STAYER -FR : Le blog 100 % demi-fond et derny

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ESPACE JEAN-CLAUDE RUDE


Jean-Claude Rude : l'interview d' Henri Pescarolo

      
23 Août 1978 : la tentative de Jean-Claude Rude

contre le record du monde de vitesse

derrière la Porsche 935 d' Henri Pescarolo

 

L'interview d' Henri Pescarolo

 

 

 

photo F.A Rude

 

 

Patrick Police :  " Henri Pescarolo, comment êtes-vous entré en relation avec Jean-Claude Rude ? "

 

Henri Pescarolo : " J’ai été  contacté par le manager d’une équipe de vélo, dont j’ai oublié

le nom (il s’agit de Jean de Gribaldy). Il m’a semblé qu’ils avaient ce projet de record
en commun, je ne sais pas qui avait eu l’idée de ce record, de lui ou de Jean-Claude ...
Et moi, ça m’a paru « complètement louf » de vouloir tenter de battre le record de José Meiffret (*) tant d’années après … Mais bon … pourquoi pas ? ... "

" Le challenge m’a intéressé. Instantanément, j’ai compris la responsabilité que je prenais, parce que je me doutais que c’était une entreprise   certainement dangereuse, et que la
responsabilité du pilote qui allait conduire la Porsche était vraiment très importante. "

 

" Ceci dit, ça m’a intéressé de relever ce challenge avec Jean-Claude Rude, qui s’est avéré être un « gamin » assez extraordinaire, enthousiaste et passionné parce qu’il voulait accomplir. Donc, on a mis en route le projet. "

 

" Sur le plan technique, avec Porsche tout d’abord, parce qu’il fallait trouver une voiture assez puissante pour emmener l’énorme carénage à l’arrière de l’auto …   La Porsche 935 était l’une des voitures les plus puissantes en course automobile à l’époque, et c’était celle qui s’avèrerait capable de pouvoir aller suffisamment vite en dépit de ce gros carénage. Porsche a relevé le challenge aussi donc, pour étudier en soufflerie, concevoir et se décider à fabriquer puis installer le carénage arrière."

 

 

 

photo F.A Rude -Musée de Tournus

 

 

Patrick Police : "  Et le circuit où se sont déroulés les essais ? "

 

Henri Pescarolo : " C’était le circuit Volkswagen, à Wolfsburg, en Allemagne (République Fédérale Allemande à l'époque) ... deux très longues lignes droites qui se rejoignent par des demi-cercles à chaque extrémité.  Il y a huit kilomètres de ligne droite à Wolfsburg : l’accident a eu lieu bien sûr sur cette ligne droite. "

 

 

 

Patrick Police : " Comment "gérer" le pilotage dans ce genre d’ « exercice » ?

 

Henri Pescarolo : " C’est assez difficile … parce que Jean-Claude avait beaucoup de mal à « lancer » son vélo à basse vitesse, à cause du développement invraisemblable qui devait lui permettre de passer les deux-cents kilomètres / heure, et comme on ne pouvait pas le tirer fort au départ et que les lignes droites étaient relativement courtes ... ( il faut savoir que Meiffret lui pour battre le record avait utilisé une portion d’autoroute rectiligne, il avait toute la distance néccessaire pour pouvoir se lancer tranquillement) "

 

" Là, on avait pas beaucoup de distance pour se lancer, et pour ralentir (car le ralentissement est aussi délicat que la période du lancement) . Donc c’était très difficile pour moi, parce que  la Porsche 935 était une voiture extraordinairement brutale (elle avait un gros turbo qui se déclenchait d’une manière un peu soudaine). C’est-à-dire que
j’avais beaucoup de mal à ne pas sortir Jean-Claude de l’aspiration au moment
où le turbo se mettait en route ... "

 

" Donc, c’était très délicat pour moi. En plus, je savais que j’avais une responsabilité énorme, parce que si je le sortais de l’aspiration d’une manière intempestive, il « explosait en vol » …  Oui, c’était très délicat pour moi … "

 

 

photo F.A Rude - Musée de Tournus

 

 

Patrick Police : " Qu’est-ce qui n’a pas marché dans cette tentative ? "

 

Henri Pescarolo : " Ce qui est invraisemblable, c’est que dans les années cinquante, José Meiffret n’a pas rencontré de problème avec ses boyaux, et que tant d’années après, on a pas été fichu de trouver des boyaux suffisamment résistant à haute vitesse …"

"  Ca a été miraculeux, car ça a explosé boyau arrière, boyau qui s’est mis en travers de la roue, et qui l’a bloquée … On devait être à cent trente à l’heure, quelque chose comme ça (n.d.l.a. : 175 km/h d’après les déclarations de Jean-Claude Rude). "

 

" Instantanément, il est sorti du sillage de la voiture, donc, il a pris d’un coup "dans la gueule" une énorme gifle aérodynamique. A cent-soixante-quinze à l’heure quand il est sorti de l’abri du carénage, c’est invraisemblable qu’il n’ait pas « explosé en vol » … et en plus de ça, le boyau qui se met en travers et qui a bloqué la roue … "

 

" Ce qui est incroyable, c’est qu’il ait continué à cette vitesse-là, roue arrière bloquée, sans se casser la gueule ! Et quand il s’est arrêté, sa roue n’était plus du tout ronde : elle était usée jusqu’aux rayons, à l’endroit de l’impact du blocage ! … Il a fait cette séquence comme sur une luge, roue arrière bloquée, et sans tomber ! "

 

 

Patrick Police : " Etes-vous resté en contact avec lui par la suite ?"

 

Henri Pescarolo : " Non … Après, on a jamais eu l’occasion de recommencer. Jusqu’à son accident avec le train, j’avoue que nos chemins se sont séparés ce jour-là, et je ne l’ai jamais plus revu. Et je n’ai eu de ses nouvelles que pour apprendre son accident."

 

 

 

Patrick Police : " Quel genre de personne était Jean-Claude Rude ? Le genre trompe-la-mort, un peu "tête brûlée" ?

 

 

Henri Pescarolo : " Non, non, c’était pas   du tout un trompe-la-mort … ou alors on est tous des trompe-la-mort en tant que pilotes de course … C’était juste un passionné de vélo, un passionné de vitesse, et par ce record de José Meiffret à battre. Pas du tout un trompe-la-mort : tout était préparé d’une façon très méticuleuse et minutieuse".

 

Interview réalisée le samedi 4 Août 2012

 

 

(*) à cette époque (1978), le record était devenu la propriété d'un Américain, Abott, ce qui obligeait Jean-Claude Rude à viser les 230 km/h. Mais le mythique record de José Meiffret (plus de 204 km/h) était encore dans tous les esprits.

 

 

 

avec mes remerciements à Henri Pescarolo, Françoise Antier-Rude et le Musée du vélo Michel Grezaud à Tournus

 

 

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21/09/2012
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Jean-Claude Rude : un être d’exception, atypique, athlète accompli, philosophe.

 

 

Jean-Claude RUDE

                                                     

- témoignage de Françoise RUDE,

sœur du coureur cycliste Jean-Claude RUDE-–

 

 

Jean-Claude est né le 28 septembre 1954 à REUTLINGEN (R.F.A.), d’un Papa militaire en troupe de stationnement en Allemagne et d’une Maman « mère au foyer », tous deux de nationalité française. Il était le plus jeune d’une fratrie de 3 enfants.

 

D’un tempérament calme et réservé, rien ne semblait le prédestiner à relever tous les défis en matière de vitesse pure en vélo et à rechercher à pousser toujours plus loin les capacités physiques et mentales d’un sportif, à essayer de trouver un accord parfait entre les lois de la physique, l’homme et sa machine, dans des conditions extrêmes.

 

 

Jean-Claude

LA TETE ET LES JAMBES

Un être d’exception, atypique, athlète accompli, philosophe.

 

Dire que les sportifs sont uniquement une belle machine musculaire à faire des compétitions et battre les records est une idée reçue tenace.

 

Je pense que Jean-Claude a échappé à toutes les dérives actuelles du sport et des records. Ni la vanité,  ni la tentation de consommer des produits dopants illicites, ni les perspectives d’argent n’ont motivé sa démarche.

 

Il faut tout d’abord rappeler que Jean-Claude a été un cycliste qui participait à des courses « classiques », dans le cadre du club de « l’Union Sportive Dijonnaise », sur route et surtout sur piste où il excellait. Il rivalisait avec les stars de l’époque : Trentin, Morelon, Nicholson.

 

Il nourrissait depuis septembre 1976 (il avait 22 ans) un projet incroyable : battre à bicyclette le record du monde de vitesse du kilomètre lancé, derrière bolide, détenu alors par José Meiffret avec 204,788 kms/h.

 

Ses tentatives ont été qualifiées de « record de l’inutile » par certains journalistes. Je laisse à chacun l’appréciation de ce type de tentative. Il faut savoir cependant que des équipes de médecins universitaires suivaient de manière expérimentale les tentatives de Jean-Claude, en particulier l’équipe chargée de la médecine sportive du professeur KLEPPING au CHRU de DIJON.

 

 

 

 

Tentatives malheureuses, accidents, objectif presqu’atteint

 

Si l’on s’en tient à la dangerosité de l’objectif, il ne fait pas de doute que par deux fois, il a frôlé la mort, avant de la rencontrer définitivement le 26 Mars 1980 lorsqu’il a été heurté par un train :

-        en Aout 1978, sur la piste de vitesse « Volkswagen » à WOLFSBURG (R.F.A) dans sa tentative de record du monde derrière voiture (une Porsche pilotée par Henri PESCAROLO), le boyau de sa roue arrière surchauffé a éclaté alors qu’il venait d’être pointé à 175 kms/h !! Son coeur battait à 160 au moment de l’accident et à 210 lorsqu’il a réussi à immobiliser son vélo !

-        le 6 Décembre 1979 entre Pont de Pany et Sombernon (Côte d’Or) alors qu’il tentait de battre le record de l’Allemand Karl Hans Klammer, de 154 kms/h sur une distance de 100 mètres, il a chuté derrière la moto qui lui servait de pare-vent alors qu’il roulait à plus de 153 kms/h. Il a été chronométré à 11 millièmes de secondes du record du monde !

 

Il a battu le record de chute à vélo comme il le disait lui-même avec humour puisqu’il a chuté à plus de 150 kms/h dans sa tentative, avec le moindre mal !

 

Tout ceci pour dire qu’il avait des capacités physiques exceptionnelles, un « mental d’acier » et une très grande maîtrise psychique qu’il acquérait grâce au yoga en particulier.

 

 

 

 

 

 

 

Record du monde battu en tandem :

Il a aidé Etienne CHAPPAZ, un non voyant unijambiste de 57 ans à prouver à tout le monde qu’un handicapé physique pouvait aussi réaliser des performances. Ils ont battu le record du monde en tandem le 13 septembre 1979 :125,88 kms/h.

 

A l’annonce de sa mort, Etienne CHAPPAZ a dit de lui : « c’était un cascadeur. Il avait le goût de l’effort, mais aussi celui du spectacle ; il voulait sans cesse trouver une unité parfaite entre l’homme, son geste et la machine… Il dégageait une impression de force extraordinaire, pour moi, il incarnait aussi une sécurité, la sûreté du mouvement, du corps ».

 

Le rêve inachevé :

Le cinéma, un marchepied pour atteindre son rêve de battre le record tant désiré ?

 

Tenace, il a persisté dans cet objectif de battre le record du monde détenu par José Meiffret en espérant faire une nouvelle tentative en juillet 1980 sur le Lac Salé aux Etats-Unis lors du tournage d’une séquence d’un film de José GIOVANNI « Le Rêve américain » dans lequel il jouait avec Ursula Andress Marthe Keller et Bernard Blier.

 

Le sort en a décidé autrement. La vie de Jean-Claude s’est arrêtée le 26 mars 1980, près de Velars sur Ouche (en Côte d’Or) alors qu’il n’avait que 25 ans.

 

A ma connaissance, le film n’est pas sorti.

 

 

Un philosophe :

Jean-Claude était un grand admirateur du scientifique philosophe chrétien Teilhard de Chardin qui a une idée originale sur la théorie de l’évolution.  La théorie humaniste du philosophe a sans doute marqué sa personnalité.

 

Son rêve a été brisé une nuit de printemps 1980. aurait-il réussi cet exploit auquel il se préparait avec témérité, ténacité et un grand souci de technicité ? On ne le saura jamais.

 

Ce type de record n’est pas à la portée de qui veut et jamais je ne conseillerai à un sportif d’essayer de battre ce record compte tenu des risques énormes qu’il comporte et surtout qu’il comportait avec les conditions matérielles de l’époque et l’absence d’appui et d’aide des représentants de l’Etat pour faciliter ses tentatives.

 

 

Comment se souvenir de Jean-Claude ?

 

Si vous souhaitez connaître des lieux qui parlent de lui ou qui sont liés à  son souvenir :

 

-        Musée du Vélo Michel GREZAUD – RN 6 Sud – Le Pas Fleury à 71700 TOURNUS.

Ce musée, situé en Saône et Loire, vaut le détour par la qualité de ses collections. Il accueille également les vélos les plus importants de Jean-Claude : vélo spécialement conçu pour le record capable de faire un développement de 27 mètres avec un plateau de 144 dents, vélo de demi-fond, divers objets liés à ses tentatives.

Coordonnées du Musée :

Tél : 03.85.20.01.28 

e-mail  info@enviesdevelo.com

 

-        une stèle a été érigée par sa famille près du viaduc de Fain à Velars sur Ouche (Côte d’Or) où il a trouvé la mort. Elle se présente sous la forme d’un bloc de granit brut, de la taille de Jean-Claude (1,86 m). Une inscription figure sur la stèle « en ce lieu, sur sa terre de Bourgogne, Jean-Claude Rude a rencontré la mort le 26 Mars 1980 … »

 

-        il repose dans le petit cimetière de Bèze en Côte d’Or, dont sa famille est originaire.

 

Je remercie aussi tous ceux qui l’ont soutenu pendant sa carrière sportive et ses tentatives. Je m’excuse de ne pas tous les connaitre et de ne pouvoir tous les nommer. Je remercie en particulier « Loulou » MONGENET et Michel MEUNIER qui ont organisé des courses cyclistes « Les trois jours de Lyon » et les « quatre jours de Lyon » au Vélodrome de la Tête d’Or, comportant  une épreuve pour perpétuer son souvenir ,« le souvenir  Jean-Claude RUDE » avec remise de coupe pour les coureurs les plus jeunes.

 

Je remercie également les journalistes du Bien Public Messieurs FERRAND, Gérard COLIN, Jean MORINO, M. DESHOUX, qui ont couvert ses courses et ses tentatives de record.

 

 

Françoise RUDE, la sœur de Jean-Claude, le 28 septembre 2011.

 

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09/10/2011
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Visiter ces liens : http://classic-auto.fr/fr/photo-jean-claude-rude/

Jean Claude RUDE

 

http://www.lemans.org/fr/courses/24-heures-du-mans/actualites/henri-pescarolo-et-le-drole-de-record-_8169.html
 

 

 

Jean-Claude (à droite) Jean de Gribaldy (au centre) l'acteur Cyril Réginald (à gauche)

Nota : à propos de ce dernier, qui peut nous amener des informations complémentaires ?

 

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Commentaires :

 

GUIBOREL : " Avec le regretté J.Claude nous avons passé, ensemble, une année au Bataillon de Joinville,(1974)"

 

BAROUDEUR 100 : "Bonjour oui j'ai tres bien connu jc rude pour tous vous dire mes parents l'emmenaient quasi partout lors des courses sur piste avec mon frere philippe et caillot et bien d'autre mon pere etait avec lui lorsque jc est partis chercher son fameux velo ."


13/08/2011
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