STAYER -FR : Le blog 100 % demi-fond et derny

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DANS LE RETRO : histoires de derny et de motos


JEAN RAYNAL LE STAYER TOUCHE-A-TOUT, CHAMPION ET GLOBE-TROTTER : SUITE 2 DE LA SAGA

JEAN RAYNAL, LE STAYER TOUCHE-A-TOUT,

CHAMPION ET GLOBE TROTTER 

Troisième épisode de la saga

 

DES SIX-JOURS, UN RECORD ET PUIS … LE DEMI-FOND

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

il devra être mentionné le nom des auteurs et du site internet STAYER FR

 

 

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STAYER.FR : Après les jeux, ma foi fort lucratifs, du « Vélo-Spoutnik », il était temps de changer de braquet. Le mot d’ordre pour l’année 1959 sera donc :  « Tout pour le demi-fond ! » Mais avant d'évoquer ses six titres nationaux, il reste à évoquer l'évènement qui y mènera. 

 

Jean RAYNAL : «  Tu viens de me remettre mon palmarès, établi par ton copain … Chapeau … Je suis impressionné. Il y a même dedans des courses dont je ne me rappelais plus du tout ! Pourtant,  je vois qu’il manque quelque chose, et quelque chose qui me tient drôlement à cœur : c’est mon record derrière derny !  »

 

« Ce jour-là, le 8 Février 1959, au « Vél’ d’Hiv’ » de Paris,  je marchais « terrible », et j’ai battu le record des dix kilomètres derrière derny, détenu jusqu’ici par Louison Bobet ... Mais s’il n’y avait eu que le record ! Dans cette course, disputée « à fond les poignées », j’ai laissé Jacques Anquetil lui-même derrière moi, après avoir doublé tous mes adversaires ! Je m’en rappellerai toujours : à peine la ligne d’arrivée dépassée, Anquetil, alors que nous étions encore sur le vélo, m’a passé le bras autour du cou et m’a dit : « Je suis content ! Merci, merci : tu as battu le record de Bobet ! » Ce record, je l’avais abaissé de dix secondes ! (10’11’’3/5 au lieu de 10’21’’3/5) Parti en tête, jamais dépassé pendant la course, avec un Jacques Anquetil constamment sur mes talons, et qui finira à 125 m, Varnajo, Blusson, Gauthier et consorts doublés, oui, ce match « Pistards-Routiers » restera un des grands moments de ma carrière, un de ceux dont je suis le plus fier ! Le lendemain, les journalistes me couvraient de louanges : « Jean Raynal affirme son talent » « Un exploit à l’actif de Jean Raynal »  J’enchaînerai par la suite les américaines  au « Vél d’Hiv’ » avec Roger Godeau, avant de partir pour New-York, afin de participer aux Six-Jours là-bas, avec Serge Blusson pour équipier. Etaient du voyage également Bernard Bouvard et André Boher. » 

 

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6 Jours de New-York - à droite Avec Serge Blusson, Alfred Letourneur et Bernard Bouvard - collection Jean Raynal
  

 « On a vécu sur le transatlantique « Le Liberté » sept jours de traversée agitée - et Bernard Bouvard et ses coups pendables n’y furent pas pour rien ! - ». Au retour des Etats-Unis, j’ai participé au gala de clôture du Vél’ d’Hiv’ : " Le dernier tour de piste " ainsi que l'appelait  le programme. Ce vendredi 17 Avril - tristement historique -, je finis quatrième de l’épreuve de demi-fond derrière Timoner, De Paepe et Godeau. » 

 

« Car je continuais à courir derrière moto, comme tu le vois. Depuis mon titre chez les amateurs, je n’avais jamais laissé tomber le demi-fond, mais faisais le stayer par ci par là, au gré des contrats. Mais depuis mon record et ma victoire sur Anquetil derrière derny -  qui avaient agi chez moi comme un déclic -  l’idée de m’y consacrer plus sérieusement,  me trottinait de plus en plus dans la tête. Appuyé sans réserve par Georges Wambst, j’ai décidé alors de faire du championnat de France des stayers un véritable objectif »

 

« Routier ou pistard, je restais toujours un forcené de l’entraînement. La plupart du temps, j’effectuais mes raids dans le sillage de la Mobylette orange de mon oncle Lucien Baudry, sur la route nationale 4. Un jour que nous roulions à fond entre Ozoir-La-Ferrière et Tournan, nous voilà interpellés par un gendarme qui nous fait signe de nous arrêter : « Le Général de Gaulle va passer, dégagez de là ! » Je ne lui réponds pas, et on continue de foncer comme si nous n'avions rien entendu.  Quelques instants plus tard, une 403 break de la gendarmerie nous prend en chasse, et nous force à stopper. Les gendarmes ne sont pas longs à nous emmener tous les deux au poste de Tournan. Là, ils me verbalisent pour, en vrac et dans le tas : prise de sillage d’un cyclomoteur, défaut d’avertisseur et absence d’éclairage. Je leur dit que leur verbalisation ne vaut rien, que je n’ai pas pris le sillage de qui que ce soit, que je ne connais pas le type qui conduisait ce cyclomoteur ( !) J'en rajoute en leur affirmant que c’est lui qui m’a dépassé et qui m’accompagnait  lorsqu’ils m’ont interpellé … Quand ils m'ont demandé ce que je faisais sur cette route, je leur ai répondu : « Je suis champion de France, il faut bien que je m’entraîne, non ? » Là, ça s’est gâté, et le ton est vite monté. « Je peux téléphoner ? » « Non ! » Ca a  franchement dégénéré alors, et  à un point tel que je me suis retrouvé bientôt menotté à un radiateur du poste. Alors là, je peux te dire que j’ai gueulé, et me suis débattu en faisant un boucan de tous les diables ! Après avoir vérifié mon identité (ça a duré des heures), ils m’ont finalement relâché à la fin du jour. Il ne me restait plus dès lors qu’à rentrer chez moi à vélo, avec une histoire de plus à ajouter à mon «palmarès » (après celle du marchand de quatre saisons – cf. premier épisode.n.d.Stayer Fr). Pour les journaux de l’époque, ça a été l’occasion de me faire un peu plus de publicité en titrant : « Le chemin du Président De Gaulle coûte cher … »

 

STAYER.FR : «Tout pour le demi-fond », avions-nous dit plus haut. Oui, mais les anciens ne sont pas forcément enclins à lâcher prise en cette année 1959, et Jean Raynal devra se contenter de la troisième place au championnat de France disputé sur la piste du Parc des Princes à Paris, derrière les indéracinables Bouvard et Godeau . Ce jour-là, Jean Raynal se heurtera de plein fouet à ces deux « murs ». Passer Godeau ? Aussitôt c’était buter sur Bouvard. Attaquer à mort ? Passer l’un, et c’était ce jour-là s’exposer immanquablement au  « contre » de l’autre, un jeu où il n’y avait rien à gagner. L’heure de la consécration chez les « pros » n’avait  apparemment pas encore sonnée pour le stayer francilien ... 

 

Jean RAYNAL : « Pour l’édition 1960 du championnat de France, je suis persuadé que le titre est pour moi. J’ai préparé cette compétition pendant deux mois. Même si je crains Roger Godeau, je sens que je peux le battre, car je suis en parfaite condition. Le jour de la course, parti en tête, je bute sur Robert Varnajo, et surtout sur son entraîneur Meuleman. Quand je réussis à m'en débarrasser, c'est pour me tuer à la lutte avec Bernard Bouvard durant la première demi-heure. A ce petit jeu, arrive ce qui devait arriver : Godeau nous place une fois que l'on s'est bien "cramés" une attaque imparable et tire les marrons du feu ! Malgré cela, je termine dans le tour de Godeau, « sur ses reins »,  à cent cinquante mètres, mon copain André Retrain me dépassant … après la ligne, pour finir troisième ! La presse, emballée par la course, estime que j’ai été l’homme fort de la course, et qu’André Retrain et moi représentons le renouveau du demi-fond. Roger Godeau ne le cache pas : « Jean Raynal sera mon successeur ! »  Mais tous ces compliments n’effacent pas ma déception, énorme.

      

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Les championnats du Monde, qui se déroulent trois moisplus tard en Allemagne de l’Est, à Karl-Marx-Stadt (redevenue Chemnitz de nos jours n.d.Stayer fr) pourraient être une consolation. Ils vont résonner comme un véritable coup de tonnerre dans le petit monde du demi-fond ! Car sur cette piste parfaite, dans le sillage d’Hugo Lorenzetti  et devant vingt mille spectateurs enthousiastes, je vais remporter ma série, la troisième, en « déroulant » en tête du début à la fin. A la moyenne de 80,793 km/h, en enroulant en souplesse le 29x6, j’ai épaté ce mardi soir là tous les observateurs présents.   La presse française s’enflamme de suite, d’autant que Verschueren et Timoner, spectateurs en bord de piste, leur déclarent voir en moi un futur champion du Monde  !  

 

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Inutile de te dire que je suis après cette victoire « gonflé à bloc ». Mais l’euphorie n’a pas duré très longtemps :  le vendredi suivant, je déchantais complètement, en passant à côté de ma finale (disputée entre parenthèses à plus de 82 km/h de moyenne, la plus rapide de l'après-guerre !) Cinquième derrière le grand Timoner, les Hollandais Wiestra, Koch et Van Houwelingen, l’Italien Pizzali, je me suis un peu consolé en pensant que j’ai tout de même gagné pendant ces championnats du Monde mon ticket d’entrée dans la cour des grands. Mais au fond de moi, j’espérais autre chose, et la presse française aussi. Encore aujourd’hui, je ne comprends toujours pas comment j’ai pu passer au travers dans cette finale. D’autant que quelques temps après, je vais gagner au Parc des Princes la « revanche » de ces championnats du Monde, en faisant décoller quatre fois le Grand Timoner en personne ! » 

  

« La saison d’après, je suis fin prêt pour revêtir mon premier maillot de champion de France chez les professionnels. 1961 sera l’année de ma consécration. Au terme d’une course serrée, disputée à 81.234 km/h de moyenne, je remporte mon premier titre chez les professionnels. !Je laisse à trente mètres derrière moi un Robert Varnajo qui m'a mené la vie dure une heure durant. Ni lui ni moi ne pouvait se douter alors que l’on inaugurait ce jour-là un duel qui allait s’étaler sur cinq saisons !

 

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Pour les championnats du monde, disputés deux mois et demi plus tard, à Zurich,  je figure logiquement parmi les favoris, compte tenu de mon titre tout neuf et surtout de ma performance en série de l’an dernier.  En l’absence de Timoner, blessé par une grave chute (fracture de l’humérus) survenue sur le vélodrome de Madrid, je crois en mes chances, même si personne, et moi le premier, n’ignore cette année-là la forme étincelante de l’Allemand Marsell. Je gagne ma place en finale, en terminant second de ma série derrière le Hollandais Wiestra. Mais cette finale se révèlera un drôle de « western » ! La course sera viciée par les agissements de Meuleman,  l’entraîneur belge de Marsell, envers son compatriote Vershueren. Ce dernier tentera d'ailleurs de se faire justice lui-même, sur la piste ! La course se terminera en esclandre. Mais le plus triste restera pour moi d’avoir fait perdre ce soir-là mon ami Paul De Paepe, que j’avais connu en Autriche (voir épisode précédent n.d.Stayer.Fr) et  à qui j’avais promis de ne pas faire de misères pendant la course. Dommage que Lorenzetti, mon entraîneur, n’ait rien trouvé de mieux  que de faire tout le contraire ce soir-là, en « arrêtant » mon ami de son propre chef ! Je terminerai quatrième de cette drôle de finale au goût amer. Tu ne me croirais pas, mais tout ce « bazar » n’a pas eu d’influence sur mon résultat décevant; je ne peux pas dire ça, ça ne serait pas honnête.  Je n'ai pas fait une belle finale, c'est tout. Ce qu’il faut retenir de positif, c’est que j'ai confirmé à Zurich cette année-là le statut acquis l’année d’avant  à Karl-Marx-Stadt »

 

« D’ailleurs, je vais enfoncer le clou dès le mois de Décembre, en  terminant second du Critérium d’Europe de demi-fond disputé à Bruxelles, remporté par … Paul De Paepe. Sans m’étaler sur le sujet,  talonné pendant toute la course par le champion du Monde, Marsell, je dois dire que je n’ai vraiment pas empêché Paul de remporter le maillot or avec la bande arc-en-ciel ce soir-là »

 

STAYER.FR : Fort de ce statut de stayer de valeur internationale, 1962 devrait donc s’annoncer favorablement pour « Monsieur 80 à l’heure ». Il va lui falloir confirmer son titre de champion de France, et chercher le maillot arc-en-ciel, que ses pairs et la presse le voient capable de forcément revêtir un jour. Mais tout ne va pas se passer pour le mieux cette année-là : une pincée de « Chouan » et une bonne dose de malchance suffiront à remettre les compteurs à (presque) zéro.

 

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Jean RAYNAL : «  Voilà que je perds mon maillot de champion de France ... Celui qui me le ravit ? Mon « meilleur ennemi » : Robert Varnajo. On s’est battu comme des chiffonniers tout au long de la course, et je  finis à quarante mètres du « Chouan ». J’ai perdu mon titre, mais au moins on aura offert en ce 20 Mai au public du Parc des Princes un spectacle de toute beauté. Ce jour-là, il était déchaîné, ce public, et il  a eu du mal à trancher entre ses deux « chouchous ». Je termine second donc, mais en n’ayant rien à me reprocher : je reste donc confiant pour les championnats du Monde. Surtout qu’ils se disputent à Milan, sur la piste du Vigorelli. Je me frotte les mains : une piste « rapide », comme je les aime ! Le « Chouan », lui, aurait préféré une piste plus « dure ». Mais c’est tout « bénéf’ » pour moi. Je crois en mes chances, même si Timoner, de retour, est le grand favori, indiscutable. L’Equipe n’hésite pas à avancer « Jean Raynal aura au Vigorelli la chance de sa vie ». Je termine troisième de ma série derrière Timoner et De Paepe,  et me qualifie pour la finale. Tout se présente donc pour le mieux pour moi ... sauf la météo : 44°, et le Vigorelli transformé en étuve ! Et une finale qui tournera pour moi au cauchemar. En effet, j’attrape dans l’après-midi une insolation terrible. Je veux me rafraîchir un peu, et je m’effondre dans les douches. Mon état inquiète tellement les personnes présentes que l’on décide de me transporter à l’hôpital de Milan, afin de  s’assurer qu’il ne s’agit bien seulement que d’une insolation (tu vois ce que je veux dire …) De retour de l’hôpital le soir même, je suis hors de toute condition. Et le jour de la finale je n’ai toujours pas récupéré. Dans le sillage de l’entraîneur Meuleman (le même qui avait failli tuer Vershueren l’année précédente), sans forces, je ne trouverai jamais l’allure et il n’y aura pas de miracle : je terminerai sixième.  La presse française, qui avait cru en moi et m’avait plutôt gâté les années précédentes,  ne me loupe pas  cette fois : « Jean Raynal fut « léger »  ...  « Jean Raynal n’a pas tenu ses promesses » ...


 

 

A suivre dans le troisième épisode de la saga Jean Raynal :

ce fameux championnat 1963 : beaucoup de fumée pour pas de feu ...

Mes Six-Jours  à travers le Monde ... Un dernier duel avec "Le Chouan" ...

 

Patrick Police

Tous documents et photos collection Jean Raynal

Avec mes remerciements à André Retrain et François Bonnin

 

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03/05/2016
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ADIEU PISTARD ! En mémoire de Michel Scob

SCOB  Michel SCOB CM 1967  Collection Etienne HAREL_crop_crop - Copie.jpg

 

 

 

800v isiteurs et plus à ce jour pour  cet article, et j'attends encore d'autres témoignages,

t

tout en remerciant chaleureusement ceux qui m'ont fait le plaisir d'en apporter ...

La mémoire de ce grand Monsieur que fût Michel Scob mérite  vos commentaires et témoignages.

 

Utilisez donc pour ce faire la rubrique "Commentaires" située en dessous de cet article.

 

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 A SIGNATURE LA COUVERTURE Couverture Image (2) - W Copie 1 - Copie - Copie - Copie - Copie.jpg

 

 

Introduction : mon ami Etienne Harel, animateur de la brillante revue " Cycl' Hist " m'a autorisé à reproduire dans notre site le magnifique papier écrit par lui à la mort de Michel Scob, dont Derny Europa Cup vient de célébrer la mémoire à l'occasion de l'édition du palmarès des championnats de France de demi-fond pour la période 1960-1969.

 

 Je mets en ligne cet émouvant article par petites tranches, et vous pourrez vous persuader à votre tour de la qualité du travail d'Etienne Harel, que je remercie à nouveau pour la confiance dont il m'honore, sachant combien il peut compter sur notre site pour célébrer le souvenir de son ami.

 

Vous qui avez connu ce Grand Monsieur de la piste, n'hésitez pas à partager vos souvenirs (et documents, le cas échéant)  à son sujet sur notre site, en utilisant la rubrique "commentaires" située sous cet article, comme l'ont déjà fait des membres du blog.

 

Chilly-Mazarin, le 4 Juin 2014.

 


ADIEU PISTARD

d'Etienne Harel

à la mémoire de Michel Scob

 

 

Michel Scob est décédé le 7 septembre dernier, à l'âge de soixante ans. Il n'avait été, dans les années cinquante à soixante-dix, qu'un "petit coureur", selon ses propres termes. Mais il avait acquis, au-delà de son modeste palmarès, un statut qui lui a valu - vingt ans après avoir dû mettre fin à sa carrière et malgré le terrible handicap qui le tenait immobilisé - d'être considéré par "Vélo Magazine" comme l'un des cent personnages-clés du cyclisme français en 1994.

 

UN AMOUR FOU

 

Il vouait à la piste un amour fou, et savait en parler comme personne. Sa profonde connaissance du sujet,  la passion mise dans ses propos, l'acuité de ses jugements et l'originalité de sa culture faisaient d'une conversation avec Miche lScob un très riche moment.

 

Michel affirmait volontiers la supériorité du pistard sur le routier. Donnant par exemple, notamment, le grand Koblet. Le bel Hugo, avant de dominer tout son monde sur les routes, y compris les plus pentues, n'avait-il pas été "enfant de la piste" ? Ayant brillé dans le domaine de la poursuite et gagné des Six Jours avant de remporter Giro d'Italia et Tour de France.

 

Les qualités de bon pistard sont les qualités cyclistes par excellence, des qualités fondamentales, qui l'autorisent - s'il le veut vraiment - à s'adapter à tout, et même aux plus mauvais des pavés. D'autant que sa formation l'amène à cultiver la souplesse, l'adresse ... La piste est un lieu où s'observe la classe à l'état pur.C 'est le domaine de la vélocité, vertu première. Le reste suit.

 

Le reste suit, comme l'endurance,  qui se cultive, et le courage. Le pistard n'a pas, en la matière, de leçon à recevoir du routier. Et Michel de rapporter le point de vue de Dominique Forlini, comme quoi le Tour de France n'a rien à voir en difficulté avec un Six Jours allemand - un Forlini à même de comparer puisque vainqueur la même année des Six Jours de Berlin et de deux étapes du Tour. Et Michel de rapporter aussi l'expression de Roger Godeau, comme quoi il était méconnaissable, y compris pour sa mère, après les efforts consentis pour boucler ses premiers Six Jours de Paris.

 

 Du temps où les pistards constatent de visu qu'ils remplissent les vélodromes, ces gens-là, conscients de leur valeur, exigent d'être bien payés - et plus d'une fois se retrouvent en conflit avec les directeurs de vélodromes. Des directeurs économes de leurs deniers et enclins à tenter de remplacer les artistes de la piste par des routiers - les routiers acceptant des cachets inférieurs à ceux des pistards parce-que déjà pourvu d'un fixe mensuel par leur marque de cycles pour leur activité sur l'asphalte. Oui mais, dans l'ensemble, les routiers ne sont pas en mesure d'assurer convenablement le spectacle ... Car c'est un métier de faire vibrer la foule au rythme d'une américaine, ou dans la manche courue derrière derny d'un omnium ... Et Michel de fustiger telle vedette de la route associée à un pistard dans un Six-Jours - routier dont l'équipier pistard doit réparer les erreurs ou les insuffisances à longueur de temps. Michel avait à cœur de remettre certaines pendules à l'heure, ses propos avaient la saveur et le poids du vécu ...

 

S'IL N'EN RESTE QU'UN

 

 Jeune adolescent, Michel passe déjà une bonne partie de son temps au Vél' d'Hiv' et dans ses coulisses. Il propose ses services et il est garçon de courses de l'un ou de  l'autre - comme il se fera, quelques années plus tard, dans les mêmes lieux, mécanicien pour arrondir ses fins de mois d'étudiant. Tôt plongé dans le bain, il est tout de suite en situation d'être bien informé - et mis au courant de quelques arrangements ....

 

Après s'être essayé un temps à la boxe, il s'exerce à son tour sur les pistes et, à quelques jours de ses vingt ans, réussit, au Vel d'Hiv', la performance dont il dira, une trentaine d'années plus tard, être le plus fier : Michel obtient, en Mars 1955, en prologue des Six Jours, la seconde place dans la grande finale de la Médaille, derrière Lepage. Une seconde place pour meilleur souvenir ? Oui, car être second de la Médaille signifie avoir devancé des dizaines et des dizaines d'autres jeunes coureurs dans les différentes phases d'une compétition étalée sur plusieurs mois. La Médaille c'est, depuis les années Vingt, une épreuve de prospection irremplaçable : qui atteint la Grande Finale peut envisager un avenir de pistard.

 

Michel, qui est l'un des très rares bacheliers du cyclisme dans ces années-là, entame des études médicales, tout en continuant de courir. Mais il s'avère bientôt qu'il ne pourra plus courir au Vel d'Hiv', livré en Mai 1959 à la pioche des démolisseurs - ses propriétaires ayant préféré les investissements immobiliers. Fin d'une époque pour Paris. Fin d'une jeunesse pour Michel ...

 

En Juillet 1960, à Vichy, Michel inscrit son nom au palmarès du championnat de France de vitesse des amateurs. Il interrompt, pour ce faire, la série de succès tricolores d'André Gruchet, qu'il bat en finale en deux manches.

 

Il n'y a plus de Vel d'Hiv' et c'est une catastrophe pour nos pistards ... Mais il y a Jean Leulliot, indomptable "volcan à idées" du cyclisme français, qui relève le défi. Monsieur Jean fait construire une remarquable petite  piste en bois, démontable, qu'il envisage, pour pallier l'absence de vélodromes d'hiver en France, de dresser en plusieurs endroits du territoire chaque hiver, pour y faire disputer des Six Jours ! 

 

Peu après la disparition du Vel d'Hiv', bien des pistards ont mis un terme à leur carrière : c'est le cas d'un Senfftleben ou d'un Blusson. Mais il y Scob, que Leulliot va solliciter : "J'ai besoin de garçons comme toi -lui dit-il en substance - pour remplacer les anciens. Tu auras mes Six Jours à courir, plusieurs chaque hiver".

 

Alors Michel passe professionnel pour disputer sans tarder, sur la piste de Jean Leulliot installée dans les locaux de la Foire Internationale, les premiers (et uniques) Six Jours de Lille, en Décembre 1960. Avec Thomas pour équipier, il se classe septième à deux tours des vainqueurs, les Australiens Tressider et Murray. L'épreuve ne rencontre, hélas, qu'un succès mitigé auprès du public, en raison principalement, à ce qu'il semble, d'une température trop froide dans une salle mal chauffée. Un journaliste se permet ce mot : "Un four dans une glacière ..."

 

L'épreuve prévue à Lyon sur la même piste est annulée. Puis l'installation, un moment sérieusement envisagée, de la piste en gare parisienne d'Orsay, alors désaffectée, capote finalement. Michel soupçonne d'ailleurs certains anciens responsables du Vel d'Hiv' d'être pour quelque chose dans l'échec du projet ...

 

Michel se trouve, à vingt-cinq ans, dans l'étrange situation d'un homme qui se lance dans la carrière au moment où s'évanouit la micro-société au sein de laquelle il entendait s'exprimer pleinement. Mais la passion est là, et s'il n'en reste qu'un, ce sera lui !

Ainsi Scob est-il, l'été, le troisième homme de la sélection française aux championnats du monde de vitesse des professionnels, avec Rousseau et Gaignard. Ainsi est-il partant chaque fois qu'il faut représenter , l'hiver à l'étranger, les derniers professionnels français de la piste dans les Six-Jours en Europe, en Amérique ...

 

En 1961, il dispute les Six-Jours de New-York, associé à Dominique Forlini, et Michel a le plaisir de rencontrer, au Madison Square Garden, un petit homme aux cheveux blancs, vainqueur des Six-Jours de Paris 1913 et de huit Six-Jours de New-York, Alfred Goullet soi-même, venu saluer les pistards de la nouvelle génération. En 1963, Michel dispute les Six-Jours de Buenos-Aires, avec pour équipier Robert Varnajo. A New-York, il s'agit du dernier Six-Jours; à Buenos-Aires, de l'un des tous derniers; on est en train de tourner une page, là-bas aussi.

 

JEUDIS POPULAIRES ET SYNDICAT

 

Comme tout véritable passionné, Michel a le souci de partager son savoir, et il lance les fameux "Jeudis Populaires" de la Cipale, où il fait oeuvre pédagogique auprès des jeunes. Il s'implique aussi dans la défense des intérêts de ses collègues coureurs et de la profession cycliste lorsqu'il prend des responsabilités au sein de l'U.N.C.P, le syndicat des coureurs professionnels, auquel il consacre beaucoup de son temps et de son énergie.

 

 

ENVERS ET CONTRE TOUT

 

 Le demi-fond derrière grosses motos, si spectaculaire, et qui fut si populaire, se meurt en France. Michel fait évidemment partie des jusqu'au-boutistes qui s'acharnent  à lui insuffler un peu de vie.

Le 31 Août 1969, à La Cipale de Vincennes, il s'impose comme le meilleur de ces courageux qui persistent dans la spécialité : à trente quatre ans, il devient champion de France de demi-fond. Il devance notamment Jean Raynal, tenant du titre depuis quatre ans, et Daniel Salmon - un Salmon en excellente forme (il va bientôt remporter la Roue d'Or devant quelques vedettes de la route) - très combatif, mais qui craque sur la fin.

" L'Equipe" note que "le styliste" (Scob) a su vaincre "le battant" (Salmon), et relève que Michel s'empare d'un "maillot tricolore tissé intelligemment avec Laval son entraîneur". Style et intelligence : - des mots qui ne sauraient nous étonner  à propos de Michel - dont la joie fait plaisir à voir et dont la victoire est saluée avec beaucoup de sympathie.

 

 

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 photo collection Etienne Harel

 

Le demi-fond n'est pas la seule spécialité dont l'avenir pose question : c'est la piste dans son ensemble. La disparition du Vél d'Hiv' fait que les coureurs, privés d'un indispensable "instrument de travail" hivernal, n'envisagent plus - sauf exception rarissime - de faire carrière sur la piste.  D'autant que le public, en dix ans, a perdu sa "culture piste". Il se raréfie aux rendez-vous de La Cipale et d'ailleurs.

La situation est telle en France que Pierre Trentin et Daniel Morelon, , champions olympiques du kilomètre, de la vitesse et du tandem, préfèrent rester amateurs et ne peuvent guère s'exprimer, à longueur d'année, que dans les Grands Prix de vitesse des capitales étrangères.

La situation est telle que les organisateurs du championnat de France sur piste 1969 ont été amenés, pour appâter le public, à encadrer les courses au titre par les diverses manches d'un match Anquetil-Merckx.

 

Quoiqu'il en soit, Michel, en cette année 1969, ne va pas bouder son bonheur : non seulement il est lui-même champion de France, mais encore ses élèves Jacky Mourioux (22 ans) et Alain Van Lancker (21 ans), sont respectivement champions de France de vitesse et d' Omnium et remportent ensemble les Six Jours de Montréal.

C'est que Michel ne se résout pas à ce que la piste s'éteigne. Lui qui a beaucoup reçu de celui qu'il appelle son "père en cyclisme" Roger Godeau, transmet naturellement son savoir à ceux qu'il appelle ses "poulains" : Alain (1) et Jacky. Pour que la piste vive, envers et contre tout.

 

 IL N'EN RESTE QU' UN

 

En 1970, les championnats de demi-fond, professionnel d'une part, amateur d'autre part, donnent lieu à une course unique - tant le nombre de concurrents a fondu. Michel est même le seul "pro" en lice : il n'en reste qu'un, c'est lui ! La F.F.C, pour attribuer le titre des "pros" à Michel, lui impose de vaincre tous les amateurs, le premier de ceux-ci étant alors déclaré champion de sa catégorie. Si Michel ne gagne pas, le titre "pro" sera vacant. Il gagne, et conserve son maillot tricolore. Son second, Christian Giscos (voir rectification apportée par Alain Dupontreur - n.d.l.r) est champion national des amateurs.

Les années suivantes, la F.F.C ne fait plus disputer de course au titre en demi-fond pour les pros - avant de remettre ça de 1973 à 1978, puis une dernière fois en 1986.

Michel aura quasiment été l'ultime acteur d'une très longue et belle histoire.

  

En 1974, c'est le drame : Michel, à cyclomoteur, est fauché par une voiture. Commence un calvaire qui va durer vingt ans ... Michel continue malgré tout de donner les forces qui lui restent à l' U.N.C.P; on vient lui demander conseil, car on sait la pertinence de ses jugements.

 

Mais le mal s'aggrave, et il est terrible : Michel se retrouve, pendant des années, totalement immobilisé, ayant perdu l'usage de ses membres. Et c'est cloué dans un fauteuil, ou allongé sur son lit qu'il converse du vélo, de la piste - perclus de souffrances physiques et forcément très affecté au moral. Il parle de la supériorité des pistards, de leur sens du spectacle, de la Médaille et du Gontaut-Biron ... La conversation ne s'arrête pas au vélo, les évènements du cyclisme sont replacés dans un contexte général. Car l'homme est cultivé : il a travaillé dans l'édition avec son épouse, alors qu'il était encore pistard; le théâtre et le cinéma sont entrés dans la famille avec la carrière de comédienne d'Edith, sa sœur ...

 

Michel était sûr qu'un vélodrome d'hiver, de nos jours, était encore viable, pourvu qu'on le veuille vraiment. Il  le voyait, en imaginait l'architecture, les programmes et les à-côtés attractifs.

 

Il sera parti sans avoir pu écrire cette histoire du Vél' d'Hiv' à laquelle il tenait tant : un ouvrage qui eut été d'autant plus précieux qu'il n'eût pas été conventionnel car Michel ne ménageait guère "l 'establishment "  - lui, le syndicaliste,  le pédagogue, le passionné, qui avait œuvré en humaniste  pour un sport préservé des puissances de l'argent.

 

Le 7 Septembre 1994, sa douleur a cessé.

 

Adieu pistard

 

 

Fin

Texte d' Etienne HAREL

 

(1) Michel Scob avait reçu dans sa jeunesse les bons conseils de Roger Godeau, lui-même vainqueur de Six Jours et champion de France de demi-fond, dans les années cinquante et soixante; Michel, à son tour, a formé Alain Van Lancker, qui allait gagner plusieurs Six Jours et ... lui succéder en 1973 au palmarès du championnat national de demi-fond. L'avenir eût été assuré ... si Paris avait eu un Vél ' d'Hiv' .

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

il devra être mentionné le nom des auteurs et du site internet STAYER FR

 

 


 

 

1 000 visiteurs et plus à ce jour pour  cet article,

et trop peu de témoignages finalemen t ...

 

 

C'est bien triste, et la mémoire de ce grand Monsieur que fût Michel Scob mérite assurément mieux.

 

Vous qui l'avez connu, j'attends vos commentaires et témoignages.

 

 

 

Utilisez donc pour ce faire la rubrique "Commentaires" située en dessous de cet article

 


04/06/2014
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LE CAFE-RESTAURANT "AU STAYER" : ENIGME RESOLUE !

 Il existe à Paris, au 49 Boulevard Brune, un café-restaurant nommé "Au Stayer" ... Ca, vous le savez déjà, sauf si vous lisez STAYER FR en mode diagonal-fugitif.

 

Il y a de cela deux années, nous avions lancé une bouteille à la mer sur le site, pour en savoir plus sur l'histoire de cet établissement.

 

A la suite de mon article et celui de François Bonnin consacrés à Roger Queugnet, ce dernier s'est manifesté auprès de nous, pour nous donner la clé de l'énigme :

 

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 Roger QUEUGNET, après avoir eu connaissance de notre "bouteille à la mer", vient de nous contacter.

Et il nous livre la clé du mystère :

 " Le sujet qui te tracasse, ce foutu bistro, va enfin être résolu ! Ma mère, femme ardente et travailleuse, fit, alors qu'elle était en fin de gérance d'un café à Versailles, l'achat, conditionné d'une part par le très faible prix et la situation de ce café situé à l'angle du Boulevard Extérieur, avec la perspective d'un boulevard périphérique alors en prévision. Bien évidemment, elle y avait exposé de nombreux cadres et photos ..."

 

A notre connaissance, il s'agit du seul café ou restaurant faisant référence en France au monde du demi-fond dans son enseigne.  

Si vous avez des commentaires ou des informations complémentaires, n'hésitez pas à nous en faire part ...

 

 


24/01/2017
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LE VELODROME DE LA CROIX DE BERNY UN PETIT TOUR ET PUIS S'EN VA

ET SI ON EVOQUAIT LES TRISTESSES ?

LE VELODROME DE LA CROIX-DE-BERNY,

QUELQUES PETITS TOURS ET PUIS S'EN VA ...

 

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Dans son premier numéro du mois d’Octobre de l’année 1937, l’hebdomadaire CYCLOSPORT, dans sa grande clairvoyance, faisait part à la famille cycliste d’une vision assez sensationnelle : «  Ce sera l’an prochain une bien belle sortie de Paris que celle de la Porte d’Orléans en direction d’Antony. Cette route merveilleusement élargie et qui sera des plus cyclable, sera une route cycliste entre toutes. Desservant déjà Buffalo et Montlhéry, elle sera encore la route qui conduira à la nouvelle piste de l’Union Sportive du Métropolitain, piste bâtie en ce remarquable parc des sports de l’U.S.M. qui, grâce à l’initiative de l’avisé Monsieur Vrolixs, va être le modèle de tous les terrains de sport »

 

Un semestre plus tard, la prophétie se réalisait, et la Nationale 20 devenait vraiment -  l’espace de trop courtes saisons - « la route du cyclisme », entre les réunions organisées aux vélodromes Buffalo à Montrouge, à celui de La Croix de Berny, et enfin les championnats de France et épreuves routières organisées sur l’autodrome de Montlhéry (cf. livre « L’Epopée du cyclisme sur l’autodrome de Linas-Montlhéry »). 

 

Le Complexe sportif dit stade de la croix de Berny, ou Union sportive métropolitaine,  édifié sur le territoire de la commune d’ Antony sur une partie de l'ancien champ de courses de la Croix Berny -  les écuries étant modifées pour y installer des vestiaires -, a été inauguré le mercredi 11 Novembre 1931, par Mr Emile Morinaud,un  sous-secrétaire d’état à l’Education Physique à la postérité pas forcément enthousiasmante, soit dit en passant.  Les terrains ont été concédés par l'admnistration préfectorale à la compagnie du Métropolitain,  

  

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Les travaux, qui avaient débuté dès 1928, consistaient en l'aménagement de terrains de football, de rugby, de basketball, de tennis, de hockey, d’aires de jeux pour les enfants, d’un gymnase et d’un stand de tir. Le chantier était  conduit  sous la direction de l’ingénieur Gaston Wrolixs, Président de l'Union Sportive du Métropolitain de Paris. Ces installations, sises au nord - est du carrefour de la Croix de Berny et  disposées en terrasse, précéderont la construction, plus au nord, des terrains de tennis, de rugby, et du stade d'athlétisme, doté d’une tribune de trois mille places, qui seront édifiés quant à eux en 1932.

 

Les équipements impressionnent par leur variété, leur ampleur et leur modernité : un gymnase convertible en salle de bal ou de conférence, des vestiaires, un club-house, une piscine extérieure, des terrains de football, rugby, hockey et tennis. En 1938, sera même édifié un fronton de pelote basque, si c’est pas de l’oeucuménisme sportif, ça ! Ne manquait plus à ce magnifique complexe ... qu’un vélodrome ! 

 

Ce sera chose faite, et les fées vont se percher sur le berceau ! En effet, ce n'est rien moins que l’architecte-référent en matière de construction de vélodrome, l’Allemand Adolphe Schurmann qui dessinera la belle cuvette.  Et il va concevoir un vélodrome construit en béton, sur le modèle de celui en bois de Vigorelli à Milan, un véritable « bijou » en somme.


Les travaux de construction du vélodrome vont débuter dès l’année 1937. L'ensemble est construit sur un plan concerté, en béton armé, avec demi-voûte en porte à faux, et toiture terrasse en béton. L’histoire de ce complexe-modèle magnifique aura finalement été menée tambour battant, et rappelle un peu en cela celle de son grand cousin situé un peu plus haut sur la route d’Orléans : l’autodrome de Montlhéry. Il faut dire que  l’Union Sportive des Métropolitains, devenu Union Sportive Métropolitaine,  n’existe que depuis dix années, tout comme sa section cycliste ! Et comme Monsieur Vrolixs est décidemment plein d'initiatives, il commande plusieurs films en 16mm du complexe, destinés à être projetés sur une énorme maquette dans le pavillon  de la Compagnie du Métro. 

 

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Imaginez un peu la tête des pères Goddet et Desgrange, assis sur les recettes du vélodrome du Parc des Princes et du Vel' d'Hiv',   voyant pointer le spectre d'un concurrent potentiel mangeur de recettes …  Le jeudi 19 Mai, en soirée, la presse prend connaissance avec le vélodrome, à l'occasion d'une visite privée spécialement organisée à son intention. Là, on l'informe que le site verra l'organisation de réunions - diurnes et nocturnes - pour amateurs et indépendants (on croirait entendre Goddet et Desgrange, pousser un ouf ! de soulagement) et exceptionnellement de professionnels (et leur visage de se rembrunir). Les recettes ? Elles seront uniquement destinées  à l'amélioration du sort des enfants fréquentant le stade le jeudi et le dimanche. (moue dubitative de nos deux compères)

Un peu plus tard, comme par hasard, la presse commence à se faire l'écho de "concurrence déloyale aux vélodromes de Buffalo et du Parc des Princes" de "contribuables-qui-financent- un-vélodrome-sur-lequel-on-organise-des-réunions-mettant-aux-prises-des-professionnels","Est-ce-que-c'est-pour-ça-qu'on-paie-ds-impôts-Mr Wrolixs? -30-millions-de-francs-pensez-donc-etc...etc..."

 

En attendant ces révélations pleines de bon sens civique indigné, le vélodrome  sera inauguré le 29 Mai 1938. Le quartier des coureurs est mis en service, et les joutes cyclistes se déroulent ce jour-là, en dépit d'une météo capricieuse, à la satisfaction de tous. Les tribunes ont fait le plein, avec dix mille ( !) curieux qui se sont pressés aux guichets : on a même refusé du monde ! La presse ne tarit pas d’éloges, complètement sous le charme de l'endroit, et n’en finit pas de s’extasier sur la pureté des lignes de ce magnifique vaisseau, qui ressemble - et pour cause - au déjà prestigieux Vigorelli de Milan. « Une des pistes les plus rapides du monde » avance un peu imprudemment « Match » qui couvre dans son édition du mardi 7 Juin 1938 la cérémonie d’inauguration. La radio Le Poste Parisien consacre une heure et demie à rendre compte de l'évènement en direct : énorme !

 

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Lors des épreuves organisées dans le cadre de cette cérémonie, Lucien Michard remportera l’épreuve de vitesse. Les manches de demi-fond seront interrompues par la pluie.  Lacquehay, arrêté au vingtième kilomètre et Ronsse au vingt-sixième kilomètre de leur manche respective en seront déclarés vainqueurs, Auguste Wambst remportant pour sa part le classement général devant Charles Lacquehay, le Belge Georges Ronsse, l’Allemand Schoen (en remplacement d'Erich Metze initialement prévu au programme) et notre compatriote Octave Dayen.

 

Ces cinq champions  ouvrent ce jour-là un bal des stayers dans lequel « L’Homme aux Petis-Pois » Henri Lemoine mènera plus qu’à son tour la danse. Hélas, leur ronde sur cet anneau que tous considèrent comme idéal à la pratique du demi-fond (un peu moins pour les candidats-recordmen, à cause d’un revêtement jugé trop abrasif, et d’une tendance à voir l’endroit le siège de tous les vents) ne se révèlera que bien éphémère ...

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Les 333.33 m de la piste et ses 31 mètres seulement de ligne droite, ainsi que ses virages à 37 degrés d’inclinaison vont enchanter une décennie durant les cyclistes de ce qui est devenue l’U.S. Métro, et régaler le public banlieusard de joutes pistières souvent prestigieuses.

 

Las, cette belle histoire ne durera qu’ à peine plus d’une décennie. Car ce bel outil va être tristement délaissé au gré de réunions devenues de plus en plus erratiques à la fin des années quarante.  Et en 1994, la si belle piste est partiellement détruite, alors même que le cyclisme sur piste meurt à petit feu du manque de ... vélodromes. Inutilisable, ses vestiges fantomatiques n’en finiront pas de renvoyer des décennies durant l’image d’un formidable gâchis, avant de disparaitre tout à fait sous l'action des engins de démolition, voracité immobilière oblige.

 

VLCB LEMOINE GOUSSOT A GCHE C LARCHER ET HENRI LEMOINE - Copie.jpgHenri Lemoine, "L'Homme aux Petits Pois", le roi incontesté du vélodrome de La-Croix-de-Berny,

dont il était par ailleurs voisin.

 

Patrick Police

20 Décembre 2016

 

A SIGNATURE BOOK NLLE EDITION - Copie - Copie.jpg A SIGNATURE LA COUVERTURE Couverture Image (2) - W Copie 1 - Copie - Copie - Copie - Copie.jpg

 

NOTA : Nous invitons les visiteurs du site à nous faire part de leurs témoignages et contributions, cet article ayant vocation, vous l'aurez compris, à être complété, notamment le "chrono" ci-après. 

 


  

Les riches heures du vélodrome de la Croix de Berny 

 Prix des places : 3 à 15 francs

Metro : Croix de Berny, correspondance à Denfert-Rochereau

 

 

EPREUVES DIVERSES

 

1938

Dimanche 29 Mai : 10è anniversaire de l'U.S. Metro, présentation de toutes les équipes de l'U.S. Metro, tous sports confondus (+ de 1000 jeunes) Réunions cyclistes devant 10 000 spectateurs. Epreuve de vitesse remportée par Lucien Michard, kilomètre par Falk-Hansen (Dk); épreuve de demi-fond remportée par Auguste Wambst (classement général), la première manche de 40 km étant remportée par Charles Lacquehay (épreuve interrompue au 20ème km par la pluie) et la seconde par Georges Ronsse (épreuve interrompue au 26ème km par la pluie)

Vendredi 3 Juin : arrivée du Grand Prix Wolber et tour de piste contre la montre (épreuve réservée aux amateurs et indépendants). Etape Chaumont-Paris remportée par Boulard et Lesguillon (exaequo) ainsi que le tour c.l.m.; classement général remporté par G. Naisse.

 Grand Prix Wolber de vitesse remporté par Renaudin (V.C.L.), primes sur 3à tours par Doré et américaine sur 25 kms par Dupay-Blondeau.

Vendredi 10 Juin : Coupe de France de l'Auto : vitesse, individuelle, poursuite et américaine

Vendredi 17 Juin : Record du Monde du kilomètre en tandem par Michard/Chaillot (cf.records)

Dimanche 10 Juillet :  1km lancé remporté par Stebé (U.S.M.); Individuelle par et poursuite olympique par V.C. Levallois; Demi-Fond par Landrieux (V.C.L.) et classement général par V.C. Levallois

Dimanche 7 Août : Brassard-poursuite U.S. Metro sur 5 km, Individuelle sur 10 km, Demi-fond derrière motos commerciales en trois manches de 25, 25 et 30 kms, Américaine sur 50 km

Vendredi 12 Août : Tentative de Maurice Richard contre le record des 100 kms (cf. rubrique records)

Dimanche 21 Août : Brassard-poursuite, vitesse, Demi-fond derrière motos commerciales en trois manches de 25, 25 et 30 kms, Individuelle 10 kms, Américaine sur 1 heure et course handicap réservée aux vétérans

Dimanche 18 Septembre :  Réunion avec brassard-poursuite sur 5 km

 

 Dimanche 25 Septembre : Vitesse, Eliminations, Demi-fond derrière motos commerciales  et course handicap

 

1939

Dimanche 2 Avril : Réouverture officielle. Arrivée du Critérium amateur de Printemps, remporté par Blum, les 145 kms en 3h 21’49’’. Réunion sur piste (avec notamment Grand Prix de Demi-Fond)  annulée à cause des intempéries.

Dimanche 7 Mai : Grand Prix du Printemps (vitesse) remporté par Louis Gérardin devant Cools et Dousset; Grand Prix du Printemps (demi-fond) en deux manches, de 30 kms, l'une remportée par Arthur Sérès en 25'22"4/5 et l'autre par Michaut en 26'43": Brassard-rente Philips,  individuelle sur 10 km et Handicap

Dimanche 21 Mai : Réunion amateurs et indépendants

Dimanche 11 Juin : arrivée du Grand Prix Wolber en 5 étapes, cinquième étape Chaumont-Paris remportée par André Giraut (ACBB) ; victoire au classement général de Victor Codron

Dimanche 18 Juin  : victoire en poursuite de Louis Aimar sur Frans Slaats (P-B) [1 km c.l.m., poursuite sur 5 km et 20 km derrière derny], et de Louis Minardi au 100 kms derrière moto

 

 

1941

Dimanche 20 Avril : Brassard poursuite  Benizzi remporté par Lebeau qui rejoint Mion après 3.3 km; match omnium international remporté par la paire Laurent/Rossi;  Prix Saunier américaine amateurs de 25 km remporé par Aubry-Madoire; Grand Prix d'Ouverture de demi-fond remporté par Henri Lemoine (30 km en 26'40"2/5) et Auguste Meulemant (50km en 42'58"4/5). Classement général : 1er Henri Lemoine

Dimanche 4 Mai : tournoi de demi-fond

Mardi 6 Mai : Match de vitesse professionnels remporté par Renaudin; Match omniuù par l'équipe Laurent/Mithouard; 2ème série des championnat de France de demi-fond, remportée par Louis Chaillot

Dimanche 20 Juillet : série éliminatoire du championnat de France de demi-fond (2 coureurs qualifiés pour la finale); 1ère manche remportée par Henri Lemoine , les 100 kms en 1h 34'24" et la seconde par Jean Maréchal, les 100 kms en 1h 28'49"4/5

Vendredi 25 Juillet : arrivée de la 3è étape de Paris-Melun-Milly- Paris  du Trophée Peugeot, épreuve en cinq étapes  remplaçant le Grand Prix Wolber. Victoire de Robert Panier de l’A.C.B.B. Vainqueur du classement général : Joseph Alvarez (A.C.B.B.)

Vendredi 15 Août 1941 : Grand Prix de l’U.V.F. : victoires en vitesse de Gérardin devant Noblet chez les pros  et de Dupouy devant Iacoponelli et Moutais (déclassé) chez les amateurs ; en demi-fond victoire d’Henri Lemoine (69.580 km dans l'heure) devant Meuleman, Maréchal, Chocque et Lesueur

Dimanche 31 Août : Américaine sur 100 km

Dimanche 21 Septembre : Américaine

 

1942

…. .. Avril : réouverture : Prix Dupré : victoire de Senfftleben devant Degélas et Gérardin en vitesse ; victoire d’Henri Lemoine en demi-fond

Dimanche 26 Avril : Omnium remporté par Breuskin: épreuve de demi-fond par Henri Lemoine

 …. .. ….   Arrivée du Grand Prix de l’Ile-de-France (en remplacement de Paris-Caen), remporté par Albert Goutal

Dimanche 31 Mai  : Grand prix de l’AP.S.A.P. (départ et arrivée sur le vélodrome); réunion amateur vitesse, handicap, brassard-poursuite et courses de primes

Jeudi 2 Juin : arrivée du Prix Wolber

Dimanche 21 Juin : 2è tour de qualification de la 3è siérie du championnat de France de demi-fond remportée par Louis Chaillot

…. ..  Juillet : victoire d’Henri Lemoine et victoire de Louis Chaillot devant Marcel Guimbretière

Dimanche 2 Août : Américaine remportée par l'équipe Ragot - Hitch de l'U.S. Metro

 

1943

Dimanche 18 Avril : Réouverture du vélodrome : victoire de Louis Chaillot au classement général de l’épreuve de demi-fond - Prix Charles Lacquehay - et dans les deux manches devant Lemoine, Terreau, Georges Sérès, Jaminet et Maréchal (2 manches de 15 et 20 km) - selon autres sources, Henri Lemoine vainqueur de la seconde manche.

Dimanche 9 Mai : seconde série des championnats de France de demi-fond sur 100 km

Lundi 14 Juin : fête plurisport organisée par Le Petit Parisien ; épreuve de vitesse remportée par Schérens et Gérardin ex-aequo

Dimanche 20 Juin : avant-dernière manche qualificative du 3ème tour du championnat de France de demi-fond ; victoire de Paul Chocque, les 100 kms en 1h 32’56’’ devant Raoul Lesueur à 9 t

Dimanche 15 Août : victoire d’Henri Lemoine dans les deux manches de 40 kms du Prix Paul Guignard, victoire de Gérardin en vitesse dans le Prix Lucien Michard et de Lionel Talle dans le Prix Barthelemy (Omnium)

Dimanche 19 Septembre : Coupe des constructeurs, organisée par Le Cri du Peuple. Américaine de 100 kms remportée par l’équipe Métropole (Deforge, Laurent, Level et Thiétard) : en vitesse, victoire de Paul Maye et Louis Gérardin (prof) d'Etienne (Am.) et de Cautenet dans le handicap

Dimanche 3 Octobre : réunion de fermeture ; Grand Prix de demi-fond de la F.F.C., victoire d’Henri Lemoine 69.915 km dans l’heure devant Meuleman à 40 m et Ernest Terreau à 70 m

 

1944

Lundi 1er Mai :  2è série des qualifications pour le championnat de France de demi-fond, remportée par Louis Chaillot

Dimanche 7 Mai : 14è Critérium des Aiglons, arrivée de la troisième épreuve Vernon-Vélodrome La Croix de Berny + épreuve de demi-fond

Dimanche 4 Juin : 6 heures à l'américaine

Dimanche 18 Juin : repêchage   championnat de France de demi-fond, remporté par Jean-Jacques Lamboley + Omnium en 4 Manches

Dimanche 15 Août : championnat de France de poursuite professionnel (non organisé)

 

1945

1946

 

1947

Dimanche 20 Avril : 2ème série championnat de France de demi-fond, remportée par Amédée Fournier et qualification remportée par Henri Lemoine

 

1948 

Dimanche 4 Avril : 1ère série qualification pour le championnat de France de demi-fond remportée par Guy Solente et seconde série par Robert Rodriguez

Dimanche 9 Mai : 5ème  série qualification pour le championnat de France de demi-fond remportée par Georges Sérès

 

1949

Dimanche 10 Avril : 1er tour des qualifications pour le championnat de France de demi-fond 1ère série remportée par Amédée Fournier

 

  


 

RECORDS 

 

Vendredi 17 Juin 1938 : record du Monde du kilomètre en tandem par Michard / Chaillo en 59"3/5 (60.402 km/h de moyenne)

Vendredi 12 Août 1938 : record du monde des 60 km en 1h 26’45’’ et 70 km en 1 h 42’34’’35 par Maurice RICHARD 

Samedi 1er Octobre 1938 : record du monde de l’heure pour Jeanine ZUSCHMITT avec 35,670 km

(ancien record Me Modire avec 35 km 147) 

Jeudi 1er Septembre 1938 : record du Monde des 100 kms par Jean MALAVAL en 2h 27'25"1/5

 

 

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 Records locaux :

- 500m : Breuskin en 29''3/5

- 1 km : Guy Lapébie en 1'6''1/5


Sources :

Photos et documentation François Bonnin

Photo et textes  Patrick Police - Photo Claude Larcher -

Presse : Miroir des Sports, Match, Cyclosport, L'Humanité, L'Ouest Eclair, le Génie Civil, le Matin, Le Temps, La Croix, Le Petit Parisien, l'Humanité, Le Populaire, Le Petit Parisien; Livre "Magic City" de René Lucot.

Site internet ville Antony

Contributions : Dominique Turgis

 

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

il devra être mentionné le nom des auteurs et du site internet STAYER FR

 

 

 

Patrick Police 

20 Décembre 2016

 

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21/12/2016
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L'EURO 53 : 63 ANS APRES, LE RETOUR DU CHAMPIONNAT D'EUROPE EN FRANCE

L’« EURO » de Demi-Fond en France 1953 -2016  

 Soixante-trois ans d’attente 

 

QUEUGNET  Roger HOLTZMANN Collection Etienne HAREL - Copie_crop - Copie_crop.jpg

 

 

Pour la première  fois depuis les championnats du monde 1989, la France accueille une épreuve officielle internationale avec entraînement motorisé,  l’occasion pour nous d’évoquer le critérium européen d’hiver 1953 disputé au Vel d’Hiv parisien, dernier championnat  continental (officieux) organisé dans l’hexagone. 

 

Ce rapprochement peut paraître audacieux dans la mesure où le championnat d’Europe dans sa version actuelle a été institué en 1995, après le retrait de  la spécialité du programme des championnats du monde. Cependant  les compétitions labellisées championnat ou critérium d’Europe s’inscrivent dans une chronologie historique (souvent méconnue) bien plus ancienne. 

Sans remonter à première époque (1896-1920) sous l’égide de la fédération cycliste allemande qui en assura la majorité des organisations, c’est en 1948, à l’initiative de l’association des directeurs de vélodromes d’hiver, que furent réinstaurées des compétitions européennes en demi-fond (entre autres disciplines de la piste : vitesse, américaine, omnium).  

 

Le  titre de champion d’Europe d’hiver (pour l’ensemble de ces mêmes épreuves), sera reconnu à dater  de la saison 1971-72, à la suite des réunions du  comité directeur de l’U.C.I. tenues  à Apeldoorn le 27 février 1971 puis à Varèse le 22 août 1971.Le rendez-vous hivernal du demi-fond européen se perpétua  jusqu’en 1991 et la série actuelle, rétablie en 1995 en est donc l’héritière.  

 

Le  Suisse Jacques Besson, entrainé par Georges Groslimund  inaugura le palmarès, à Zurich, le 2 janvier 1949 en enlevant la quatrième et dernière épreuve d’une compétition disputée par addition de points. 

Lui succédèrent , Raul Lesueur, derrière la moto de Maurice Jubi, en 1950 à Anvers, lauréat d’une finale directe entre les cinq champions nationaux (Belgique, France, Italie, Pays-Bas, Suisse)  et  après une interruption en 1951, le  Belge Adolphe Verschueren, associé à Maurice Ville, révélation de la saison 1951-52, en prélude à son premier sacre mondial de l’été. 

 

Et nous en arrivons à l’organisation 1953 confiée pour la première (et unique) fois à la France sur la piste du Palais des Sports de Grenelle. Le système de qualification pour la finale  accorda cette année-là trois places sur invitation aux coureurs étrangers, les champions nationaux Verschueren (Belgique) , également champion du monde et détenteur du trophée européen, Martino (Italie) et Besson (Suisse) et deux places pour le pays hôte attribuées au champion national d’hiver et au vainqueur  d’une course nationale qualificative. 

 

 

Souvent malchanceux au championnat de France, Roger Queugnet s’adjugeait le titre de champion d’hiver, le 7 décembre 1952 s’imposant devant Lemoine. Ainsi lui revenait en premier l’honneur de représenter les couleurs françaises pour le critérium d’Europe.  Puis, ce  fut l’éliminatoire française courue sur la distance de 50 kilomètres une semaine avant la finale, où, contre  toute attente, le duel annoncé  entre Godeau et Lemoine tourna court. Godeau, impérial malgré le handicap d’une épaule mal remise, ne permit jamais à son adversaire d’user de sa tactique favorite du « barrage » consistant à se laisser glisser en dernière position pour ensuite s’efforcer de faire décoller le leader. Le champion de France, pris de vitesse à son propre jeu se faisait doubler, et laissait Godeau filer vers la qualification en  dépit de la vaine opposition de Le Strat , Chardon et Solente, autres protagonistes de cette manche nationale.  

 

La finale, en cette soirée dominicale du 1er février 1953, devait  régaler le public parisien, le trio Verschueren-Godeau-Queugnet se livrant une lutte sans répit pour la conquête du  titre,  d’une  intensité rarement atteinte pour une ronde de 100 kilomètres. 

Verschueren , qui ne disposait pas de sa meilleure forme prit le contrôle au départ et produisit le maximum d’efforts pour contrer les multiples attaques de Godeau et Queugnet,  avant de s’incliner à la mi-course. Godeau passait alors en tête et semblait se diriger vers la victoire  finale, maîtrisant avec brio les contre-accélérations de Queugnet, tandis que Verschueren , éprouvé, perdait un tour et que Martino et Besson étaient hors des débats.  Le coureur suisse ne se signalait guère que par la course de barrage imposée par  Guérin à l’encontre de Maurice Ville, témoignant d’un contentieux de mauvais aloi entre entraîneurs. 

Malgré la facilité de Godeau,  Lavalade commit l’erreur de temporiser, laissant son coureur sous la menace de Queugnet et de ce  fait,  la réaction de Verschueren , amorcée après les 80 kilomètres allait anéantir les espoirs de « Popeye ». 

En effet , sur le point de de perdre un second tour, Verschueren, ressaisi,  imposait une épreuve de force à l’issue de laquelle Godeau, en perte d’équilibre en haut de la piste, frôlant la chute, décollait du rouleau.  Queugnet  surgissait  alors en tête pour la  première fois, et dès lors s’engageait dans une trajectoire triomphale, tracée avec intelligence par Auguste Wambst, pace-maker clairvoyant . 

Cependant, Verschueren ne  renonçait pas et poursuivant sa remontée; il reprenait le tour perdu  aux deux Français, pour  une fin de course splendide à la faveur de laquelle il soufflait la seconde place à un Godeau découragé, et revenait même dans le sillage du leader. Le dernier mot  restait malgré tout à Queugnet qui voyait ses efforts et son énergie récompensés de l’écharpe U.C.I.  venant après  la tricolore; il était décidemment  le stayer en forme de cette saison d’hiver. 

 

QUEUGNET  R  photo JM Le tailleur JML.jpg

 

Avant lui, parmi les gloires françaises du Demi-Fond,  trois coureurs,  s’étaient parés du titre européen à l’époque héroïque : Lucien Lesna (1896, 1898) ; Paul Guignard (1905, 1906, 1909, 1912) et Georges Sérès (1920) ; sans oublier bien sûr Raoul Lesueur (1950), déjà cité au titre des vélodromes d’hiver. 

 

Roger Queugnet était bien leur digne successeur et il demeure à ce jour le dernier stayer  Français titulaire de cette distinction qui n’était alors que semi-officielle.  

 

Ces lignes sont écrites à quelques semaines du grand  rendez-vous des premiers championnats d’Europe de cyclisme sur piste Elite au Vélodrome National de Saint-Quentin en Yvelines où les spécialistes du demi-fond retrouveront enfin les honneurs de figurer au programme  parmi toutes les disciplines de la piste. Et tout en souhaitant bonne chance, dans le meilleur esprit sportif, aux représentants de  nos voisins Européens, gageons que nos sélectionnés auront eu à cœur de se distinguer en cette soirée du 19 octobre, soixante-trois ans après la dernière organisation continentale du demi-fond sur un vélodrome français en s’inspirant peut-être de Roger Queugnet, leur dernier compatriote sacré champion d’Europe en cette circonstance. 

 

Ils confirmeraient  alors l’excellente  impression  produite sur la piste du vélodrome de Bordeaux-Lac lors de la toute  récente  finale du championnat  de France, qui a pleinement justifié le retour du demi-fond dans le giron des championnats élites sur piste.   

 

François BONNIN, pour STAYER FR

Photos Stayer Fr et J-M Letailleur

 

 

CRITERIUM D’EUROPE D’HIVER DE DEMI-FOND   1952-1953

 

ORGANISATION :   Association des Vélodromes d’hiver Européens  

Dotation : Au   1° :  50 000 francs -  Au 2° : 30 000 francs  -3° : 20 000   francs 

 

Sont qualifiés pour   la finale :  

Adolphe   Verschueren          Vainqueur   Critérium d’Europe 1952 - Dortmund (02/03 /1952) - (Entraineur : Maurice   Ville)   

                                             Champion   de Belgique - 1952 - Liège – Rocourt  (15/06/52)           "                   "       

                                             Champion   du Monde 1952  - Paris Parc des Princes (F.S.C Luxembourg)     "                   "       

Guiseppe   Martino                 Champion   d’Italie 1952  - Ferrara (14/09/52)    (Entraineur : Emile Van   Den Bosch)   

Jacques   Besson                   Champion   de Suisse 1952 -  (12/05/52)

Roger Queugnet                     Champion National d’hiver 1952-53 Paris - Vel d’Hiv (7/12/52) -  (Entraineur : Auguste  Wambst)    

Et le vainqueur de   l’épreuve qualificative réservée aux coureurs français. 

 

 

EPREUVE QUALIFICATIVE (Course   nationale)  - Paris Vélodrome d'hiver - Dimanche 25  janvier    1953 

 

1- (04) Roger Godeau  

Daniel   Lavalade 

 

50 km en 43'24"2/5 

2- (03) Ange Le Strat  

Adolphe   Laval 

 

à 120 m 

3- (05) Guy Solente 

Alexis   Blanc-Garin 

 

à 200 m 

4 -(02) Henri Lemoine 

Arthur   Pasquier 

 

à 1 tour 50 m 

5-(01) Roger Chardon  

Auguste   Wambst 

 

à 1 tour 125 m 

Ordre   des départs : Chardon, Lemoine, Le Strat, Godeau et Solente. Godeau remonte progressivement  vers la première place, et met   rapidement en échec la tentative de Lemoine de « faire le mur »  en le   doublant au trentième  kilomètre,  sans lui laisser le temps de se placer en   position d’arrêt. Installé comme leader, Godeau consolide sa position,    en  jugulant les multiples attaques de Le Strat et Chardon, ce   dernier occupant encore le second rang à dix tours de la fin. Solente joue alors sa   carte sur la fin de course sans toutefois réussir à menacer Godeau qui se   qualifie pour la grande finale européenne du dimanche suivant.   

 

 

FINALE  - Paris Vélodrome   d'hiver - Dimanche 1 février   1953        

  

NOTA   L’édition de L’EQUIPE du samedi 31 janvier indique Van Den Bosch comme   entraîneur de Martino et non Blanc-Garin comme mentionné sur le programme de   la réunion .  

1-(04) Roger Queugnet 

Auguste   Wambst 

FRANCE 

100 km en 1h 30' 

2-(02) Adolphe   Verschueren  

Maurice   Ville (FRA.) 

BELGIQUE 

à    70 m 

3-(01)  Roger Godeau  

Daniel   Lavalade 

FRANCE 

à  150 m 

4-(05) Guiseppe Martino  

Emile Van Den Bosch(BELG.) 

ITALIE 

à   3 tours 

NC- (03) Jacques   Besson 

Maurice   Guérin (FRA.) 

SUISSE 

Abandon 

La course : Godeau,   Verschueren, Besson, Queugnet  et Martino s’élancent selon l’ordre de départ fixé,  et,   dès la prise des entraîneurs, le duel s’engage entre  Godeau et   Verschueren, qui s’empare  du commandement. Le champion du monde subit   alors les attaques répétées de Godeau, puis à partir du trentième  kilomètre, de Queugnet. Eprouvé par les assauts des deux Français et aussi par la résistance de   Martino et surtout de Besson qu’il peine à doubler, en raison de   l’antagonisme entre les entraîneurs Guérin et Ville,  le Belge finit par   céder la première position à Godeau, suivi de Queugnet, à   la mi-course. Martino et Besson sont alors irrémédiablement distancés et la   course se réduit à une lutte à trois. Au soixantième kilomètre, Verschueren concède   un  tour  et Godeau, pédalant allègrement, repousse avec aisance   les tentatives  de débordement de Queugnet.   Mais mis en échec par la résistance que lui oppose, contre  toute   attente, Verschueren sur le point d’être à nouveau doublé, et placé en   difficulté le long des balustrades, Godeau décolle soudainement et Queugnet   toujours en embuscade, lui ravit la première  place. Cette action   décisive se situe à 36 tours de la fin et à partir de là Queugnet   mène avec détermination,  tandis que Godeau, démoralisé  perd  le contact. Par contre,   Verschueren poursuit sa remontée, se dédouble sur les deux tricolores, et   effectue une fin de course haletante, s’adjugeant la seconde place aux   dépens de Godeau, et venant même  inquiéter Queugnet,   malgré tout hors d’atteinte pour la victoire  finale. 

 

Principales Sources consultées : Le quotidien L’EQUIPE, l’hebdomadaire MIROIR-SPRINT, LE MONDE CYCLISTE, organe de l’UCI ,  les programmes du Vel d’Hiv des dimanche 25 janvier et 1 février 1953. 

 

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

il devra être mentionné le nom des auteurs et du site internet STAYER FR

 


17/10/2016
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ROGER QUEUGNET, LE DERNIER AU PALMARES

ROGER QUEUGNET, LE DERNIER AU PALMARES

 

 

A l’occasion de cet évènement si particulier que constitue le championnat d’Europe de demi-fond, STAYER FR est parti sur la piste  (évidemment) de notre dernier champion d’Europe, Roger QUEUGNET.

 

Non sans mal, nous avons pu entrer en contact avec notre vénérable champion qui, à quatre-vingt-treize années bien comptées, a bien voulu feuilleter à distance avec nous son album de souvenirs. Non sans émotion pour lui d’ailleurs, puisqu’il nous a avoué que, soixante-trois années après, ce titre européen, décroché au « Vél’ d’Hiv’ », lui procure encore le frisson … Et comme quoi le passé n’est jamais aussi éloigné qu’on le pense, il nous a confié son  bonheur d’avoir obtenu dans sa carrière des résultats à si haut niveau, mais aussi sa rage de n’avoir pu passer « pro » qu’à l’âge de vingt-cinq ans, recherche impossible du temps perdu …

 

Si vous êtes un brin curieux, vous n’aurez pas trop de mal à retrouver, dans un vieux numéro de But et Club, trois planches en forme de bande dessinée, exécutées par le fameux Paul Ordner, narrant quelques étapes de la vie de notre héros. Comme je ne me sens pas une âme de plagiaire, je ne suivrai ici que fort peu le canevas du brillant texte du journaliste  Roger Flambart. Je préfère cheminer avec vous au fil des lignes à venir en compagnie de ce grand espoir des routiers de l’immédiat après-guerre, qui, finalement, et fort opportunément, s’est tourné au début des années cinquante vers le demi-fond, pour ne plus le quitter.

 

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 La bande dessinée du fameux Paul Ordner

 

Au terme d’une scolarité achevée à l’âge de treize ans, et après l’obtention de l’indispensable C.E.P., la préférence des activités athlétiques du jeune Roger va se diriger d’abord vers le football. Normal, les grandes figures du football rouennais (notamment les internationaux Roger Rio et Jean Nicolas ) étant des familiers chez les Queugnet, le père étant lui-même un fervent supporteur. Lorsque la famille migrera de Rouen  pour s’installer à Saint-Cloud, l’aîné de la famille ne démentira pas l’atavisme familial en devenant un demi-droit de valeur dans les rangs de l’U.S. Clodoaldienne. Mais  le cyclisme doit déjà l’intéresser  suffisamment puisqu’il participe un jour de l’été 1938 à un concours de pronostics, patronné par la marque de shampooing Dop (publicité gratuite) Ce jeu, qui consiste à trouver le nom du vainqueur de l’étape du jour du Tour de France, a pour prix une … bicyclette ! Grande joie pour notre ami lorsqu’il apprend avoir gagné : pensez, il s’agit là de son premier vélo ! Puis, c’est la déception,  grande elle aussi : le beau vélo noir s’avère être un vélo de … cyclotouriste.  Mais bientôt le prêt par un camarade d’un vélo – de course cette fois -, lui permettra  de se mesurer à ses collègues de l’Ecole des Jeunes Cyclistes de Saint-Cloud,    à laquelle émarge déjà un futur sprinter, Pierre Iacoponelli, qui se fera un nom après-guerre en allant titiller l’indéboulonnable « Toto » Gérardin.  En cette période d’immédiat avant-guerre, les débuts du jeune Roger n’ont rien de fracassants : il lui faudra attendre même quelques années,  pour,  en 1943, décrocher enfin sa première victoire, au Vésinet, dans une « Interclubs » de « 3 et 4 », sous les couleurs de l’A.C.B.B.

 

La guerre s’est invitée entretemps, poussant la famille Queugnet à l’exode vers la  Normandie. Le retour à Saint-Cloud, dans un train bondé de soldatesque allemande, annonce le malaise de ces années si pénibles de l’occupation. Le père a été fait prisonnier :  les trois garçons et leur mère doivent désormais affronter les rigueurs d’un quotidien rythmé par cette impression de faim quotidienne lancinante, jamais calmée par les maigres produits dispensés par les cartes d’alimentation, et le couvre-feu, prison temporelle qui cadenasse les nuits de 23 heures jusqu’ à 5 heures  du matin. Côté vélo, rien n’est facile non plus.

En sa qualité de coursier pour pharmaciens, (employé par la société parisienne ASTRA de 1938 à 1943),  le salaire est plutôt chiche pour notre apprenti-champion, et les pourboires rares. En tous cas, ils constituent des ressources insuffisantes pour assurer un entretien correct de sa bicyclette, et  lui permettre de se mesurer à ses pairs lors des courses en circuit disputées en région parisienne.

 

Et comme si ça ne suffisait pas à plomber ce lourd quotidien, en cette année 1943 plane pour notre homme la menace du S.T.O (Service du Travail Obligatoire) Assigné en 1943 par les autorités allemandes à aller travailler en Germanie pour le compte du Fürher, Roger, sur le conseil d’un copain bistrotier, ne trouvera son salut qu’en s’engageant dans les G.M.R., ces Groupements Mobiles de Réserve, nouvellement institués par l’Etat vichyssois, et qui ne sont rien moins que les ancêtres de nos C.R.S. En Octobre 1943, Roger Queugnet rejoint  la caserne de Versailles. Ouf … Il a échappé aux usines allemandes et au travail forcé pour l’industrie de guerre. Là, il ne lui reste plus qu’à attendre, entre ses missions qui consistent en des déplacements en ville pour effectuer des contrôles d’identité,  l’heure de la libération. Elle sonnera bien curieusement pour lui,  puique Roger Queugnet nous rapporte qu'elle se matérialisera sous la forme d’une arrestation à son domicile de Saint-Cloud, par des résistants F.F.I. qui confondant selon lui les GMR avec la Milice. Entre Octobre 1943 et Mars 1946, notre homme n’aura disputé aucune course, s’entraînant quand cela lui était possible.

 

En Mars 1946, et ceci pour assouvir désormais pleinement sa passion du cyclisme, Roger Queugnet démissionne et revient à la vie civile … et au vélo. Très vite, il va retrouver le coup de pédale. Et moins de trois mois plus tard, lui, dont la progression avait jusqu’ici été si laborieuse, va accumuler les bons résultats. Le « déclic » se manifestera  sous la forme de sa rencontre avec Claude Evrard, le directeur sportif de l’équipe professionnelle Genial-Lucifer, qui se trouve alors être son voisin. En sa qualité d’Indépendant, il a la possibilité de se mêler aux « pros », et Evrard lui propose de rejoindre son « team », afin de  disputer le Tour de l’Ouest, cette prestigieuse course par étapes hélas aujourd’hui disparue. Disputé à la fin du mois d’Août par étapes de 200 kms, le Tour de l’Ouest n’est pas une sinécure. Il va finir tout à fait honorablement cette rude course à une prometteuse 22ème place. Mais  surtout il sortira de cette épreuve avec « des jambes de feu ». Et l’espace d’une quinzaine, il va rafler le Trophée Peugeot, Paris-Troyes, le Prix de la même ville, et accomplir dans la foulée une belle saison d’hiver au vélodrome parisien du même nom.

 

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 La victoire au Trophée Peugeot

 

La saison 1947 va s’avérer déterminante pour la suite de sa carrière. Les victoires s’enchaînent alors : Paris-Evreux, Grand Prix de Boulogne-Billancourt, Grand Prix de Saint-Denis … Côté titres, ça va bien aussi, merci : champion d’Ile –de-France sur route et sur piste en individuelle et en poursuite … A l’automne, il est approché par Francis Pélissier, qui lui propose de rejoindre les rangs de l’équipe La Perle-Hutchinson. Et il va signer son contrat, comme il en est alors l’usage, lors du Salon du Cycle. « Le Grand » n’avait pas manqué d’être impressionné par la performance de notre homme qui, lors d’un Paris-Evreux, avait trouvé le moyen, après deux crevaisons et autant de chasses en solitaire,  de sauter à temps dans  l’échappée qu’il allait ensuite conclure victorieusement.  Dès le mois d’Octobre 1947, le voici donc professionnel. Les « pros », il va se frotter à eux tout l’hiver sur les lattes du vélodrome d’hiver, et, à la reprise de la saison routière 1948, il ne fera pas les choses à moitié : première course, première victoire ! Les portes d’une grande carrière de routier semblent désormais ouvertes à deux battants.

 

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Grand Prix de l’Echo d’Alger : première course « pro », première « gagne » 

 

Sauf que cette victoire ne marquera finalement que le début d’une lancinante maladie, une mauvaise bronchite,  qui durera trois mois, et au bout de laquelle il ne renouera plus jamais par la suite avec l’état de grâce qui était le sien. A la sortie de cet étrange  tunnel, les accessits vont succéder aux accessits, les abandons aux abandons, et les déceptions aux déceptions. En entamant la saison 1949, il a déjà compris qu’il ne sera jamais le grand routier que la presse spécialisée avait annoncé tous azimuts. Exit la saison suivante l’équipe La Perle Hutchinson, faute de résultats probants.  Camille Narcy et l’équipe Peugeot lui tendent alors la main, et c’est sous les couleurs bleu et jaune de Peugeot-Dunlop  qu’il va chasser sur les routes une victoire qui se dérobe désormais obstinément à lui. Dans la carrière de notre homme il y aura un avant et un après Grand Prix de l’Echo d’Alger. Les deux Tour de France auxquels il participe ne lui apporteront que des déboires, le plus dévastateur étant celui causé par son élimination dans l’édition 1950.  Heureusement,   le 12 Novembre 1950, au cours d’un France-Italie de légende, disputé au Vélodrome d’Hiver, il va connaître, contre Coppi et les siens (son frère Serse, Léoni et Magni), et aux côtés de Bobet, Barbotin et Mattéoli, une des plus belles émotions de sa vie de sportif. La victoire de l'équipe française, remportée sur la marque de 3 à 0 (Individuelle, Poursuite par équipes, Derny) sera pour lui une sorte révélation, et la piste sera sa planche de salut.

 

L’horizon sur la route est bouché. La piste, qu’il a toujours appréciée, compte tenu notamment de la variété de ses épreuves, l’attire de plus en plus. De plus, que ce soit derrière engins Vespa, Derny ou derrière motos commerciales Terrot ou autres, Roger « colle » parfaitement, comme naturellement, au sillage de ses entraîneurs. Sa rencontre avec Auguste Wambst, à qui toutes ces qualités n’ont pas échappé, achève de le décider. Et une quatrième place, décrochée lors du championnat de France d’hiver, va sceller de façon pérenne l’association.

 

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 Roger Queugnet, à l'extérieur

 

 Une nouvelle carrière, plus enthousiasmante, offre désormais ses perspectives à celui qui n’est plus qu’un ex- espoir du cyclisme sur route. La victoire qu’il n’a pu quérir sur la route, où il s’obstine tout de même encore durant la saison 1951, il va la trouver sur la piste, en remportant au mois de Novembre une première épreuve de demi-fond, le Prix Bourillon, au « Vél’ d’Hiv’ » parisien.

 

La saison d’hiver 1952 marque un tournant décisif.  En fin d’année, il remporte le championnat national d’hiver derrière son mentor Auguste Wambst. Moins de trois mois après, il commence l’année 1953 en fanfare en remportant au « Vél’ d’Hiv’ » le championnat d’Europe des stayers (alors dénommé   Critérium d’Europe des vélodromes d’hiver) en terrassant l’épouvantail de la spécialité, le champion du Monde belge Adolf Verschueren. Deux mois après, il ne peut déboulonner sur la piste du Parc des Princes l’indéracinable Henri Lemoine, qui s’en va quérir son dernier titre de champion de France des stayers. La crevaison qu’il a subie après que Lemoine   lui ait ravi la tête d’une course qu’il avait jusqu’ici conduit de main de maître constituera toutefois une circonstance atténuante à sa déception.

 

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Avec Adolf Verschueren

 

Au championnat du Monde disputé en Août, il n’y aura rien à faire contre Adolf Verschueren ; sauf à s’emparer de la seconde place sur le podium, ce qu’il fait non sans pousser le maître-stayer belge dans ses retranchements.  Soixante-trois années plus tard, il ne peut toutefois s’empêcher de relever que l’entraîneur du champion belge s’est montré ce jour-là le plus rusé sur la piste de Zurich.

 

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 Roger Queugnet aux côtés de deux légendes du demi-fond : Henri Lemoine et Adolf Verschueren

 

En cette année 1953, où il a accumulé les victoires sur piste, Roger Queugnet figure  dans le carré d’as des meilleurs stayers mondiaux. Il lui reste pourtant à  s’emparer du titre national.

 

Ce sera chose faite dès la saison suivante, qui le voit enfin se vêtir de tricolore. Mais l’affaire n’aura pas été de tout repos. En effet, le jour « j », Roger Queugnet aura dû  ravaler son impatience : l’épreuve a été reportée pour cause d’intempéries ! Il ne lui reste plus alors qu’à consoler sa famille en pleurs, venue spécialement pour assister à l’évènement. La finale reportée se disputera le mercredi suivant. Il devra dès lors aller chercher le titre sans le soutien de ses proches, qui assistent ce jour-là à la cérémonie de mariage de sa sœur.  Qu’à  cela ne tienne :  au terme d’une lutte au couteau sur le ciment du Parc des Princes avec l’ex-champion du Monde de poursuite Roger Rioland et le Francilien Guy Solente, il va l’obtenir enfin ce maillot tricolore ! Il ne lui restera plus ce soir-là qu’à rejoindre la cérémonie familiale, chaviré de bonheur, une bouteille de champagne sous le bras, et le maillot bleu-blanc-rouge serré contre son cœur.  

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Avec Auguste Wambst, la belle association

 

Le 30 Janvier 1955, le nouveau champion de France conforte son statut, en remportant le Critérium International d’Hiver de demi-fond, dénommé officieusement « championnat d’hiver international ».  Un mois plus tard, le Dimanche 6 Février, en réalisant 55.338 kilomètres dans l’heure, il bat, derrière le derny piloté par Pierre Morphyre,  le record de France de l’heure établi par Georges Decaux en 1953. Le 19 Juin, sur la piste du Parc des Princes, il est – il se le rappelle encore aujourd’hui - dans une condition optimale pour enlever de haute lutte un second maillot tricolore, en venant à bout de l’obstiné  Roger Rioland, et de  Guy Béthery.

 

Roger Queugnet est bien le stayer français n° 1, mais le championnat du Monde le verra par contre buter à chaque fois au pied du podium, comme en 1954. Au bout de sa course, une cinquième place. La plus haute marche est désormais investie par « l’as » majorquin Guillermo Timoner, qui débute  ce jour-là un règne qui fera long feu. 

 

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1955 :  le bonheur d''n dernier titre

 

L’année 1956 marque son recul dans la hiérarchie, la ronde des stayers est désormais menée en France, et pour un lustre encore, par le « pistier-à-tout-faire », l’inusable Roger Godeau. La perte du maillot tricolore a entraîné ipso-facto pour Roger Queugnet une diminution du montant de ses contrats. Devant la diminution d’activité des vélodromes, il ne restera pas longtemps hésitant à céder à la proposition faite par un de ses proches de reprendre la gérance de son bar-café à Versailles. Deux années de cette activité avant de tenir un tabac-presse à Gargenville avant dix ans plus tard d’assurer la gestion d’une société de presse.

 

Le vélo là-dedans ? Il est désormais au clou, car notre champion a été entretemps gagné par un virus, celui du bridge. Et c’est ce jeu de cartes qui va l’occuper principalement jusqu’à nos jours, que soit pour participer à des tournois, ou bien pour les organiser.

 

Notre double champion de France des stayers affirme qu’il a toujours fait au mieux de ses possibilités, et avec passion, pour honorer ce maillot sur tous les vélodromes de France et d’Europe. Roger Queugnet, notre dernier champion d’Europe, trouvera- t-il son successeur le au vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines ? En tous cas, s’il est acquis qu’il ne sera pas parmi nous en tribune ce mercredi 19 Octobre, il peut être assuré que nous aurons tous une pensée pour lui au moment où la ronde infernale s’élancera …   


 

 

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

 

il devra être mentionné le nom des auteurs et du site internet STAYER FR

 

 

 

 

 Patrick Police

Avec la collaboration de Roger Queugnet, Jean-Marie Letailleur  et de François Bonnin

photos STAYER FR, Etienne Harel et J-M Letailleur

 

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11/10/2016
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