STAYER -FR : Le blog 100 % demi-fond et derny

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DANS LE RETRO : histoires de derny et de motos


JEAN RAYNAL LE STAYER TOUCHE-A-TOUT, CHAMPION ET GLOBE-TROTTER : SUITE 2 DE LA SAGA

JEAN RAYNAL, LE STAYER TOUCHE-A-TOUT,

CHAMPION ET GLOBE TROTTER - troisième épisode de la saga 

DES SIX-JOURS, UN RECORD ET PUIS … LE DEMI-FOND

 

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

il devra être mentionné le nom des auteurs et du site internet STAYER FR  

 

 

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STAYER.FR : Après les jeux, ma foi fort lucratifs, du « Vélo-Spoutnik », il était temps de changer de braquet. Le mot d’ordre pour l’année 1959 sera donc :  « Tout pour le demi-fond ! » Mais avant d'évoquer ses six titres nationaux, il reste à évoquer l'évènement qui y mènera. 

 

Jean RAYNAL : «  Tu viens de me remettre mon palmarès, établi par ton copain … Chapeau … Je suis impressionné. Il y a même dedans des courses dont je ne me rappelais plus du tout ! Pourtant,  je vois qu’il manque quelque chose, et quelque chose qui me tient drôlement à cœur : c’est mon record derrière derny !  »

 

« Ce jour-là, le 8 Février 1959, au « Vél’ d’Hiv’ » de Paris,  je marchais « terrible », et j’ai battu le record des dix kilomètres derrière derny, détenu jusqu’ici par Louison Bobet ... Mais s’il n’y avait eu que le record ! Dans cette course, disputée « à fond les poignées », j’ai laissé Jacques Anquetil lui-même derrière moi, après avoir doublé tous mes adversaires ! Je m’en rappellerai toujours : à peine la ligne d’arrivée dépassée, Anquetil, alors que nous étions encore sur le vélo, m’a passé le bras autour du cou et m’a dit : « Je suis content ! Merci, merci : tu as battu le record de Bobet ! » Ce record, je l’avais abaissé de dix secondes ! (10’11’’3/5 au lieu de 10’21’’3/5) Parti en tête, jamais dépassé pendant la course, avec un Jacques Anquetil constamment sur mes talons, et qui finira à 125 m, Varnajo, Blusson, Gauthier et consorts doublés, oui, ce match « Pistards-Routiers » restera un des grands moments de ma carrière, un de ceux dont je suis le plus fier ! Le lendemain, les journalistes me couvraient de louanges : « Jean Raynal affirme son talent » « Un exploit à l’actif de Jean Raynal »  J’enchaînerai par la suite les américaines  au « Vél d’Hiv’ » avec Roger Godeau, avant de partir pour New-York, afin de participer aux Six-Jours là-bas, avec Serge Blusson pour équipier. Etaient du voyage également Bernard Bouvard et André Boher. » 

 

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6 Jours de New-York - à droite Avec Serge Blusson, Alfred Letourneur et Bernard Bouvard - collection Jean Raynal
  

 « On a vécu sur le transatlantique « Le Liberté » sept jours de traversée agitée - et Bernard Bouvard et ses coups pendables n’y furent pas pour rien ! - ». Au retour des Etats-Unis, j’ai participé au gala de clôture du Vél’ d’Hiv’ : " Le dernier tour de piste " ainsi que l'appelait  le programme. Ce vendredi 17 Avril - tristement historique -, je finis quatrième de l’épreuve de demi-fond derrière Timoner, De Paepe et Godeau. » 

 

« Car je continuais à courir derrière moto, comme tu le vois. Depuis mon titre chez les amateurs, je n’avais jamais laissé tomber le demi-fond, mais faisais le stayer par ci par là, au gré des contrats. Mais depuis mon record et ma victoire sur Anquetil derrière derny -  qui avaient agi chez moi comme un déclic -  l’idée de m’y consacrer plus sérieusement,  me trottinait de plus en plus dans la tête. Appuyé sans réserve par Georges Wambst, j’ai décidé alors de faire du championnat de France des stayers un véritable objectif »

 

« Routier ou pistard, je restais toujours un forcené de l’entraînement. La plupart du temps, j’effectuais mes raids dans le sillage de la Mobylette orange de mon oncle Lucien Baudry, sur la route nationale 4. Un jour que nous roulions à fond entre Ozoir-La-Ferrière et Tournan, nous voilà interpellés par un gendarme qui nous fait signe de nous arrêter : « Le Général de Gaulle va passer, dégagez de là ! » Je ne lui réponds pas, et on continue de foncer comme si nous n'avions rien entendu.  Quelques instants plus tard, une 403 break de la gendarmerie nous prend en chasse, et nous force à stopper. Les gendarmes ne sont pas longs à nous emmener tous les deux au poste de Tournan. Là, ils me verbalisent pour, en vrac et dans le tas : prise de sillage d’un cyclomoteur, défaut d’avertisseur et absence d’éclairage. Je leur dit que leur verbalisation ne vaut rien, que je n’ai pas pris le sillage de qui que ce soit, que je ne connais pas le type qui conduisait ce cyclomoteur ( !) J'en rajoute en leur affirmant que c’est lui qui m’a dépassé et qui m’accompagnait  lorsqu’ils m’ont interpellé … Quand ils m'ont demandé ce que je faisais sur cette route, je leur ai répondu : « Je suis champion de France, il faut bien que je m’entraîne, non ? » Là, ça s’est gâté, et le ton est vite monté. « Je peux téléphoner ? » « Non ! » Ca a  franchement dégénéré alors, et  à un point tel que je me suis retrouvé bientôt menotté à un radiateur du poste. Alors là, je peux te dire que j’ai gueulé, et me suis débattu en faisant un boucan de tous les diables ! Après avoir vérifié mon identité (ça a duré des heures), ils m’ont finalement relâché à la fin du jour. Il ne me restait plus dès lors qu’à rentrer chez moi à vélo, avec une histoire de plus à ajouter à mon «palmarès » (après celle du marchand de quatre saisons – cf. premier épisode.n.d.Stayer Fr). Pour les journaux de l’époque, ça a été l’occasion de me faire un peu plus de publicité en titrant : « Le chemin du Président De Gaulle coûte cher … »

 

STAYER.FR : «Tout pour le demi-fond », avions-nous dit plus haut. Oui, mais les anciens ne sont pas forcément enclins à lâcher prise en cette année 1959, et Jean Raynal devra se contenter de la troisième place au championnat de France disputé sur la piste du Parc des Princes à Paris, derrière les indéracinables Bouvard et Godeau . Ce jour-là, Jean Raynal se heurtera de plein fouet à ces deux « murs ». Passer Godeau ? Aussitôt c’était buter sur Bouvard. Attaquer à mort ? Passer l’un, et c’était ce jour-là s’exposer immanquablement au  « contre » de l’autre, un jeu où il n’y avait rien à gagner. L’heure de la consécration chez les « pros » n’avait  apparemment pas encore sonnée pour le stayer francilien ... 

 

Jean RAYNAL : « Pour l’édition 1960 du championnat de France, je suis persuadé que le titre est pour moi. J’ai préparé cette compétition pendant deux mois. Même si je crains Roger Godeau, je sens que je peux le battre, car je suis en parfaite condition. Le jour de la course, parti en tête, je bute sur Robert Varnajo, et surtout sur son entraîneur Meuleman. Quand je réussis à m'en débarrasser, c'est pour me tuer à la lutte avec Bernard Bouvard durant la première demi-heure. A ce petit jeu, arrive ce qui devait arriver : Godeau nous place une fois que l'on s'est bien "cramés" une attaque imparable et tire les marrons du feu ! Malgré cela, je termine dans le tour de Godeau, « sur ses reins »,  à cent cinquante mètres, mon copain André Retrain me dépassant … après la ligne, pour finir troisième ! La presse, emballée par la course, estime que j’ai été l’homme fort de la course, et qu’André Retrain et moi représentons le renouveau du demi-fond. Roger Godeau ne le cache pas : « Jean Raynal sera mon successeur ! »  Mais tous ces compliments n’effacent pas ma déception, énorme.

      

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Les championnats du Monde, qui se déroulent trois moisplus tard en Allemagne de l’Est, à Karl-Marx-Stadt (redevenue Chemnitz de nos jours n.d.Stayer fr) pourraient être une consolation. Ils vont résonner comme un véritable coup de tonnerre dans le petit monde du demi-fond ! Car sur cette piste parfaite, dans le sillage d’Hugo Lorenzetti  et devant vingt mille spectateurs enthousiastes, je vais remporter ma série, la troisième, en « déroulant » en tête du début à la fin. A la moyenne de 80,793 km/h, en enroulant en souplesse le 29x6, j’ai épaté ce mardi soir là tous les observateurs présents.   La presse française s’enflamme de suite, d’autant que Verschueren et Timoner, spectateurs en bord de piste, leur déclarent voir en moi un futur champion du Monde  !  

 

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Inutile de te dire que je suis après cette victoire « gonflé à bloc ». Mais l’euphorie n’a pas duré très longtemps :  le vendredi suivant, je déchantais complètement, en passant à côté de ma finale (disputée entre parenthèses à plus de 82 km/h de moyenne, la plus rapide de l'après-guerre !) Cinquième derrière le grand Timoner, les Hollandais Wiestra, Koch et Van Houwelingen, l’Italien Pizzali, je me suis un peu consolé en pensant que j’ai tout de même gagné pendant ces championnats du Monde mon ticket d’entrée dans la cour des grands. Mais au fond de moi, j’espérais autre chose, et la presse française aussi. Encore aujourd’hui, je ne comprends toujours pas comment j’ai pu passer au travers dans cette finale. D’autant que quelques temps après, je vais gagner au Parc des Princes la « revanche » de ces championnats du Monde, en faisant décoller quatre fois le Grand Timoner en personne ! » 

  

« La saison d’après, je suis fin prêt pour revêtir mon premier maillot de champion de France chez les professionnels. 1961 sera l’année de ma consécration. Au terme d’une course serrée, disputée à 81.234 km/h de moyenne, je remporte mon premier titre chez les professionnels. !Je laisse à trente mètres derrière moi un Robert Varnajo qui m'a mené la vie dure une heure durant. Ni lui ni moi ne pouvait se douter alors que l’on inaugurait ce jour-là un duel qui allait s’étaler sur cinq saisons !

 

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Pour les championnats du monde, disputés deux mois et demi plus tard, à Zurich,  je figure logiquement parmi les favoris, compte tenu de mon titre tout neuf et surtout de ma performance en série de l’an dernier.  En l’absence de Timoner, blessé par une grave chute (fracture de l’humérus) survenue sur le vélodrome de Madrid, je crois en mes chances, même si personne, et moi le premier, n’ignore cette année-là la forme étincelante de l’Allemand Marsell. Je gagne ma place en finale, en terminant second de ma série derrière le Hollandais Wiestra. Mais cette finale se révèlera un drôle de « western » ! La course sera viciée par les agissements de Meuleman,  l’entraîneur belge de Marsell, envers son compatriote Vershueren. Ce dernier tentera d'ailleurs de se faire justice lui-même, sur la piste ! La course se terminera en esclandre. Mais le plus triste restera pour moi d’avoir fait perdre ce soir-là mon ami Paul De Paepe, que j’avais connu en Autriche (voir épisode précédent n.d.Stayer.Fr) et  à qui j’avais promis de ne pas faire de misères pendant la course. Dommage que Lorenzetti, mon entraîneur, n’ait rien trouvé de mieux  que de faire tout le contraire ce soir-là, en « arrêtant » mon ami de son propre chef ! Je terminerai quatrième de cette drôle de finale au goût amer. Tu ne me croirais pas, mais tout ce « bazar » n’a pas eu d’influence sur mon résultat décevant; je ne peux pas dire ça, ça ne serait pas honnête.  Je n'ai pas fait une belle finale, c'est tout. Ce qu’il faut retenir de positif, c’est que j'ai confirmé à Zurich cette année-là le statut acquis l’année d’avant  à Karl-Marx-Stadt »

 

« D’ailleurs, je vais enfoncer le clou dès le mois de Décembre, en  terminant second du Critérium d’Europe de demi-fond disputé à Bruxelles, remporté par … Paul De Paepe. Sans m’étaler sur le sujet,  talonné pendant toute la course par le champion du Monde, Marsell, je dois dire que je n’ai vraiment pas empêché Paul de remporter le maillot or avec la bande arc-en-ciel ce soir-là »

 

STAYER.FR : Fort de ce statut de stayer de valeur internationale, 1962 devrait donc s’annoncer favorablement pour « Monsieur 80 à l’heure ». Il va lui falloir confirmer son titre de champion de France, et chercher le maillot arc-en-ciel, que ses pairs et la presse le voient capable de forcément revêtir un jour. Mais tout ne va pas se passer pour le mieux cette année-là : une pincée de « Chouan » et une bonne dose de malchance suffiront à remettre les compteurs à (presque) zéro.

 

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Jean RAYNAL : «  Voilà que je perds mon maillot de champion de France ... Celui qui me le ravit ? Mon « meilleur ennemi » : Robert Varnajo. On s’est battu comme des chiffonniers tout au long de la course, et je  finis à quarante mètres du « Chouan ». J’ai perdu mon titre, mais au moins on aura offert en ce 20 Mai au public du Parc des Princes un spectacle de toute beauté. Ce jour-là, il était déchaîné, ce public, et il  a eu du mal à trancher entre ses deux « chouchous ». Je termine second donc, mais en n’ayant rien à me reprocher : je reste donc confiant pour les championnats du Monde. Surtout qu’ils se disputent à Milan, sur la piste du Vigorelli. Je me frotte les mains : une piste « rapide », comme je les aime ! Le « Chouan », lui, aurait préféré une piste plus « dure ». Mais c’est tout « bénéf’ » pour moi. Je crois en mes chances, même si Timoner, de retour, est le grand favori, indiscutable. L’Equipe n’hésite pas à avancer « Jean Raynal aura au Vigorelli la chance de sa vie ». Je termine troisième de ma série derrière Timoner et De Paepe,  et me qualifie pour la finale. Tout se présente donc pour le mieux pour moi ... sauf la météo : 44°, et le Vigorelli transformé en étuve ! Et une finale qui tournera pour moi au cauchemar. En effet, j’attrape dans l’après-midi une insolation terrible. Je veux me rafraîchir un peu, et je m’effondre dans les douches. Mon état inquiète tellement les personnes présentes que l’on décide de me transporter à l’hôpital de Milan, afin de  s’assurer qu’il ne s’agit bien seulement que d’une insolation (tu vois ce que je veux dire …) De retour de l’hôpital le soir même, je suis hors de toute condition. Et le jour de la finale je n’ai toujours pas récupéré. Dans le sillage de l’entraîneur Meuleman (le même qui avait failli tuer Vershueren l’année précédente), sans forces, je ne trouverai jamais l’allure et il n’y aura pas de miracle : je terminerai sixième.  La presse française, qui avait cru en moi et m’avait plutôt gâté les années précédentes,  ne me loupe pas  cette fois : « Jean Raynal fut « léger »  ...  « Jean Raynal n’a pas tenu ses promesses » ...


 

 

A suivre dans le troisième épisode de la saga Jean Raynal :

ce fameux championnat 1963 : beaucoup de fumée pour pas de feu ...

Mes Six-Jours  à travers le Monde ... Un dernier duel avec "Le Chouan" ...

 

Patrick Police

Tous documents et photos collection Jean Raynal

Avec mes remerciements à André Retrain et François Bonnin

 

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03/05/2016
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ADIEU PISTARD ! En mémoire de Michel Scob

SCOB  Michel SCOB CM 1967  Collection Etienne HAREL_crop_crop - Copie.jpg

  

1 600 visiteurs et plus à ce jour pour  cet article,

et j'attends encore d'autres témoignages,

tout en remerciant chaleureusement ceux qui m'ont fait le plaisir d'en apporter ...

 

La mémoire de ce grand Monsieur que fût Michel Scob mérite ce vrai travail de mémoire 

 

Utilisez donc pour ce faire la rubrique "Commentaires" située en dessous de cet article.

 

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Introduction : mon ami Etienne Harel, animateur de la brillante revue " Cycl' Hist " m'a autorisé à reproduire dans notre site le magnifique papier écrit par lui à la mort de Michel Scob, dont Derny Europa Cup vient de célébrer la mémoire à l'occasion de l'édition du palmarès des championnats de France de demi-fond pour la période 1960-1969.

 

Vous qui avez connu ce Grand Monsieur de la piste, n'hésitez pas à partager vos souvenirs (et documents, le cas échéant)  à son sujet sur notre site, en utilisant la rubrique "commentaires" située sous cet article, comme l'ont déjà fait des membres du blog.

 

Chilly-Mazarin, le 4 Juin 2014.

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

 

il devra être mentionné le nom des auteurs et du site internet STAYER FR

 


ADIEU PISTARD

d'Etienne Harel

à la mémoire de Michel Scob

 

 

Michel Scob est décédé le 7 septembre dernier, à l'âge de soixante ans. Il n'avait été, dans les années cinquante à soixante-dix, qu'un "petit coureur", selon ses propres termes. Mais il avait acquis, au-delà de son modeste palmarès, un statut qui lui a valu - vingt ans après avoir dû mettre fin à sa carrière et malgré le terrible handicap qui le tenait immobilisé - d'être considéré par "Vélo Magazine" comme l'un des cent personnages-clés du cyclisme français en 1994.

 

UN AMOUR FOU

 

Il vouait à la piste un amour fou, et savait en parler comme personne. Sa profonde connaissance du sujet,  la passion mise dans ses propos, l'acuité de ses jugements et l'originalité de sa culture faisaient d'une conversation avec Miche lScob un très riche moment.

 

Michel affirmait volontiers la supériorité du pistard sur le routier. Donnant par exemple, notamment, le grand Koblet. Le bel Hugo, avant de dominer tout son monde sur les routes, y compris les plus pentues, n'avait-il pas été "enfant de la piste" ? Ayant brillé dans le domaine de la poursuite et gagné des Six Jours avant de remporter Giro d'Italia et Tour de France.

 

Les qualités de bon pistard sont les qualités cyclistes par excellence, des qualités fondamentales, qui l'autorisent - s'il le veut vraiment - à s'adapter à tout, et même aux plus mauvais des pavés. D'autant que sa formation l'amène à cultiver la souplesse, l'adresse ... La piste est un lieu où s'observe la classe à l'état pur.C 'est le domaine de la vélocité, vertu première. Le reste suit.

 

Le reste suit, comme l'endurance,  qui se cultive, et le courage. Le pistard n'a pas, en la matière, de leçon à recevoir du routier. Et Michel de rapporter le point de vue de Dominique Forlini, comme quoi le Tour de France n'a rien à voir en difficulté avec un Six Jours allemand - un Forlini à même de comparer puisque vainqueur la même année des Six Jours de Berlin et de deux étapes du Tour. Et Michel de rapporter aussi l'expression de Roger Godeau, comme quoi il était méconnaissable, y compris pour sa mère, après les efforts consentis pour boucler ses premiers Six Jours de Paris.

 

 Du temps où les pistards constatent de visu qu'ils remplissent les vélodromes, ces gens-là, conscients de leur valeur, exigent d'être bien payés - et plus d'une fois se retrouvent en conflit avec les directeurs de vélodromes. Des directeurs économes de leurs deniers et enclins à tenter de remplacer les artistes de la piste par des routiers - les routiers acceptant des cachets inférieurs à ceux des pistards parce-que déjà pourvu d'un fixe mensuel par leur marque de cycles pour leur activité sur l'asphalte. Oui mais, dans l'ensemble, les routiers ne sont pas en mesure d'assurer convenablement le spectacle ... Car c'est un métier de faire vibrer la foule au rythme d'une américaine, ou dans la manche courue derrière derny d'un omnium ... Et Michel de fustiger telle vedette de la route associée à un pistard dans un Six-Jours - routier dont l'équipier pistard doit réparer les erreurs ou les insuffisances à longueur de temps. Michel avait à cœur de remettre certaines pendules à l'heure, ses propos avaient la saveur et le poids du vécu ...

 

S'IL N'EN RESTE QU'UN

 

 Jeune adolescent, Michel passe déjà une bonne partie de son temps au Vél' d'Hiv' et dans ses coulisses. Il propose ses services et il est garçon de courses de l'un ou de  l'autre - comme il se fera, quelques années plus tard, dans les mêmes lieux, mécanicien pour arrondir ses fins de mois d'étudiant. Tôt plongé dans le bain, il est tout de suite en situation d'être bien informé - et mis au courant de quelques arrangements ....

 

Après s'être essayé un temps à la boxe, il s'exerce à son tour sur les pistes et, à quelques jours de ses vingt ans, réussit, au Vel d'Hiv', la performance dont il dira, une trentaine d'années plus tard, être le plus fier : Michel obtient, en Mars 1955, en prologue des Six Jours, la seconde place dans la grande finale de la Médaille, derrière Lepage. Une seconde place pour meilleur souvenir ? Oui, car être second de la Médaille signifie avoir devancé des dizaines et des dizaines d'autres jeunes coureurs dans les différentes phases d'une compétition étalée sur plusieurs mois. La Médaille c'est, depuis les années Vingt, une épreuve de prospection irremplaçable : qui atteint la Grande Finale peut envisager un avenir de pistard.

 

Michel, qui est l'un des très rares bacheliers du cyclisme dans ces années-là, entame des études médicales, tout en continuant de courir. Mais il s'avère bientôt qu'il ne pourra plus courir au Vel d'Hiv', livré en Mai 1959 à la pioche des démolisseurs - ses propriétaires ayant préféré les investissements immobiliers. Fin d'une époque pour Paris. Fin d'une jeunesse pour Michel ...

 

En Juillet 1960, à Vichy, Michel inscrit son nom au palmarès du championnat de France de vitesse des amateurs. Il interrompt, pour ce faire, la série de succès tricolores d'André Gruchet, qu'il bat en finale en deux manches.

 

Il n'y a plus de Vel d'Hiv' et c'est une catastrophe pour nos pistards ... Mais il y a Jean Leulliot, indomptable "volcan à idées" du cyclisme français, qui relève le défi. Monsieur Jean fait construire une remarquable petite  piste en bois, démontable, qu'il envisage, pour pallier l'absence de vélodromes d'hiver en France, de dresser en plusieurs endroits du territoire chaque hiver, pour y faire disputer des Six Jours ! 

 

Peu après la disparition du Vel d'Hiv', bien des pistards ont mis un terme à leur carrière : c'est le cas d'un Senfftleben ou d'un Blusson. Mais il y Scob, que Leulliot va solliciter : "J'ai besoin de garçons comme toi -lui dit-il en substance - pour remplacer les anciens. Tu auras mes Six Jours à courir, plusieurs chaque hiver".

 

Alors Michel passe professionnel pour disputer sans tarder, sur la piste de Jean Leulliot installée dans les locaux de la Foire Internationale, les premiers (et uniques) Six Jours de Lille, en Décembre 1960. Avec Thomas pour équipier, il se classe septième à deux tours des vainqueurs, les Australiens Tressider et Murray. L'épreuve ne rencontre, hélas, qu'un succès mitigé auprès du public, en raison principalement, à ce qu'il semble, d'une température trop froide dans une salle mal chauffée. Un journaliste se permet ce mot : "Un four dans une glacière ..."

 

L'épreuve prévue à Lyon sur la même piste est annulée. Puis l'installation, un moment sérieusement envisagée, de la piste en gare parisienne d'Orsay, alors désaffectée, capote finalement. Michel soupçonne d'ailleurs certains anciens responsables du Vel d'Hiv' d'être pour quelque chose dans l'échec du projet ...

 

Michel se trouve, à vingt-cinq ans, dans l'étrange situation d'un homme qui se lance dans la carrière au moment où s'évanouit la micro-société au sein de laquelle il entendait s'exprimer pleinement. Mais la passion est là, et s'il n'en reste qu'un, ce sera lui !

Ainsi Scob est-il, l'été, le troisième homme de la sélection française aux championnats du monde de vitesse des professionnels, avec Rousseau et Gaignard. Ainsi est-il partant chaque fois qu'il faut représenter , l'hiver à l'étranger, les derniers professionnels français de la piste dans les Six-Jours en Europe, en Amérique ...

 

En 1961, il dispute les Six-Jours de New-York, associé à Dominique Forlini, et Michel a le plaisir de rencontrer, au Madison Square Garden, un petit homme aux cheveux blancs, vainqueur des Six-Jours de Paris 1913 et de huit Six-Jours de New-York, Alfred Goullet soi-même, venu saluer les pistards de la nouvelle génération. En 1963, Michel dispute les Six-Jours de Buenos-Aires, avec pour équipier Robert Varnajo. A New-York, il s'agit du dernier Six-Jours; à Buenos-Aires, de l'un des tous derniers; on est en train de tourner une page, là-bas aussi.

 

JEUDIS POPULAIRES ET SYNDICAT

 

Comme tout véritable passionné, Michel a le souci de partager son savoir, et il lance les fameux "Jeudis Populaires" de la Cipale, où il fait oeuvre pédagogique auprès des jeunes. Il s'implique aussi dans la défense des intérêts de ses collègues coureurs et de la profession cycliste lorsqu'il prend des responsabilités au sein de l'U.N.C.P, le syndicat des coureurs professionnels, auquel il consacre beaucoup de son temps et de son énergie.

 

 

ENVERS ET CONTRE TOUT

 

 Le demi-fond derrière grosses motos, si spectaculaire, et qui fut si populaire, se meurt en France. Michel fait évidemment partie des jusqu'au-boutistes qui s'acharnent  à lui insuffler un peu de vie.

Le 31 Août 1969, à La Cipale de Vincennes, il s'impose comme le meilleur de ces courageux qui persistent dans la spécialité : à trente quatre ans, il devient champion de France de demi-fond. Il devance notamment Jean Raynal, tenant du titre depuis quatre ans, et Daniel Salmon - un Salmon en excellente forme (il va bientôt remporter la Roue d'Or devant quelques vedettes de la route) - très combatif, mais qui craque sur la fin.

" L'Equipe" note que "le styliste" (Scob) a su vaincre "le battant" (Salmon), et relève que Michel s'empare d'un "maillot tricolore tissé intelligemment avec Laval son entraîneur". Style et intelligence : - des mots qui ne sauraient nous étonner  à propos de Michel - dont la joie fait plaisir à voir et dont la victoire est saluée avec beaucoup de sympathie.

 

 

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 photo collection Etienne Harel

 

Le demi-fond n'est pas la seule spécialité dont l'avenir pose question : c'est la piste dans son ensemble. La disparition du Vél d'Hiv' fait que les coureurs, privés d'un indispensable "instrument de travail" hivernal, n'envisagent plus - sauf exception rarissime - de faire carrière sur la piste.  D'autant que le public, en dix ans, a perdu sa "culture piste". Il se raréfie aux rendez-vous de La Cipale et d'ailleurs.

La situation est telle en France que Pierre Trentin et Daniel Morelon, , champions olympiques du kilomètre, de la vitesse et du tandem, préfèrent rester amateurs et ne peuvent guère s'exprimer, à longueur d'année, que dans les Grands Prix de vitesse des capitales étrangères.

La situation est telle que les organisateurs du championnat de France sur piste 1969 ont été amenés, pour appâter le public, à encadrer les courses au titre par les diverses manches d'un match Anquetil-Merckx.

 

Quoiqu'il en soit, Michel, en cette année 1969, ne va pas bouder son bonheur : non seulement il est lui-même champion de France, mais encore ses élèves Jacky Mourioux (22 ans) et Alain Van Lancker (21 ans), sont respectivement champions de France de vitesse et d' Omnium et remportent ensemble les Six Jours de Montréal.

C'est que Michel ne se résout pas à ce que la piste s'éteigne. Lui qui a beaucoup reçu de celui qu'il appelle son "père en cyclisme" Roger Godeau, transmet naturellement son savoir à ceux qu'il appelle ses "poulains" : Alain (1) et Jacky. Pour que la piste vive, envers et contre tout.

 

 IL N'EN RESTE QU' UN

 

En 1970, les championnats de demi-fond, professionnel d'une part, amateur d'autre part, donnent lieu à une course unique - tant le nombre de concurrents a fondu. Michel est même le seul "pro" en lice : il n'en reste qu'un, c'est lui ! La F.F.C, pour attribuer le titre des "pros" à Michel, lui impose de vaincre tous les amateurs, le premier de ceux-ci étant alors déclaré champion de sa catégorie. Si Michel ne gagne pas, le titre "pro" sera vacant. Il gagne, et conserve son maillot tricolore. Son second, Christian Giscos (voir rectification apportée par Alain Dupontreur - n.d.l.r) est champion national des amateurs.

Les années suivantes, la F.F.C ne fait plus disputer de course au titre en demi-fond pour les pros - avant de remettre ça de 1973 à 1978, puis une dernière fois en 1986.

Michel aura quasiment été l'ultime acteur d'une très longue et belle histoire.

  

En 1974, c'est le drame : Michel, à cyclomoteur, est fauché par une voiture. Commence un calvaire qui va durer vingt ans ... Michel continue malgré tout de donner les forces qui lui restent à l' U.N.C.P; on vient lui demander conseil, car on sait la pertinence de ses jugements.

 

Mais le mal s'aggrave, et il est terrible : Michel se retrouve, pendant des années, totalement immobilisé, ayant perdu l'usage de ses membres. Et c'est cloué dans un fauteuil, ou allongé sur son lit qu'il converse du vélo, de la piste - perclus de souffrances physiques et forcément très affecté au moral. Il parle de la supériorité des pistards, de leur sens du spectacle, de la Médaille et du Gontaut-Biron ... La conversation ne s'arrête pas au vélo, les évènements du cyclisme sont replacés dans un contexte général. Car l'homme est cultivé : il a travaillé dans l'édition avec son épouse, alors qu'il était encore pistard; le théâtre et le cinéma sont entrés dans la famille avec la carrière de comédienne d'Edith, sa sœur ...

 

Michel était sûr qu'un vélodrome d'hiver, de nos jours, était encore viable, pourvu qu'on le veuille vraiment. Il  le voyait, en imaginait l'architecture, les programmes et les à-côtés attractifs.

 

Il sera parti sans avoir pu écrire cette histoire du Vél' d'Hiv' à laquelle il tenait tant : un ouvrage qui eut été d'autant plus précieux qu'il n'eût pas été conventionnel car Michel ne ménageait guère "l 'establishment "  - lui, le syndicaliste,  le pédagogue, le passionné, qui avait œuvré en humaniste  pour un sport préservé des puissances de l'argent.

 

Le 7 Septembre 1994, sa douleur a cessé.

 

Adieu pistard

 

 

Fin

Texte d' Etienne HAREL

 

(1) Michel Scob avait reçu dans sa jeunesse les bons conseils de Roger Godeau, lui-même vainqueur de Six Jours et champion de France de demi-fond, dans les années cinquante et soixante; Michel, à son tour, a formé Alain Van Lancker, qui allait gagner plusieurs Six Jours et ... lui succéder en 1973 au palmarès du championnat national de demi-fond. L'avenir eût été assuré ... si Paris avait eu un Vél ' d'Hiv' .

 

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

 

il devra être mentionné le nom des auteurs et du site internet STAYER FR

 

 

 

 

 


 

 

1 600 visiteurs et plus à ce jour pour  cet article,

et  des témoignages émouvants ...

 

 

 La mémoire de ce grand Monsieur que fût Michel Scob le mérite assurément.

 

Vous qui l'avez connu, apportez vos commentaires et témoignages.

 

 

 

Utilisez donc pour ce faire la rubrique "Commentaires" située en dessous de cet article

 


04/06/2014
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ROY COX : L' INTERVIEW-VERITE D'UN STAYER BRITANNIQUE DES SEVENTIES

Pour y accéder cliquez ci-après :

http://www.veloveritas.co.uk

 

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ce remarquable interview du champion anglais Roy Cox, excellent stayer de classe mondiale dans les années soixante-dix, interview réalisé sans langue de bois, mais dans la langue de Shakespeare :

 

 

Pour ceux qui  maîtrisent cette dernière, vous apprécierez comme il se doit ce passionnant témoignage, à travers lequel il n'hésite pas à évoquer avec une rare franchise les moeurs du demi-fond d'alors, et même sa face sombre, avec beaucoup de lucidité et de réalisme. Les allergiques à la langue anglaise pourront faire l'effort de l'assistance d'un traducteur en ligne ou d'un bon vieux dico. Car ça en vaut la peine !

 

Enjoy it, men !

 


23/05/2017
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HOMMAGE A CHARLES BERTRAND, LE "SELF-MADE" STAYER

  CHARLES BERTRAND,  le stayer "self-made"

Terminus Demi-Fond

 

 

Pour évoquer le parcours du champion de France de demi-fond 1963, Charles Bertrand, un préambule s’impose. Vous le savez, j’ai pris l’habitude sur ce site de vous régaler depuis bientôt douze années des portraits des champions de France de la spécialité. Cette sorte de « fil rouge » m’a permis de célébrer quelques « figures » des années cinquante et soixante, telles celles de Roger Queugnet, Jean Raynal, Robert Varnajo …

 

Pour les coureurs de cette génération, le vélo était le sport-roi, synonyme de gloire sportive et de liberté. A l’époque, lors de la sortie du club du dimanche, on applaudissait ou encourageait les « cyclards » au bord des routes, parce que tout un chacun savait ce que représentait l’effort du cycliste, pour l’avoir un jour ou l’autre éprouvé soi-même (de nos jours, il existe un jeu qui consiste « à faire peur aux cyclistes » sur la route : entendu de la bouche même d’un « jeune homme » - comme les médias se plaisent à nous présenter ce genre d’individu) …

 

Ces hommes du siècle passé, nés dans les années vingt et trente, ont connu la guerre et ses privations, et enduré ses rigueurs. Pour eux, le mot « fatigué » n’existait pas au dictionnaire |dixit Bernard Gauthier – cf. L’épopée du cyclisme sur l’autodrome de Linas-Montlhéry page 159 ] Enfants ou adolescents pendant la guerre, ce sont eux que les médias et chroniqueurs économiques se plaisent aujourd’hui à nous présenter comme les privilégiés d’un soi-disant âge d’or (les « trente glorieuses » tu parles !), alors même qu’ils ont travaillé sans compter à la reconstruction d’une France dévastée par le second conflit mondial, et préparé par leur labeur, leur courage et leurs sacrifices une existence meilleure pour les générations qui l’ont suivie (la mienne en fait partie) … Ces années d’après-guerre où l’on travaillait six jours par semaine et dix heures par jour, où l’on roulait une fois sorti de l’usine sur des routes plutôt rustiques (rien à voir avec les « billards » de nos actuels circuits d’entraînement) , par des climats autrement plus rigoureux que ceux que nous connaissons aujourd’hui, et où l’on se rendait à vélo (cinquante kilomètres, une paille !) au départ de la course dominicale.

 

A ceux qui se reconnaîtront dans ces lignes, ma reconnaissance, et mon respect.

 

Charles Henri Bertrand, dont nous allons raconter le parcours,   émarge à cette génération chère à mon cœur, et son itinéraire tout à fait atypique achèvera de vous convaincre que, décidément, les écumeurs de piste et de route de l’après-guerre nous ont laissé un sacré héritage. Puisse un jour le cyclisme retrouver ce parfum d’aventure et d’amateurisme – ce terme entendu dans son acception la plus noble – et ce supplément d’âme qui lui fait si cruellement défaut de nos jours.

 

 


 

STAYER FR : « Vous avez toujours vécu à Caen, puis dans sa région ? Et vous êtes toujours resté fidèle au même club ? »

Charles Bertrand : « Oui, j’y suis né le 19 Avril 1931, rue Saint-Jean, dans le quartier du centre de la ville, celui qui a été totalement dévasté pendant les bombardements de l’été 1944 (il ne restait plus rien : seule l’église émergeait d’un champ de ruines) J’ai signé ma première licence en 1949 et, effectivement, je suis toujours resté fidèle à mon club, l’U.V. Caen. J’ai porté les couleurs vert et rouge de 1949 à 1964, soit pendant toute la durée de ma « carrière » cycliste »

 

STAYER FR : « A ma grande honte, il va falloir m’aider … L’U.V. Caen ? »

Charles Bertrand : «  Ce club, créé en 1938, est né de la scission de l’E.S. Caen (sa devise : « vite et bien », tout un programme ! – merci Monsieur Bertrand pour votre impressionnante documentation - n.d.l.r.) L’U.V. Caen a eu un « parrain » glorieux – même si d’abord sociétaire du grand rival, l’E.S. Caen -, en la personne d’Yvan Marie, ce coureur professionnel taillé en armoire … normande (excusez, je n’ai pas pu m’en empêcher – n.d.l.r. -), révélation du Tour de France 1936, animateur de l’édition 1938, un fameux rouleur en plus. Sa carrière - gâchée par la guerre - achevée, il a tenu une boutique de cycles à Caen, rue Saint-Michel de Vaucelles. Clin d’œil du destin, nos chemins devaient se croiser plus tard. D’ailleurs, si vous observez attentivement certaines des photos que je vous confie, vous verrez son nom apparaître sur ma tenue de coureur »

 

STAYER FR : « Et ce club a vu beaucoup de champions sortir de ses rangs ? »

Charles Bertrand : « Oui, qu’ils soient amateurs ou professionnels, de valeur régionale, nationale, voire internationale. Je ne vais pas toutes les citer, mais les grandes figures du club, avant-guerre et dans l’immédiat après-guerre, ont été Guillaume Mercader, André Bellavoine, Roland Lemoine (qui se tua en course sur les routes normandes en 1946), Camille Clerambosq et Gaston Rousseau, ce dernier équipier de Robic dans l’équipe de l’Ouest du Tour 1947. Puis dans les années soixante, il y eu les Jacques Hurel, Jacky Chan Tsin, Roger Julienne, Guy Grimbert (champion de France des Indépendants) et Stéphane Couge (champion de France des Espoirs en 1998 à Montpichon dans la Manche), tous ces résultats acquis sous la férule d’un directeur sportif hors-pair, véritable meneur d’hommes, Roger Aveneau. Enfin, impossible de ne pas évoquer Vincent Barteau, maillot jaune au long cours pendant le Tour de France en 1984, et Richard Vivien, champion du monde des routier amateurs en 1987. Un champion du monde issu de l’U.V. Caen : la page la plus glorieuse de l’histoire du club »  

 

STAYER FR : « Je vois que vous ne vous considérez pas comme un champion, alors que vous avez été le premier à apporter un maillot tricolore à la corbeille du club [il y en a eu une quinzaine au total, dont Vincent Barteau qui a été champion de France Junior], si je fais exception d’un titre national A.S.S.U. remporté par Aimé Bénard en vitesse quelques semaines auparavant. (Je n’ai aucun mérite à faire l’érudit, là encore je n’ai qu’à puiser dans la remarquable histoire du club, réalisée par notre homme – n.d.l.r.) »

Charles Bertrand : « Oh non. Je n’avais pas la valeur de ces coureurs-là ! J’ai longtemps couru chez les indépendants, avant de finir chez les amateurs première catégorie. A la fin de ma « carrière », je comptais une quinzaine de victoires régionales sur la route, et une cinquantaine sur la piste. Je me débrouillais bien sur la piste. La presse régionale de l’époque me décrivait comme « accrocheur » et « courageux » (et le mot « sympathique » revenait aussi systématiquement, la modestie de notre interviewé dut elle en souffrir) Quant à ce maillot de champion de France dont vous parlez, il relevait plutôt de l’aventure personnelle … »

 

STAYER FR : « Racontez-nous ça ! »

Charles Bertrand : «  Mes débuts sur la piste, je les ai effectués en 1949. Mais gardez-bien une chose en tête : à l’époque, « on n’avait pas les moyens ». La vie était rude au sortir de la guerre, et le club ne disposait d’aucun matériel pour ses coureurs. Bref, on se débrouillait comme on pouvait. Avant de songer à tourner sur le ciment du vélodrome, je devais démonter le guidon, les freins, le dérailleur de mon vélo de route … j’enlevais les papillons pour leur substituer des boulons, et ça faisait la rue Michel … On était dans la débrouillardise, on n’avait pas d’argent, les priorités étaient de nourrir la famille et assurer le quotidien. Ma passion du vélo, à laquelle j’ai énormément sacrifié, c’était un « luxe »»

 

STAYER FR  : « Vos débuts sur la piste ? »

Charles Bertrand : «  Je les ai effectués sur le vélodrome de Caen Venoix, bien sûr ! A ce sujet, j’ai un souvenir auquel je suis très attaché. Il s’agit d’une réunion d’attente de l’arrivée du Tour du Calvados, l’année de mes débuts. Sur la piste ce jour-là, il y avait « du beau monde » comme on dit : Jean Rey, champion de France professionnel, Urbain Caffi, Emile Ignat, Roger Rioland et Marcel Bareth. A l’issue de la réunion, voilà qu’on me remet à moi, le coureur débutant, cinq francs en guise de prime, ce qui n’était pas rien pour moi à l’époque ! C’était eux, les pros, qui s’étaient cotisés, à raison d’un franc chacun … une façon pour eux de saluer ma prestation. Je n’ai jamais oublié ce beau geste. Après tout je n’étais qu’un « petit coureur » »

 

« J’étais un habitué de la piste de Caen Venoix, évidemment, mais j’ai connu le " Vél’ d’Hiv’ " aussi … en lisant l’hebdomadaire sportif Route et Piste ! C’est d’ailleurs de cette manière que je me suis engagé au début des années cinquante dans une individuelle. Et c’est à cette occasion que j’ai été remarqué par Monsieur André Livet, alors manager des pistards pour les amateurs. Moi, le provincial, j’étais tout intimidé à l’idée de courir dans ce « temple » du cyclisme sur piste, et au début je me suis fait un peu « tourner autour des oreilles ». J’avais d’ailleurs tellement la « pétoche » que je me suis mis à rouler, à rouler, pour chasser ce trop-plein d’émotions, et cela jusqu’au moment où j’ai cassé ma chaîne. Je me suis alors arrêté tout penaud, et, peu après, des coureurs parisiens m’ont révélé, une fois descendus du vélo : « Mais t’as pas vu ce qui se passait derrière toi ? Tout le monde était en file indienne ! » Ils m’ont alors présenté au mécano de l’endroit pour réparer ma chaîne : c’était un Normand comme moi, un « Manchot », Marcel Jamme. Et sur ces entrefaites est arrivé un type en costume. C’était Monsieur Livet. Je lui avais tapé dans l’œil visiblement. Une semaine après, j’étais engagé pour courir une américaine avec Georges Sérès. En 1952 et 1953 je courrai d’autres américaines, et avec des « clients » tels que Rick Van Steenbergen, Joseph Groussard, Roger Hassenforder … A ce sujet, j’aime me rappeler cette anecdote concernant le Grand « Rick ». Cela se passait au vélodrome de Colmar. J’étais tout à ma préparation lorsqu’est arrivé vers moi son mécano, qui me dit avec son fort accent flamand : « Viens avec moi ... Rick, il veut voir ta face ! »

 

STAYER FR : « Alors, comment êtes-vous venu au demi-fond ? »

Charles Bertrand : « Toujours la même démarche, celle qui m’a guidée toute ma vie, en autodidacte, seul, et sans l’aide matérielle du club.

Le « déclic » pour le demi-fond, il s’est produit lors des championnats régionaux sur piste qu’organisait l’U.V. Caen. C’était en 1961. Là, avec mes coéquipiers André Doguet, Pierre Dewilde et Michel Pierre nous avons remporté le titre régional de poursuite par équipes. Dans la foulée nous sommes partis disputer les championnats de France à Dijon. Nous n’avons pas démérité là-bas, puisque nous ne sommes fait « sortir » qu’en quart de finale, par l’A.C.B.B., qui ira jusqu’au bout du tournoi. Il y avait du demi-fond sur la piste ce jour-là. Et je me suis dit que tout ce qui pouvait se courir en régional sur un vélodrome, je l’avais gagné … J’ai songé que, finalement, j’avais fait le tour de toutes les spécialités. Sauf le demi-fond, que je n’avais jamais pratiqué. Il n’y avait que dans cette discipline que je n’avais pas gagné. Au retour, ma résolution était prise : « Il faut que je le fasse ! » »  

 

STAYER FR : « Et vous vous êtes lancé comme ça ? »

Charles Bertrand : « Oui, je me suis jeté à l’eau, un peu comme un aventurier. Mais à Caen, il n’y avait rien : je partais de zéro. Et voilà qu'un jour, je me suis un jour mis en rapport avec André Bellavoine, à qui j’ai parlé de mon projet. Jusque-là, je ne le connaissais que de réputation, car en course, il était le plus souvent «  devant » et moi « derrière » comme dans la chanson de Brassens. J’avais besoin d’un vélo de stayer, lui seul en avait un. L’affaire n’a pas été longue à conclure : « Mon vélo, je ne te le vends pas, je te le prête ! »  ... Je l’avais, mon vélo de stayer ! »

 

STAYER FR : «  Mais la moto d’entraînement ? »

Charles Bertrand : «  Là encore, improvisation totale, débrouillardise, système « D » : un copain m’avait bien prêté une vieille Terrot. Mais où trouver un pilote ? Je travaillais du lundi au samedi, de cinq heures du matin à seize heures le soir, en qualité de tourneur au Centre de Formation Professionnelle Accélérée pour Adultes, où j’avais un copain tôlier, François Lemarchand, qui avait les mêmes horaires que moi. Cette coïncidence a suffi à nous lancer dans l’aventure … Un peu plus tard, François nous dénichait un « monstre » une Indian, moto américaine de 1200 cc et onze chevaux, achetée d’occasion cinquante mille francs anciens ! Nous avons achevé de le « transformer » au Centre. Cet engin montait à 90 km/h en seconde ! Inutile de vous dire que l’on n’a jamais eu à passer la troisième ! Par contre, lorsqu’on aventurait l’Indian sur la route, le rouleau savait rappeler dangereusement sa présence en inclinaison dans les virages ... "

 

 

STAYER FR : « Le matériel c’est bien beau, mais l’équipement ? »

Charles Bertrand : « Pour l’entraîneur, une canadienne retournée a fait l’affaire. Enfin, presque … Quant à mon casque, je n’ai pas eu un gros investissement à faire : je n’ai eu qu’à le ramasser sur la route ! Lors d’une sortie d’entraînement, j’avais remarqué un vélomoteur qui venait en sens inverse, et qui en avait un, accroché sur son porte-bagages avec un sandow … un sandow sur les routes de l’époque ! Au retour, quand j’ai vu ce casque, abandonné dans l’herbe du bas-côté, je l’ai vite adopté. Même s’il était un peu grand pour moi … C’est de cette façon que j’ai complété ma « panoplie » de stayer »

 

 

 

 

STAYER FR :   « Et la préparation s’est effectuée sur un mode tout aussi empirique ? »

Charles Bertrand : « Je me suis préparé comme pour les autres courses : entraînement sur la route, soit cinquante kilomètres le mardi, cent le jeudi, et le reste de la semaine le trajet à vélo domicile/travail. Et quand je le pouvais, un peu de piste sur le vélodrome de Caen Venoix. »

 

STAYER FR : « Vous vous êtes vite adapté au demi-fond ? »

Charles Bertrand : « Oui.  En tant que coureur sur piste expérimenté, cette adaptation s’est faite tout naturellement. »

 

STAYER FR : « Vous allez nous évoquer maintenant l’aventure un peu folle de ce championnat de France 1963 »

Charles Bertrand : « Alors, nous allons remonter une année auparavant.

Lorsque je me suis estimé prêt, j’ai contacté Monsieur Livet, qui m’a alors orienté vers Victor Longue qui s’occupait du demi-fond à La Cipale. C’est lui qui m’a orienté vers le seul entraîneur alors disponible, Roger Godest. Comme moi, il était débutant, et faisait ses premiers pas dans la spécialité : jusqu’ici, il n’avait eu à piloter que des Derny. Nous fîmes nos premiers pas au championnat de France à Reims, où je fus éliminé en qualification pour quelques dixièmes de seconde. Le Président de la F.F.C., Louis Daugé, qui était présent ce jour-là, m’adressa à cette occasion quelques mots d’encouragement : « C’est dommage… Mais il faut insister, ne vous découragez pas ! »

L’année suivante, huit jours avant le championnat, mon club organisait une réunion de demi-fond disputée en trois manches. Cette première course véritable, accomplie derrière cet entraîneur tombé du ciel, me mit vraiment dans l’allure. Le dimanche d’après, je partais au volant de ma Renault Dauphine, à mes frais, sans aucune aide financière du club, en direction du Parc des Princes en compagnie de mon épouse Anik »

 

« Le Parc des Princes … Moi le coureur régional, je côtoyais ce jour-là dans les cagnas du Parc les Gaignard, Rousseau, Bouvet, pendant que sur la piste, Robert Varnajo remportait le titre des stayers professionnels, gagné à l’applaudimètre par Roger Hassenforder. Seul provincial parmi sept franciliens, dont six du même club, j’étais complètement perdu. En plus, j’héritais de la pire des positions au départ, la huitième ! Très vite, je me suis retrouvé doublé par Tomassi, qui mènera longtemps la ronde. J’étais tellement dans ma bulle, tellement émotionné, que je ne m’apercevrai même pas du moment où il quittera la course. En fait, je ne m’occupais de rien d’autre que de mon effort, et je ne savais absolument rien de ma position, lorsque j’ai tout à coup entendu le public applaudir. Et j’ai eu de plus en plus l’impression au fil des tours que c’était vers moi que se dirigeaient leurs applaudissements. Moi, le régional perdu parmi tous ces coureurs parisiens, on m’encourageait comme si j’étais sur la piste de Caen Venoix ! J’étais donc en tête maintenant ? Et voilà qu’à huit tours de la fin, Godest se met à hurler dans ma direction : « Ca y est, tu es champion de France ! » Il n’aurait jamais dû me dire ça ! Car à partir de ce moment, j’ai eu les jambes comme coupées, et les quatre dernières entrées de virage du vélodrome du Parc m’ont parues interminables … J’ai bien cru ne jamais arriver au bout …  Pourtant, quelques instants après, c’était bien moi qui grimpait vers la tribune officielle, sous les yeux, notamment, du maître de la spécialité, Victor Linart. J’y retrouvais mon épouse, une fois revêtu le maillot noir bleu blanc rouge … Une grande émotion m’a étreint … ce fut un instant merveilleux. Au point de vue matériel, les cinquante mille francs alloués au vainqueur ne pouvaient pas mieux tomber, je faisais alors construire ma maison ! Et j’avoue que sur le moment je ne me suis pas posé la question de savoir comment mon entraîneur serait rémunéré … »

 

STAYER FR : « Et après ce moment de gloire ?  »

Charles Bertrand : « Nous avons fait une halte, au retour, à l’Hôtel de la Rotonde à Caen, chez le patron de l’U.V. Caen, pour « célébrer » le titre. Mais à six heures du matin le lendemain j’étais au boulot ! Le soir, j’aurais le plaisir de trouver dans ma boîte aux lettres le numéro d’Ouest-France évoquant ma victoire. Je n’y étais pourtant pas abonné, mais le quotidien avait eu cette délicate attention, et le porteur de journaux avait même ajouté un petit mot de félicitations sur le bandeau. Ce genre de chose fait vraiment plaisir. Puis j’ai obtenu dans la foulée quelques contrats sur piste, et une participation au Critérium des As de l’Avenir à Longchamp, ainsi que des courses derrière derny en Bretagne … »

 

STAYER FR : « La suite va être plus triste (c’est que je connais la fin … n.d.l.r.) »

Charles Bertrand : « Le championnat du Monde qui s’est disputé à Rocourt en Belgique peu de temps après aurait dû me mettre la puce à l’oreille quant à la tournure qu’allaient prendre les évènements l’année suivante … J’avais obtenu un congé exceptionnel de huit jours de mon employeur, que je comptais bien employer tout entier à ma préparation. Mais lorsque je suis arrivé sur place en Belgique, j’ai vite constaté qu’il n’y avait pas de motos d’entraînement pour moi, et qu’il m’était impossible de me préparer sérieusement. J’ai été alors voir « Toto » Gérardin, le responsable de la délégation française, qui, à grand-peine, a réussi à me trouver en tout et pour tout un créneau de dix minutes pour tourner dans le sillage de Lorenzetti. Et moi qui croyais m’entraîner à fond … Une brouille entre l’entraîneur et la Fédération paraît-il … Pour la course elle-même, on m’a attribué au tout dernier moment un entraîneur, un petit nouveau, le Néerlandais Bruno Walrave, qui fera son bout de chemin dans le demi-fond par la suite (et comment !) On a fait ce qu’on a pu, c’est-à-dire qu’on n’a pas pu passer le cap de l’élimination, et L’Equipe n’a eu dans ces conditions aucun mal à titrer le lendemain : « Bertrand inexistant » … Toute cela n’augurait rien de bon pour la suite … »

 

STAYER FR : « Pour l’édition du championnat de France 1964 ? »

Charles Bertrand : « Oui. Pourtant, cette année-là, je marchais encore mieux, et j’étais bien décidé à défendre mon titre. Mais j’ai été éliminé dès les séries, que l’on disputait en solitaire sur des tours chronométrés (dix je crois me rappeler) Je n’ai pas compris ce qui s’est passé ce jour-là. Mon entraîneur n’accélérait pas, ne «répondait » pas, et j’étais dans l’impossibilité de communiquer de toutes façons pendant le trop bref laps de temps de cette manche qualificative. Et n’allez pas croire que j’étais allergique aux efforts brefs ou aux départs rapides, c’était tout le contraire ! Au club, combien de fois mes camarades soulignaient qu’en course je « partais comme une balle » … Encore aujourd’hui je n’ai pas compris ce qui s’est passé ce soir-là ... mon entraîneur était comme « ailleurs » … André Livet a pensé quant à lui que j’ai été victime d’un coup fourré … Un peu plus tard, je me rendais à nouveau au « Parc », pour disputer, derrière l’entraîneur Lavalade cette fois, pour une course de qualification pour le championnat du Monde. Là, nous avons tourné, départ arrêté, en 30 minutes aux quarante kilomètres, ce que situait tout de même ma condition du moment ! Cette séquence avait été tellement intense que j’avais encore mal aux mâchoires le lendemain au travail ! Puis j’ai encore été courir au vélodrome de Reims, où j’ai terminé quatrième derrière les Giscos, Maréchal, Salmon … Et c’est à mon retour à la maison que je vais trouver dans ma boite aux lettres un courrier m’informant que j’étais convoqué pour disputer le championnat du Monde au Parc des Princes ! Du coup, me voici reprenant la route, armé de la lettre de la Fédé, en direction cette fois de La Cipale. Et c’est pour y retrouver un Gérardin tout surpris de me voir là : « Tiens, te v’là, t’es en vacances ? » me dit-il. Je lui présente alors ma lettre : il la regarde du bout des yeux et me dit : « Je ne suis pas au courant. J’ai rien pour toi ! » Nouveau retour à la maison, tout à fait dépité cette fois. Et c’est à ce moment que je vais croiser dans la rue deux plâtriers qui, en me voyant, s’interpellent : « Laisse passer notre champion du Monde ! » … La honte m’a alors envahie … un coup terrible pour moi … Au point que je suis resté sans sortir de la maison pendant quatre journées entières … »

« Et comme si ce n’était pas déjà assez, en parcourant L’Equipe du jeudi, j’ai découvert mon nom sur la liste des participants … au championnat du Monde ! Ma carrière s’est achevée là. Je n’étais plus coureur. Dommage, car je « marchais » mieux que lors de l’année de mon titre. En fait, je pense que j’ai décroché la timbale trop vite … Et puis, il ne faut pas oublier que j’étais le provincial, venu de nulle part … »

 

STAYER FR  : « Il y a une vie après le demi-fond, et vous allez le prouver »

Charles Bertrand : « Avec mon ami Joseph Bourdon - ancien coureur lui aussi à l’U.V.C. - on avait pris l’habitude de faire de fameux rallyes sur les routes avec sa Panhard PL 17, pour nous rendre au départ - ou pour revenir - des courses cyclistes. Lui au volant, moi à la carte, le soir du retour du championnat de France de Reims, je lui avais dit : « C’est dangereux ces conneries là, tu ne crois pas qu’à ce compte-là on ferait mieux de faire des rallyes tous les deux ? »

 

Rallye du Touquet 1967 Bourdon/Bertrand   

  

Après le « coup » du championnat du Monde 1964, on a concrétisé ce projet, et je suis reparti pour une nouvelle aventure … qui nous a vu, de 1965 à 1975, gagner ensemble, sur R8 Gordini 1100 ou Alpine Berlinette 1300 et 1600, tout ce qui pouvait ressembler à un rallye automobile sur une ligne La Baule / Le Touquet ! On a vécu des moments épiques et intenses, tels ces rallyes de la Côte Fleurie (trois ou quatre victoires au compteur, je ne sais plus), celui du Touquet, à la lutte avec les Jean-Luc Thérier, Jean Vinatier, Philippe Farjeon, ou encore cet hallucinant Rallye du Portugal où mon coéquipier m’a vraiment bluffé par ses capacités de mémorisation des parcours tout à fait hors-normes » 

 

Bourdon - Bertrand avec la R8 Gordini

Bourdon - Bertrand : Trophées Alpine

Charles Bertrand, la modestie faite homme, a vécu le sport en autodidacte, avec la passion et la curiosité sans cesse chevillées au corps.

 

Il se demande sincèrement si son histoire est bien de nature à intéresser le public, et m’a rappelé autant de fois que possible sa condition de « petit » coureur, tout en m’interrogeant sur la nécessité de la publier.

 

Car il est persuadé que son parcours ne présente rien de bien extraordinaire.

 

J’espère vous avoir convaincus du contraire.

 


 

22 Avril 2017

Patrick Police, avec mes remerciements à Charles Bertrand

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

 

il devra être mentionné le nom du (ou des) auteur(s) et du site internet STAYER FR

 


22/04/2017
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LE CAFE-RESTAURANT "AU STAYER" : ENIGME RESOLUE !

 Il existe à Paris, au 49 Boulevard Brune, un café-restaurant nommé "Au Stayer" ... Ca, vous le savez déjà, sauf si vous lisez STAYER FR en mode diagonal-fugitif.

 

Il y a de cela deux années, nous avions lancé une bouteille à la mer sur le site, pour en savoir plus sur l'histoire de cet établissement.

 

A la suite de mon article et celui de François Bonnin consacrés à Roger Queugnet, ce dernier s'est manifesté auprès de nous, pour nous donner la clé de l'énigme :

 

DSC00693.JPG  

 

 Roger QUEUGNET, après avoir eu connaissance de notre "bouteille à la mer", vient de nous contacter.

Et il nous livre la clé du mystère :

 " Le sujet qui te tracasse, ce foutu bistro, va enfin être résolu ! Ma mère, femme ardente et travailleuse, fit, alors qu'elle était en fin de gérance d'un café à Versailles, l'achat, conditionné d'une part par le très faible prix et la situation de ce café situé à l'angle du Boulevard Extérieur, avec la perspective d'un boulevard périphérique alors en prévision. Bien évidemment, elle y avait exposé de nombreux cadres et photos ..."

 

A notre connaissance, il s'agit du seul café ou restaurant faisant référence en France au monde du demi-fond dans son enseigne.  

Si vous avez des commentaires ou des informations complémentaires, n'hésitez pas à nous en faire part ...

 

 


24/01/2017
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LE VELODROME DE LA CROIX DE BERNY UN PETIT TOUR ET PUIS S'EN VA

ET SI ON EVOQUAIT LES TRISTESSES ?

LE VELODROME DE LA CROIX-DE-BERNY,

QUELQUES PETITS TOURS ET PUIS S'EN VA ...

 

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Dans son premier numéro du mois d’Octobre de l’année 1937, l’hebdomadaire CYCLOSPORT, dans sa grande clairvoyance, faisait part à la famille cycliste d’une vision assez sensationnelle : «  Ce sera l’an prochain une bien belle sortie de Paris que celle de la Porte d’Orléans en direction d’Antony. Cette route merveilleusement élargie et qui sera des plus cyclable, sera une route cycliste entre toutes. Desservant déjà Buffalo et Montlhéry, elle sera encore la route qui conduira à la nouvelle piste de l’Union Sportive du Métropolitain, piste bâtie en ce remarquable parc des sports de l’U.S.M. qui, grâce à l’initiative de l’avisé Monsieur Vrolixs, va être le modèle de tous les terrains de sport »

 

Un semestre plus tard, la prophétie se réalisait, et la Nationale 20 devenait vraiment -  l’espace de trop courtes saisons - « la route du cyclisme », entre les réunions organisées aux vélodromes Buffalo à Montrouge, à celui de La Croix de Berny, et enfin les championnats de France et épreuves routières organisées sur l’autodrome de Montlhéry (cf. livre « L’Epopée du cyclisme sur l’autodrome de Linas-Montlhéry »). 

 

Le Complexe sportif dit stade de la croix de Berny, ou Union sportive métropolitaine,  édifié sur le territoire de la commune d’ Antony sur une partie de l'ancien champ de courses de la Croix Berny -  les écuries étant modifées pour y installer des vestiaires -, a été inauguré le mercredi 11 Novembre 1931, par Mr Emile Morinaud,un  sous-secrétaire d’état à l’Education Physique à la postérité pas forcément enthousiasmante, soit dit en passant.  Les terrains ont été concédés par l'admnistration préfectorale à la compagnie du Métropolitain,  

  

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Les travaux, qui avaient débuté dès 1928, consistaient en l'aménagement de terrains de football, de rugby, de basketball, de tennis, de hockey, d’aires de jeux pour les enfants, d’un gymnase et d’un stand de tir. Le chantier était  conduit  sous la direction de l’ingénieur Gaston Wrolixs, Président de l'Union Sportive du Métropolitain de Paris. Ces installations, sises au nord - est du carrefour de la Croix de Berny et  disposées en terrasse, précéderont la construction, plus au nord, des terrains de tennis, de rugby, et du stade d'athlétisme, doté d’une tribune de trois mille places, qui seront édifiés quant à eux en 1932.

 

Les équipements impressionnent par leur variété, leur ampleur et leur modernité : un gymnase convertible en salle de bal ou de conférence, des vestiaires, un club-house, une piscine extérieure, des terrains de football, rugby, hockey et tennis. En 1938, sera même édifié un fronton de pelote basque, si c’est pas de l’oeucuménisme sportif, ça ! Ne manquait plus à ce magnifique complexe ... qu’un vélodrome ! 

 

Ce sera chose faite, et les fées vont se percher sur le berceau ! En effet, ce n'est rien moins que l’architecte-référent en matière de construction de vélodrome, l’Allemand Adolphe Schurmann qui dessinera la belle cuvette.  Et il va concevoir un vélodrome construit en béton, sur le modèle de celui en bois de Vigorelli à Milan, un véritable « bijou » en somme.


Les travaux de construction du vélodrome vont débuter dès l’année 1937. L'ensemble est construit sur un plan concerté, en béton armé, avec demi-voûte en porte à faux, et toiture terrasse en béton. L’histoire de ce complexe-modèle magnifique aura finalement été menée tambour battant, et rappelle un peu en cela celle de son grand cousin situé un peu plus haut sur la route d’Orléans : l’autodrome de Montlhéry. Il faut dire que  l’Union Sportive des Métropolitains, devenu Union Sportive Métropolitaine,  n’existe que depuis dix années, tout comme sa section cycliste ! Et comme Monsieur Vrolixs est décidemment plein d'initiatives, il commande plusieurs films en 16mm du complexe, destinés à être projetés sur une énorme maquette dans le pavillon  de la Compagnie du Métro. 

 

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Imaginez un peu la tête des pères Goddet et Desgrange, assis sur les recettes du vélodrome du Parc des Princes et du Vel' d'Hiv',   voyant pointer le spectre d'un concurrent potentiel rogneur de recettes …  Le jeudi 19 Mai, en soirée, la presse prend connaissance avec le vélodrome, à l'occasion d'une visite privée spécialement organisée à son intention par Mr Wrolixs, accompagnés de messieurs Hendé et Ducos, vice-présidents. Là, on l'informe que le site verra l'organisation de réunions - diurnes et nocturnes - pour amateurs et indépendants (on croirait entendre Goddet et Desgrange, pousser un ouf ! de soulagement) et exceptionnellement de professionnels (et leur visage de se rembrunir). Les recettes ? Elles seront uniquement destinées  à l'amélioration du sort des enfants fréquentant le stade le jeudi et le dimanche. (moue dubitative de nos deux compères)

 

Un peu plus tard, comme par hasard, la presse commencera à se faire l'écho de "concurrence déloyale aux vélodromes de Buffalo et du Parc des Princes" de "contribuables-qui-financent- un-vélodrome-sur-lequel-on-organise-des-réunions-mettant-aux-prises-des-professionnels","Est-ce-que-c'est-pour-ça-qu'on-paie-ds-impôts-Mr Wrolixs? -30-millions-de-francs-pensez-donc-etc...etc..."

 

En attendant ces révélations pleines de bon sens civique indigné, le vélodrome  sera inauguré le 29 Mai 1938. Le quartier des coureurs est mis en service,  (trente-quatre cabines !) et les joutes cyclistes se déroulent ce jour-là, en dépit d'une météo capricieuse, à la satisfaction de tous. Les tribunes ont fait le plein, avec dix mille ( !) (selon le quotidien Ce Soir, la capacité serait de 13 000 places) curieux qui se sont pressés aux guichets : on a même refusé du monde ! La presse ne tarit pas d’éloges, complètement sous le charme de l'endroit, et n’en finit pas de s’extasier sur la pureté des lignes de ce magnifique vaisseau, qui ressemble - et pour cause - au déjà prestigieux Vigorelli de Milan. « Une des pistes les plus rapides du monde » avance un peu imprudemment « Match » qui couvre dans son édition du mardi 7 Juin 1938 la cérémonie d’inauguration. La radio Le Poste Parisien consacre une heure et demie à rendre compte de l'évènement en direct : énorme !

 

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Lors des épreuves organisées dans le cadre de cette cérémonie, Lucien Michard remportera l’épreuve de vitesse. Les manches de demi-fond seront interrompues par la pluie.  Lacquehay, arrêté au vingtième kilomètre et Ronsse au vingt-sixième kilomètre de leur manche respective en seront déclarés vainqueurs, Auguste Wambst remportant pour sa part le classement général devant Charles Lacquehay, le Belge Georges Ronsse, l’Allemand Schoen (en remplacement d'Erich Metze initialement prévu au programme) et notre compatriote Octave Dayen.

 

Ces cinq champions  ouvrent ce jour-là un bal des stayers dans lequel « L’Homme aux Petis-Pois » Henri Lemoine mènera plus qu’à son tour la danse. Hélas, leur ronde sur cet anneau que tous considèrent comme idéal à la pratique du demi-fond (un peu moins pour les candidats-recordmen, à cause d’un revêtement jugé trop abrasif, et d’une tendance à voir l’endroit le siège de tous les vents) ne se révèlera que bien éphémère ...

VELODROME LCB Lemoine mds 108  17 08 1943 - Copie.jpg VELODROME LCB Lemoine passe Minardi MDS 98 31 MAI 1943 - Copie.jpg
VELODROME LCB  vue générale MDS 98 31 MAI 1943 2 - Copie.jpg   VELODROME LCB 1938  MS 1024 17 AOUT 1938 TENTATIVE RECORD 100 KM RICHARD - Copie_crop.jpg
 

Les 333.33 m de la piste et ses 31 mètres seulement de ligne droite, ainsi que ses virages à 37 degrés d’inclinaison vont enchanter une décennie durant les cyclistes de ce qui est devenue l’U.S. Métro, et régaler le public banlieusard de joutes pistières souvent prestigieuses.

 

Las, cette belle histoire ne durera qu’ à peine plus d’une décennie. Car ce bel outil va être tristement délaissé au gré de réunions devenues de plus en plus erratiques à la fin des années quarante.  Et en 1994, la si belle piste est partiellement détruite, alors même que le cyclisme sur piste meurt à petit feu du manque de ... vélodromes. Inutilisable, ses vestiges fantomatiques n’en finiront pas de renvoyer des décennies durant l’image d’un formidable gâchis, avant de disparaitre tout à fait sous l'action des engins de démolition, voracité immobilière oblige.

 

VLCB LEMOINE GOUSSOT A GCHE C LARCHER ET HENRI LEMOINE - Copie.jpgHenri Lemoine, "L'Homme aux Petits Pois", le roi incontesté du vélodrome de La-Croix-de-Berny,

dont il était par ailleurs voisin.

 

Patrick Police

20 Décembre 2016

 

A SIGNATURE BOOK NLLE EDITION - Copie - Copie.jpg A SIGNATURE LA COUVERTURE Couverture Image (2) - W Copie 1 - Copie - Copie - Copie - Copie.jpg

 

NOTA : Nous invitons les visiteurs du site à nous faire part de leurs témoignages et contributions, cet article ayant vocation, vous l'aurez compris, à être complété, notamment le "chrono" ci-après. 

 


  

Les riches heures du vélodrome de la Croix de Berny 

 Prix des places : 3 à 15 francs

Metro : Croix de Berny, correspondance à Denfert-Rochereau

 

 

EPREUVES DIVERSES

 

1938

Dimanche 29 Mai : 10è anniversaire de l'U.S. Metro, présentation de toutes les équipes de l'U.S. Metro, tous sports confondus (+ de 1000 jeunes) Réunions cyclistes devant 10 000 spectateurs. Epreuve de vitesse remportée par Lucien Michard, kilomètre par Falk-Hansen (Dk); épreuve de demi-fond remportée par Auguste Wambst (classement général), la première manche de 40 km étant remportée par Charles Lacquehay (épreuve interrompue au 20ème km par la pluie) et la seconde par Georges Ronsse (épreuve interrompue au 26ème km par la pluie)

Vendredi 3 Juin : arrivée du Grand Prix Wolber et tour de piste contre la montre (épreuve réservée aux amateurs et indépendants). Etape Chaumont-Paris remportée par Boulard et Lesguillon (exaequo) ainsi que le tour c.l.m.; classement général remporté par G. Naisse.

 Grand Prix Wolber de vitesse remporté par Renaudin (V.C.L.), primes sur 3à tours par Doré et américaine sur 25 kms par Dupay-Blondeau.

Vendredi 10 Juin : Coupe de France de l'Auto : vitesse, individuelle, poursuite et américaine

Vendredi 17 Juin : Record du Monde du kilomètre en tandem par Michard/Chaillot (cf.records)

Dimanche 10 Juillet :  1km lancé remporté par Stebé (U.S.M.); Individuelle par et poursuite olympique par V.C. Levallois; Demi-Fond par Landrieux (V.C.L.) et classement général par V.C. Levallois

Dimanche 7 Août : Brassard-poursuite U.S. Metro sur 5 km, Individuelle sur 10 km, Demi-fond derrière motos commerciales en trois manches de 25, 25 et 30 kms, Américaine sur 50 km

Vendredi 12 Août : Tentative de Maurice Richard contre le record des 100 kms (cf. rubrique records)

Dimanche 21 Août : Brassard-poursuite, vitesse, Demi-fond derrière motos commerciales en trois manches de 25, 25 et 30 kms, Individuelle 10 kms, Américaine sur 1 heure et course handicap réservée aux vétérans

Dimanche 18 Septembre :  Réunion avec brassard-poursuite sur 5 km

 

 Dimanche 25 Septembre : Vitesse, Eliminations, Demi-fond derrière motos commerciales  et course handicap

 

1939

Dimanche 2 Avril : Réouverture officielle. Arrivée du Critérium amateur de Printemps, remporté par Blum, les 145 kms en 3h 21’49’’. Réunion sur piste (avec notamment Grand Prix de Demi-Fond)  annulée à cause des intempéries.

Dimanche 7 Mai : Grand Prix du Printemps (vitesse) remporté par Louis Gérardin devant Cools et Dousset; Grand Prix du Printemps (demi-fond) en deux manches, de 30 kms, l'une remportée par Arthur Sérès en 25'22"4/5 et l'autre par Michaut en 26'43": Brassard-rente Philips,  individuelle sur 10 km et Handicap

Dimanche 21 Mai : Réunion amateurs et indépendants

Dimanche 11 Juin : arrivée du Grand Prix Wolber en 5 étapes, cinquième étape Chaumont-Paris remportée par André Giraut (ACBB) ; victoire au classement général de Victor Codron

Dimanche 18 Juin  : victoire en poursuite de Louis Aimar sur Frans Slaats (P-B) [1 km c.l.m., poursuite sur 5 km et 20 km derrière derny], et de Louis Minardi au 100 kms derrière moto

Dimanche 25 Septembre : réunion (amateurs et indépendants) annulée pour cause intempéries

 

 

1941

Dimanche 20 Avril : Brassard poursuite  Benizzi remporté par Lebeau qui rejoint Mion après 3.3 km; match omnium international remporté par la paire Laurent/Rossi;  Prix Saunier américaine amateurs de 25 km remporé par Aubry-Madoire; Grand Prix d'Ouverture de demi-fond remporté par Henri Lemoine (30 km en 26'40"2/5) et Auguste Meulemant (50km en 42'58"4/5). Classement général : 1er Henri Lemoine

Dimanche 4 Mai : tournoi de demi-fond

Mardi 6 Mai : Match de vitesse professionnels remporté par Renaudin; Match omniuù par l'équipe Laurent/Mithouard; 2ème série des championnat de France de demi-fond, remportée par Louis Chaillot

Dimanche 20 Juillet : série éliminatoire du championnat de France de demi-fond (2 coureurs qualifiés pour la finale); 1ère manche remportée par Henri Lemoine , les 100 kms en 1h 34'24" et la seconde par Jean Maréchal, les 100 kms en 1h 28'49"4/5

Vendredi 25 Juillet : arrivée de la 3è étape de Paris-Melun-Milly- Paris  du Trophée Peugeot, épreuve en cinq étapes  remplaçant le Grand Prix Wolber. Victoire de Robert Panier de l’A.C.B.B. Vainqueur du classement général : Joseph Alvarez (A.C.B.B.)

Vendredi 15 Août 1941 : Grand Prix de l’U.V.F. : victoires en vitesse de Gérardin devant Noblet chez les pros  et de Dupouy devant Iacoponelli et Moutais (déclassé) chez les amateurs ; en demi-fond victoire d’Henri Lemoine (69.580 km dans l'heure) devant Meuleman, Maréchal, Chocque et Lesueur

Dimanche 31 Août : Américaine sur 100 km

Dimanche 21 Septembre : Américaine

 

1942

…. .. Avril : réouverture : Prix Dupré : victoire de Senfftleben devant Degélas et Gérardin en vitesse ; victoire d’Henri Lemoine en demi-fond

Dimanche 26 Avril : Omnium remporté par Breuskin: épreuve de demi-fond par Henri Lemoine

 …. .. ….   Arrivée du Grand Prix de l’Ile-de-France (en remplacement de Paris-Caen), remporté par Albert Goutal

Dimanche 31 Mai  : Grand prix de l’AP.S.A.P. (départ et arrivée sur le vélodrome); réunion amateur vitesse, handicap, brassard-poursuite et courses de primes

Jeudi 2 Juin : arrivée du Prix Wolber

Dimanche 21 Juin : 2è tour de qualification de la 3è siérie du championnat de France de demi-fond remportée par Louis Chaillot

…. ..  Juillet : victoire d’Henri Lemoine et victoire de Louis Chaillot devant Marcel Guimbretière

Dimanche 2 Août : Américaine remportée par l'équipe Ragot - Hitch de l'U.S. Metro

 

1943

Dimanche 18 Avril : Réouverture du vélodrome : victoire de Louis Chaillot au classement général de l’épreuve de demi-fond - Prix Charles Lacquehay - et dans les deux manches devant Lemoine, Terreau, Georges Sérès, Jaminet et Maréchal (2 manches de 15 et 20 km) - selon autres sources, Henri Lemoine vainqueur de la seconde manche.

Dimanche 9 Mai : seconde série des championnats de France de demi-fond sur 100 km

Lundi 14 Juin : fête plurisport organisée par Le Petit Parisien ; épreuve de vitesse remportée par Schérens et Gérardin ex-aequo

Dimanche 20 Juin : avant-dernière manche qualificative du 3ème tour du championnat de France de demi-fond ; victoire de Paul Chocque, les 100 kms en 1h 32’56’’ devant Raoul Lesueur à 9 t

Dimanche 15 Août : victoire d’Henri Lemoine dans les deux manches de 40 kms du Prix Paul Guignard, victoire de Gérardin en vitesse dans le Prix Lucien Michard et de Lionel Talle dans le Prix Barthelemy (Omnium)

Dimanche 19 Septembre : Coupe des constructeurs, organisée par Le Cri du Peuple. Américaine de 100 kms remportée par l’équipe Métropole (Deforge, Laurent, Level et Thiétard) : en vitesse, victoire de Paul Maye et Louis Gérardin (prof) d'Etienne (Am.) et de Cautenet dans le handicap

Dimanche 3 Octobre : réunion de fermeture ; Grand Prix de demi-fond de la F.F.C., victoire d’Henri Lemoine 69.915 km dans l’heure devant Meuleman à 40 m et Ernest Terreau à 70 m

 

1944

Lundi 1er Mai :  2è série des qualifications pour le championnat de France de demi-fond, remportée par Louis Chaillot

Dimanche 7 Mai : 14è Critérium des Aiglons, arrivée de la troisième épreuve Vernon-Vélodrome La Croix de Berny + épreuve de demi-fond

Dimanche 4 Juin : 6 heures à l'américaine

Dimanche 18 Juin : repêchage   championnat de France de demi-fond, remporté par Jean-Jacques Lamboley + Omnium en 4 Manches

Dimanche 15 Août : championnat de France de poursuite professionnel (non organisé)

 

1945

Dimanche 3 Juin : Journée Léo Lagrange - Prix du "Populaire" - Omnium pro. par équipes (vitesse, poursuite, km lancé, individuelle)

Samedi 23 Juin : Match de boxe Cerdan - Tenet

1946

 

1947

Dimanche 20 Avril : 2ème série championnat de France de demi-fond, remportée par Amédée Fournier,  et qualification remportée par Henri Lemoine

 

1948 

Dimanche 4 Avril : 1ère série qualification pour le championnat de France de demi-fond remportée par Guy Solente et seconde série par Robert Rodriguez

Dimanche 9 Mai : 5ème  série qualification pour le championnat de France de demi-fond remportée par Georges Sérès

 

1949

Dimanche 10 Avril : 1er tour des qualifications pour le championnat de France de demi-fond 1ère série remportée par Amédée Fournier

 

  


 

RECORDS 

 

Vendredi 17 Juin 1938 : record du Monde du kilomètre en tandem par Michard / Chaillo en 59"3/5 (60.402 km/h de moyenne)

Vendredi 12 Août 1938 : record du monde des 60 km en 1h 26’45’’ et 70 km en 1 h 42’34’’35 par Maurice RICHARD 

Samedi 1er Octobre 1938 : record du monde de l’heure pour Jeanine ZUSCHMITT avec 35,670 km

(ancien record Me Modire avec 35 km 147) 

Jeudi 1er Septembre 1938 : record du Monde des 100 kms par Jean MALAVAL en 2h 27'25"1/5

 

 

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 Records locaux :

- 500m : Breuskin en 29''3/5

- 1 km : Guy Lapébie en 1'6''1/5


Sources :

Photos et documentation François Bonnin

Photo et textes  Patrick Police - Photo Claude Larcher -

Presse : Miroir des Sports, Match, Cyclosport, L'Humanité, L'Ouest Eclair, le Génie Civil, le Matin, Le Temps, La Croix, Le Petit Parisien, l'Humanité, Le Populaire, Le Petit Parisien; Livre "Magic City" de René Lucot.

Site internet ville Antony

Contributions : Dominique Turgis

 

Nota : pour toute reproduction -même partielle - de ce travail,

il devra être mentionné le nom des auteurs et du site internet STAYER FR

 

 

 

Patrick Police 

20 Décembre 2016

 

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21/12/2016
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