mes remerciements à Charles Bertrand

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

 

il devra être mentionné le nom du (ou des) auteur(s) et du site internet STAYER FR

 


14/06/2017
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BERNARD FILIATRE : PAROLES D'ENTRAINEURS

 

 

 

PAROLES D’ENTRAINEUR :

BERNARD FILIATRE

 

 

  

 Cela faisait un bail que l’on n’avait pas procédé à l’interview d’un "pacemaker" sur Stayer Fr ...

 

Alors, tant qu’à faire, j'ai été vous dénicher l’un des plus titrés en activité [six (6) titres nationaux quand même ]  (eh oui je suis comme ça pour vous, chers visiteurs, je ne recule devant aucune splendeur), j'ai nommé le Dijonnais Bernard Filiatre.

 

Vous le constaterez vous-mêmes  au fil des lignes, le parcours du garçon a été plutôt du genre atypique. Comme quoi tous les chemins peuvent amener à une moto d’entraînement. D'ailleurs, si çelon laa pouvait susciter parmi vous des vocations, ne vous gênez pas, et transmettez vos coordonnées à votre site préféré, qui transmettra à qui de droit …

 

Allez, en attendant, nous allons passer sans plus tarder notre invité à la question, car le le travail avant tout [on est comme ça chez STAYER FR, on rigole on rigole mais quand faut y aller faut y aller !]

 

FILIATRE, Bernard, Michel. Né le 29 Mai 1963 à Dijon

Clubs fréquentés : A.S.P.T.T. Dijon de 1987 à 2005 ... et le S.C.O. Dijon depuis !

 

STAYER FR : « Le « déclic » pour le demi-fond, il est venu quand, et comment ? »

Bernard Filiatre : « En 1996. Le Président de l’A.S.P.T.T. Dijon, Michel Royer, cherchait alors des entraîneurs. En fait, je dois bien être le seul pacemaker qui n’ait jamais mis un jour un dossard. Je n’étais pas dans le milieu du cyclisme, j’étais motard, et c’est ça qui avait amené Michel Royer à m’en parler. A l'époque, je possédais une Yamaha 600 Ténéré. J’ai vite accepté la proposition, intrigué et curieux que j'étais de voir comment ça se passerait. Et puis je me suis retrouvé pris au jeu, et surpris à faire des ronds et des ronds sur la piste municipale ... j'avais contracté le virus ... »

 

STAYER FR : « Ne pas avoir été coureur cycliste, cela n’a quand même pas dû être un avantage, non ? »

Bernard Filiatre : «  Au départ, c’était même un handicap. Il a fallu que je mette à niveau, et tout seul ! Je ne connaissais pas toutes les ficelles des courses cyclistes, qu’elles se disputent sur piste ou sur route (Il y a des "ficelles" en demi-fond  ? Alors là, je tombe des nues ...) Quelques images du Tour de France à la télé, et c’était là tout mon bagage … Donc, j’ai dû vraiment apprendre le métier par moi-même. L’entraîneur « historique » à Dijon c’était Pierre Lachaize. J’ai donc repris le flambeau, une fois ramassées quelques inévitables « peaux de bananes » … Ah si, j’ai reçu quand même des conseils pendant cette période ! Ceux de Jean Court, bien sûr ! (ancien commissaire international en charge du demi-fond à l’époque), ... Mais dans l’ensemble, je peux l'affirmer, c'est vraiment par moi-même que j'ai dû apprendre le "métier" »

 

STAYER FR : « Comment tu conçois ton rôle d’entraîneur ? »

Bernard Filiatre : « L’expérience acquise, il faut la transmettre aux nouveaux entraîneurs ... Et aussi être capable de faire venir au demi-fond de nouveaux coureurs »

 

STAYER FR : « Les nouveaux coureurs justement : c’est quoi la bonne méthode pour prendre un apprenti-stayer en main ? »

Bernard Filiatre : « Déjà doivent s’établir des rapports de confiance mutuels. C’est primordial. Pour le reste, tu dois le faire profiter au mieux de ton expérience. Après, ce qui est beau, c’est de voir le coureur progresser, ou encore constater que l’entraîneur que tu as formé commence à bien se débrouiller sur la moto. Côté coureur, je pense à Guillaume Brasseur par exemple. Regarde les progrès qu’il a fait depuis ses débuts dans la discipline ! Je t'assure que ça fait plaisir de le voir évoluer maintenant à ce niveau ! Quant à son entraîneur, Romuald Foucher, il fait partie à mon avis des meilleurs du circuit maintenant (et en plus, je peux te dire qu’il est difficile à doubler en course, ne serait-ce qu’à cause de sa taille !) »

 

STAYER FR : « On va faire un peu d'histoire, c'est une de mes (nombreuses) lubies. Du coup, te rappelles-tu  le premier coureur que tu aies embarqué dans ton sillage ? »

Bernard Filiatre : « Le premier que j’ai pris sous mon aile a été Denis Vernois. Enfin, je rectifie : à l’époque, entraîneur-débutant que j’étais, c’est plutôt lui qui a fait mon apprentissage, et avec beaucoup de patience, car à l’époque, je commettais pas mal d’erreurs : mettre Denis dans le vent, le faire « profiter »  des turbulences des autres par exemple … On va malgré cela tout de même décrocher une cinquième place pour mon premier championnat de France (disputé sur la piste de Saint-Denis de l'Hôtel, et remporté par Marc Seynaeve - n.d.Stayer Fr-

Après ? j’ai « drivé » Antoine Breton, un Dijonnais champion de France de vitesse, puis ... prends des notes, car ça va défiler :  Eric Samoyeault, Romuald Foucher, Laurent Campioni, Gérard Simmonot, Frédéric Denis, Geoffray Febway, Mickael Lazare, Antoine Gorichon, François Lamiraud, Vincent Gérard, Melvin Ruillère, et Christopher Gamez … Tous ces coureurs n’ont pas été champions de France, mais j'ai eu à travailler avec eux, à un moment ou à un autre, ponctuellement ou durablement. Et puis enfin, tu as pu voir en action ici sur le vélodrome municipal le "petit dernier", Philémon Marcel Millet … Je crois en ce garçon. »

 

STAYER FR : « Et puis, bien sûr, il y a ceux avec qui tu as été champion de France, Stéphane Bennetière et David Derepas » 

Bernard Filiatre : « Oui. Et ça fait plaisir, crois-moi, d’avoir été champion de France avec des coureurs dijonnais. C’est une joie bien particulière, que tu ne peux comparer à aucune autre, lorsque tu réussis à devenir champion de France de demi-fond avec des coureurs de ton club »

 

STAYER FR : « Toujours à la rubrique "Souvenirs souvenirs", racontes-nous les circonstances de ta rencontre avec Stéphane Bennetière, et de ton premier titre de champion de France avec lui »

Bernard Filiatre : « Stéphane était déjà champion de France contre la montre, lorsque je lui ai proposé de mettre en place notre association. On commence à rouler ensemble et voilà qu'à l’issue d’une réunion sur la piste de Dijon, Serge Crottier-Combe - un monsieur qui en connaissait un bout sur le sujet, est -il besoin de le préciser n.d. Stayer Fr- ] est venu à ma rencontre pour me dire : « Bernard, tu as derrière toi un futur champion de France ! » Dans la foulée, aux championnats de France à Poitiers, nous faisons troisième, alors que Stéphane n’avait fait qu’une seule course derrière moto, celle de Dijon justement ! Cette fois, c’est Stéphane lui-même qui est venu spontanément vers moi à l'issue de la course pour me dire : « L’année prochaine, je vais le préparer,  ce championnat, et on fera quelque chose de bien ! » Et effectivement, en 2002, sur le vélodrome de Plouzané, nous avons gagné un très beau championnat, et devant Samuel Dumoulin s'il te plaît ! Le soir même, j’appelais Serge Crottier-Combe pour le remercier ! »

 

STAYER FR : « De ces six titres remportés (deux avec Stéphane Bennetière, quatre avec David Derepas), il doit bien y en a voir un qui t’as marqué un peu plus que les autres, non ? »

Bernard Filiatre : «  Le premier est forcément le plus beau … Et  puis ... non ! ... Le plus beau, ce sera le prochain ! Mais je ne suis pas devin … Chaque année, je vois le niveau s’élèver;  c’est d'ailleurs une chance pour le demi-fond, et je ne m’en plains pas. Tous les entraîneurs font de leur mieux avec de nouveaux coureurs, et il en émerge un ou deux chaque année »

 

STAYER FR : « Retour à l'ablum-souvenir : le plus difficile à remporter de ces six titres, ça a été lequel ? »

Bernard Filiatre : «  Descartes, en 2006, indiscutablement. Ce jour-là, à cause de la chaleur terrible, je peux te dire que l’entraîneur a bien souffert. Sinon, un autre moment pénible aura été l'édition 2003, lorsque nous nous sommes fait battre par Samuel Dumoulin. Ce jour-là, Stéphane avait l’impression de ne pas avancer. Et pourtant on en doublait des coureurs, au fil des tours ! Mais c’était bizarre, on était mal, une sensation étrange, inexplicable qui nous a tenus pendant toute l'épreuve, et cela même si nous avons été battus par plus fort que nous ce jour-là !  De toutes façon, tous nos titres ont été gagnés "à la régulière", sans "complot" ou "coups tordus". Et même pour ce qui concerne les courses que nous avons terminé derrière, je peux te dire que je ne conserve aucun regret, et n'ai rien à reprocher à qui que ce soit. Lorsque nous avons été battus, ça a toujours été par plus fort que nous, et sans que nous ayons une excuse quelconque à  faire valoir »

 

STAYER FR : « Ton fils Michel est sur la moto d’entraînement depuis deux saisons maintenant ..."

Bernard Filatre : "Non, sept."

 

STAYER FR : " ... Pas possible ... [Comme le temps passe ma bonne dame, ce que c'est que de nous etc ... n.d.Stayer Fr ]  Bon, sept années donc. Tu ne vas pas me dire que tu  n'es pour rien dans sa vocation ? "

Bernard Filiatre : «  Non, non, je te l'assure : il y est venu de lui-même ! Ca lui a plu, à force peut-être de me voir tourner lors des courses où je l’emmenais. Je ne vais pas te cacher que ça me fait plaisir bien sûr de l'avoir vu rejoindre le "circuit". Mais je te vois venir : ne crois pas que la relève est assurée, je n’ai pas encore envie de céder la place !   Je  lui transmet mon savoir au compte-gouttes, car  c’est à lui d’apprendre, par lui-même, et je le laisse se débrouiller … Par contre, à sa décharge, je dois bien préciser que rien n’est simple pour lui, car il exerce un métier difficile, celui de cuisinier, qui lui laisse trop peu de temps libre. Du coup, il ne peut pas être autant disponible qu’il le voudrait pour améliorer sa technique sur l'engin »

 

STAYER FR : « Depuis bientôt trente années que tu es dans le milieu, je suppose que tu dois bien avoir quelques idées pour assurer l'avenir du demi-fond »

Bernard Filiatre : « Bien sûr. D'abord, celle qui consiste à former d’autres entraîneurs, et c’est une priorité ! Et puis aussi celle de favoriser la présence des coureurs français sur toutes les épreuves du calendrier. A mon avis, c’est vraiment indispensable »

« Maintenant que tu n’as plus de questions à me poser, (j'ai pourtant fait mon maximum, je vous l'assure) je voudrais profiter de la tribune que STAYER FR m'offre  pour remercier Bernard Mary, le Président du S.C.O. Dijon, dont l’action a permis que le demi-fond continue à Dijon. Son mérite a été de considérer le demi-fond comme une spécialité à part entière (une spécialité  ... à part ... entière  ... Ca me rappelle quelque chose , pas vous ? –n.d. Stayer fr) et il a à cœur que le vélodrome de Dijon accueille un rendez-vous annuel »

 


 

Avec Stéphane Bennetière

 

 

 

Avec Christopher Gamez

 

 

4 titres nationaux avec David Derepas

 

Avec Vincent Gérard

 

 

Michel et Bernard Filiatre

 


Interview réalisé par Patrick Police STAYER FR

Photos Jacques Demangeot, Stayer FR, Stayer de

 

 

 

 

 


11/03/2017
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