STAYER -FR : Le blog 100 % demi-fond et derny

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225.307 km/h à vélo ... Allan Abbott, quarante années après ...

A l’occasion de l’exposition consacrée à Jean-Claude Rude organisée cette année par votre serviteur au vélodrome de Dijon, et du quarantième anniversaire de son record de vitesse, le recordman américain Allan Abbott nous a fait l’honneur de partager ses souvenirs pour STAYER FR.

 

Back in the seventies, nous nous fendrons donc d’une petite balade sur le Lac Salé … au terme de laquelle il appert que ce garçon aura été un véritable précurseur, les tentatives suivantes (que ce soient celles de l’Américain John Howard ou du Hollandais Fred Rompelberg) s’étant notoirement nourries des préceptes   édictés par notre génial recordman.

 

Et de regretter amèrement, avec le recul, que notre cher Jean-Claude Rude, avec qui Alan Abbott avait échangé une correspondance bienveillante à l’époque de ses tentatives (au contraire d’un José Meiffret crispé sur ses « secrets ») n’ait pu appliquer nombre de ses judicieux conseils lors de ses tentatives malheureuses contre le record de vitesse …

 


 

D.E.C :  « Ce qui me frappe quand je regarde les photos que tu m’as envoyées (et dont je te remercie) c’est le côté inédit, précurseur, de tes tentatives. Elles ne ressemblent en rien aux précédentes, à celles d’un José Meiffret par exemple »

 

A.A : « Ma tentative de record de vitesse comportait plusieurs changements majeurs par rapport à celles de mes prédécesseurs. Je pensais battre le record dans des conditions à la fois plus « secures » et plus adaptées à mes possibilités ».

 

« Mon expérience, tant des courses de moto que de la course cycliste, m’avait amené à  comprendre qu’une bicyclette de record devait avoir un design spécifiquement adapté à la haute vitesse (plutôt qu’adopter une démarche d' adaptation d'un vélo de course existant) »

 

 « Aussi, j’ai conçu et construit moi-même ma bicyclette de record, en reproduisant simplement le design tout à fait basique de la Yamaha 250 cm3 de course que j’avais à l’époque (et qui pouvait atteindre les 130/140 mph). Pour le véhicule d’entraînement, je disposais d’une Chevrolet « gonflée » dotée d’un coupe-vent d’une largeur identique la sienne. J’ai construit un moteur de course de 454 pouces-cubic, développant 650 chevaux - vapeur, et la voiture pouvait atteindre ainsi le 160 mph (260 km/h) ! »

 

EXPO JCR HISTOIRE RECORDS ABBOTT  1-AbbotR - Copie.jpg
photo Allan Abbott

 

D.E.C : «  Ce qui me frappe, c’est le côté révolutionnaire de la géométrie de ton vélo. On dirait celle d’un V.T.T .  A part qu’un V.T.T,  en 1973, date de ton record, ça n’existait pas ! »

 

A.A. « Cette bicyclette je l’ai dessinée, puis construit en me servant de tubes à forte densité de carbone, du type 4130  utilisé dans l’aéronautique. J’ai suivi la géométrie moderne des motos de compétition d'alors. En adoptant  l’empattement et  la géométrie de la  moto, j’obtenais une excellente stabilité à haute vitesse. L’angle de la fourche était diminué, pour obtenir une chasse de douze contimètres, comme pour une moto. Enfin, ma bicyclette était dotée d’une suspension avant plutôt primaire,  les roues et les pneus étant eux ceux d’une motocyclette de course 50cc, un modèle populaire à l’époque en Europe » 

 

D.E.C : « Entre autres nouveautés, il y a ce drôle de tampon pare - choc, ce « bumper » comme tu l’appelles » 

 

A.A. : «  J’avais constaté qu’il était presque impossible de conserver une trajectoire normale derrière une voiture lorsque l’on dépassait le 120 mph (195 km/h). Un choc de la roue avant du vélo avec l’arrière du véhicule d’entraînement  pouvant s'avérer désastreux, j’avais soudé une barre verticale, en prolongement du cadre, devant le guidon, qui pouvait s’appuyer au pare-choc rapporté sur l’arrière du véhicule, pare-choc monté  sur amortisseurs à même hauteur que la potence du  vélo. J’ai par deux fois tapé sur ce « bumper ». Même à haute vitesse (je l’ai heurté une fois à 205 km/h), je n’ai pas perdu le contrôle de mon vélo »

 

EXPO JCR HISTOIRE RECORDS ABBOTT 1-3-AbbotR - Copie.jpg
photo Allan Abbott

 

D.E.C : « Et pour freiner ? »

A.A. : «  Je n’avais qu’un frein (à patins et à tirage latéral !) à l’arrière ; le meilleur ralentissement, je l’obtenais en déviant vers le vent qui venait d’un côté ou de l’autre de la voiture. Côté sécurité encore, comme  à Bonneville j’avais vu des motocyclistes chuter  à des vitesses supérieures à 150 mph, et ne subir que des blessures superficielles (des bleus et des écorchures, alors que leur moto « valsait », fracassée, pour s'arrêter près d'un  kilomètre plus loin) grâce à leur combinaison de  cuir et leur casque,  j’ai utilisé mon équipement de coureur à moto pour ce record »

 

D.E.C : « Ton approche de ce record de vitesse -  les mythiques 204.778 km/h de Meiffret - en quoi a- t-elle consistée » ?

A .A : " J’avais vingt-sept ans à l'époque,  et j'ai interrompu les courses de vélo et de moto pendant deux années,  afin de  m’entraîner et m’accoutumer à la haute vitesse, et construire mon vélo et mon véhicule d’entraînement. Sachant que  je n’ai jamais pu dénicher un sponsor,  je me suis sponsorisé moi-même - je travaillais alors comme  médecin urgentiste - ; ça a été plus difficile, mais au moins j’étais sûr que tout était fait comme il le fallait.  Pour m’entraîner, je faisais des sprints de une et deux minutes.  Durant les années précédentes, j’avais fait beaucoup de courses de vitesse sur route à moto. Cette expérience a contribué au moins autant à ma réussite que ma pratique du vélo"

 
D.E.C : « Et voilà venu le jour du record » 

A.A : « Je me suis décidé à courir sur la piste du Lac Salé de Bonneville, où se tenait à chaque automne une organisation officielle appelée « Speed week » (semaine de la vitesse)  , où l’on pouvait être chronométré avec précision sur la distance d'un mile.  La piste salée était parfaitement plane et lisse, comme le sel la sèche souvent à cette saison de l’année ; en fait, elle était tout à fait dure, et roulante, comme du béton. Pendant le record, j’ai pédalé à 135 rotations/minute. J’ai couru entre deux épreuves automobiles et j’ai pu me faire chonométrer électriquement pour trente-cinq dollars »

 

EXPO JCR HISTOIRE RECORDS ABBOTT  ALAN ABBOTT - Copie.JPG
photo Allan Abbott

 

D.E.C : « Et après le record ? »

A.A : «  Après ces passionnantes expériences de vitesse absolue, menées entre 1972 et 1973, j’ai abordé la vitesse sans entraîneur, avec des bicyclettes couchées et carénées. J’ai alors établi un record sans entraîneur à la vitesse de 48.5 mph (77.7 km/h sur 200 mètres) En 1978, je me suis retiré de la compétition, pour me consacrer complètement à mon métier de médecin »

 

Interview réalisé par Patrick Police

Merci à Allan Abbott pour sa collaboration et à Françoise Antier - Rude



01/10/2013
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